Le politique se meurt, vive la politique !

Défiance, désintérêt, abstention, fracture, autant de mots qui reviennent quand on évoque le rapport qu’ont aujourd’hui les citoyens avec le politique. A chaque élection on ressort les sempiternelles mêmes grilles d’analyse : une abstention toujours plus forte, un désintérêt de plus en plus marqué pour les politiques, une défiance grandissante envers la totalité de la classe politique. Lorsqu’on s’avise d’aller interviewer des abstentionnistes, le fameux « premier parti de France » comme aiment les appeler les différents médias, c’est toujours les mêmes réponses : « on n’y croit plus » par-ci, « les politiques ne peuvent rien pour nous » par-là ou encore « tous pourris, tous des menteurs ».

Force est ainsi de constater que, si le politique n’est pas encore totalement mort, celui-ci se meurt. N’entend-on pas souvent les analystes nous dire que le politique a été mis au pas par l’économique ? Notre rapport au politique est en train de radicalement changer nous dit-on. Il se pourrait, en effet, que nous vivions une sorte de basculement dans la manière d’aborder l’action publique et que l’on arrive au crépuscule d’un certain modèle. Alors évidemment, le temps historique est long et quand je parle de crépuscule, cela ne veut pas dire que demain tout sera chamboulé mais d’ici une génération, il me semble que notre rapport au politique aura durablement changé. D’aucuns y voient une catastrophe, je suis bien plus enclin à y voir une opportunité magnifique de revenir aux racines de la politique.
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L’enfant de la lune a rejoint les étoiles

C’est fou comme, par moments, la vie parvient à vous couper le souffle un peu comme un grand coup de poing mis dans la rate. C’est un peu ce que j’ai ressenti lundi soir en apprenant la mort de Sya Styles. Finalement à l’annonce de sa mort, c’est un peu une partie de mon enfance et de mon adolescence qui s’est envolée. En créant la Psy4, Sya Styles et ses compères ont en effet marqué durablement la scène rap marseillaise et produit nombre de classiques dans les années 90 et 2000. Même si leurs derniers albums s’écartaient assez de ce qui fut leur crédo initial, ils resteront comme un groupe de rap important à Marseille.

Sya Styles était l’homme de l’ombre, celui que l’on connaissait le moins mais celui sans quoi rien n’aurait été possible. C’est, effectivement, lui qui a fondé le groupe et c’est lui qui composait les instru sur lesquelles Alonzo, Vincenzo et Soprano se donnaient à cœur joie. Caution musicale du groupe, Sya Styles n’était pas pour autant étranger aux différents thèmes abordés par la Psy4. Ainsi, il a durablement marqué l’univers des DJs rap et sa perte est grande pour le rap français. Lire la suite

Dix ans après, rien n’a changé…

« Les élus ressassent rénovation ça rassure/Mais c’est toujours la même merde derrière la dernière couche de peinture ». Cette phrase, tirée de Demain c’est loin, a déjà 16 ans et pourtant elle est tristement d’actualité. Hier, en voyant Manuel Valls se gargariser d’effectuer une réunion ministérielle en banlieue, aux Mureaux plus précisément, j’ai eu une nouvelle fois l’impression de vivre encore et encore la même scène, celle où un homme politique vient faire de grandes annonces du type « il faut que l’apartheid cesse » ou encore « non il n’y a pas de territoires en marge de la République ». Ces multiples phrases, les habitants des banlieues, ces quartiers menaçant comme la télé nous les montre, en ont assez.

Il y a dix ans, Zyed et Bouna périssaient dans un transformateur EDF. Ce que beaucoup ont vu comme un simple fait divers de plus, représentatifs des racailles de surcroît, est finalement devenu le point de départ d’une immense contestation dans les banlieues. L’état d’urgence fut alors déclaré pour quelques semaines et les forces de police déployées dans les quartiers dits sensibles. D’aucuns n’ont voulu voir dans ces émeutes que l’expression de la violence de la jeunesse des quartiers. Bien peu à l’époque ont tenté de mettre en évidence les problèmes économiques, politiques et sociaux qui minent ces quartiers. Dix ans plus tard, les jeunes se font descendre dans les quartiers nord marseillais. Beaucoup d’observateurs nous expliquent qu’il s’agit là d’une exception marseillaise. Loin d’être d’accord avec ces analyses, je suis bien plus enclin à voir dans la situation marseillaise un symbole, celui du statut quo dans les banlieues. Lire la suite

Règlements de comptes : quand cesserons-nous d’être spectateurs ?

Encore un énième règlement de comptes s’est produit dans la nuit de samedi à dimanche dans les quartiers nord de Marseille. En prenant mon petit-déjeuner et en voyant les sujets se succéder à ce propos sur les chaines d’infos en continu j’avais l’impression de vivre un éternel présent. Comment, en effet, ne pas voir l’histoire inlassablement se répéter dans ces tueries ? Malgré la force de l’habitude et de la routine mortifère, c’est à chaque fois le même effroi, à chaque fois le même choc. C’est toujours les mêmes mots qui reviennent dans la bouche de ma mère d’autant plus quand les victimes n’avaient que 15 ans. A l’effroi et au choc s’est désormais substituée la résignation.

