Après la consternation, la réflexion et l’action !

« Le choc », « Ça se rapproche »,  « Résister ! ». Les unes de la presse françaises sont unanimes en ce lundi 7 décembre 2015. Le Front National est sorti renforcé du 1er tour des élections régionales. Récoltant près de 30% des suffrages au niveau national, il s’affirme de plus en plus comme le premier parti de France. En se plaçant en tête dans près de 52% des communes françaises, le voilà qui renforce encore son maillage territorial. Après ce premier tour, le parti de Marine Le Pen vire en tête dans 6 régions sur 13 et est en mesure de probablement gagner 3 de ces régions : le Grand-Est, le Nord-Pas-de-Calais Picardie et la PACA. Le coup est rude pour beaucoup. Evidemment on s’attendait à une large victoire du FN lors de ces régionales mais hier, à 20h, les craintes se sont matérialisées sous nos yeux. Je mentirais si je disais que je n’ai pas pris un énorme coup derrière la tête.

Ma région natale, la PACA, a placé Marion Maréchal Le Pen en tête avec près de 40,55% des suffrages. En regardant les résultats à Marseille et en voyant le FN en tête sur 13 arrondissements sur 16 je n’ai pu retenir quelques larmes. Et maintenant on fait quoi ? On continue à pointer du doigt les abstentionnistes et les votants FN ? On continue à faire la même chose ? Cette même politique qui depuis 30 ans a fait que le FN est aussi haut aujourd’hui ? Ou alors on réfléchit et on essaye d’analyser les raisons profondes de ce succès pour mieux lutter contre les idées du Front National. La France est en crise politique nous dit-on. Je suis d’accord mais alors il faut prendre l’acception grecque du terme : nous sommes au moment d’un choix. Ou bien nous nous réinventons ou bien le FN arrivera au pouvoir.

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Lettre ouverte d’un jeune provençal à Marion Maréchal Le Pen

Ma chère Marion, j’ai longuement hésité avant de t’écrire cette lettre. Je prends la liberté de te tutoyer et j’espère que tu m’en excuseras. Si je me permets de prendre cette liberté c’est avant tout parce que notre différence d’âge est minime. Tu as 25 ans, moi 22, nous appartenons tous les deux à la même génération, celle née au tournant des années 1990 après la dislocation de l’URSS et l’avènement de la mondialisation. Et pourtant, hormis notre appartenance à la même génération tout, ou presque, nous oppose. Te voilà donc tête de liste aux élections régionales en PACA quand moi je suis un simple étudiant, originaire et amoureux de cette même région. J’ai donc pris ma plume, j’ai écrit et puis je me suis dit « à quoi bon ? ». Tu ne prendras jamais la peine de la lire. Surement ne sauras-tu même pas que cette lettre a existé. J’ai alors jeté mon brouillon. Puis j’ai réfléchi à nouveau et je me suis dit que je me devais de t’écrire cette lettre pas pour toi ou pour moi mais pour la PACA, cette région que je chéris tant, et pour la France, ce pays que j’aime profondément (même si j’imagine que tu auras du mal à croire ces mots).

Tu te demanderas, toi et beaucoup de lecteurs j’imagine, quelle légitimité ai-je moi du haut de mes 22 ans et de mon simple statut d’étudiant pour me permettre de venir te porter la contestation à toi, qui est à ce jour la plus jeune élue de l’histoire de l’Assemblée Nationale de notre pays. Eh bien c’est, il me semble, le principe de la démocratie de permettre à n’importe quel citoyen de s’exprimer et de porter la contradiction aux élus. Toutefois, une raison plus profonde me pousse à t’adresser cette missive. Depuis quelques semaines, tu n’as cessé de manier l’outrance et la provocation au cours de tes discours de campagne. Finalement, tu as bel et bien intégré les codes de notre génération puisque ce faisant tu cherches à faire le buzz, ce fameux mot dérivé de bzzzz et qui, en somme, renvoie à quelque chose de bruyant mais qui n’a pas de sens réel. Ta dernière saillie sur les musulmans à qui tu accordes quand même le droit d’être francais, et je t’en remercie, à « condition de se plier aux mœurs et au mode de vie que l’influence grecque, romaine et seize siècles de chrétienté ont façonné » m’a arraché un sourire et poussé à t’écrire la présente lettre.

