Le discours du pape au Congrès américain, symbole de la fin du sacré

Le Pape François s’est donc rendu au Congrès américain pour s’exprimer devant les Représentants. En faisant ceci, il a été l’auteur d’une grande première. Jamais, en effet, un souverain pontife ne s’était rendu dans un Parlement pour y tenir un discours. En ce sens, la visite de François aux Représentants américains, en même temps qu’elle marque un tournant historique, sonne aussi comme un symbole puissant. Elle marque, en effet, la fin du sacré dans la mesure où il n’y a désormais plus de séparation entre le sacré et le profane.

Cette visite marque évidemment la fin du sacré religieux. Toutefois, le sacré n’est pas nécessairement d’essence religieuse comme nous le montre Roger Caillois dans L’Homme et le sacré. Evidemment, cet affaiblissement du sacré n’est pas récent. Depuis des siècles nous assistons à une érosion de celui-ci mais comme le note très brillamment Régis Debray dans son nouveau livre en forme de testament, Madame H, notre époque est celle de sa fin complète et définitive. Plus de sacré religieux donc mais plus de sacré non religieux aussi, voilà la période que nous vivons actuellement. Lire la suite

A gauche, la lâcheté décide de tout

La semaine dernière, le premier secrétaire du parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, était sur le plateau d’On n’est pas couché pour présenter et faire la promotion de son nouveau livre intitulé A gauche, les valeurs décident de tout. Dans cet ouvrage, il explique que l’essence même de la gauche (comprenez le Parti Socialiste) est de s’adosser à ses valeurs et de les défendre coute que coute. Il précise également que depuis quelques temps la gauche a pu transiger avec ce principe là et qu’il faut qu’elle revienne rapidement à ses valeurs fondamentales sous peine d’être vouée à disparaitre en tant que gauche.

Monsieur Cambadélis semble oublier qu’il est premier secrétaire du PS et qu’il est donc, de facto, celui qui est censé insuffler la dynamique au sein du parti. Si la gauche s’est détournée de ses valeurs, il n’y est donc pas étranger. Et pourtant, le livre ne sonne absolument pas comme une autocritique mais bien comme une charge contre quelque chose d’informe. En utilisant le mot « gauche », le premier secrétaire s’exonère de dire clairement quelles sont les personnes visées par sa diatribe. Toutefois, il a raison sur un point : la gauche s’est bel et bien détournée de ses valeurs. Par lâcheté face aux sondages ou face à l’Allemagne, le PS a renié ses valeurs d’égalité et de solidarité, fondements de son identité. Lire la suite

Laissez-moi être un monstre

Jeudi dernier, je me suis levé en me disant que j’allais profiter d’une de mes dernières matinées sur Marseille avant de remonter à Nantes. J’ai donc pris mon petit déjeuner comme tous les matins et j’ai allumé la télé pour regarder les infos. En apprenant qu’une nouvelle embarcation de migrants avait sombré, j’ai ressenti cette même boule dans le ventre que je ressens à chaque fois que j’apprends la mort d’innocents mais jusque-là rien de bien nouveau. C’est en levant la tête et en voyant la photo du jeune Aylan que le choc est venu. Le long de mes joues se sont mises à couler des larmes. Pendant longtemps. J’en suis même arrivé à me demander si j’étais normal.

Et c’est précisément ce questionnement qui m’emmène à écrire cet article. Je me suis rendu compte que si pleurer devant cette photo n’était pas considéré comme normal alors je ne voulais pas l’être et que je préférais être un monstre. Je vais même plus loin, je revendique mon caractère monstrueux. Si l’on s’intéresse à l’étymologie du mot, on constate qu’il descend du verbe latin qui signifie monstranum ce qui laisserait supposer que le mot désignait à l’origine un phénomène que l’on montrait. En biologie, un monstre est un individu dont la conformation s’écarte notablement des standards de son espèce. Si la normalité que l’on nous propose c’est d’être des humains inhumains alors laissez-moi m’écarter des standards de notre espèce. Lire la suite

Lettre à toi, la fille de Phocée

Prologue : C’est toujours triste les aux revoir

Il paraît que c’est au moment de la quitter que l’on se rend compte à quel point on aime une personne. Cela fait déjà une année que je suis parti vers d’autres horizons pour y suivre mes études et pourtant je ressens toujours ce même spleen lorsque vient le temps de repartir et de te quitter à nouveau pour plusieurs mois. Certains me diront que je devrais désormais avoir l’habitude de te dire au revoir. La vérité c’est qu’à chaque fois que je reviens te voir je me dis que ce plaisir n’est que momentané et je me prépare mentalement à devoir te dire au revoir dans peu de temps. Malgré toutes ces précautions c’est toujours le même sentiment amer que je ressens en repartant vers ta sœur qui vit tellement loin de toi. Au moment de t’écrire ces lignes, je regarde par la fenêtre du train et je contemple une dernière fois avant des mois ta silhouette et des courbes que je connais tant. Tel Orphée qui ne put s’empêcher de se retourner pour regarder Eurydice, je suis incapable de détourner mon regard même si ce coup d’œil m’emplit de mélancolie. Lire la suite

