La place Beauvau, nouveau tremplin de la République

Il n’y a qu’un ministère vraiment important en France : c’est celui de l’Intérieur. La formule, si elle se veut provocante, n’est pourtant pas forcément usurpée tant l’actualité et les thèmes récurrents dans le débat public de notre pays tournent autour des prérogatives de ce ministère. Mardi matin, pour remplacer le démissionnaire Valls lancé dans sa quête de l’Elysée, François Hollande a nommé Bernard Cazeneuve, son ancien ministre de l’Intérieur. Tout le monde s’est attardé sur le fait que le Président a récompensé un fidèle parmi les fidèles mais assez peu de monde s’est finalement intéressé au fait que le nouveau pensionnaire de Matignon venait de la place Beauvau.

Il ne s’agit évidemment pas de s’épancher sur le cas de ce pauvre Bernard Cazeneuve – qui a tout de même réussi l’exploit d’avoir un bilan déplorable sur presque tous les plans et de devenir chef du gouvernement – mais bien plus de s’interroger sur cette tendance lourde depuis plus d’une décennie qui veut que le ministère de l’Intérieur soit devenu une place centrale dans nos institutions et produise d’authentiques chefs en puissance – ce qui n’est pas très rassurant. Les trois derniers Premiers ministres qui ont été remplacés en cours de mandature (Raffarin, Ayrault et donc Valls) l’ont tous été par celui qui occupait la place Beauvau dans le gouvernement précédent (respectivement De Villepin, Valls et Cazeneuve). Un quatrième larron a même sauté directement de la place Beauvau à la rue du Faubourg Saint-Honoré sans passer par la case Matignon. Loin de n’être qu’un épiphénomène, il me semble que cette tendance nous en dit beaucoup sur l’état de notre pays et de notre démocratie. Lire la suite

Big Brother à l’Elysée

Le week-end dernier, c’est en toute discrétion que le gouvernement a publié au Journal Officiel un décret instituant un fichier monumental commun aux passeports et aux cartes d’identité. En mars 2012, déjà, Nicolas Sarkozy avait tenté d’instaurer un tel fichier mais en avait été empêché par le Conseil constitutionnel. A l’époque, le PS avait attaqué frontalement cette volonté du Président. Aujourd’hui, Manuel Valls et Jean-Jacques Urvoas créent ce fichier plus qu’inquiétant. Une nouvelle forfaiture dans ce mandat qui n’en aura pas manqué. Pour résumer, ce décret va permettre la création d’un fichier de 60 Millions de personnes. Tous les Français ou presque seront donc désormais fichés.

Certes, ce nouveau fichier de « Titres électroniques sécurisés » (T.E.S) est moins ambitieux que celui qui avait été censuré en 2012 mais il regroupe beaucoup d’informations similaires et procède de la même logique que l’ancien projet. Ce fichier regroupera les données présentes sur la puce de nos passeports biométriques mais aussi d’autres éléments relatifs aux différents documents d’identité : état civil, couleur des yeux, taille, adresse, filiation des parents, image numérisée du visage et des empreintes digitales, numéro, tarif du timbre, traces d’une perte, d’un vol, d’une interdiction de sortie de territoire, mention des justificatifs présentés pour la demande, « Informations à caractère technique relatives à l’établissement du titre » ou encore « l’image numérisée des pièces du dossier de demande de titre ». Souriez, vous êtes fichés. Lire la suite