Le salafisme, moyen de lutter contre le terrorisme ?

Dimanche soir, les électeurs de la primaire de droite et du centre ont donc renvoyé Nicolas Sarkozy, le chantre du débat sur l’identité nationale et le monomaniaque sur la question de l’Islam, à ses études. Beaucoup de personnes ont sans doute poussé un soupir de soulagement en même temps qu’un sourire de joie non feinte à l’annonce des résultats. L’un des pyromanes était mis, en principe définitivement, hors-jeu. Le scrutin de dimanche dernier a toutefois consacré François Fillon qui est arrivé largement en tête et qui est loin d’être un enfant de chœur sur la question identitaire. Farouchement néolibéral, l’ancien Premier ministre est tout autant conservateur sur les questions de société. Durant la campagne, il n’a d’ailleurs pas hésité à affirmer sans détour que la France « avait un problème avec un seul communautarisme : le communautarisme musulman ». Le grand vainqueur du premier tour de la primaire et auteur de Vaincre le totalitarisme islamique ne s’embarrasse pas de formules retorses pour cibler une religion – on peut lui reconnaître sa franchise.

La question du terrorisme a d’ailleurs occupé une bonne partie des débats de cette primaire et chacun y est allé de sa petite voix pour expliquer comment il fallait faire pour lutter efficacement : augmentation faramineuse des effectifs policiers pour les uns, internement des fichés S pour les autres, les candidats n’ont pas manqué d’idées pour bomber le torse et gonfler les pectoraux. Chacun s’est accordé à dire que le salafisme devait être farouchement combattu et que c’était le moyen le plus sûr de détruire le terrorisme, Nathalie Kosciusko-Morizet allant même jusqu’à en proposer l’interdiction. Je serai néanmoins malhonnête si je ne reconnaissais pas que toute la classe politique ou presque brocarde le salafisme. A rebours de cela, je suis persuadé que le salafisme est l’une des manières de lutter contre le terrorisme. Je suis bien conscient du trouble que peut provoquer une telle assertion, aussi demandé-je à chaque personne qui lira ce billet d’aller jusqu’à son terme avant de crier au double discours. Lire la suite

Derrière le séisme Trump (4/4): la fin d’un monde

L’empire touché en plein cœur

La victoire de Donald Trump n’est pas un évènement isolé dans le cours de notre histoire contemporaine. Elle répond en effet à une dynamique déjà présente un peu partout sur la planète. La mondialisation est, en effet, remise en cause depuis quelques temps dans le monde occidental et depuis plus longtemps encore dans les pays du Sud qui ont bien conscience d’être les grands perdants de ce jeu de dupe. En revanche, si l’élection du magnat de l’immobilier n’est pas un évènement fortuit, elle n’en demeure pas moins une rupture dans le sens où c’est la première fois qu’un candidat ouvertement hostile à la globalisation accède au pouvoir dans un pays qui compte. La montée des mouvements nationalistes en Europe ainsi que l’émergence d’une critique de gauche radicale vis-à-vis de l’austérité au sein de l’Union Européenne étaient déjà bien ancrées. Tout le monde savait que la digue finirait par sauter un jour mais chacun considérait que si cela devait arriver, le pays concerné ne serait qu’un pays périphérique. Nous pouvions nous amuser à parier sur le pays qui marquerait cette rupture – il faut dire que les candidats ne manquaient pas. Serait-ce Victor Orban et son régime fascisant ? Le FPÖ autrichien ? Le FN en France ? Les exemples sont légions. La vague montait chaque fois un peu plus sans que rien ni personne ne semble pouvoir l’arrêter. Lire la suite

Derrière le séisme Trump (3/4): la revanche des sans-voix

Au-delà des outrances trumpiennes

 

