La primaire PS ou le dernier pari de François Hollande

Marie-Noëlle Lienemann Benoît Hamon, Gérard Filoche et Arnaud Montebourg ; ils sont déjà quatre candidats à la primaire de la gauche – un doute subsiste encore pour Montebourg qui a annoncé être candidat à l’élection présidentielle sans préciser s’il passera par la case primaire. Ces quatre candidatures sont toutes issues de ce que l’on appelle « l’aile gauche » du PS quand bien même il y aurait des différences significatives entre ces différents candidats. Chacun d’entre eux est en effet relié aux autres par un même dénominateur commun : la volonté de ramener le parti plus à gauche en étant son candidat ou tout du moins en influant sur le futur candidat.

Ne soyons pas naïfs. Si Arnaud Montebourg, eu égard à sa personnalité, sa participation aux primaires de 2011 et ses ambitions bien ancrées postulent, il me semble, vraiment pour être candidat – ce que tend à prouver sa tentation de partir à l’abordage sans passer par la primaire – les trois autres candidats déclarés semblent tout au plus avoir pour ambition de faire avancer quelques idées. Tout au plus Benoît Hamon lance-t-il peut-être une offensive en vue de l’après 2017 dans l’optique de prendre le parti. S’il faut bien reconnaître une chose à François Hollande c’est son grand sens politicien lorsqu’il fut premier secrétaire du PS durant onze années. Le voilà qui semble s’être remis dans ce rôle avec l’organisation de la primaire, primaire qui s’apparente à un coup de poker. Lire la suite

L’islam et les musulmans, chronique d’une hystérie française (3/3): apocalypses et catastrophes

La perspective renversée

Burkini, voile et signe religieux ou autant d’éléments qui prouveraient selon certains un refus d’intégration de la part des Français de confession musulmane. La résurgence du fait religieux surprend évidemment dans notre pays marqué par une sécularisation longue de plusieurs décennies, sécularisation prophétisée par Nietzsche et son célèbre « Dieu est mort ». Ce qui semble le plus dérouter observateurs, politiciens et citoyens lambda est sans aucun doute le fait que ce « retour du religieux » soit en partie portée par les jeunes générations. D’aucuns ne saisissent pas pourquoi les deuxième, troisième voire quatrième générations n’ont pas embrassé la logique de discrétion et de sécularisation. Aussi ces observateurs considèrent-ils l’absence de gêne vis-à-vis du fait religieux comme un refus d’intégration de ces jeunes générations dans la société. Ce propos est largement répandu dans les sphères médiatiques, politiques ou sur les réseaux sociaux. Et pourtant, il me semble que l’on pourrait élaborer une autre hypothèse qui consisterait à renverser cette perspective. Cette hypothèse, que je vais tenter d’expliciter ci-après, revient à dire que la religiosité affichée par les jeunes générations, loin d’être une marque de refus d’intégration, montre au contraire une intégration pleine et entière dans notre pays et notre société. En somme, il s’agit de retourner la perspective. Lire la suite

L’islam et les musulmans, chronique d’une hystérie française (2/3): les principes dévoyés

Au nom du vivre ensemble

Mardi dernier, Marwen Muhammad, le porte-parole du CCIF était l’invité de RTL aux alentours de 13 heures pour réagir à la polémique autour du burkini et dialoguer avec des auditeurs de la station de radio. J’écoutais son intervention d’une oreille distraite lorsque tout à coup l’un des auditeurs (dont j’ai oublié le nom) m’a sorti de ma torpeur estivale. Il affirmait en substance qu’il était opposé au burkini parce que celui-ci était une provocation et qu’en ces temps troublés celle-ci était mal venue. Ce n’est toutefois pas cette partie de son propos qui m’a fait sortir de ma torpeur mais bien plus la conclusion de celui-ci répétée plusieurs fois telle une antienne qui a vocation à devenir vraie parce qu’on la martèle. Si cet auditeur était contre le burkini, c’était au nom du vivre ensemble que ledit maillot mettait à mal. J’ai donc tendu l’oreille avec plus d’attention pour l’entendre conclure une deuxième intervention par les mêmes propos, au nom du vivre ensemble le burkini est à proscrire. Passons sur la question du burkini en tant que tel et concentrons-nous plutôt sur le vivre ensemble ainsi défendu par l’auditeur. Il me semble assez clair qu’une telle définition du vivre ensemble n’aurait rien à envier au fameux novlangue crée par Georges Orwell dans 1984.

