La victoire à la Pyrrhus d’Alexis Tsipras

Tsipras réussit son pari. Voilà ce que l’on pouvait lire dans à peu près tous les journaux européens ce lundi matin. Le leader de Syriza a donc réussi à remporter un troisième scrutin de rang après les législatives de janvier dernier et le référendum de juillet. Le voilà ainsi conforté par le peuple grec selon tous les observateurs. Un peuple grec qui s’est abstenu à hauteur de 40%, ce qu’oublie de mentionner la plupart des observateurs. Certains se laissent même aller à la métaphore footballistique en nous expliquant que Tsipras « virevolte, dribble ses adversaires, leur met des petits ponts pour finir par marquer le 3ème but ».

Ce qu’on oublie de nous dire, c’est que Tsipras n’a pas fait de pari. Il a été contraint de démissionner ce n’est pas son choix. Ayant été mis en minorité à la Vouli, celui-ci avait l’obligation de former une nouvelle coalition ou de convoquer à nouveau aux urnes des Grecs fatigués et usés par une austérité toujours plus pesante. Alors certes, Tsipras et Syriza comptent aujourd’hui 145 sièges à la Vouli. Tsipras pourra à nouveau former une coalition avec les Grecs Indépendants de l’ANEL (qui ont, eux, obtenu 13 sièges) et continuer à gouverner mais cette victoire électorale s’apparente bien plus à une victoire à qui gagne perd qu’au triomphe électoral que l’on nous vend.
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Algérie : quand le Sud reprend sa place

Intervention militaire française au Mali, prise d’otages à Tiguentourine, manifestations des chômeurs à Ouargla… En 2013, le sud de l’Algérie a pris une place prépondérante dans l’actualité. Alors que cette région recèle les hydrocarbures qui assurent le train de vie de l’Etat, elle était restée marginalisée tant économiquement que politiquement. Bien qu’engagé de longue date, ce rééquilibrage géographique n’est pas sans générer des inquiétudes.

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Martin Eden ou la défaite de l’individualisme

De Martin Eden, on en entend souvent que c’est un roman autobiographique, très beau, dans lequel Jack London projette sa propre vie. Il y a évidemment de ça. On constate des similitudes troublantes entre les vies de Jack London et de Martin Eden, notamment dans l’itinéraire de la misère au succès ou dans la motivation première de cette élévation sociale, à savoir l’amour porté à une femme. Martin Eden ressemble à Jack London dans ses tentatives forcenées d’être publié et surtout dans les refus qui lui sont opposés au départ. Jack London ressemble à Martin Eden quand il va réclamer avec fracas l’argent qu’un journal lui doit pour une nouvelle.

Toutefois, il me semble qu’il faille voir dans Martin Eden bien plus qu’un simple et beau roman autobiographique. Dans ce livre, Jack London partage, à mon sens, sa philosophie. D’ailleurs, comme l’écrivait si brillamment Camus, une roman n’est-il pas qu’une philosophie mise en image ? A mon sens, Jack London nous livre avec ce roman, considéré à raison comme son chef d’œuvre, sa conviction philosophique la plus profonde : l’individu ne peut l’emporter face à la société. En refusant tous les codes, Martin se condamne à l’échec finalement, échec qui marque, pour Jack London, la défaite ultime de l’individualisme.
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Où sont les valeurs humanistes de l’UE ?

En 2012, l’Union Européenne a reçu le Prix Nobel de la Paix. «Le combat réussi pour la paix, la réconciliation, la démocratie et les droits de l’Homme» constituait alors, aux yeux du comité, l’accomplissement majeur de l’UE. L’UE a œuvré pour la «fraternité entre les nations» toujours selon le comité. Parmi les grandes réalisations mises en avant, le comité a notamment insisté sur le retour de la démocratie dans les anciennes républiques populaires ainsi que le triomphe des droits de l’Homme dans le continent européen. Ces valeurs d’humanité, de solidarité et d’égalité sont régulièrement mises en avant par les dirigeants européens.

Et pourtant, force est de constater que l’Union Européenne transige souvent avec ces valeurs qu’elle dit fondamentale pour elle. En laissant prospérer en son sein des politiques fondées sur l’exclusion, la séparation ethnique voire la mise en place de ghettos dans certains pays, l’Union Européenne trahit ses principes fondamentaux. « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire » disait Einstein en son temps. Cette phrase s’applique parfaitement à l’Union Européenne actuelle. En se taisant devant les velléités xénophobes de certains de ses membres, elle concourt à l’avènement d’idéologies contraires aux droits de l’Homme. Lire la suite

A gauche, la lâcheté décide de tout

La semaine dernière, le premier secrétaire du parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, était sur le plateau d’On n’est pas couché pour présenter et faire la promotion de son nouveau livre intitulé A gauche, les valeurs décident de tout. Dans cet ouvrage, il explique que l’essence même de la gauche (comprenez le Parti Socialiste) est de s’adosser à ses valeurs et de les défendre coute que coute. Il précise également que depuis quelques temps la gauche a pu transiger avec ce principe là et qu’il faut qu’elle revienne rapidement à ses valeurs fondamentales sous peine d’être vouée à disparaitre en tant que gauche.

