Casus belli (2) : rendre le communisme désirable

Au temps d’harmonie (L’âge d’or n’est pas dans le passé, il est dans l’avenir) – Paul Signac

Partie I: sur l’austérité et sa constitutionnalisation

Le capitalisme, particulièrement dans sa version néolibérale et financiarisée, nous mène aux désastres. Économique, écologique, social, sanitaire, tout ou presque y passe. Il n’y a rien de gère surprenant à cela tant la portée totalisante de ce système économique rend logique le fait qu’il ait des effets globaux. Une fois que l’on a dit tout cela, la conséquence oblige – pour peu que l’on ne se complaise pas dans le rôle de prophète de mauvais augures – à pousser la réflexion plus loin pour imaginer par quel côté il s’agit de sortir du capitalisme. Ce n’est pas là une question anodine dans la mesure où il est totalement possible qu’un dépassement du capitalisme se produise sans que celui-ci ne soit bénéfique pour la majeure partie de la population. Dès lors, par quel mode parait-il préférable au plus grand nombre, comprendre à la masse de personnes que le capitalisme néolibéral broie voire détruit, de s’affranchir de ce modèle économique ?

Comme depuis près de deux siècles, le communisme est assurément la meilleure voie possible pour répondre à cet objectif. Communisme, le gros mot a été prononcé. Il convoque aussitôt l’imaginaire soviétique, le goulag, les pénuries et toute la cohorte d’images que se plaisent à colporter les capitalistes sur le sujet. Pour autant, les socialismes réels (de la Chine à l’URSS en passant par tout un tas de déclinaison) n’avaient pas grand-chose à voir avec le communisme, si peu qu’ils n’en ont jamais assumé le nom. On ne se relève certes pas facilement d’une telle falsification mais le temps est venu de sortir de ce grand mensonge. L’heure n’est plus aux demi-mesures mais bien à la radicalité.

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Casus belli (1) : sur l’austérité et sa constitutionnalisation

Les Quatres cavaliers de l’Apocalypse – Viktor Vasnetsov

Il y a quelques jours, nous apprenions que le pouvoir avait fait le choix de l’austérité. Dans le programme de stabilité – un document très officiel – envoyé à la Commission Européenne, le gouvernement ne cache pas cette volonté de mettre en place une telle politique dans les six prochaines années. Il faut donc comprendre par là que la politique austéritaire est bien celle qui sera appliquée dans le cas où le bloc politique actuellement au pouvoir était reconduit en 2022. Le bloc politique, l’expression est importante.

Si ce programme de stabilité est envoyé au nom du gouvernement actuel, il n’y a guère de doute sur le fait qu’une victoire dans un an d’un candidat issu de cet espace politique quand bien même celui-ci ne serait pas Emmanuel Macron (et qu’une autre personne, au hasard Édouard Philippe, prenait sa place). Par-delà même le fait qu’une politique d’austérité au moment-même où le monde traverse une crise sanitaire qui a toutes les chances de muter en crise socio-économique bien plus grave que ne l’est la situation actuelle est gravissime, ce qui marque fortement dans le projet gouvernemental est assurément la volonté d’inscrire l’austérité dans la constitution. Nul besoin de barguigner pour appeler par son nom ce qui est en train de se produire sous nos yeux : une déclaration de guerre sociale.

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Éviter les limbes (sur l’abstraction dans nos luttes)

Ulysse et les Sirènes – John William Waterhouse

Cette semaine, comme chaque année, le magazine Forbes a publié le classement des plus grandes fortunes que compte le monde. En dépit de la crise sanitaire mondiale consécutive à la pandémie de Covid, les plus riches ont continué à accroitre leur capital – la France comptant même quatre nouveaux milliardaires. La publication de ce classement et l’étude de l’évolution de la richesse des personnes qui y figurent permet de mettre le doigt sur un phénomène habituellement plutôt abstrait, celui de la progression des inégalités et de l’expansion du domaine capitaliste.