La suppression des repas de substitution ou comment attiser les tensions

« Le Trib. adminis. vient de rejeter le recours dirigé contre la fin des menus de substitution à Chalon. Première victoire pour la laïcité ! ». En tweetant cela le 13 août dernier, Gilles Platret, le maire Républicain de Chalon sur Saône, se félicitait de ce qu’il considère comme une victoire de la laïcité en même temps qu’une victoire personnelle. Cette interdiction des menus de substitution a suscité des réactions partagées. Même dans son propre parti, le maire de Chalon a été contesté. Alors certes Nicolas Sarkozy, dans sa course effrénée derrière le Front National, a soutenu bruyamment cette initiative. Mais certains, comme Alain Juppé, ont rapidement critiqué ce qu’ils considèrent comme étant une dérive. Le maire de Bordeaux n’a pas pris de pincettes pour évoquer le sujet puisqu’il a affirmé que « les repas de substitutions n’emmerd[ait] personne ! ».

Ce qui me dérange le plus dans cette affaire c’est que les défenseurs de la suppression de ces menus de substitutions brandissent la laïcité comme argument. D’ailleurs ils vont même plus loin puisqu’ils affirment que la laïcité serait en danger si on ne supprimait pas lesdits repas de substitution. En réalité agiter ce chiffon rouge ne revient une nouvelle fois qu’à tenter de diviser les Français. En a-t-on vraiment besoin en cette période où le repli sur soi est de mise ? N’est-il pas temps de tenter d’unir les Français plutôt que de les diviser sur des sujets périphériques ? A trop jeter de l’huile sur le feu, ces personnalités politiques ne parviendront qu’à attiser les divisions et à radicaliser certaines personnes sur des sujets qui ne méritent pas une telle lumière. Lire la suite

Tel Aviv sur Seine ou le règne du manichéisme

« Soutien total à l’initiative de la Ville de Paris et à Tel Aviv sur Seine. Halte au déferlement de bêtise ». En 106 petits caractères, voilà comment Manuel Valls a réagi à la polémique à propos de Tel Aviv sur Seine. Une réaction digne d’un Premier ministre pour vous ? Pas pour moi en tous cas. Que Manuel Valls apporte son soutien à l’initiative de la ville de Paris est une chose normale. Volant au secours du Parti Socialiste parisien qui voit sa majorité au conseil municipal fracturée en raison de cet évènement, le Premier ministre est pleinement dans son rôle. Toutefois, la manière dont il l’a fait est plus que critiquable. Assimiler toutes les personnes qui contestent l’organisation d’un tel évènement à des abrutis n’est pas acceptable et constitue une nouvelle preuve de mépris envers le peuple.

Si la discussion et le dialogue sont éminemment importants dans cette problématique, le recours aux invectives et aux petites phrases frôlent l’inconscience. On peut reprocher à Anne Hidalgo d’avoir organisé cet évènement mais on ne peut pas lui reprocher de n’avoir pas cherché à expliquer les raisons de celui-ci. En publiant une tribune dans Le Monde, elle a en effet tenté d’expliquer par le dialogue pourquoi elle défendait Tel Aviv sur Seine. Quoi que l’on pense de sa position, elle a fait ce premier pas vers l’autre qui me semble primordial parce que pour être en désaccord, encore faut-il être d’accord pour discuter. Ce reproche que j’adresse à certains défenseurs de Tel Aviv sur Seine, je l’adresse également à certains contempteurs de cet évènement. A trop généraliser et essentialiser, on en arrive à un manichéisme inquiétant qui ne peut être vecteur que de divisions et de violences. Lire la suite

Comme un malaise face aux commémorations d’Hiroshima…

Hier marquait donc les 70 ans du bombardement d’Hiroshima par les américains. Des commémorations ont eu lieu un peu partout dans le monde. En voyant ça, ainsi que le hashtag Hiroshima en top trend mondiale sur Twitter, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir un certain malaise. Alors évidemment que l’Histoire est importante et qu’Hiroshima marque en quelque sorte la victoire finale des Alliés sur l’axe du mal mais tout de même, le bombardement d’Hiroshima a coûté la vie à près de 80 000 japonais.