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L’islam et les musulmans, chronique d’une hystérie française (1/3): soyez discrets, déshabillez-vous

[EDIT]

Le procureur en charge de la rixe de Sisco a affirmé que ladite rixe n’avait aucun fondement religieux a priori et relevait bien plus de la « logique de caïdat » avec tentative de privatisation de la plage. Toutefois cela n’enlève rien au fait que le maire de Sisco s’est précipité pour interdire le burkini, preuve à mes yeux de l’hystérie inquiétante qui touche notre pays actuellement.

En cette période olympique, il est des disciplines où nos politiciens excellent et méritent sans contestation possible la médaille d’or : le maniement de l’outrance et de l’invective ou l’instrumentalisation de l’islam à de sombres fins politiciennes et électorales. C’est bien simple, depuis presque deux mois il n’est pas un jour sans polémique autour de tel ou tel sujet se rapportant directement ou indirectement à l’islam et aux musulmans français. Il faut reconnaître à nos belles âmes le mérite de la constance et de l’inventivité tant elles parviennent jour après jour à se renouveler et à aller toujours plus loin dans l’invective, la polémique de bas étage et, in fine, dans l’accroissement de la division. Toutefois, pour être totalement juste, il faut reconnaître que ceux-ci prospèrent sur un terreau déjà bien présent et alimenté au quotidien par leurs multiples pitreries absolument indigne du moment singulier que traverse notre pays.

Du citoyen lambda au responsable politique, de la petite commune corse de Sisco à Cannes la clinquante, de la plage publique à un parc aquatique privé, notre pays est peu à peu gagné par l’hystérie et nos irresponsables responsables politiques ne font rien pour apaiser les choses, bien au contraire. Matin, midi et soir nous voyons se succéder les petites phrases et les grandes accusations, les propos rances et les tenues de camouflage qui les entourent ou encore les propos orduriers et les propositions les plus liberticides. Sous couvert de lutter contre un ennemi – Daech – c’est toute une communauté qui se retrouve stigmatisée et livrée à la vindicte populaire. Entendons-nous bien, il faut évidemment lutter contre Daech de la manière la plus implacable qui soit. Toutefois, à mes yeux, agir comme nous le faisons en France et hystériser le débat public n’est pas, c’est un euphémisme, le moyen le plus pertinent ou le plus efficace de lutter contre lui mais bien au contraire le moyen le plus sûr de le renforcer par nos divisions qui, si rien n’est fait, ne tarderont pas à se transformer en fractures irrémédiables. Lire la suite

Les attentats, l’état d’urgence et les trois théâtres

Dans la nuit du 19 au 20 juillet dernier, l’état d’urgence a une nouvelle fois été prolongé. Il était alors 4h53 et une très large majorité (489 voix pour, 26 contre et 4 abstention) approuvait alors la prorogation de cet état d’exception pour six mois supplémentaires, portant son application au moins jusqu’à janvier 2017. Ce vote faisait suite à l’effroyable drame qui a frappé Nice au soir du 14 juillet alors même que François Hollande avait annoncé la levée de l’état d’urgence lors de la traditionnelle interview du même jour. Quelques jours plus tard, le 26 juillet, un nouvel attentat frappait la France et aboutissait à l’égorgement du père Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray. La succession des faits semble chaque fois contredire les multiples prorogations de l’état d’urgence comme si les terroristes se jouaient de lui pour mieux surprendre et horrifier.

Ce sont donc à nouveau des réactions d’effroi auxquelles se sont, malheureusement ajoutée, des manœuvres politiciennes de bas étage qui ont suivi cette nouvelle attaque sur le sol français. Les membres de l’opposition, à commencer par le premier d’entre eux, se sont empressés de réclamer toujours plus de mesures sécuritaires pour lutter contre le danger terroriste, allant même jusqu’à arguer qu’il fallait outrepasser la Constitution, simple « argutie juridique ». A chaque attentat c’est la même scène qui se met en place entre exigence sécuritaire et attaques politiciennes si bien qu’il ne me paraît pas exagéré de voir trois grands théâtres dans les multiples actes effroyables que connaît notre pays depuis désormais un an et demi : théâtre terroriste, théâtre politicien et théâtre sécuritaire. Il me semble que les réflexions de Guy Debord sur la Société du Spectacle peuvent pleinement s’appliquer à ces phénomènes. Si l’écrivain attaquait farouchement le capitalisme dans son ouvrage, au vu de la mondialisation il n’est pas absurde de penser que la société du spectacle s’est désormais répandue sur toute la planète. Lire la suite

