Le « vote moral » ou leur cache-sexe

Dans quelques jours la France est de nouveau appelée aux urnes. Les Français devront donc choisir – ou pas – entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Dès le soir du premier tour, la majeure partie du sérail politicien a expliqué à qui voulait l’entendre qu’il fallait absolument ressortir le front républicain. Je ne reviendrai pas ici sur cette notion que j’ai déjà traitée la semaine dernière. La notion qui me parait particulièrement intéressante et l’un des points saillants de cette campagne d’entre-deux tours a été l’argument du « vote moral ». A tous ceux qui expriment des doutes ou qui affirment qu’ils ne veulent pas voter pour Monsieur Macron est opposé l’argument de la morale.

Dès le soir du premier tour, dans son discours au parc des expositions, Emmanuel Macron n’a pas appelé à faire barrage au Front National mais bien à tourner la page en adoptant pleinement son projet. La comparaison avec Jacques Chirac en 2002 est cruelle tant lui avait rappelé que voter pour lui n’était pas forcément une adhésion mais bien un geste pour contrer Jean-Marie Le Pen. C’est assurément en raison de cette différence que le principal argument opposé à ceux qui hésitent ou qui ne souhaitent pas glisser un bulletin Macron dans l’urne n’est pas un argument politique mais moral. Loin d’essayer de convaincre sur le projet du leader d’En Marche – qui finalement n’est partagé que par une portion très maigre de l’électorat – les défenseurs du front républicain expliquent en long, en large et en travers que voter pour Macron est un acte moral. L’objet de ce billet est une tentative de déconstruction de cette logique perverse. Lire la suite

Pas une voix de gauche ne doit aller au FN

Dimanche 23 avril, Marine Le Pen est parvenue à se qualifier pour le second tour. Si elle a battu le record de voix obtenu par le Front National sur une élection elle s’est placée en deuxième position. En n’obtenant que 21,30% des suffrages alors qu’elle ambitionnait au début de la campagne 30% au soir du premier tour, la présidente du FN est bien consciente que le résultat, pour elle, n’est pas aussi bon qu’il aurait pu l’être. Que l’on s’entende bien, il est déjà dramatique que le Front National soit qualifié au deuxième tour et ait recueilli plus de 7,5 Millions de suffrages. Ce résultat est celui d’un abandon des classes populaires et ce bilan est celui du PS et de LR qui ont pavé la voie à ce parti et à ses idées – je l’ai déjà dit.

Si Marine Le Pen n’a pas atteint un score plus élevé c’est en grande partie parce que la France Insoumise et Jean-Luc Mélenchon sont allés lui contester cet électorat oublié, ces sans-voix qu’Emmanuel Macron et toute la caste politicienne ignorent voire méprisent. On promettait un raz de marée du FN chez les jeunes, ils ont voté à 30% pour Jean-Luc Mélenchon. De la même manière pour les chômeurs et les ouvriers, la campagne de la France Insoumise a détourné de nombreuses personnes du Front National. Si Marine Le Pen n’a pas eu le score qu’elle attendait, elle est en revanche opposée au meilleur candidat possible pour elle. En décidant de transformer le deuxième tour en référendum pour ou contre la mondialisation néolibérale elle tente de piéger Emmanuel Macron qui semble tomber à pied joint dans ledit piège. Dès le soir du premier tour, Marine Le Pen s’est tournée vers les électeurs de Jean-Luc Mélenchon dans une danse du ventre assez prévisible. Pas une seule voix de gauche ne doit aller au FN, il défend des valeurs opposées aux nôtres. C’est pourquoi il faut pointer le danger et les mensonges de ce parti et de sa candidate. Lire la suite

Et maintenant à gauche on fait quoi ?

Dimanche soir, Jean-Luc Mélenchon a échoué à se qualifier pour le second tour de l’élection présidentielle. Avec 618 608 voix de moins que Marine Le Pen, il n’est pas passé loin. En cela, la déception est légitime puisque la qualification est passée près. Après des mois de campagne de terrain qui ont permis ce résultat fantastique, la tentation est grande de se laisser aller au ressentiment et au spleen. Mais, passée cette légitime déception, il va nous falloir, à toute la gauche, travailler d’arrache-pied pour lutter contre les forces centrifuges qui semblent poindre depuis quelques jours en même temps qu’il va falloir entamer un profond travail de convergence si nous voulons que ce beau résultat de dimanche soir ne soit pas sans lendemain.

