Youpi ! Canal + sauve son système et après ?

Le soulèvement – Honoré Daumier

Après une semaine encore riche en émotion, Canal + a annoncé avoir signé un accord après des négociations de gré à gré avec la LFP pour diffuser la fin de saison de la L1. Ce choix a été salué par la critique, permettant à la chaine cryptée de faire un coup de maitre en diffusant à moindre coup un produit phare de sa grille et à la LFP de faire rentrer de l’argent dans la caisse des clubs. Cependant, suffisant pour permettre la permanence du système en place ? Rien n’est moins sûr.

Par un tweet assez classique, Maxime Saada, le PDG ou CEO pour les anglophones (ou les bandeurs du libéralisme) de C+ officialisait le retour de la L1 « à la maison ». Exclu du dernier appel d’offre qui avait vu Mediapro faire péter les revenus, hypothétiques, Canal était passé par la petite porte pour pouvoir diffuser quelques matchs de L1 via la location du fameux lot 3 remporté par BeIN sport. Après de longs mois à attaquer la LFP, le prix trop cher de ces droits et prévoir la chute de Mediapro, C+ est revenu dans la danse pour sauver le football français après l’avoir fait grandir, cependant, peut-on être satisfait ?

Lire la suite

OM : Supporters, seulement fautifs ou complices ?

Grève à Saint Ouen – Paul Louis Delance

Samedi alors que le ciel est menaçant sur Marseille, la rumeur qui commençait à prendre de l’importance, au point que l’Equipe en parle, devient réalité. Un groupe, difficilement identifiable, de plusieurs centaines de personnes se retrouve sur le chemin sinueux qui mène à la Commanderie. La manifestation pour protester contre la politique de JHE et de McCourt est la suite logique d’une campagne d’affichage de banderoles hostiles aux deux dirigeants dans la ville. Cette fois, l’idée est de montrer physiquement le mécontentement. Depuis, les médias dominants ont fait leur choix, Jacques Henri Eyraud est monté sur ses ergots et ne fait qu’attiser le mécontentement. Retour sur une situation qui ne pouvait pas finir bien.

Le mécontentement n’est pas nouveau du côté de Marseille, les supporters et plus largement les groupes ultras ou non qui animent le Vélodrome et se déplacent un peu partout en France et en Europe pour pousser leur équipe en ont marre de la gestion et de l’attitude JHE. À l’image des Bukaneros, le président de l’OM comme celui du Rayo est grimé en Mickey Mouse. Le torchon brûle à Marseille, mais les tensions sont fortes ailleurs. Nantes ou encore Bordeaux récemment, les supporters ne sont plus aussi réceptifs qu’avant au discours de père Noël des propriétaires de club ou de leur marionnette. Les supporters marseillais ont décidé de passer à l’action. Quitte à mourir, autant le faire dignement.

Lire la suite

LFP et Canal + : Si on ne peut plus se faire la nique entre amis

Orphaned – Nikolay Kasatkin

Depuis l’annonce du défaut de paiement de Mediapro, la LFP et l’ensemble du football Français vivent dans l’incertitude. L’essentiel des clubs doit vivre sans projection à court terme, les budgets basés sur l’actuel appel d’offres ne tiennent plus. Il faut donc tout reprendre, mais il est encore impossible d’estimer le prochain montant des droits TV. Se rajoute à cela, l’absence de recette billetterie ce qui met tout un système déjà fragilisé avant la crise sanitaire au bord du gouffre. Le football français a peut-être même déjà basculé dans le vide. Canal + le fidèle ami des clubs et de la L1 ne sauvera personne.

Lire la suite

LFP – Mediapro : Incompétence ou révélation d’une gouvernance problématique

Le Zemsto déjeune – Grigori Miassoïedov

C’est l’information qui a émaillé la journée d’hier en France, et qui dépasse le microcosme du football. Mediapro et son offre à près de 800 millions d’euros pour les droits TV du foot français ne paiera pas et ferme sa chaine. Après des semaines, des longues semaines d’échanges et de fuite en avant, le couperet est tombé, la L1 en premier lieu et la LFP en globalité entrent dans l’obscurité, avec un Prêt garanti d’État (PGE) sur les bras et des recettes de billetteries à zéro. Pour beaucoup, c’est l’amateurisme et l’avidité de la LFP et du syndicat Premier Ligue qui sont les seules responsables. Vraiment ?

Lire la suite

Macron et Eyraud, même combat ?