Dans l’ensemble des médias français ou presque, le traitement de l’information sur Donald Trump se résumait à une longue litanie d’outrances de sa part. Il ne s’agit pas ici de nier les propos obscènes qu’il a tenus tout au fil de la campagne (primaire puis présidentielle) mais il me semble que s’arrêter à ces seuls propos est à la fois partial et partiel. Oui Donald Trump a eu des propos racistes, sexistes, violents. Oui ces propos s’inscrivaient dans une stratégie de violence et de mépris et n’étaient pas des dérapages. Toutefois, à trop se focaliser sur ces propos, nous avons oublié qu’il disait d’autres choses, des choses qui pouvaient parler à certains, parler à une majorité d’habitants des Swing States. Il était bien aisé de se concentrer sur ses outrances – qui étaient nombreuses – pour ne pas avoir à discuter du fond, pour éviter de voir ce que son émergence et son maintien à des niveaux anormalement élevés nous racontaient sur les Etats-Unis. Trump nous donnait à voir une face bien peu reluisante de ce pays mais il n’était pas que fureur. Il n’était pas qu’un clown qui jette ses insanités à son public pour mieux le nourrir. Derrière ces outrances, s’est construit un véritable projet politique. On peut y adhérer ou le rejeter – personnellement je le rejette – mais il n’est pas juste de résumer Trump à ses singeries et ses discours à ses outrances. Lire la suite

Pourquoi avons-nous perdu la voix ?

Aujourd’hui, Evan Risch revient sur le silence, sur notre silence, assourdissant à propos des multiples affaires qui gangrènent la République.

Financement libyen, entre soi,  séisme Trump, élites déconnectés, oligarchie : tels sont les expressions revenant comme des leitmotivs sur nos écrans si tant est que l’on suive les rares journalistes qui font encore leur métier.

Ces expressions vont au-delà de simples faits divers mais symbolisent un pouvoir faisandé par la corruption, l’intolérance, le mépris et la condescendance. Ces mots, ou plutôt ces maux, altèrent notre démocratie au point de la dénaturer de son principal pilier : le peuple.

En effet, ces coups de couteaux plantés en plein cœur d’une démocratie en perdition viennent faire perdre à chacun d’entre nous deux éléments cardinaux de notre existence : la voix des urnes et la voix de la contestation et de la revendication. Lire la suite

Derrière le séisme Trump (2/4): la faillite des prophéties

Sondages, les yeux grands fermés

 

Comme je l’exprimai dans la première partie, les campagnes présidentielles sont un moment bénis pour les sondeurs. Déjà bien présents tout le reste du temps, les sondages deviennent la drogue dure de tous les candidats dès lors qu’une campagne se met en route. Il n’est donc guère surprenant de constater que cette fois encore, les sondages auront été présent du début à la fin. Déjà lors des primaires, les sondages s’étaient assez lourdement trompés. L’émergence de Bernie Sanders n’était pas attendue et absolument pas pronostiquée par les instituts de sondages si bien que l’on a commencé à avoir des doutes sur leur pertinence. Depuis des décennies, d’aucuns nous expliquent que les sondages sont l’alpha et l’oméga de la politique contemporaine en cela qu’ils sont le meilleur outil pour prendre le pouls de la population. Aussi une spéculation s’est-elle naturellement mise en place sur les sondages. Quoi de plus normal après tout que de spéculer sur cela à l’ère du capitalisme néolibéral financiarisé ? Symétriquement aux premiers couacs et erreurs d’appréciation des sondages côté Démocrate, s’est mis en place le même phénomène côté Républicain. Les deux surprises de la campagne des primaires n’ont eu de cesse de répéter que les sondages ne mesuraient en rien les convictions profondes de la population, personne ne daigna prêter attention à ces accusations de partialité. La spéculation sur les sondages était toujours aussi forte et nul ne pensait réellement que lesdits sondages se tromperaient quand il s’agirait de l’élection présidentielle. L’on prenait alors l’argument de la primaire pour expliquer les multiples erreurs et tout le monde ou presque nous expliquait que tout rentrerait dans l’ordre une fois les investitures réalisées. Lire la suite

Derrière le séisme Trump (1/4): Frankenstein à l’heure contemporaine

Il y a un peu moins d’une semaine, Donald Jr. Trump était élu 45ème président des Etats-Unis d’Amérique. Depuis, le monde semble être groggy, sonné par un séisme que beaucoup n’avaient pas vu venir ni même imaginé une seule seconde. Pour beaucoup, classes médiatique et politique en tête, la victoire d’Hillary Clinton ne faisait aucun doute si bien que les débats portaient bien plus sur l’ampleur de sa future victoire que sur une improbable élection du candidat républicain. Faisant fi de toutes ces considérations, les Américains ont décidé d’envoyer à la Maison Blanche celui qui était considéré comme le diable en personne par l’ensemble ou presque des médias mondiaux. Chez nous aussi, les médias et toute la classe politique (le FN excepté) ont pris fait et cause pour Hillary Clinton en s’appliquant méthodiquement à présenter Donald Trump comme un dangereux psychopathe et en portant aux nues la candidate démocrate. Las, les voilà désemparés face au séisme qui s’est produit de l’autre côté de l’Atlantique. Si l’épicentre est bien situé aux Etats-Unis, tout porte à croire que des répliques sont à prévoir un peu partout dans le monde. Les plaques tectoniques ont fini par se percuter pour le plus grand malheur des uns, le plus grand bonheur des autres.

