Auteur : Marwen
De l’hypocrisie (à propos de Sarkozy et de la prison)
Le dernier voyage du Téméraire – J.M.W. Turner
Il y a quelques jours, nous avons appris que Nicolas Sarkozy était condamné à trois ans de prison dont un ferme dans l’affaire dite « des écoutes » et qui, très prosaïquement, concerne des faits de corruption. Une information en chassant une autre, d’autant plus dans cette période particulière liée à la crise sanitaire, nous ne nous sommes pas attardés plus longtemps que cela sur ce verdict. Si Nicolas Sarkozy et ses coprévenus ont immédiatement fait appel, si l’ancien président s’est empressé d’aller dans des médias amis pour plaider sa cause et si la séquence politico-médiatique autour de cet évènement n’a guère duré longtemps, il n’en demeure pas moins vrai que ce verdict judiciaire et, plus encore, les réactions à ce dernier, nous en ont beaucoup appris sur l’hypocrisie qui suinte d’une large part des élites politiques, médiatiques et économiques dès lors qu’il s’agit de la question de la prison.
Il serait toutefois inexact de circonscrire les réactions auxquelles nous avons pu assister au simple cas de Nicolas Sarkozy. La mécanique qui s’est mise en route n’est assurément pas nouvelle tant des personnalités comme Patrick Balkany ou Carlos Ghosn – qui était invité sur un plateau télé le même jour que Nicolas Sarkozy dans une douce ironie – ont suscité ce genre de débats pour ne citer que les cas les plus récents. Pour autant, la situation de Nicolas Sarkozy est fortement symbolique à bien des égards : personnalité bien plus médiatique que les autres, ancien premier personnage de l’État, véritable bête médiatique disposant d’une aura encore certaine parmi beaucoup de sympathisants de droite, celui qui fut maire de Neuilly-sur-Seine suscite tout simplement beaucoup plus de réactions que n’importe quel autre homme politique dans le pays.
Lire la suiteLa grande imposture (sur la romantisation de l’ascension sociale)
La grotte de Calypso – Jan Brueghel l’Ancien
Alors même que la situation d’une grande partie des étudiantes et étudiants est très préoccupante, le gouvernement préfère discuter avec des influenceurs. Cela en dit assurément très long sur la manière dont le pouvoir envisage la représentativité et s’acharne à rester dans une certaine zone de confort. Plus largement, cette séquence politico-médiatique nous démontre une nouvelle fois à quel point toute une partie de la population peut se retrouver invisibilisée dans un simulacre de représentation. Cette dynamique ne concerne bien évidemment pas seulement les étudiants, l’on pourrait dérouler à l’envi la liste des faux représentants mis en avant par l’ordre établi pour ne pas discuter avec les principales personnes concernées.
À ce petit jeu, un grand nombre des figures médiatiques prétendant représenter les personnes ayant connu une ascension sociale ne font pas exception. Encore une fois, il ne s’agit pas tant de s’attarder sur les personnes que de s’intéresser aux dynamiques profondes ainsi qu’aux structures qui sont bien plus assurément les éléments qui nous enseignent le plus de choses. Il n’en demeure pas moins vrai que la plupart des profils mis en avant participent à une forme de romantisation de l’ascension sociale (quand il ne s’agit pas purement et simplement de mensonges) qui, en soulignant des parcours particuliers, se vide de tout discours réellement critique et offensif à l’égard de l’ordre établi. Une imposture en somme, qu’il convient d’urgemment déconstruire pour mieux critiquer ledit ordre.
Lire la suiteDémocratie, autoritarisme et totalitarisme
Ulysse et les Sirènes – John William Waterhouse
En début de semaine, lors d’un déplacement à Stains, Emmanuel Macron a, au détour d’une phrase anodine, fait comprendre que le confinement pourrait durer encore quatre à six semaines. Répondant, en riant, à la question d’un jeune homme il a effectivement expliqué qu’il allait falloir « tenir encore un peu ». Cette nouvelle déclaration est venue confirmer la manière autoritaire dont est gérée la crise sanitaire depuis sa survenue. Loin de réellement consulter le Parlement, l’exécutif prend toutes ses décisions ou presque en conseil de défense, ce qui en dit assez long sur la pratique du pouvoir actuel.
Il serait toutefois erroné de circonscrire ces pratiques a-démocratiques – comprendre des pratiques qui ne s’embarrassent pas de consultation – à la gestion de la crise sanitaire. S’il est certain que la situation que nous vivons depuis un peu moins d’un an a renforcé certaines dynamiques qui lui préexistait, je suis personnellement bien plus enclin à voir dans ce qu’il s’est produit ces derniers mois une forme de révélation à grande échelle du caractère bâtard du système institutionnel dans lequel nous vivons et la confirmation que la France est bel et bien le pays le moins démocratique parmi ce que l’on appelle les « démocraties libérales ». The Economist – pas franchement connu pour être un organe gauchiste – ne s’y trompe d’ailleurs pas en plaçant notre pays dans la liste des démocraties dites défaillantes. Dès lors, l’articulation entre les notions de démocratie, d’autoritarisme voire de totalitarisme semble être un enjeu majeur pour la compréhension du régime politique dans lequel nous vivons.