Parce que finalement, je pense que je représente à la fois ce que tu abhorres et ce que tu crains par-dessus-tout à savoir un Français de confession musulmane qui est bien loin des extrémistes que tu dépeins à longueur de discours. Alors oui, il m’arrive de porter la djellaba, ce vêtement que tu as en horreur, pour aller prier, cet acte qui te répugne au plus haut point. Et pourtant j’aime mon pays, la France, peut-être même plus que toi au vu des multiples approximations historiques et intellectuelles que tu peux commettre (mais j’y reviendrai). Je suis donc un Français qui n’a ni renié sa foi ni mis de côté l’amour pour son pays. Dans la vision simple et binaire que tu proposes, je réintroduis – sans effort aucun – la complexité et la nuance. Dans une France que tu voudrais manichéenne, moi et tant d’autres représentons ce mélange possible entre foi d’une part et amour du pays d’autre part. Et c’est précisément la raison pour laquelle je me devais de t’écrire ce texte, pour montrer que, finalement, le schéma que tu nous dessines est loin d’être la règle mais l’exception. Oui Marion, on peut être musulman et aimer la France ou, si tu préfères, on peut aimer la France tout en étant musulman. Je n’y vois, personnellement, aucune antinomie.

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Le peuple d’en bas de Jack London

L’avis de la Petite Plume :

Jack London est un mythe, mon auteur de référence. De par sa vie et ses écrits, il ne cesse de me surprendre et de me plonger dans son univers. Jack London n’a pas seulement écrit  » Croc blanc  » et  » L’appel de la forêt « , c’est également l’auteur de nombreuses nouvelles et récits tirés directement ou non de son expérience du grand Nord, de la navigation ou du vagabondage comme  » Martin Eden  » ou  » La route « . Le peuple d’en bas est une nouvelle fois la preuve de la grandeur de Jack London.

Ce livre ressemble davantage à un documentaire d’immersion car l’auteur a fait le choix de vivre durant 6 mois dans les quartiers les plus populaires de Londres, en 1902. L’East end  de la capitale anglaise est, à ce moment, un lieu où la misère est commune est les destins souvent tragiques, touché par une forte mortalité au sein même, à ce moment là, du plus puissant pays du monde. Lire la suite

« Génération Bataclan » : derrière le slogan, la réalité

Vendredi 13 novembre 2015, Paris a été touché par des attentats meurtriers. 130 personnes y ont été lâchement assassinées par les fantômes du diable. Attablés à une terrasse de bar, postés devant un bon repas, suivant un match de foot ou écoutant un concert au Bataclan tels ont été les derniers moments des 130 victimes des attentats de Paris. En visant ces endroits, les ouvriers du démon se sont attaqués à une certaine génération : celle des 20-30 ans qui aiment se retrouver pour passer un moment de détente autour d’une bière, d’un repas, d’un match de foot ou d’un simple concert.

Après le choc, après l’émoi et après l’émotion, il a fallu poser des mots sur ce carnage – Les mots ne sont-ils pas en effet une des meilleures thérapies ? – extérioriser ce mal-être qui résidait en chacun de nous. Le 16 novembre, Libération titrait sur la « Génération Bataclan » et rajoutait en sous-titre « Jeunes, festifs, cosmopolites ». Si l’hommage envers une génération visée, meurtrie et solidaire est touchant, vouloir résumer notre génération à cela n’est pas pertinent à mon sens. Sommes-nous plus festifs et jeunes que les générations précédentes ? Je ne pense pas.
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Le tournant sécuritaire

Après m’être penché sur la politique extérieure que mène la France depuis les attentats du 13 novembre, je m’attaque au pan intérieur des conséquences induites par les attaques subies par notre pays il y a deux semaines. Aux yeux de tous les observateurs, François Hollande a opéré un virage presque à 180° en matière sécuritaire à la suite du drame qui a bouleversé la France. « Le pacte de sécurité est supérieur au pacte de responsabilité » a-t-il tonné devant le Congrès le lundi suivant les attentats. Ce faisant, il prend des airs de Reagan qui, en son temps, affirmait lui aussi que la défense de son pays n’avait pas de prix et qu’entre le creusement du déficit et la sécurité de ses concitoyens le choix était fait.

En 1983, un autre François, lui aussi président socialiste, fit le choix d’un tournant surprenant : celui de la rigueur. Le Mitterrand européen prit alors le pas sur le Mitterrand socialiste comme il est coutume de dire. Le reniement économique n’aura pas attendu aussi longtemps du côté de Hollande. Cela fait, en effet, bien longtemps qu’il a fait le choix de mener une politique de l’offre et qu’il est ouvertement social-libéral. Finalement, en prenant ce virage sécuritaire, le président se coupe définitivement de la tradition de la gauche. Le seul fil qui le reliait encore à sa famille politique concernait les questions de justice et les questions sociétales. Il n’existe plus désormais. François Hollande avait le choix entre le reniement total et les critiques sur un supposé laxisme de la droite et de l’extrême droite. Il a choisi le reniement et il aura les critiques.

