Superleague : Refuser leur renoncement, exiger la révolution

Manifestation sous l’Occupation – Valias Semertzidis

Le football Français puis Européen a été saisi par plusieurs secousses ces dernières semaines. Tout d’abord une sortie de Pablo Longoria sur la formation des joueurs et le modèle de jeu proposé par les entraineurs français. Puis c’est toute l’Europe qui a été saisie par les volontés séparatistes de certains riches clubs du vieux continent. Ces petites secousses, auraient pu permettre d’amorcer une vraie réflexion de fond, mais on est resté en surface avec des postures caricaturales. Réflexion autour de ces dynamiques.

Le football professionnel européen est saisi de plusieurs dynamiques, mais finalement, c’est un ensemble de clubs très riches qui veulent rester très riches et étendre leur privilège. À l’intérieur, des chaines payantes encouragent ou soutiennent tout ça, des agents ou intermédiaires se gavent et des gens veulent préserver une hypothétique identité du football ou des clubs. En France, c’est une corporation d’anciens joueurs, de vieux dirigeants qui ont surfé et profité de l’argent massif dans le football et qui ne veulent pas laisser leur place ou se remettre en question. Nous, supporters, des fois spectateurs, quelques fois même consommateurs sommes à la marge, peu considérés et surtout rarement écoutés. Pourtant, il est possible de profiter de ce moment de tension pour faire émerger un autre projet pour le football.

Démasquer ceux qui se présentent comme nos alliés

En France, la DTN, la FFF ou encore l’UNECATEF se présentent comme les seuls capables de faire progresser le football Français, de former de la meilleure des façons des entraineurs et encourager l’émergence des meilleurs talents et en faire des joueurs pro de grande qualité. En Europe, l’ECA, l’UEFA ou encore ce fameux Florentino Perez pour ne citer que lui se présentent aussi comme les seuls à être capable d’encadrer le football Européen, de le valoriser, de générer le plus d’argent et donc de rendre le football pro européen rentable. À l’échelle mondiale, la FIFA a aussi cette posture. Tous acceptent ou cohabitent ensemble, tant que les platebandes sont respectées, mais finalement ils protègent quoi ?

C’est surement le plus intéressant de voir que l’UEFA sorte du bois et se vante de protéger le football européen et l’égalité de la LDC où en gros chaque équipe qui est qualifiée dans la compétition peut remporter le trophée juste après l’annonce de la Superleague. L’UEFA n’est présente et puissante essentiellement parce qu’elle a le soutien des plus grands clubs à qui elle a offert de grandes libertés et une réforme de la C1 durant les années 90 pour offrir plus de places qualificatives en LDC à un petit nombre de pays. Actuellement, elle a peur pour son hégémonie, parce que les clubs ont grossi, et peuvent maintenant être tenté de vivre sans elle, quand l’UEFA ne semble pas être capable d’être aussi puissante sans les meilleurs clubs européens.

En France, les dynamiques sont moins importantes, mais une corporation cherche à garder l’hégémonie culturelle sur la manière d’appréhender le football et la manière d’en parler. Bien sûr que les médias dominants sont souvent décevant sur ces points, le CFC étant l’illustration du néant que génère le traitement du football réduit à un empilement de buts mal montés sans réflexion un peu profonde. Quand Pablo Longoria fait le constat que les joueurs formés en France sont neutres et que les coachs vendent surtout une adaptabilité plutôt qu’un modèle de jeu, il émet un constat, aucunement il crache sur ce qui est proposé. Lui, grâce à son vécu, a une vision différente, un peu plus épaisse que la consanguinité du football français comme le dit si bien Jean-Marc Furlan qui s’échange les postes contre des faveurs.

L’idée n’est pas de ne pas vouloir comprendre leur dynamique. Ces gens, ces institutions, ces organisations ont une place dominante, légitime ou non, mais elles font tout pour la conserver. Ici le football, son traitement, son accessibilité ses valeurs ne sont pas dans leur priorité, en tous cas on ne le remarque pas en dehors de posture verbale très énervante. De moins en moins de personnes regardent le football, mais c’est pour le bien du football et il est important de continuer cela, parce que sans ça, le Real Madrid va faire faillite en ne pouvant pas claquer 50 millions sur un Brésilien capable de faire trois jongles les yeux fermés. À chaque fois que les représentants de ses institutions, que Florentino Perez ou Ceferin parlent, il faut accueillir leur parole avec méfiance, même de la défiance, parce qu’ils ne sont pas nos alliés, ils veulent juste qu’on soit d’accord avec eux pour qu’ils puissent continuer à être là. Il faut refuser les situations de monopole, refuser le corporatisme et surtout refuser qu’une minorité puisse décider sans concertation avec l’ensemble des acteurs et sans transparence.

