Réponse au Covid et idéologie néolibérale

Le cheval de Troie – Tiepolo
Il y a quelques jours, Jean Castex a tenu une conférence de presse pour évoquer les mesures prises dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19. Au cours de celle-ci, il a expliqué que l’économie française allait à nouveau connaitre un recul de son PIB lors du 4ème trimestre de l’année en cours. S’il est encore trop tôt pour parler de récession – qui est techniquement définie comme deux trimestres ou plus consécutifs avec une croissance négative – les perspectives floues autorisent à penser qu’il se pourrait bien qu’une telle évolution ne surgisse à nouveau. Face à la colère des commerçants, face à la pauvreté qui s’accroit, face au scepticisme des citoyens vis-à-vis des mesures prises, le Premier ministre n’a opposé que du flou, ajoutant de l’incertitude à l’incertitude.
Depuis le début de cette crise sanitaire (qui se muera de manière quasi-certaine en violente crise économique et sociale), l’exécutif, notamment par la voix d’Emmanuel Macron n’a eu de cesse de proclamer l’importance des mesures prises pour maintenir l’économie française. Plan de relance de 100 milliards d’€, chômage partiel, prêts garantis par l’État (dits PGE), le pouvoir en place s’entête à affirmer qu’il propose l’une des réponses économiques les plus ambitieuses de la planète. Pourtant, loin de rompre avec la logique qu’il mène depuis son arrivée au pouvoir – contrairement à ce qu’il avait laissé sous-entendre lors de sa première allocution le 12 mars dernier – Emmanuel Macron offre une réponse néolibérale à la crise que nous traversons.
Lire la suiteLa critique du salariat et ses impasses

La tour de Babel – Pieter Brueghel l’Ancien
Depuis maintenant une semaine et pour encore au moins 25 jours, la France est de nouveau entrée dans une phase de confinement. Bien que celui-ci diffère assez substantiellement du premier (établissements scolaires ouverts, entreprises du BTP continuant à travailler, etc.), un nombre une nouvelle fois conséquent de salariés se retrouvent au chômage partiel. Cette mesure très protectrice quand on la compare à ce qui peut se faire dans le reste du monde vise avant tout à maintenir le niveau d’emploi et ainsi réduire le mur du chômage, selon la formule consacrée, qui ne manquera probablement pas de se produire en même temps qu’une crise sociale d’ampleur. Il est, à ce titre, assez ironique de constater que ce gouvernement tout acquis à la logique d’ubérisation dépenser des milliards pour cette mesure – qui marque toutefois un continuum avec l’idéologie mise en place depuis 2017, j’y reviendrai dans un prochain billet.
La pandémie et la crise sanitaire qui en a découlé ont précipité une crise à la fois économique et sociale dans la mesure où de nombreuses associations aidant les personnes en grande précarité ont annoncé l’augmentation de celle-ci avec les différentes mesures prises pour tenter d’endiguer la maladie. Plus largement, il me semble que la situation depuis mars aurait dû permettre à la gauche de mener une bataille culturelle pour la défense des services publics et une autre organisation de la société, en deux mots une rupture avec le capitalisme au moins dans sa version néolibérale. Cette rupture passe évidemment par une critique acerbe du salariat et de ses conséquences délétères même si celle-ci peut mener à des impasses relativement mortifères au vu du modèle économique dans lequel nous sommes plongés.
Lire la suiteL’escalier infernal (à propos de Samuel Paty)