Si «l’habitude du désespoir est pire que le désespoir lui-même» ainsi que l’écrivait Camus dans La Peste, alors dans les cités des quartiers nord de Marseille nous vivons le pire sentiment qu’il soit. Tout le monde ou presque, en effet, s’est habitué à ce terrible désespoir qui voit de jeunes gens sombrer dans les trafics de drogue et tomber petit à petit sous les balles de leurs homologues. Et pendant ce temps chacun s’accommode du rôle de spectateur, des politiques aux parents en passant par les membres du réseau associatif. Les plus pervers viendront même nous expliquer qu’essayer de comprendre le pourquoi de ces agissements revient à les excuser. Alors je vous pose la question, combien de temps encore resterons-nous spectateurs ? Lire la suite

Les défis d’une Afrique qui bouge

D’après les mots d’Abdou Diouf, ancien président du Sénégal, l’Afrique est désormais « un continent d’avenir qui ne supporte plus le regard apitoyé des autres ». Autrefois il aurait été interprété comme l’expression d’une fierté bravache et inconsciente mais aujourd’hui il saisit la réalité d’une Afrique subsaharienne en mouvement. La croissance rapide de l’économie est l’indicateur le plus marquant : elle a atteint 5,7% de croissance en 2013 (quand la zone € peinait à sortir de la récession) soit deux points de plus que la croissance mondiale. Depuis 2001, sa croissance atteint et le plus souvent dépasse les 5% annuels et même durant le marasme mondial de 2009 sa croissance se maintenait à 2,8%. Mieux encore, depuis douze ans la croissance économique est deux fois plus rapide que la croissance démographique donc l’Afrique s’enrichit. Ainsi, au cours des années 2000, selon Hugon, la part de la population vivant en deçà du seuil de pauvreté absolue est passé de 66 à 60%, 32% de la population gagnent entre 1500 et 3800€ annuels (contre 29 au début de la décennie). Néanmoins, ces chiffres cachent des disparités importantes entre les 49 Etats subsahariens : l’Afrique du Sud (30% du PIB de la région) et le Nigéria (21) pèsent économiquement autant que tous les autres Etats réunis. Lire la suite

Tous responsables de la résonnance de Morano ?

Depuis le 26 septembre dernier et son passage à On n’est pas couché, Nadine Morano est au centre de tous les débats et de toutes les attentions. De son passage sur le plateau de Laurent Ruquier, on n’a retenu qu’une seule phrase : « La France est un pays de race blanche ». Voilà comment huit petits mots ont provoqué un ouragan et placé l’élue européenne au centre de la vie politique française depuis 20 jours. Loin de moi l’idée d’absoudre Nadine Morano mais quand je vois tout le remue-ménage provoqué par son intervention je me dis que nous avons tous une part de responsabilité dans la résonnance qu’a pu avoir Nadine Morano à la suite de ses propos.

Tous les regards se tournent en premier lieu vers les médias puisque la candidate aux régionales a écumé les plateaux télés et les matinales de radio à la suite de son passage dans le talkshow de France 2. Evidemment, les premiers responsables sont les médias qui ont donné une tribune extraordinaire à madame Morano, si bien que ces trois dernières semaines auront été celles où elle a été le plus sollicitée par les médias durant sa vie politique. La course à l’audience et à l’audimat a, bien entendu, participé de cette dynamique. Recevoir Nadine Morano, c’était l’assurance de faire les gros titres. Toutefois, les médias sont loin d’être les seuls responsables. Nous sommes, en effet, tous responsables d’une certaine manière en relayant sur Twitter, Facebook et les autres réseaux sociaux des propos que l’on prétend combattre. Lire la suite

Hitler n’était pas fou

La vie nous réserve parfois son lot d’ironie et de circonstances cocasses. C’est ce que j’ai ressenti en lisant La Part de l’autre d’Eric-Emmanuel Schmitt. Au même moment, en effet, une polémique naissait en Allemagne à propos du film Er ist wieder da (comprenez « il est de retour ») tiré d’un best-seller et qui relate une fiction dans laquelle Hitler se réveille à notre époque. Cette polémique vient nous rappeler qu’il existe encore un énorme tabou à propos de l’ancien dictateur allemand. Il est assez drôle de constater que ces controverses et ces polémiques avaient aussi accompagné la parution du livre de Schmitt. Il en fait d’ailleurs le récit dans le journal à la fin du livre.