Monsieur Cambadélis semble oublier qu’il est premier secrétaire du PS et qu’il est donc, de facto, celui qui est censé insuffler la dynamique au sein du parti. Si la gauche s’est détournée de ses valeurs, il n’y est donc pas étranger. Et pourtant, le livre ne sonne absolument pas comme une autocritique mais bien comme une charge contre quelque chose d’informe. En utilisant le mot « gauche », le premier secrétaire s’exonère de dire clairement quelles sont les personnes visées par sa diatribe. Toutefois, il a raison sur un point : la gauche s’est bel et bien détournée de ses valeurs. Par lâcheté face aux sondages ou face à l’Allemagne, le PS a renié ses valeurs d’égalité et de solidarité, fondements de son identité. Lire la suite

Laissez-moi être un monstre

Jeudi dernier, je me suis levé en me disant que j’allais profiter d’une de mes dernières matinées sur Marseille avant de remonter à Nantes. J’ai donc pris mon petit déjeuner comme tous les matins et j’ai allumé la télé pour regarder les infos. En apprenant qu’une nouvelle embarcation de migrants avait sombré, j’ai ressenti cette même boule dans le ventre que je ressens à chaque fois que j’apprends la mort d’innocents mais jusque-là rien de bien nouveau. C’est en levant la tête et en voyant la photo du jeune Aylan que le choc est venu. Le long de mes joues se sont mises à couler des larmes. Pendant longtemps. J’en suis même arrivé à me demander si j’étais normal.

Et c’est précisément ce questionnement qui m’emmène à écrire cet article. Je me suis rendu compte que si pleurer devant cette photo n’était pas considéré comme normal alors je ne voulais pas l’être et que je préférais être un monstre. Je vais même plus loin, je revendique mon caractère monstrueux. Si l’on s’intéresse à l’étymologie du mot, on constate qu’il descend du verbe latin qui signifie monstranum ce qui laisserait supposer que le mot désignait à l’origine un phénomène que l’on montrait. En biologie, un monstre est un individu dont la conformation s’écarte notablement des standards de son espèce. Si la normalité que l’on nous propose c’est d’être des humains inhumains alors laissez-moi m’écarter des standards de notre espèce. Lire la suite

Lettre à toi, la fille de Phocée

Prologue : C’est toujours triste les aux revoir

Il paraît que c’est au moment de la quitter que l’on se rend compte à quel point on aime une personne. Cela fait déjà une année que je suis parti vers d’autres horizons pour y suivre mes études et pourtant je ressens toujours ce même spleen lorsque vient le temps de repartir et de te quitter à nouveau pour plusieurs mois. Certains me diront que je devrais désormais avoir l’habitude de te dire au revoir. La vérité c’est qu’à chaque fois que je reviens te voir je me dis que ce plaisir n’est que momentané et je me prépare mentalement à devoir te dire au revoir dans peu de temps. Malgré toutes ces précautions c’est toujours le même sentiment amer que je ressens en repartant vers ta sœur qui vit tellement loin de toi. Au moment de t’écrire ces lignes, je regarde par la fenêtre du train et je contemple une dernière fois avant des mois ta silhouette et des courbes que je connais tant. Tel Orphée qui ne put s’empêcher de se retourner pour regarder Eurydice, je suis incapable de détourner mon regard même si ce coup d’œil m’emplit de mélancolie. Lire la suite

Ce que l’émergence des DJs nous dit de notre société

Calvin Harris, David Guetta, Avicii. Vous avez surement déjà entendu parler de ces DJs tant leur reconnaissance est grande de nos jours. Ces artistes touchent en outre des millions d’euro. Ainsi à la reconnaissance se couple une réussite financière indéniable. En 2014 les trois DJs cités précédemment ont respectivement gagné 66, 30 et 28 Millions d’euros, de quoi se mettre à l’abri pour plusieurs générations. Leur rémunération ne me dérange pas en elle-même. A vrai dire j’apprécie, comme beaucoup de jeunes, danser sur leurs sons qui sont souvent les tubes de l’été. Le seul pour qui j’ai une certaine rancœur reste David Guetta à propos de Marseille Provence 2013 (il avait alors réclamé 450 000€ à la mairie pour se produire à Marseille et avait ensuite fait payer chaque billet 50€).

Ce qui m’intéresse particulièrement, ce n’est pas tant l’émergence de ces DJs ou l’argent qu’ils peuvent brasser. Ce qui m’intéresse plutôt c’est de réfléchir de manière plus globale sur leur émergence, c’est d’essayer de comprendre ce que cette émergence nous dit de notre société et de notre époque. D’aucuns penseront certainement que je fabule quelque peu et qu’extrapoler à la société les enseignements que nous apporte un style musical est exagéré. Toutefois, il me semble que les styles musicaux nous disent beaucoup sur les époques dans lesquelles ils voient le jour. Pas de hasard dans la concomitance entre les revendications afro-américaines et l’apparition du jazz ou dans celle entre l’apparition du rap et la mise en place de revendications dans les banlieues. Lire la suite