Ne nous mentons pas, cet entre-deux tours, déjà bien entamé, recèle d’un vrai potentiel de division parmi nos rangs. Injonction au vote Macron, débat parfois très viril sur l’attitude à adopter, ressentiment entre électeurs de Mélenchon et de Hamon, il y a bien des éléments qui pourraient venir semer la discorde entre nous. Je crois précisément – et je l’ai déjà dit à de nombreuses reprises – que c’est dans ces moments-là que nous devons nous garder de toute impulsivité et conserver tête froide et lucidité. Ne tombons pas dans le piège où ils rêvent de nous faire tomber en faisant péricliter le mouvement qui s’est créé et la bataille culturelle qui s’est réenclenchée. Evitons cette aporie ou alors nous serons perdus. Lire la suite

Le front républicain ou l’autopsie d’une lutte perdue

Dimanche 21 avril 2002. A la surprise générale, Jean-Marie Le Pen se hisse au deuxième tour de l’élection présidentielle. En récoltant 4 804 713 voix, soit 16,8% des suffrages exprimés, le président du Front National place pour la première fois de l’histoire l’extrême-droite française au deuxième tour d’une présidentielle. Le pays vit un choc politique sans précédent, les manifestations spontanées se multiplient pour faire barrage au FN. Durant toute la campagne d’entre-deux tours la France est à la fois sous le choc et déterminée à isoler l’extrême-droite. Il n’y aura d’ailleurs pas de débat d’entre-deux tours. Deux semaines plus tard, Jacques Chirac est réélu Président de la République avec plus de 80% des voix.

Quinze années ont passé depuis le 21 avril 2002. Dimanche dernier, le 23 avril 2017, Marine Le Pen s’est qualifiée pour le second tour de l’élection présidentielle. En réunissant 7 679 493 suffrages, soit 21,30% des voix, la présidente du Front National a battu le record de voix obtenues par son parti lors d’une élection. A la stupeur de 2002 s’est substitué une résignation et même, pire, pour certains un soulagement. Cela fait en effet des mois, pour ne pas dire des années, que Marine Le Pen était attendue au second tour et même en tête des suffrages à l’issue du premier tour. Dimanche soir sur les plateaux télé tout le monde ou presque à appeler à faire barrage au FN, au fameux front républicain. Plus troublant encore, beaucoup ont commencé à parler des législatives un peu comme si le deuxième tour était déjà joué. Quel mépris pour les plus de 7,5 Millions de Français qui ont choisi Marine Le Pen dimanche. Comment ne pas voir dans l’attitude qui a été celle du sérail politicien dimanche la volonté de considérer ces voix comme un peu de poussière qu’il faudrait mettre sous le tapis ? Pourtant, l’histoire du front républicain qui s’est encore une fois nouée sous nos yeux dimanche est avant tout l’histoire d’une lutte perdue face au FN. Tentons d’en faire l’autopsie. Lire la suite

Demain, c’est loin ?

Nous attendions la vague. Illusoire il y a quelques mois elle nous semblait monter inexorablement. Elle nous semblait capable d’envoyer en l’air leur volonté pour la France celle de la remettre en ordre ou en marche. Nous attendions la vague et nous voilà avec le vague à l’âme. Las, nous voilà désemparés face aux résultats qui sont sortis des urnes. Hier soir à 20h le couperet est tombé, la guillotine s’est abattue sur nos rêves lors de cette élection. Marine Le Pen face à Emmanuel Macron. Dans deux semaines, notre pays aura le choix entre le néolibéralisme le plus effréné et son excroissance monstrueuse qui est le nationalisme.