Déconstruire un discours et s’attaquer aux structures

Quand on a compris que ces gens ne veulent pas faire émerger un nouveau football, une nouvelle économie, ou un nouveau traitement, mais tout faire pour conserver leur place et toutes les mesures qu’ils mettent en avant ne sont là que pour rendre leur vision supportable, il devient important d’écouter leur discours, sans pour autant leur donner trop d’importance. Il est important de comprendre que tout capitaliste n’a qu’un seul but : amasser toujours plus, de pouvoir, d’argent ou de richesses matérielles. Tenter de raisonner des gens qui ne font rien de raisonnable est une perte de temps. Littéralement.

C’est là le plus important, Florentino Perez, quand il vient sur le plateau d’El Chiringuito pour expliquer que le Real est proche de la faillite parce qu’il n’est pas en capacité de mobiliser plusieurs millions d’Euros sur un joueur, il y croit, vraiment. Pour beaucoup, l’homme est un être raisonnable et encore plus que pour un capitaliste, qui se place toujours comme étant la raison dès qu’une voix dissonante se fait entendre n’hésitant pas à la taxer d’utopiste déconnecté. Il faut prendre Florentino Perez pour ce qu’il est, le représentant d’un football européen qui s’est construit en amassant toujours plus d’argent, qui n’arrive pas à penser la stagnation et le VRP d’un capitalisme qui n’a honte de pas grand chose, même pas de venir pleurer à la TV pour avoir plus d’argent quand des gens meurent de faim dans des pays développés. La comparaison peut vous sembler démago, elle l’est surement, mais c’est toujours important de se le rappeler quand on écoute un riche se plaindre qu’il ne gagne pas assez pour continuer à rester le plus riche.

De même que la posture de Hubert Fournier, DTN à la FFF et donc responsable de la formation des éducateurs et aussi de la formation des jeunes ne peut pas accepter la position de Pablo Longoria, sachant que c’est le système qui l’a placé là et qu’il doit le défendre. Lui comme Florentino Perez ou d’autre n’ont que faire des réformes, ils veulent préserver une architecture qui leur permet de rester à leur place. Ils peuvent même être remplacés, d’autres tiendront un discours sensiblement identique dans les grandes lignes. Hubert avait la possibilité de décrire la méthode française, d’expliquer pourquoi ils bossaient comme ça, ce qui aurait permis de comprendre, d’expliquer sans pour autant amorcer une réforme et d’être dans une démarche pédagogique. Il a choisi le tournant démago. S’arc-boutant sur les résultats de la FFF et de la capacité d’exportation des jeunes joueurs français sans parler de jeu, d’émotions ou de football finalement. Une réponse de comptable capitaliste à des gens qui veulent parler football.

Quand on apprend que la SuperLeague renonce à son projet actuellement, acceptant de fait le projet de l’UEFA qui va déjà grandement dans le sens des séparatistes depuis très longtemps le tout sans rien proposer de nouveau, cela doit nous faire sauter de notre chaise. Ces gens jouent au grand seigneur, Florentino Perez est le premier à expliquer qu’il porte le projet Superleague pour le bien du football, qui n’est actuellement pas viable pour lui. Quand Tebas est debout contre le projet Superleague qui serait une grave erreur alors qu’il a été le premier à réfléchir à délocaliser des joueurs de Liga aux US, on se rend bien compte qu’ils ne pensent pas au football, mais à préserver un certain système. Pourtant, Javier dit préserver le football. Un renoncement sans nouvelle proposition ensuite n’est qu’un retour en arrière, une chose qui ne nous convient pas parce que le modèle précédent est tout aussi horrible et problématique. Finalement, la Superleague ne verra pas le jour la saison prochaine, mais nous on a rien gagné. Ils sont toujours aux commandes, avec la possibilité d’imprimer un discours et les thèmes quand nous sommes toujours à la marge de tout ça. Subissant leur attaque ou l’instrumentalisation des enfants quand c’est leur système d’expropriation qui a coupé de sa base le football.

Penser un autre football

Quand on a compris qu’il semble impossible de faire changer ces systèmes, du moins rapidement, de faire émerger un nouveau football en reformant des structures qui n’ont qu’une finalité : tout faire pour rester dominante, on se libère d’un poids et en même temps cela fait peur. La FIFA, l’UEFA, la FFF, les grands clubs, offrent un cadre rassurant, quelque chose que l’on connait, avec lequel on a nos habitudes, nos points de divergences mais qui structure nos vies depuis longtemps. L’idée est pourtant d’intégrer, qu’il est difficile de changer ces structures sans porter un discours neuf, quelque chose de différent, d’ambition et surtout de radical. Il faut se dire qu’actuellement on a perdu, l’économie du football ne nous perçoit seulement comme des consommateurs à séduire, pas comme un groupe à écouter. C’est dur, mais finalement, Floper s’en moque de nous, il sait déjà qu’il aura une chaine ou un État qui financera ses délires capitalistes, spectateurs ou non. Ils nous dominent, nous oppriment, encouragent, soutiennent ou ferment les yeux sur les dérives sécuritaires à notre égard, ils font tout pour dénigrer notre parole, notre vision. Nous avons assez souffert, il est temps de frapper fort, surtout qu’ils ont baissé la garde, pensant qu’ils avaient annihilé nos forces vives et notre espoir de lendemain meilleur pour le football.