Bâteaux de pêche hollandais dans la tempête – J.M.W Turner
Le 16 octobre dernier, alors qu’environ un tiers des Français s’apprêtaient à entrer dans une période de couvre-feu en raison de la recrudescence du coronavirus, c’est tout le pays qui s’est soudainement vu placer sous une chape de plomb. L’assassinat sauvage de Samuel Paty par un jeune homme fanatisé a effectivement convoqué des souvenirs douloureux des attentats de 2015 et 2016. Quasiment un an jour pour jour après l’attaque au couteau effectuée par Mickaël Harpon au sein de la préfecture de police de Paris, un professeur d’histoire a été décapité – ce qui n’est pas sans ajouter de l’horreur à l’horreur – pour avoir projeté à ses élèves des caricatures tout en prenant soin de proposer à celles et ceux qui pourraient se sentir choquer de sortir de la salle.
Après Charlie Hebdo, après l’Hypercasher, après le Bataclan, après un religieux, après la promenade des Anglais, après bien d’autres cibles c’est désormais l’école et l’enseignement de l’esprit critique qui ont été pris pour cible. Il y a un an, après l’affaire Mickaël Harpon, nous avions assisté à une forme de folie vengeresse bien loin de la rationalité que nécessite un tel combat face aux terroristes. Aujourd’hui, la dynamique semble aller encore plus loin. Quelques jours avant le lâche assassinat de Samuel Paty, le débat public avait effectivement été focalisé sur la question du séparatisme. Ce drame a ainsi donné une latitude presque totale aux tenants des solutions extrêmes et de la haine à l’encontre non seulement des musulmans mais plus largement de toutes celles et ceux qui défendent leurs droits à vivre comme les autres en France.
Lire la suiteLa politique de l’offre en quelques lignes

Allégorie de la Pologne vaincue (ou Le Prométhée polonais) – Horace Vernet
Il y a quelques jours, le gouvernement a présenté son plan de relance pour lutter contre les effets économiques et sociaux de la crise sanitaire que nous traversons. Avec les 100 milliards d’€ proposés, le pouvoir en place a expliqué qu’il soutenait ainsi l’économie et qu’il préservait le tissu social du pays, durement frappé par le confinement dont les répercussions risquent de se faire sentir encore longtemps. À l’annonce dudit plan, le MEDEF s’est, par la voix de son président, félicité d’avoir été entendu et affirmé en substance que ce plan correspondait presque en tous points à ce qu’il attendait. Sans surprise, l’exécutif poursuit la politique qu’il mène depuis son arrivée au pouvoir, à savoir une politique tournée vers les entreprises, une politique de l’offre.
Dès lors, le plan de relance apparait comme éminemment critiquable tant il semble n’être qu’un plan de financement des entreprises. Ce choix fait par le pouvoir en place ne doit guère étonner puisque des ordonnances sur le droit du travail à ce plan de relance en passant par toute une litanie de mesures prises entre temps, l’objectif n’a pas varié d’un pouce : donner toujours plus de pouvoir au patronat vis-à-vis des salariés. Cette politique de l’offre qui se poursuit au moment du plan de relance est pourtant loin d’avoir fait la preuve de son efficacité.
Lire la suiteLes sondages en quelques lignes

Oedipe explique l’énigme du Sphinx – Jean-Auguste-Dominique Ingres
Comme à l’accoutumée à la sortie du mois d’août, les différentes universités d’été et autres rentrées politiques se sont succédé ces dernières semaines. Avec elles, les sondeurs s’en sont donnés à cœur joie pour interroger « les Français ». Malgré le fait que l’année 2021 sera marquée par deux scrutins locaux, les départementales et les régionales, tout le monde semble n’avoir en tête que l’échéance de 2022 et la présidentielle qui se profile. Dans cette optique, les enquêtes d’opinion vont bon train quand bien même tout le monde ou presque sait bien qu’elles n’ont pas grand sens si longtemps avant un scrutin. Quelle formule à gauche pour battre Emmanuel Macron ? Quel candidat pour Les Républicains afin de limiter la casse ? La revanche entre Macron et Le Pen est-elle inévitable ? Autant de questions auxquelles les sondages prétendent pouvoir répondre dès à présent.
Outre le fait qu’il est plus qu’hasardeux d’annoncer des résultats aussi longtemps à l’avance – qui, début septembre 2015, était en mesure de prévoir la non-présence de Sarkozy et Hollande, le surgissement aussi fort de Macron ou le score de Mélenchon ? – les sondages participent à saturer l’espace médiatique en prétendant donner corps aux préoccupations de l’ensemble des Français. Ainsi a-t-on vu ces derniers jours fleurir les enquêtes d’opinion à propos des questions de délinquance et d’insécurité puisque le gouvernement et certains médias ont décidé de faire de ce sujet le plus important de l’été. Si les enquêtes d’opinion ne sont pas néfastes en elles-mêmes, l’utilisation récurrente des sondages comporte de larges biais qu’il s’agit de ne pas oublier.
Lire la suiteLes référendums en quelques lignes