Dans deux semaines nous aurons le choix entre deux modèles de société, celui qui promeut la concurrence entre travailleurs devenus simple marchandise et celui qui défend la concurrence entre nations devenues prisons mentales. Finalement cette fois-ci les sondages ne se sont pas trompés. En effet ils disaient que le deuxième tour se déroulerait entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen et le résultat a été celui-là. Il nous faut, je crois, voir plus loin que le simple résultat de ce premier tour. Lire la suite

Pourquoi je voterai pour le programme L’Avenir en commun

Il paraît que cette élection est spéciale, que l’incertitude n’a jamais été aussi grande à quelques jours du premier tour, que l’atmosphère est très particulière, en bref que l’on n’a jamais vécu cela sous la Vème République. Du haut de mes presque 24 ans je n’ai vécu qu’une seule élection en tant qu’électeur, celle de 2012. J’ai également des souvenirs de celle de 2007 mais il me serait bien difficile de me rappeler de l’atmosphère des scrutins précédents. En tant que passionné de politique je me rends évidemment compte que cette élection a quelque chose de spécial sans pour autant être capable de ressentir ce caractère spécial.

Pour ma part, il est évident que cette campagne – et a fortiori l’élection à venir – est radicalement différente de la première fois où j’ai voté. En 2012, la France sortait d’un quinquennat sarkozyste marqué avant tout par les questions identitaires et la victoire de François Hollande (pour qui j’avais voté dès le premier tour) s’apparentait à un triomphe. Déjà à ce moment-là nous étions heureux d’avoir dégagé le locataire de l’Elysée et de l’avoir renvoyé à ses études. Mon parcours d’électeur est, finalement, très commun il me semble : jeune électeur de François Hollande en 2012, j’ai rapidement été trahi comme l’ensemble de ceux qui l’avaient porté au pouvoir. Du discours du Bourget et de l’engagement de réorienter l’Union Européenne, le nouveau président ne garda rien ou presque. De trahisons en reniements, ce quinquennat fut, pour moi comme pour tant d’autres, l’apparition d’un fossé chaque jour plus grand, d’une faille toujours plus béante, d’un divorce déjà consommé avec la caste politicienne qui nous gouverne depuis tant d’année.

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Ce que nous dit le déferlement politico-médiatique anti-Mélenchon

« Il y a un péril face aux simplifications, face aux falsifications, qui fait que l’on regarde le spectacle du tribun plutôt que le contenu de son texte ». En une phrase, en 28 petits mots, en une déclaration concise nichée au cœur d’une interview donnée au Point, François Hollande a fait son retour sur la scène politico-médiatique française. Lui qui avait ostensiblement montré son indifférence lors de la primaire organisée par le Parti Socialiste et ses satellites, lui qui s’est soigneusement gardé de soutenir le candidat issu de ladite primaire, le voilà qui sort du bois pour attaquer Jean-Luc Mélenchon sans le nommer – ce qui n’est pas la preuve d’une très grande classe.

Le président pour encore quelques semaines a également affirmé que cette campagne « [sentait] mauvais ». François Hollande a donc décidé de prendre la parole pour énoncer ce jugement au moment même où Jean-Luc Mélenchon fait une percée dans les sondages – comme à mon habitude je ne parlerai pas desdits sondages au fil de ce papier puisqu’aujourd’hui comme hier je ne leur accorde aucune crédibilité. Alors que Marine Le Pen caracole en tête depuis des mois dans les mêmes sondages, le président de la République n’a jugé utile d’intervenir qu’au moment où le candidat de la France Insoumise semble en mesure de se hisser au deuxième tour. Sa prise de parole s’insère dans une vaste offensive politico-médiatique et fleure bon l’apocalypse – la révélation selon l’étymologie du mot – tant François Hollande est le symbole de ce système exténué et à bout de souffle dont nous ne voulons plus. Autant dire les choses tout de suite, ce billet n’a pas pour objet de démonter les accusations des politiques et des médias à l’encontre de Jean-Luc Mélenchon, cela ne m’intéresse pas et d’autres l’ont fait bien mieux que je ne le ferai. Ce qui m’intéresse en revanche, c’est de questionner les tenants, les aboutissants et les présupposés d’une telle offensive médiatico-politique.

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Médine, grand prêtre républicain des quartiers populaires

Le 24 février dernier sortait dans les bacs Prose Élite, le cinquième album solo de Médine. Quatre longues années s’étaient écoulées depuis Protest Song son quatrième album – bien que Médine ait sorti un EP en 2015. C’est peu dire que j’attendais avec impatience la sortie du nouvel album du rappeur havrais tant Médine est singulier dans le monde du rap français, l’un de ceux qui possèdent la plus belle plume et abordent les grands thèmes de notre époque contemporaine. Tous ces attributs font de Médine l’une des voix qui compte dans les quartiers populaires en cela qu’il permet de porter la voix de ces quartiers en même temps qu’il tente de créer des ponts.