Le 1er avril 2017, alors en pleine campagne présidentielle, Emmanuel Macron s’affichait aux côtés de Jacques-Henri Eyraud lors d’OM-Dijon. S’affirmant comme supporter invétéré du club phocéen, l’alors candidat devenu depuis président de la République profitait de son passage dans Marseille pour s’offrir un match au Vélodrome. Arrivé quelques mois plutôt à la tête du club, Jacques-Henri Eyraud buvait du petit lait de recevoir le candidat avec qui il semblait avoir le plus d’accroches et qui correspondait bien à la vision ainsi qu’aux décisions prises par le président marseillais depuis son arrivée. Quelques mois plus tard, Emmanuel Macron, devenu entre temps président de la République, s’invitait à la Commanderie lors d’un entrainement du club.

Plus d’un an et demi après cette première rencontre, le locataire de l’Elysée est confronté à un mouvement social de grande ampleur et le club traverse une crise profonde ayant connu sept défaites et une élimination sur les onze derniers matchs disputés. Le 15 décembre dernier, lors de la manifestation des Gilets Jaunes dans les rues de Marseille une pancarte affirme « Macron, Eyraud, même combat ». Souvent rapprochés pour leur style similaire et leur soi-disant volonté de changer de fond en comble l’un le monde du football français l’autre la vie politique française, Emmanuel Macron et Jacques-Henri Eyraud auraient-ils pêché pour les mêmes raisons et ne seraient-ils pas finalement que les deux faces d’une même pièce, l’un agissant dans le football, l’autre dans la vie politique du pays ?

Lire la suite

Manifeste pour un football populaire et socialiste (3/3): construire un autre modèle

 S’appuyer sur le monde amateur

 

Déconstruire certains clichés est nécessaire – au sens philosophique du terme à savoir ce qui ne pourrait pas ne pas être ou être autrement – pour permettre la mise en place d’un football populaire mais cette démarche ne saurait être suffisante. Il est, en effet, bien facile et confortable de se complaire dans la critique de ce qui est en cours actuellement. Il est plus difficile mais aussi plus courageux et utile de proposer une autre voie possible. En somme il s’agit de dénoncer mais également d’agir. En ce sens, quoi de plus logique que de se tourner vers le football amateur pour imaginer de nouvel manière d’aborder le football ? Dans son excellent livre Comment ils nous ont volé le football ?, coécrit avec Antoine Dumini, François Ruffin, aujourd’hui député de la Somme, livre une merveilleuse analyse économico-footballistique. Le parti pris de l’ouvrage, que je trouve excellent, est de démontrer à quel point le football est une fenêtre pour comprendre la mondialisation néolibérale et le capitalisme triomphant. Comme l’écrivent les auteurs, le ballon rond peut s’apparenter à un monde en plus petit et les évolutions du football, sa financiarisation, en disent bien plus sur le capitalisme que sur le foot en lui-même. Récemment, François Ruffin a tenu un discours fort à l’Assemblée nationale. Vêtu du maillot de foot du club d’Eaucourt-sur-Somme, le député reporter ainsi qu’il se désigne a en réalité repris l’épilogue de son livre. Dans sa prise de parole sur le « miracle des maillots lavés et pliés » celui-ci, sur le ton de l’humour ou presque, a mis l’accent sur ce qui fait la différence fondamentale non seulement entre le foot amateur et le foot professionnel moderne mais également entre le foot amateur et une grande partie de la société. Lire la suite

Manifeste pour un football populaire et socialiste (2/3): déconstruire les clichés

Démasquer les Tartuffe

 