Lire la suiteDemain, c’est loin
David avec la tête de Goliath – Le Caravage
Vendredi dernier, peu avant 21h c’est par un communiqué relativement succinct que Frank McCourt a annoncé le changement de direction à la tête de l’OM. Moins d’un mois après les événements survenus à la Commanderie et quelques jours avant l’arrivée de Jorge Sampaoli sur le banc du club, Jacques-Henri Eyraud, sans doute le fusible le plus important du propriétaire étatsunien, a donc quitté ses fonctions de président délégué pour rejoindre le conseil de surveillance. Dans la foulée, McCourt s’est rendu à Marseille pour introniser Pablo Longoria comme nouveau président et faire le tour des médias et des huiles politiques de la ville dans une forme de numéro de charme qui n’est pas sans rappeler 2016 et les premiers pas du Bostonien à Marseille.
Présenté comme l’ennemi numéro un d’un grand nombre de supporters, honni par les groupes ultras qu’il avait mis en demeure avec son sbire Hugues Ouvrard, pompier pyromane durant tout le mois de février, Jacques-Henri Eyraud semble donc avoir perdu son bras de fer avec les supporters – et non pas les « fans » selon son jargonneux et pompeux verbiage – alors même que cela semblait bien peu probable il y a quelques jours encore. Faut-il dès lors y voir une victoire totale de la part des supporters et plus particulièrement des groupes ? Le retrait de la mise en demeure annoncé par le propriétaire pourrait aller dans ce sens. Je crois, toutefois, qu’il faut se garder de tout triomphalisme tant la situation demeure précaire et la bataille risque d’être longue.
Lire la suiteLa grande défaite (à propos de l’islamogauchisme et de la gauche)
Une rue de Paris en mai 1871 – Maximilien Luce
Depuis quelques jours, le débat autour de l’islamogauchisme tourne à plein régime. Mis en avant au coeur d’une séquence clairement rance – débat de Gérald Darmanin avec Marine Le Pen, adoption du projet de loi prétendant renforcer les principes républicains, etc. – par Frédérique Vidal, il est vu par un certain nombre d’analystes, y compris à gauche, comme un moyen de faire diversion. L’on nous explique que c’est là l’occasion, pour le gouvernement, de faire oublier la situation de détresse des étudiants en même temps qu’un moyen pour que les médias parlent d’autre chose que de la gestion catastrophique de l’épidémie de Covid-19.
A cet égard, il faut bien reconnaitre que le gouvernement a atteint son objectif (si tant est qu’il était bien celui-ci) dans la mesure où le débat public s’est focalisé sur le sujet depuis les sorties répétées de la ministre de l’Enseignement supérieur si bien que France Info a commandé un sondage à son propos – l’occasion de rappeler que les sondages servent bien moins à prendre la température de l’opinion comme on l’entend souvent qu’à l’influencer. Toutefois, n’y voir qu’un moyen de diversion est assurément un moyen de passer à côté d’une froide réalité, celle du positionnement de plus en plus ouvertement raciste du pouvoir en place. Cette séquence politique illustre une nouvelle fois à merveille comment la gauche est condamnée à la défaite culturelle si elle se contente de réagir.
Lire la suiteLe bien commode adversaire (à propos du complotisme et de ses utilisations)
Conference at night – Edward Hopper
Voilà bientôt une année que la France vit sous la menace du Covid-19 et de ses implications en termes de mesures sanitaires mais aussi de libertés publiques. Depuis un peu plus d’un mois, le pays tout entier est forcé de suivre le couvre-feu à 18h, ce qui ne manque pas d’avoir des effets psychologiques délétères sur beaucoup de personnes. La situation que nous vivons depuis des mois maintenant – et peut-être pour un certain temps encore – couplée à l’arrivée des différents vaccins a donné lieu à de multiples théories complotistes et conspirationnistes.
Bien sûr, il serait erroné de dire que c’est le nouveau coronavirus qui a crée la dynamique complotiste. Il n’en demeure pas moins vrai que la période que nous traversons a été un formidable accélérateur pour lesdites théories pour des raisons diverses qu’il s’agit de regarder en face pour peu que l’on souhaite être conséquent sur le sujet. Lutter contre les théories du complot et contre ceux qui les fabriquent ne se départit effectivement pas de cette obligation simple mais souvent négligée : réfléchir au niveau des structures et mener ce qui s’apparente bel et bien à une forme de bataille culturelle.
Lire la suite