Tous ces systèmes ont des visions court-termistes, on a beau leur dire que le football génère de l’argent, qu’il faut mieux s’en servir, juguler l’inflation, et qu’il faut arrêter de toujours payer plus des joueurs. Ils ne nous écoutent pas, arguant qu’il est important de vendre plus cher des joueurs achetés chers pour rendre des bilans comptables désastreux acceptables. Il n’y a rien de rationnel là-dedans, mais c’est une vision capitaliste qui n’a jamais été un modèle économique rationnel, mais qui met énormément de force pour nous expliquer que tout ce qu’ils font c’est rationnel alors qu’on remarque bien que non.

Je pense qu’il est important de rendre ce football plus juste, pas plus égalitaire ou équitable, qui sont des notions qui ne font qu’aider les plus riches en vantant un statu quo ou des mesurettes qui ne sont pas là pour l’affichage. Dans cette démarche, pour rendre le football supportable et limiter l’inflation, mais surtout le détournement de l’argent du football vers des acteurs peu recommandables, il est important de s’attaquer aux indemnités de transferts qui doivent être encadrées au maximum. Cela va à rebours de certaines préconisations d’économistes qui veulent surtout encadrer les masses salariales pour rendre l’économie du football supportable quand on doit militer pour la fin de la spéculation. Je pense qu’il faut tout faire pour rendre impossible la marchandisation des joueurs et tout faire pour que les acteurs ne puissent plus se servir des clubs ou des institutions pour leurs intérêts personnels.

Les indemnités de transferts ou de mutation, qui ne devraient être que des rachats de contrat avec un calcul assez simple : multiplication du salaire mensuel par le nombre de mois restant de contrat sont pourtant le terrain de jeu des spéculateurs qui font tout pour vendre ces joueurs le plus cher possible, espérant pouvoir prendre une commission ou arroser un copain qui aura permis d’en tirer le plus tout en réalisant une bascule positive comptablement. Ici, le joueur n’est pas considéré, l’argent ne sera pas réinvesti pour rendre le club plus solide, mais pour racheter un autre joueur qui aura la même destinée. Il n’est pas difficile de faire de l’argent dans le football, surtout quand rendre des clubs viables économiquement n’est pas un objectif. Si on veut rendre le football plus juste, il faut tout faire pour arrêter cette spéculation.

L’idée est simple, toute indemnité de mutation qui dépasse 5% du montant du contrat sera taxée à 100%. Les montants récoltés pourront irriguer un fond géré par une assemblée de joueurs qui sera là pour militer pour une rémunération digne pour l’ensemble des footballeurs européens puis mondiaux. Il faut aussi obliger les transferts d’argent dans ce cadre à transiter via un canal dédié, où la transparence sera de mise. Toutes transactions en dehors de ce cadre entrainera un bannissement à vie du football des acteurs impliqués. Si plus de possibilités de spéculer sur des jeunes joueurs pour faire des bascules financières, flatter des bilans comptables ou arroser des agents ou des intermédiaires, il reste quoi ? Des projets sportifs.

L’idée n’est pas de dire que cette solution est miraculeuse, mais elle semble la plus adéquate pour sortir un maximum le football de sa financiarisation. Finalement, il est important de préserver la liberté de circulation des acteurs, c’est pour ça qu’un retour à un football pré-arrêt Bosman est une erreur. Pourquoi interdire à un jeune joueur de pouvoir signer dans un autre club s’il en a envie ? Cependant, il faut empêcher que ce départ ne soit encouragé seulement par la perspective de profits pour le patron de club capitaliste ou de l’agent. Le problème à cet instant, c’est vraiment les zones grises autour des indemnités de transfert, et non le salaire des joueurs qui sont en même temps des salariés et des moyens de productions. S’il y a bien un acteur dans le football qui mérite de telles rémunérations dans un football dérégulé où l’argent coule à flot, c’est bien eux.

Ces deux mesures ne sont qu’une première étape, dans un football communiste, cette caisse notamment n’aura plus de sens parce que les logiques capitalistes ne seront plus la norme et l’ensemble des hommes et femmes pourront vivre dignement sans avoir à se soucier du lendemain et l’ensemble des moyens de productions seront socialisés et dirigé par des assemblés larges. Il semble important de porter ce projet, de le découper en actions qui seront facile à mettre en place pour faire tomber le capitalisme à terme. Ce monde n’est plus supportable, il est important d’amorcer un changement maintenant, de tenir le cap et de ne faire aucune concession avec des personnes qui ne veulent qu’exploiter leur prochain et agrandir leur capitale. Démasquer nos ennemis, proposer une autre vision, un projet à long terme et des actions à court terme pour comprendre ce qu’on veut mettre en place, voilà un football plus juste.

Benjamin Chahine

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