La mort d’Adama Traoré, éternel recommencement

« Ok ! J’ai beau brailler sur des dizaines de mesures, j’peux rien t’dire d’original qu’un autre rappeur t’ait jamais dit. Parce que finalement nos plaintes sont les mêmes, on décrit la même réalité, on dénonce les mêmes problèmes. Titre après titre, album après album. Au point qu’j’ai l’sentiment que tout ça n’est qu’un éternel recommencement… » affirmait déjà Youssoupha il y a presque dix ans dans son morceau Eternel recommencement issu de son premier album. Force est aujourd’hui de constater avec l’affaire Adama Traoré que ces mots étaient prémonitoires et que depuis rien, ou presque, n’a changé notamment à propos des violences policières. Le schéma classique s’est reproduit entre possible (probable même) bavure policière, absence presque totale de couverture médiatique (ainsi que l’a bien noté Acrimed) et déferlement de haine sur les réseaux sociaux à l’égard de ces « racailles » qui dans le fond n’ont que ce qu’elles méritent.

Mort le 19 juillet, on pourrait penser qu’Adama a été éclipsé de l’actualité uniquement en raison des deux attentats qui ont entouré ce terrible drame. Et pourtant des violences policières américaines ont été traitées dans les médias dans les jours entourant cette tragédie. Cette différence de traitement a d’ailleurs entrainé la publication d’un édito au vitriol dans le New York Times et intitulé « Black Lives Matters in France too » que l’on peut traduire par « La vie des Noirs compte aussi en France » au cours duquel le quotidien américain dénonce « la culture de l’impunité bien ancrée chez les policiers français » qui « mène à des abus d’autorités sur les minorités ». En somme, chez la plupart de nos médias c’est la vieille histoire de la paille et de la poutre qui fait loi dans le traitement des violences policières. Lire la suite

La libéralisation du marché des autocars ou le grand enfumage

Dimanche dernier, le 31 juillet, l’émission Capital a diffusé un reportage sur les autocars « nouveau moyen low cost » de partir en vacances. Ledit reportage tentait bien de rendre compte des bons côtés et des mauvais côtés de cette nouvelle pratique, notamment en montrant comment les géants du secteur (Isilines, Flixbus, Mégabus, etc.) faisaient subir une pression monumentale à tous leurs sous-traitants et les dérives que cette nouvelle tendance pouvait entrainer comme le fait que des conducteurs sans permis sont chauffeurs – conséquence de l’impossibilité légale des compagnies à contrôler le nombre de points sur les permis des chauffeurs. Toutefois – et comme pour toute production intellectuelle ou médiatique – un large biais était présent dans ce reportage.

Dans cette ode aux autocars que nous a proposé Capital, l’accent était en effet mis sur l’avantage procuré par la libéralisation du marché des autocars à savoir celui de permettre à des personnes aux revenus modestes de pouvoir se déplacer et partir en vacances ou rentrer plus régulièrement chez elles (pour les étudiants notamment). Ironie de l’histoire, dimanche était l’anniversaire de l’assassinat de Jean Jaurès, celui-là même qui dans son célèbre Discours à la jeunesse de 1903 que le « courage c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe ». En ce sens et selon moi, le reportage de Capital ne révèle qu’une vérité partielle et partiale à l’égard de la question des autocars. Lire la suite

Lettre ouverte d’un idiot utile de l’islamisme à Frédéric Encel et Yves Lacoste

Mes chers Frédéric Encel et Yves Lacoste, j’ai lu avec attention votre tribune écrite à quatre mains publiée dans Le Monde le 26 juillet dernier et sobrement intitulée « Face à une idéologie fanatique, nous devons réenchanter la nation républicaine » – tribune que l’on peut retrouver ici. Cette tribune était, je l’imagine, une réponse à l’attentat effroyable commis par deux membres contre une église de Saint-Etienne-du-Rouvray qui s’est soldé par l’égorgement du père Jacques Hamel. Ce nouvel acte de terrorisme, bien qu’il n’ait pas été aussi meurtrier que le carnage de Nice du 14 juillet, nous remue intensément nous Français parce qu’il convoque des souvenirs atroces. Avant de lire cette tribune je vous connaissais de nom bien évidemment avec une connaissance un peu plus approfondie, si j’ose dire, d’Yves Lacoste. Je me souviens de ces années de classes préparatoires au cours desquelles vous étiez cité assez souvent par mes professeurs de géopolitique en tant que grand géographe. Pour vous, Frédéric Encel, ma connaissance de votre œuvre est bien plus incomplète. Le fait est que vous êtes aujourd’hui des géopoliticiens reconnus quand moi je ne suis qu’un simple étudiant.