Le moins que je puisse dire c’est que je n’ai pas été déçu de cet album qui dépasse allégrement le simple cadre musical. Au-delà de la grande densité portée par Prose Élite (qui compte 13 titres tous plus percutants les uns que les autres) c’est, et nous y reviendrons plus tard, la portée des messages défendus par Médine tout au fil de cet album qui le rendent particulièrement réussi. En intitulant son album de la sorte et en faisant figurer Victor Hugo sur la pochette de l’album, le rappeur du Havre se place explicitement dans une position de prêcheur républicain mais quoi de plus normal ? En effet, qui peut prétendre faire du rap sans prendre position (les positions du Kamasutra dira Youssoupha de manière géniale dans Grand Paris). Lire la suite

Populisme, au-delà des caricatures

Depuis quelques années, et plus encore depuis l’année dernière, le mot populisme est utilisé à toutes les sauces. Si le dictionnaire Oxford a décidé de désigner « post-vérité » comme mot de l’année, il n’aurait guère été surprenant que celui-ci soit le mot « populisme » tant celui-ci est brandi à tout bout de champ pour tenir lieu d’argumentaire. Comme le savent ceux qui me lisent régulièrement j’attache une importance toute particulière au sens des mots. Il est euphémique de dire que dans le cas du terme populisme, son sens a été tourné et retourné afin d’y faire rentrer tout et n’importe quoi si bien qu’aujourd’hui il est bien difficile de savoir ce qu’un tel ou un tel veut dire lorsqu’il l’utilise.

« Idéologie et mouvement politique (en russe narodnitchestvo) qui se sont développés dans la Russie des années 1870, préconisant une voie spécifique vers le socialisme » ; « Idéologie politique de certains mouvements de libération nationale visant à libérer le peuple sans recourir à la lutte des classes » ; « Tendance artistique et en particulier littéraire qui s’attache à l’expression de la vie et des sentiments des milieux populaires ». Voilà les trois définitions que donne le Larousse au mot populisme. Une fois que l’on a dit cela, j’en conviens, nous ne sommes pas beaucoup plus avancés. Dès 2011, Dominique Reynié dans Populismes : la pente fatale commençait à utiliser ce mot pour faire des amalgames plus que douteux. A l’heure actuelle, dans la bouche des éditocrates et des tenants du statut quo, le terme populisme est en quelque sorte devenu le nouveau point Godwin. Lire la suite

Les débats pré-premier tour, symboles du délitement de la Vème République

Il y a une dizaine de jours, les cinq candidats recueillant le plus d’intention de vote dans les sondages ont débattu durant près de trois heures sur TF1. Marine Le Pen, François Fillon, Emmanuel Macron, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ont donc confronté leurs projets dans un débat que j’ai personnellement trouvé de bonne tenue. Au-delà de l’aberration démocratique que constitue à mes yeux la scandaleuse non-invitation des six autres candidats – ceux que les médias appellent les petits candidats – il me semble que la tenue de ces débats (celui du 20 mars puis les deux autres qui se tiendront entre les 11 candidats d’ici le 23 avril prochain) est un symbole puissant du délitement de la Vème République.

Assurément, le débat du 20 mars dernier pouvait être un tournant dans la campagne présidentielle. Jean-Luc Mélenchon l’attendait avec impatience et il s’en est plutôt bien sorti, Marine Le Pen a pu jouer dans la cour des grands, François Fillon a pu s’adresser aux Français sans que les affaires soient omniprésentes dans le débat. Je crois plutôt que ce débat, et les deux autres qui vont suivre, marque un tournant historique dans la vie politique de notre pays. Peut-être me trompé-je mais je suis persuadé que cette élection marque une véritable rupture. Après la renonciation de François Hollande – grande première pour un président sortant – l’instauration de ces débats vient mettre selon moi une nouvelle balle dans la tête d’une Vème République complètement exténuée et à bout de souffle. Lire la suite