Pourquoi un tel tabou ? L’auteur de La Part de l’autre l’explique bien dans le livre (qui est le roman d’Adolf Hitler et d’Adolf H, son alter ego, ce qu’aurait pu devenir Hitler). Ce qui est en jeu, c’est la vieille distinction entre « comprendre » et « excuser » voire « justifier ». En somme la plupart des gens estiment que comprendre Hitler revient à excuser l’abominable crime qu’il a perpétré. Derrière cette première raison, se cache une autre raison, plus perverse elle. Il s’agit en fait de noircir Hitler pour mieux se blanchir, de se dire qu’Hitler était fou et que seul un génie du mal pouvait suivre cette pente. Tout le génie d’Eric-Emmanuel Schmitt est de nous montrer, tout au long du livre, que cette vision est complètement erronée, que tous, selon les circonstances ou selon nos analyses nous pourrions un jour devenir Hitler. Un tel livre ne vous laisse pas indemne.

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Les incohérences des partisans du plan B

Le 12 septembre dernier, lors de la Fête de l’Humanité, un débat a été organisé entre Jean-Luc Mélenchon, Stefano Fassina, Yanis Varoufakis et Oskar Lafontaine (le dirigeant de Die Linke, la gauche radicale allemande). A la suite de ce débat, le président du Parti de Gauche a annoncé qu’un sommet du plan B se tiendrait à Paris les 14 et 15 novembre prochain. Par plan B, il faut entendre la fin de l’austérité, le retour à une politique ambitieuse ayant vocation à réduire les inégalités socio-économiques et à replacer l’humain au centre de la politique. En somme, il s’agit pour les partisans du plan B de faire exactement le contraire de la politique menée actuellement en Europe et qui a montré tous les dégâts et la casse sociale qu’elle pouvait faire.

En publiant Un Autre monde est possible, Yanis Varoufakis ne dit pas autre chose. Le plus rude opposant à l’ordo-libéralisme allemand et donc à Wolfgang Schaüble lors de la crise grecque de l’été dernier est sans conteste la tête d’affiche de ce mouvement qui exige un plan B en Europe. Il est à la fois sa voix, son incarnation mais aussi malheureusement le reflet de son incohérence et de son refus d’aller jusqu’au bout. « Il est aisé d’être logique. Il est presque impossible d’être logique jusqu’au bout » écrivait Camus dans Le Mythe de Sisyphe. Telle est aujourd’hui la position des partisans du plan B, par crainte ou par conviction, ils se refusent d’aller au bout de leurs revendications.
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Le Volkswagengate ou le règne de l’hypocrisie

Voilà désormais une quinzaine de jours que le scandale Volkswagen, comme on a décidé de l’appeler, a éclaté. Indignation (quasi) unanime, démission du PDG de l’entreprise allemande, plongeon du cours de l’action sur les bourses, autant d’éléments qui sont venus égrener ces deux semaines au cours desquelles Volkswagen a vu tout le monde ou presque lui tourner le dos, à commencer par l’Etat allemand qui, très vite, s’est désolidarisé de l’entreprise qui est pourtant un de ses fleurons. Après la surprise est donc venu le temps de l’indignation et des grandes déclarations de la part des politiques. Les Etats-Unis ont ainsi la ferme volonté d’infliger une amende record à la firme de Wolfsburg tandis qu’en France, beaucoup appellent à des examens plus approfondis sur les véhicules.

Derrière ce lynchage en règle que subit actuellement Volkswagen, il me semble surtout que la plupart des personnes ou entreprises qui ont vertement critiqué l’entreprise allemande le font pour mieux détourner les regards sur leurs propres errements ou sur leurs agissements qui ne sont, pour la plupart, pas bien plus honnêtes que ceux de VW. Qu’il n’y ait pas méprise, je n’absous absolument pas Volkswagen qui est évidemment le principal coupable dans cette affaire. Toutefois, plutôt que de voir en elle une brebis galeuse, je suis bien plus enclin à y voir le révélateur de certains problèmes de notre système capitaliste contemporain. En somme, le système tente de transformer Volkswagen en pharmakos en essayant de nous faire croire que la firme automobile aurait drainé tous les travers et qu’il faut donc la punir pour assainir le système alors qu’elle est le symbole du système actuel. Lire la suite

Le discours du pape au Congrès américain, symbole de la fin du sacré

Le Pape François s’est donc rendu au Congrès américain pour s’exprimer devant les Représentants. En faisant ceci, il a été l’auteur d’une grande première. Jamais, en effet, un souverain pontife ne s’était rendu dans un Parlement pour y tenir un discours. En ce sens, la visite de François aux Représentants américains, en même temps qu’elle marque un tournant historique, sonne aussi comme un symbole puissant. Elle marque, en effet, la fin du sacré dans la mesure où il n’y a désormais plus de séparation entre le sacré et le profane.

Cette visite marque évidemment la fin du sacré religieux. Toutefois, le sacré n’est pas nécessairement d’essence religieuse comme nous le montre Roger Caillois dans L’Homme et le sacré. Evidemment, cet affaiblissement du sacré n’est pas récent. Depuis des siècles nous assistons à une érosion de celui-ci mais comme le note très brillamment Régis Debray dans son nouveau livre en forme de testament, Madame H, notre époque est celle de sa fin complète et définitive. Plus de sacré religieux donc mais plus de sacré non religieux aussi, voilà la période que nous vivons actuellement. Lire la suite