Toutefois, ce qui me semble être le plus désolant n’est pas tant l’élection de Trump que notre réaction collective. Fidèles à tout ce qui a été dit lors de la campagne, les médias continuent non seulement à taper sur Trump mais, plus grave encore, à cracher à la figure de ses électeurs. A écouter les analyses, les près de 60 Millions d’électeurs du nouveau président sont tous des beaufs racistes, sexistes et suprémacistes. La revanche du mâle blanc est certainement l’antienne la mieux partagée depuis mardi. Certes Donald Trump a été majoritaire chez les hommes blancs de plus de 45 ans mais résumer l’ensemble de son électorat à une horde de racistes abrutis et peu ou pas diplômés me semblent être précisément la pire des choses à faire en cela qu’elle nous fait passer à côté des autres enseignements de cette élection – qui sont pourtant nombreux et bien moins superficiels selon moi. Il n’est finalement guère surprenant de voir les médias reprendre cette rhétorique sur « l’accident » et sur l’électorat raciste et abruti tant ils ont soigneusement passé sous silence la dynamique de la campagne du magnat de l’immobilier. Si l’élection de Trump est un tournant majeur, comme je le pense, il me semble qu’il est important de sortir des postures et des simplifications outrancières afin de mieux saisir la lame de fond qui a parcouru les Etats-Unis et qui parcourt le Vieux Monde depuis quelques années. Loin d’être un évènement fortuit et isolé, cette élection est au contraire dans la continuité de l’histoire politique très récente. En continuité certes mais aussi en rupture puisqu’elle marque le passage à un stade plus profond de la crise existentielle qui frappe l’Occident. Plutôt que d’être simplement l’expression d’un racisme primaire cette élection fait écho il me semble à l’histoire de Frankenstein tant elle révèle la faillite des prophéties, la revanche des sans-voix et la fin d’un monde. Lire la suite

En haut on lit Marx, en bas on le subit

Dans la nuit de samedi à dimanche, un individu a une nouvelle fois tenté de mettre le feu au centre d’hébergement pour SDF situé dans le XVIème arrondissement de Paris. Dans la mesure où ledit centre accueillait déjà une cinquantaine de personne, il ne me semble pas exagéré de parler de tentative de meurtre. Un tel acte, qui vient s’ajouter aux autres tentatives d’incendie ou à la réunion houleuse qui s’était déroulée à Paris Dauphine, nous rappelle où le communautarisme et la violence sont les plus forts malgré tout ce qu’on essaye de nous faire croire. En somme, il n’y a rien de guère surprenant dans ce communautarisme du XVIème arrondissement de Paris, il répond pleinement aux théories de Marx sur la conscience de classe.

A l’heure où le Parti Socialiste n’a plus de socialiste que le nom et mène une politique franchement libérale et où les candidats à la primaire de droite et du centre rivalisent pour marcher dans les pas de Margaret Thatcher, certains pensent sans doute qu’il est dépassé de parler et de défendre les théories marxistes. N’ayons pas peur des mots, d’aucuns affirmeront même qu’une telle position est ringarde. Pourtant, il me semble que les développements du penseur et économiste allemand peuvent contribuer à expliquer grandement ce qui parcourt nos sociétés où les inégalités progressent. Fidèle à son habitude, le capitalisme néolibéral a intégré les conclusions de Marx pour mieux les utiliser contre ceux qui auraient intérêt à ce que le système change radicalement. Là est sans doute la plus grande de ses forces, d’avaler les pensées alternatives pour se renforcer en les dénaturant. Lire la suite