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Face à Daech, le piège de la guerre

Après le temps du choc et du recueillement vient maintenant le temps de la réflexion et du débat d’idées sur la manière de lutter contre Daech. François Hollande, lui, a déjà choisi quelle réponse était la bonne. Il a annoncé lundi matin que la France allait intensifier ses frappes en Syrie contre Daech pour faire « le plus de dégâts possibles ». Cette semaine, il entame un vrai marathon diplomatique pour convaincre tour à tour Barack Obama, Vladimir Poutine, Angela Merkel et Xi Jin Ping de former la coalition la plus large possible. Voilà donc notre président changé en chef de guerre, ce costume qu’il affectionne ainsi que l’a noté David Revault d’Allonnes dans son ouvrage, Les Guerres du président.

Dès son intervention devant le Congrès – le lundi suivant les terribles attentats – François Hollande avait prononcé le mot guerre. « La France est en guerre » disait-il alors. En guerre contre le terrorisme qui a lui-même déclaré la guerre à la France se pressait-il d’ajouter. Sur un ton solennel, presque martial, le voilà qui, s’emportant, s’ébrouait sur son pupitre : « Le terrorisme ne détruira pas la République car c’est la République qui détruira le terrorisme ». Sur la première partie de sa phrase je suis assez d’accord. Le terrorisme ne détruira pas la République, jamais. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous seuls, républicains, avons le pouvoir de la détruire. Je reste, néanmoins, circonspect sur la deuxième partie de sa phrase. « La République détruira le terrorisme » nous dit-il. Il va alors falloir vite changer de stratégie et arrêter de penser que les bombes détruiront le terrorisme, que l’épée seule détruira l’épée. Lire la suite

Jeune français de confession musulmane, je suis fatigué et apeuré

Il y a dix mois déjà, au moment des attaques contre Charlie Hebdo et contre l’Hyper Kasher, nous avions dit c’est trop, c’est la goutte qui fait déborder un vase trop plein. A l’époque on parlait d’une goutte. Aujourd’hui c’est un torrent, un torrent de larmes mais aussi un torrent de sang qui vient apporter de l’eau au moulin de la haine et de l’intolérance. En ces moments tragiques, il est difficile d’essayer de se concentrer, d’essayer de réfléchir. Réaliser ce qu’il vient de se passer est compliqué, presque impossible à chaud. Se dire que près de 130 personnes comme vous et moi sont mortes, que n’importe qui aurait pu être à leur place. Il est difficile de réaliser que c’est à Paris et non pas dans une ville lointaine que s’est déroulé le carnage.

« Demain dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne/Je partirai » écrivait Victor Hugo en son temps dans Les Contemplations. Aujourd’hui nous sommes, je pense, nombreux à vouloir appliquer ces vers, à vouloir s’évader de ce monde. Le coup qui nous a été porté est, en effet, rude. En plus de toutes ces victimes, de tous ces blessés et de tous ces corps mutilés, ce sont nos espérances qui ont été visées : nos espérances d’un monde meilleur où chacun, peu importe sa couleur ou sa religion, pourrait vivre en paix. Mais le plus effrayant, pour en revenir au poème de Hugo, c’est qu’à l’heure actuelle il est difficile de se projeter dans l’avenir. Nous sommes comme bloqués dans un présent éternel dans ces moments-là. J’ai rarement l’habitude de me définir en fonction de ma confession. Je me considère avant tout comme Français mais aujourd’hui j’ai aussi envie de m’exprimer en tant que jeune musulman. Pourquoi ? Parce que j’ai été glacé en tant que français musulman par ces attentats et que par ces attaques c’est à la fois la France, l’Islam et les musulmans que ces fantômes tentent de faire plier. C’est pour ça qu’aujourd’hui je suis à la fois fatigué et apeuré.
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Horreur dans le monde de l’insouciance

Il est 4h03 en ce samedi 14 novembre et je suis toujours debout. Comme hier, comme avant-hier, comme depuis lundi en fait. A Audencia, où je suis étudiant, c’est en effet les campagnes depuis le début de la semaine. Il s’agit de deux semaines intenses où différents groupes d’élèves s’affrontent pour obtenir les suffrages des étudiants. Les vainqueurs deviennent alors membres du BDE (Bureau des Elèves, qui s’occupe des évènements festifs comme les soirées ou le week end d’intégration), du BDS (Bureau des Sports, donc coachs) ou du BDA (Bureau des Arts). Durant ces deux semaines, les soirées s’enchainent, les différentes promos se rencontrent et le but des personnes en campagnes est de convaincre les autres de voter pour elles.

