La fausse cécité (à propos de l’abstention et de son traitement)

Dimanche – Edward Hopper

Dimanche dernier s’est tenu le premier tour des élections régionales et départementales. Si les secondes ont été bien moins commentées, un peu comme si elles n’existaient pas vraiment alors même que les départements disposent de certaines compétences importantes, les résultats des élections régionales ont fourni de la matière à débat autour de l’actualité politique. Des propos autour des divers candidats putatifs de Les Républicains aux analyses se projetant sur l’élection présidentielle dans dix mois, les commentaires n’ont pas manqué de fuser depuis dimanche soir. Tout ou presque s’est déroulé comme si l’abstention n’avait pas atteint un niveau historique et que cet évènement n’était pas le principal, sinon le seul, enseignement de ce premier tour de scrutin.

Exactement deux tiers (66,7%) des électeurs inscrits sur les listes électorales ne se sont pas déplacés. Jamais une élection sous la Vème République n’avait connu un niveau si bas de participation – le référendum sur le quinquennat étant le scrutin qui a le moins mobilisé avec près de 70% d’abstention. Cette abstention massive, qui pose inévitablement la question de la légitimité des futurs exécutifs élus, s’est retrouvée presque partout en France métropolitaine puisque, à l’exception notable de la Corse, elle a dépassé les 60% dans toutes les autres régions. La désertion des urnes est donc désormais un phénomène structurellement ancré dans le pays, ce qui n’est pas sans générer des analyses à la fois erronées et perverses à mes yeux.

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Casus belli (2) : rendre le communisme désirable

Au temps d’harmonie (L’âge d’or n’est pas dans le passé, il est dans l’avenir) – Paul Signac

Partie I: sur l’austérité et sa constitutionnalisation

Le capitalisme, particulièrement dans sa version néolibérale et financiarisée, nous mène aux désastres. Économique, écologique, social, sanitaire, tout ou presque y passe. Il n’y a rien de gère surprenant à cela tant la portée totalisante de ce système économique rend logique le fait qu’il ait des effets globaux. Une fois que l’on a dit tout cela, la conséquence oblige – pour peu que l’on ne se complaise pas dans le rôle de prophète de mauvais augures – à pousser la réflexion plus loin pour imaginer par quel côté il s’agit de sortir du capitalisme. Ce n’est pas là une question anodine dans la mesure où il est totalement possible qu’un dépassement du capitalisme se produise sans que celui-ci ne soit bénéfique pour la majeure partie de la population. Dès lors, par quel mode parait-il préférable au plus grand nombre, comprendre à la masse de personnes que le capitalisme néolibéral broie voire détruit, de s’affranchir de ce modèle économique ?

Comme depuis près de deux siècles, le communisme est assurément la meilleure voie possible pour répondre à cet objectif. Communisme, le gros mot a été prononcé. Il convoque aussitôt l’imaginaire soviétique, le goulag, les pénuries et toute la cohorte d’images que se plaisent à colporter les capitalistes sur le sujet. Pour autant, les socialismes réels (de la Chine à l’URSS en passant par tout un tas de déclinaison) n’avaient pas grand-chose à voir avec le communisme, si peu qu’ils n’en ont jamais assumé le nom. On ne se relève certes pas facilement d’une telle falsification mais le temps est venu de sortir de ce grand mensonge. L’heure n’est plus aux demi-mesures mais bien à la radicalité.

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Casus belli (1) : sur l’austérité et sa constitutionnalisation

Les Quatres cavaliers de l’Apocalypse – Viktor Vasnetsov

Il y a quelques jours, nous apprenions que le pouvoir avait fait le choix de l’austérité. Dans le programme de stabilité – un document très officiel – envoyé à la Commission Européenne, le gouvernement ne cache pas cette volonté de mettre en place une telle politique dans les six prochaines années. Il faut donc comprendre par là que la politique austéritaire est bien celle qui sera appliquée dans le cas où le bloc politique actuellement au pouvoir était reconduit en 2022. Le bloc politique, l’expression est importante.

Si ce programme de stabilité est envoyé au nom du gouvernement actuel, il n’y a guère de doute sur le fait qu’une victoire dans un an d’un candidat issu de cet espace politique quand bien même celui-ci ne serait pas Emmanuel Macron (et qu’une autre personne, au hasard Édouard Philippe, prenait sa place). Par-delà même le fait qu’une politique d’austérité au moment-même où le monde traverse une crise sanitaire qui a toutes les chances de muter en crise socio-économique bien plus grave que ne l’est la situation actuelle est gravissime, ce qui marque fortement dans le projet gouvernemental est assurément la volonté d’inscrire l’austérité dans la constitution. Nul besoin de barguigner pour appeler par son nom ce qui est en train de se produire sous nos yeux : une déclaration de guerre sociale.

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Éviter les limbes (sur l’abstraction dans nos luttes)

Ulysse et les Sirènes – John William Waterhouse

Cette semaine, comme chaque année, le magazine Forbes a publié le classement des plus grandes fortunes que compte le monde. En dépit de la crise sanitaire mondiale consécutive à la pandémie de Covid, les plus riches ont continué à accroitre leur capital – la France comptant même quatre nouveaux milliardaires. La publication de ce classement et l’étude de l’évolution de la richesse des personnes qui y figurent permet de mettre le doigt sur un phénomène habituellement plutôt abstrait, celui de la progression des inégalités et de l’expansion du domaine capitaliste.

Si la situation que connait la planète depuis bientôt un an et demi a assurément révélé (bien plus que provoqué ou accentué) l’état de grand dénuement dans lequel se retrouve une grande partie de la population, si le capitalisme semble aujourd’hui bien plus critiquable qu’hier il n’en demeure pas moins vrai que pour pénétrer les masses une telle critique – et son corollaire, les propositions d’alternative – ne peut faire l’économie d’une réflexion sur son abstraction. Aussi longtemps que les critiques du capitalisme demeureront dans des sphères trop abstraites, il demeurera probablement très difficile de faire totalement adhérer les classes qui y ont le plus d’intérêt à un changement de modèle économique puisque, comme l’a dit un lointain penseur, ce n’est qu’en s’emparant des masses qu’une idée devient une force.

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