Si la situation que connait la planète depuis bientôt un an et demi a assurément révélé (bien plus que provoqué ou accentué) l’état de grand dénuement dans lequel se retrouve une grande partie de la population, si le capitalisme semble aujourd’hui bien plus critiquable qu’hier il n’en demeure pas moins vrai que pour pénétrer les masses une telle critique – et son corollaire, les propositions d’alternative – ne peut faire l’économie d’une réflexion sur son abstraction. Aussi longtemps que les critiques du capitalisme demeureront dans des sphères trop abstraites, il demeurera probablement très difficile de faire totalement adhérer les classes qui y ont le plus d’intérêt à un changement de modèle économique puisque, comme l’a dit un lointain penseur, ce n’est qu’en s’emparant des masses qu’une idée devient une force.

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Les liaisons dangereuses (à propos des rachats de clubs)

Télémaque et les nymphes de Calypso – Angelica Kauffmann

Depuis quelques semaines, voire mois, le serpent de mer de la #VenteOM revient régulièrement sur le devant de la scène. Sur les réseaux sociaux bien entendu mais également dans les médias puisqu’un certain nombre d’articles ou d’interviews à ce propos ont vu le jour ces derniers temps. S’il ne m’appartient pas ici de parler de ce sujet propre – pour la simple et bonne raison que je n’ai absolument aucune information à ce propos – les réactions aux rumeurs de vente paraissent être une très bonne porte d’entrée pour s’intéresser aux rachats de clubs et aux débats qui leur sont afférents.

Le point commun des différentes rumeurs de vente du club est effectivement qu’elles placent toutes l’acheteur potentiel dans le pourtour arabo-musulman. La plus relayée d’entre elles évoque l’intérêt du prince Al-Walid ben Talal Al Saoud ce qui n’a pas manqué de provoquer des réactions goguenardes, consternées ou exaltées selon les personnes. Les critiques parfois très puissantes à l’égard d’un potentiel rachat par ce personnage semblent être révélatrices de bien des biais qui parcourent les commentaires dès lors que l’on aborde la question des rachats de clubs.

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De l’hypocrisie (à propos de Sarkozy et de la prison)

Le dernier voyage du Téméraire – J.M.W. Turner

Il y a quelques jours, nous avons appris que Nicolas Sarkozy était condamné à trois ans de prison dont un ferme dans l’affaire dite « des écoutes » et qui, très prosaïquement, concerne des faits de corruption. Une information en chassant une autre, d’autant plus dans cette période particulière liée à la crise sanitaire, nous ne nous sommes pas attardés plus longtemps que cela sur ce verdict. Si Nicolas Sarkozy et ses coprévenus ont immédiatement fait appel, si l’ancien président s’est empressé d’aller dans des médias amis pour plaider sa cause et si la séquence politico-médiatique autour de cet évènement n’a guère duré longtemps, il n’en demeure pas moins vrai que ce verdict judiciaire et, plus encore, les réactions à ce dernier, nous en ont beaucoup appris sur l’hypocrisie qui suinte d’une large part des élites politiques, médiatiques et économiques dès lors qu’il s’agit de la question de la prison.

Il serait toutefois inexact de circonscrire les réactions auxquelles nous avons pu assister au simple cas de Nicolas Sarkozy. La mécanique qui s’est mise en route n’est assurément pas nouvelle tant des personnalités comme Patrick Balkany ou Carlos Ghosn – qui était invité sur un plateau télé le même jour que Nicolas Sarkozy dans une douce ironie – ont suscité ce genre de débats pour ne citer que les cas les plus récents. Pour autant, la situation de Nicolas Sarkozy est fortement symbolique à bien des égards : personnalité bien plus médiatique que les autres, ancien premier personnage de l’État, véritable bête médiatique disposant d’une aura encore certaine parmi beaucoup de sympathisants de droite, celui qui fut maire de Neuilly-sur-Seine suscite tout simplement beaucoup plus de réactions que n’importe quel autre homme politique dans le pays.

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