Beaucoup se sont exaltés au moment de ce bombardement. A l’époque, déjà, des voix s’étaient élevées contre cette exaltation. Camus, dans Combat, écrivait le 8 août 1945 : «la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie» et ajoute plus loin  «en attendant, il est permis de penser qu’il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles». Je le rejoins sur ce point. Je trouve indécent de célébrer une découverte qui sert avant tout la destruction. Pour aller plus loin, et adapter cette indignation au temps présent, je trouve indécent de célébrer une mort et abject de chercher à justifier l’assassinat ou le meurtre. Lire la suite

De l’hypocrisie à propos d’Israël

Ali Saad Dawabsha, le bébé tué vendredi par des colons israéliens, n’est pas la première et ne sera sans doute pas la dernière victime de la colonisation que mène sciemment l’Etat d’Israël en Cisjordanie. Le Premier ministre Benyamin Nétanyahou a évidemment condamné fermement cet acte qu’il a qualifié de «terroriste». Mais l’hypocrisie est bien grande dans la bouche d’un Premier ministre à la tête d’un gouvernement de droite et d’extrême-droite qui prône, officiellement, l’expansion ininterrompue des implantations juives en territoire palestinien. C’est sur ce programme que Nétanyahou a été réélu. Vouloir dissocier complétement la politique de colonisation des actes horribles qu’elle engendre est faire preuve d’une mauvaise foi inouïe.

D’une certaine manière, les colons qui passent à l’acte se situent dans la stricte continuité des discours du gouvernement. Armés, ces colons disent agir au titre de la « vengeance » ou du « prix à payer » – façon de dénoncer les obstacles qu’ils peuvent rencontrer, de la part des Palestiniens ou des autorités israéliennes, dans l’extension de la colonisation. Leurs méfaits restent, le plus souvent, impunis. Ils disposent de relais au plus haut niveau de l’Etat. Ils obéissent à une idéologie qui est, après tout, celle que véhicule la majorité gouvernementale. Quand le gouvernement utilise des mots, ces zélés utilisent des cocktails Molotov et des kalachnikovs. Voilà la réalité de la situation et la mauvaise foi développée par les sionistes n’y changera rien. Lire la suite

La twitterisation de la vie politique, symbole de sa déchéance

Au moment de sa création par Jack Dorsey, Evan Williams, Biz Stone et Noah Glass en 2006, qui aurait cru que le petit oiseau bleu occuperait une place si importante une décennie plus tard ? Pas grand monde ne misait sur ce nouveau réseau social au départ et pourtant, aujourd’hui, Twitter est le deuxième réseau social le plus important avec plus de 500 millions d’utilisateurs. Parmi ces utilisateurs, les hommes politiques français en sont assez friands. Ils y voient un moyen simple de communiquer avec l’opinion publique et donc avec de potentiels électeurs en vue d’élections futures.

Lancé en 2006, Twitter a pris son envol au moment même où la fracture entre les hommes politiques et la population semblait irrémédiablement s’accroitre, le référendum de 2005 à propos de la Constitution Européenne n’était pas étranger à cette défiance grandissante que ressentait le peuple envers les élites. Twitter aurait alors pu constituer un moyen de renouer ce lien qui semblait coupé entre les politiques et la population. Malheureusement, neuf ans plus tard la défiance est plus grande que jamais. Mon but n’est évidemment pas d’accuser Twitter. Le réseau social n’est pas néfaste en soi. Finalement, tel un couteau qui peut sauver ou ôter une vie selon comment on l’utilise, Twitter aurait pu sauver ou définitivement détruire le lien entre les politiques et le peuple. Plutôt que de me cantonner à l’analyse de l’utilisation qu’ont les politiques de Twitter, je me propose aussi d’analyser ce que j’appelle la «twitterisation» de la vie politique, c’est-à-dire l’application des us et des coutumes de ce réseau social à la vie politique. Lire la suite

Jaurès, ce géant

Il y a 101 ans, Raoul Villain (le bien nommé) assassinait Jaurès au café du croissant. A l’époque, certains se sont réjouis de cette mort violente. Il faut dire que celui qui a réussi la prouesse d’unifier les différentes chapelles socialistes n’était pas bien vu par la presse réactionnaire et belliqueuse. Lui le pacifiste forcené n’avait eu de cesse d’alerter la population sur le désastre que constituerait une guerre contre l’Allemagne. Il fut menacé de mort pour cet engagement en faveur du dialogue et non de la violence, en faveur des mots plutôt que des balles. Il payera de sa vie cette position inflexible et courageuse. Et toute sa grandeur est résumée dans cette position, jamais il n’a renoncé à ses idéaux.

Le grand paradoxe avec Jaurès c’est, qu’aujourd’hui, tout le monde s’accorde à reconnaître qu’il était un grand homme et qu’il fait partie des hommes politiques français les plus marquants alors même qu’il est parfaitement à l’opposé des valeurs qui régissent notre société. Viscéralement de gauche, il n’opposait pas l’idéal et le réel comme on le fait bien trop souvent de nos jours. Au contraire, en affirmant que «le courage c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel», il réunit ces deux concepts que l’on tente à tout prix d’éloigner l’un de l’autre. Jaurès n’aura jamais été président du conseil au contraire de Clémenceau, son grand adversaire. D’aucuns y voient le signe de la défaite de Jaurès. Je suis plus enclin à y voir le signe de sa victoire mais une victoire beaucoup plus symbolique, celle des idées.
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