Quel poids a donc ma petite voix d’étudiant face aux vôtres ? Elle ne pèse pas grand-chose je le concède aisément. Néanmoins, j’ose espérer – même si je suis conscient qu’il s’agit certainement d’un vœu pieux – que vous prendrez le temps de lire ce petit texte et, pourquoi pas, que vous y répondrez. J’ai avant tout trouvé cette tribune intéressante car dans cette période de trouble, je suis persuadé qu’il faut savoir raison garder et ne pas céder à l’hystérie comme le font bien trop souvent nos représentants politiques de l’opposition comme du gouvernement. Je le répète, de prime abord, votre texte semble être une véritable bouffée d’oxygène qui ouvre un espace de débat et de réflexion. Malheureusement, le lecteur est très vite déçu puisqu’il suffit de quelques lignes pour s’apercevoir qu’il ne s’agit en aucun cas d’une tribune qui pousse à la réflexion et au débat mais bien d’un texte qui a pour ambition d’imposer sa vérité comme universelle et de renvoyer tous ceux qui ne pensent pas de la même manière dans une espèce de mélange un peu rance des ennemis de la Nation.

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Loi travail et masques fracassés

Mercredi, dans l’indifférence presque générale, Manuel Valls a de nouveau utilisé l’article 49 alinéa 3 de notre constitution pour faire adopter la loi Travail. Voilà donc l’épilogue – politicien tout du moins – d’une bataille engagée en mai et dans lequel l’exécutif a laissé plus que des plumes, généré plus que des rancœurs et provoqué des violences, symboliques et physiques, de part et d’autre. Comme lors de la deuxième lecture du texte à l’Assemblée nationale aucune motion de censure n’a été dégainée pour tenter de contrer le texte – et de faire tomber Manuel Valls et son gouvernement. En réalité, lors de cette troisième lecture la menace d’une motion de censure n’a jamais pesé sur le Premier ministre et son gouvernement.

Les débats au sein de l’hémicycle – ou les simulacres de débats plutôt – à propos de la loi El Khomri auront finalement suivi une évolution linéaire dans la baisse de la contestation, feinte ou réelle, à ce projet de loi gouvernemental. En première lecture la droite avait déposé une motion de censure et l’aile gauche du PS alliée aux communistes et écologistes avait tenté d’en déposer une, manquant opportunément le coche à deux signatures près. Même cirque lors de la deuxième lecture du côté de l’aile gauche de l’Assemblée et aucune motion de censure déposée par la droite. Et hier, aucune tentative de déposer une motion de censure même du côté gauche de l’hémicycle alors même que les opposants au texte ont publié une tribune signée par 58 députés, soit le chiffre fatidique. Dans ce théâtre, les Tartuffe ont perdu leurs masques hier. Et nous ne nous en plaindrons pas. Lire la suite

Nice ou l’échec sécuritaire

Jeudi dernier la France a donc de nouveau été frappé durement par un attentat. Après Charlie Hebdo et l’Hyper Kasher, après le Bataclan, le Stade de France et les terrasses parisiennes et après Magnanville c’est Nice et sa célèbre promenade des Anglais qui ont été touchés. L’accélération des horreurs est palpable et semble faire de la France un navire qui fonce tristement à l’abime. Les mots sont chaque fois plus difficiles à trouver, les soucis plus difficiles à porter et la société plus difficile à maintenir soudée. Chaque attentat vient ajouter une fracture de plus à notre société déjà morcelée. Les bougies brillent un peu moins fort qu’après le 13 novembre mais elles sont toujours là et témoignent de ceux qui nous séparent des semeurs de mort, le fait que nous nous sentons solidaires des autres malgré la solitude de nos craintes.

Le drame de Nice marque toutefois une rupture à mon sens. Il y a d’abord l’accélération du tempo déjà évoquée mais il y a aussi, et peut-être surtout, l’élargissement de la terreur à toute la France. Inconsciemment ou non, beaucoup pouvait se sentir relativement à l’abri tant qu’ils n’étaient pas résident dans Paris. Cela est peut-être égoïste mais l’attentat de Nice m’a bien plus secoué que ceux du 13 novembre. Peut-être parce que l’accumulation des attaques est pesante mais surtout parce que cette fois on se dit qu’on aurait vraiment pu y être. Cet attentat marque également une rupture parce que la France et les Français pensaient peut-être en avoir fini avec cette spirale infernale. Nous avions retrouvé les joies de se retrouver dans la rue et, osons le dire, une forme d’unité derrière le parcours de l’Equipe de France de football. Une rupture enfin parce que cette fois, contrairement aux attentats précédents, l’unité nationale a volé en éclat en quelques heures et que les responsables politiques ont repris leurs querelles politiciennes alors que les cadavres étaient encore fumant. Lire la suite