Comme je l’ai expliqué au cours de la partie précédente, toute la cohorte qui se rêve en bourreau du football populaire a décidé de s’attaquer aux Ultras et plus largement aux supporters pour mettre à bien son funeste et macabre projet. Pour mieux justifier le fait qu’il faille « rééduquer » les supporters – ces mots odieux ont bel et bien été prononcés par une ministre de ce qui se dit être une République – et pourquoi pas les envoyer en camp de rééducation comme dans certains pays, l’accent est mis sur la supposée barbarie de ces supporters. Dans le business qu’est devenu le football il faut dire que les Ultras prennent la forme de dangereux révolutionnaires ne se laissant pas mater par les petits caporaux du foot bourgeois qui en retour jubileraient à l’idée de les faire monter à l’échafaud en place de Grève pour faire tomber la lame de la guillotine. Ce faisant, ces petits caporaux bourgeois s’accommodent bien du masque de chevalier de la sécurité des familles pour attaquer les Ultras. Dans la Grèce antique, plus précisément dans le théâtre grec – constitué quasiment uniquement de tragédie – le masque avait une double utilité que l’on retrouvait chez notre chère caste. La première, celle que tout le monde connaît était une utilité qu’on pourrait appeler esthétique. Il s’agissait évidemment de prendre les traits du personnage joué. Le masque avait donc la dissimulation comme premier objectif. Il est assez aisé de voir à quel point la question de la soi-disant défense des familles se rendant au stade est un prétexte utilisé par ces cuistres pour attaquer le football populaire. Ceux-ci semblent effectivement ignorer que des familles et des jeunes enfants sont massivement présents dans les tribunes populaires, que c’est dans celles-ci que la transmission se fait. Lire la suite

Manifeste pour un football populaire et socialiste (1/3): le foot phagocyté

Récemment, les évènements qui se sont produits à Lille ont été l’occasion pour les tenants d’un football aseptisé et totalement soumis aux lois de la finance de mener une offensive à grande échelle. Depuis des semaines, en effet, les tensions entre Ultras et instances ont atteint une forme de paroxysme. Si les Ultras ont longtemps été les véritables rats de laboratoires de toutes les politiques liberticides qui sont aujourd’hui appliqués au plus grand nombre, les dernières semaines ont vu cette défiance franchir une étape supplémentaire. Dans son excellent livre Les Affects de la politique, Frédéric Lordon dans une optique très spinoziste explique que la politique est avant tout constituée d’affects et que c’est parfois le franchissement de seuils imperceptibles qui précipitent des changements d’ampleur, il me semble que nous sommes en train de vivre un pareil moment. Le football est depuis des années, sinon des décennies, soumis aux règles de la finance la plus folle et le foot business tant décrié gagne chaque jour en puissance. Toutefois, les ultras bordelais et marseillais dans un même élan, rejoints par un grand nombre de groupes ultras, ont sonné le tocsin face à la Ligue de Football Professionnel et aux instances préfectorales ou étatiques. Le match opposant les deux équipes au Vélodrome il y a quelques semaines a été l’occasion pour les ultras phocéens d’envoyer des mots doux à ces instances dans ce qui s’apparentait à une véritable proclamation de lutte. L’envahissement de terrain à Lille il y a quelques jours a engendré des réactions de toute cette constellation bourgeoise qui a le foot populaire en horreur et qui aimerait tant « rééduquer » les supporters pour les transformer en consommateurs – ou à défaut expulser les derniers représentants du football populaire des stades de foot.

Nous avons ainsi vu fleurir les appels à nettoyer les tribunes et autres réactions faussement outragées. Je crois fermement que derrière les Ultras c’est à toute une conception et à un certain imaginaire du football que cette caste veut s’attaquer. Les tenants du foot en loges vomissent notre vision populaire et fraternelle du football. Aussi cette coterie s’empresse-t-elle de fustiger la supposée violence dont nous serions coupables en passant sous silence sa propre violence. Je l’ai déjà dit il y a quelques temps lors de la répression des ultras marseillais et bordelais, je suis persuadé que nous sommes en train d’arriver à une forme de lutte pour la survie, une espèce d’affrontement final. Le foot business – ou bien plutôt ce qu’il conviendrait d’appeler le football phagocyté par le capitalisme néolibéral financiarisé – se sent désormais assez puissant pour avoir l’ambition d’écraser sans vergogne le football populaire. Exit la vision populaire, ouvrière et socialiste qui a fait l’identité du football pendant des décennies pour mieux imposer le diktat de l’économie financiarisée et de la classe bourgeoise. Pour paraphraser un président déchu, notre adversaire n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti mais il gouverne aujourd’hui le football depuis son trône de la FIFA, cette adversaire c’est celui du capitalisme néolibéral financiarisé qui après avoir contaminé notre sport populaire entend porter l’estocade finale et nous exproprier totalement pour définitivement remplacer le supporter par le consommateur, l’émotion par le profit, la passion par les comptes de résultat. En face de cette nuit sombre et éminemment menaçante, nous nous devons de nous lever et de porter notre lumière pour rallumer les étoiles selon le si beau vers d’Apollinaire. Assez des luttes défensives, le temps est passé d’être offensifs et de construire un nouvel imaginaire. Lire la suite