Sarkozy ou la stratégie du chaos

Hier, lors du débat organisé par I-Télé et BFM TV, Nicolas Sarkozy a été attaqué de toutes parts par ses concurrents. Raillé pour son retour en politique alors qu’il avait dit qu’il se retirerait en cas de défaite en 2012 par les uns, accusé en creux de délaisser le temps long pour gesticuler sur l’actualité par les autres, l’ancien président a dû se contenter de parer les coups des autres candidats à la primaire de droite et du centre. Personne, certes, ne s’est aventuré sur le dossier libyen alors même qu’il a fait l’actualité hier entre les révélations du Monde et celles de Mediapart. Toutefois, ils se sont tous livrés à l’inventaire du quinquennat de Nicolas Sarkozy. L’une des questions initiales portait d’ailleurs sur le type de présidence que chacun des candidats envisageait. Sans surprise, les 6 autres candidats ont égratigné directement ou indirectement la présidence Sarkozy.

Mise en avant de l’honnêteté par Bruno Le Maire, diatribe sur la gesticulation avec l’actualité par Nathalie Kosciusko-Morizet ou encore dénonciation de l’inconstance et de la versatilité par Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy a bien été forcé d’écouter et d’encaisser les coups. Profitant de cette question, l’ancien président a rappelé que lui avait occupé l’Elysée et que par conséquent il était mieux préparé que les autres selon lui. Il a également mis l’accent sur l’autorité. Sarkozy veut restaurer l’autorité dans un pays qui en a « cruellement besoin ». Pourtant, depuis le début de la campagne il semble axer son discours sur une stratégie du chaos. Paradoxal que le candidat de l’autorité utilise le désordre (étymologie du terme chaos) pour tenter de s’imposer. Lire la suite

Big Brother à l’Elysée

Le week-end dernier, c’est en toute discrétion que le gouvernement a publié au Journal Officiel un décret instituant un fichier monumental commun aux passeports et aux cartes d’identité. En mars 2012, déjà, Nicolas Sarkozy avait tenté d’instaurer un tel fichier mais en avait été empêché par le Conseil constitutionnel. A l’époque, le PS avait attaqué frontalement cette volonté du Président. Aujourd’hui, Manuel Valls et Jean-Jacques Urvoas créent ce fichier plus qu’inquiétant. Une nouvelle forfaiture dans ce mandat qui n’en aura pas manqué. Pour résumer, ce décret va permettre la création d’un fichier de 60 Millions de personnes. Tous les Français ou presque seront donc désormais fichés.

Certes, ce nouveau fichier de « Titres électroniques sécurisés » (T.E.S) est moins ambitieux que celui qui avait été censuré en 2012 mais il regroupe beaucoup d’informations similaires et procède de la même logique que l’ancien projet. Ce fichier regroupera les données présentes sur la puce de nos passeports biométriques mais aussi d’autres éléments relatifs aux différents documents d’identité : état civil, couleur des yeux, taille, adresse, filiation des parents, image numérisée du visage et des empreintes digitales, numéro, tarif du timbre, traces d’une perte, d’un vol, d’une interdiction de sortie de territoire, mention des justificatifs présentés pour la demande, « Informations à caractère technique relatives à l’établissement du titre » ou encore « l’image numérisée des pièces du dossier de demande de titre ». Souriez, vous êtes fichés. Lire la suite

Grèves et manifestations, les Français malades de la peste

« Selon que vous soyez puissants ou misérables, / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » écrivait Jean de La Fontaine dans Les Animaux malade de la peste en 1678. Il semblerait que trois siècle et demi plus tard, cette maxime demeure plus vraie que jamais. Sommes-nous condamnés à être frappés pour toujours de cette peste qui provoque une vision troublée et des jugements partiaux ? On dirait bien que oui. Récemment, deux mouvements de protestations ont marqué l’actualité : la grève des journalistes d’I-Télé et les manifestations des policiers réclamant plus de moyens.

Mis en regard du grand mouvement de contestation à la loi El Khomri du printemps dernier, ces deux épisodes de protestation étonnent dans la mansuétude qui leur est accordée. Il ne s’agit pas ici de juger du bien-fondé ou non des diverses mobilisations mais simplement d’étudier la réception de ces mouvements dans les médias et dans la sphère politique pour bien mettre en évidence les différences de traitements envers les grévistes ou manifestants selon le motif de leur ire. Le droit de manifester est inscrit dans notre Constitution, celle qui régit notre République, notre Res Publica, notre chose commune. Aussi me parait-il évident d’exiger un traitement identique dans les mouvements sociaux. Chose qui est loin d’être le cas. Lire la suite