Comme depuis le début de la semaine je suis donc encore réveillé à une heure très avancée de la nuit. Et pourtant, aujourd’hui je ne rentre pas de soirée, je ne viens pas de quitter la compagnie de personnes en campagnes. Aujourd’hui (ou plutôt hier d’ailleurs) j’avais prévu de me coucher tôt afin de me reposer et de récupérer pour enchainer la semaine prochaine. Aujourd’hui, ce n’est pas la fête, l’échange et la bonne ambiance qui me tiennent éveillés mais l’effroi face aux multiples attaques menées à Paris qui ont fait, à l’heure où j’écris ce texte, 120 morts. Tout d’un coup, on relativise les campagnes, on oublie les rivalités entre listes, on se rend compte que nous vivons dans une bulle assez confortable en Ecole. Lire la suite

Quel modèle pour demain ?

Voilà sept ans que le monde est en crise. Matin, midi et soir au fil des dépêches AFP, des JT ou autres flash des chaines d’info en continu nous sommes matraqués par la crise, cette hydre à plusieurs têtes que l’on arrive ni à juguler ni même – et c’est sans doute bien plus gênant – à saisir dans toute sa globalité et sa complexité. Nombre d’observateurs et d’analystes tentent d’expliquer en quoi cette crise est conjoncturelle, qu’il suffit de s’attaquer aux conséquences de ladite crise et de rafistoler avec des rustines pour régler le problème et éviter que celui-ci ne se reproduise à l’avenir.

Il me semble que cette crise est bien plus structurelle en réalité. Si l’on s’intéresse à l’histoire économique, on se rend assez vite compte que l’économie est affaire de cycle, tout du moins en Occident. Ainsi, c’est l’oscillation entre libéralisme, au sens large, d’une part et interventionnisme étatique d’autre part qui a permis de juguler les différentes crises économiques rencontrées. Au capitalisme libéral issu de la Révolution Industrielle s’est, en effet, substitué un capitalisme keynésien beaucoup plus interventionniste avec la mise en place de l’Etat Providence. La crise de ce modèle a été jugulée par le retour en force du libéralisme, dans une version encore plus poussée sous l’impulsion de l’Ecole de Chicago. En toute logique, pour régler la crise actuelle il faudrait revenir à un ersatz du modèle keynésien. Or, le problème principal que l’on rencontre est que ce modèle est devenu complétement caduc avec la mondialisation (dans la mesure où mener une politique nationale sans s’occuper du reste de la planète n’est plus possible). Lire la suite

Dix mois après, où est Charlie ?

Il y a dix mois, quasiment jour pour jour, les frères Kouachi commettaient un crime innommables qui couta la vie à 12 personnes. Des kalachs dans une salle de rédaction, des balles contre des crayons, cet attentat n’a alors fait que confirmer l’adage qui veut que les hommes qui ont des balles combattent souvent les hommes qui ont des idées. Quelques jours après, le 11 janvier plus précisément, de grandes marches étaient organisées un peu partout en France, rassemblant 4 millions de personnes. La plus grande démonstration d’unité depuis la Libération disait-on alors. Au « Je suis Charlie » entonné par des millions de personnes s’est alors ajouté l’esprit Charlie, d’essence plus politicienne visant à célébrer cette unité de façade.

Déjà à ce moment, je m’étais méfié du fameux esprit Charlie. Emmanuel Todd, dans Qui est Charlie ?, a selon moi raison quand il parle d’une sorte de « flash totalitaire durant cette période ». Il était, en effet, compliqué de dire « je ne suis pas Charlie » à ce moment-là sous peine d’être taxé d’amitié voire de bienveillance envers les frères Kouachi et les terroristes en général. C’est d’ailleurs le travers dans lequel tombe, à mon sens, Caroline Fourest dans son livre Eloge du blasphème. Déjà à ce moment-là, la liberté d’expression n’était pas aussi défendue que ce que l’on voulait bien nous dire. En somme, les gens étaient sommés d’être libres de penser comme ceux qui défendaient l’esprit Charlie. On nous a alors expliqué que ceci signifiait défendre la liberté d’expression, valeur fondamentale de la République. Aujourd’hui, dix mois après, cette soi-disant défense de la liberté d’expression, si tant est qu’elle ait réellement existé, a disparu. Lire la suite