Conference at night – Edward Hopper
Il y a quelques semaines, à la sortie de la conférence citoyenne sur le climat, Emmanuel Macron a annoncé qu’il était prêt à soumettre certaines des conclusions à référendum. Le locataire de l’Elysée a plus précisément affirmé qu’il était prêt à en effectuer deux d’ici la fin de son mandat à propos des sujets écologiques, sans doute est-ce là un moyen de reprendre la main sur le calendrier politique d’ici l’élection de 2022 – un peu comme dans la troisième saison de Baron Noir. Le référendum est effectivement un outil qui apparait souvent comme un retour à la démocratie et c’est assurément l’histoire que compte mettre en place le monarque présidentiel avec les deux qu’il envisage.
Peut-être y voit-il un moyen de répondre à l’une des revendications phares du mouvement des Gilets jaunes. Ceux-ci ont effectivement mis en tête de leurs revendications la mise en place du référendum d’initiative citoyenne (ou RIC). Présenté comme un moyen de permettre à la population d’influer sur la politique menée, le RIC était, pour les Gilets Jaunes, la manière la plus sûre de réinstaurer de la démocratie dans un système politique qui en manque affreusement. Toutefois, le référendum est extrêmement ambivalent à mes yeux et ne saurait être considéré comme la panacée face aux multiples dénis de démocratie que connait notre pays.
Lire la suiteLes théories du complot en quelques lignes

Bâteaux de pêche hollandais dans la tempête – J.M.W Turner
À la faveur de la crise sanitaire liée au Covid-19, de nombreuses théories du complot ont vu le jour. En France notamment, où le surgissement médiatique de Didier Raoult couplé à l’état avancé de décomposition de la crédibilité du pouvoir en place a joué à plein régime, nous avons pu voir ci et là des théories alambiquées se répandre. S’il ne s’agit pas ici de centrer l’analyse sur le nouveau coronavirus, la séquence que nous vivons depuis plusieurs mois est propice à l’étude de ce phénomène. Bien évidemment, l’existence de théories complotistes n’est pas née avec la crise sanitaire et de telles théories sont présentes depuis longtemps. Toutefois, la montée en puissance des réseaux sociaux et, surtout, la perte quasi-totale de crédit des gouvernements partout sur la planète ont participé à un accroissement de celles-ci.
Avant d’aller plus loin dans le développement, il importe, me semble-t-il, de définir ce que l’on entend par complot. Si l’on s’en tient aux deux définitions données par le CNRTL, les complots ont en commun d’être secrètement élaborés entre plusieurs personnes, ce qui laisse une interprétation assez large. Il y a quelques mois, un Manière de voir était consacré aux complots et au sein du magazine se logeait une phrase très pertinente. Elle expliquait qu’en matière de complots, il y a deux écueils : celui d’en voir partout et celui d’en voir nulle part. La profusion des théories du complot depuis quelques années est bien plus un symptôme de l’état de décomposition politique qu’autre chose à mes yeux. Si rien n’est fait pour déconstruire cette dynamique, elle pourrait s’avérer à la fois dangereuse et nous écarter de la seule lutte qui vaille, celle contre les superstructures qui régissent la société.
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