Hollande, la grogne sociale et la stratégie du pourrissement

Le 29 avril dernier, un policier a reçu un pavé sur la tête et a perdu connaissance en marge de la manifestation anti-loi travail à Paris. Dans le même temps, un étudiant rennais perdait un œil après un tir tendu de flashball. Parallèlement, le mouvement Nuit Debout sur la place de la République a été le théâtre de violents affrontements entre casseurs et forces de l’ordre. Depuis le 9 mars dernier, et le début de la contestation sociale contre la loi El Khomri, la tension n’a cessé de grimper entre manifestants et forces de l’ordre. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, assisté du porte-parole du gouvernement, s’est empressé de fustiger des violences intolérables.

Malheureusement pour eux – et pour notre cher président et notre cher Premier ministre au passage – plusieurs syndicats de police, dont Alliance peu connu pour sa bienveillance à l’égard des mouvements sociaux, sont montés au créneau pour mettre le ministre de l’Intérieur et l’Etat face à leurs responsabilités. Ces syndicats ont déploré une stratégie du pourrissement qui met à la fois en danger les manifestants et les gardiens de la paix. Le symbole de cette stratégie ignoble s’est d’ailleurs produit le 1er mai lorsque la police a eu ordre de laisser les casseurs se rendre de Nation à République pour mieux discréditer Nuit Debout. En regard de cette politique de la terre brûlée, il nous faut tous – forces de l’ordre et citoyens lambda – nous lever et nous insurger face à ce pouvoir qui se prend pour Néron.

Faudra-t-il un mort ?

Policiers, CRS et manifestants ont fait les frais de cette politique indigne d’un Etat de droit. « La violence est à la fois inévitable et injustifiable. Je crois qu’il faut lui garder son caractère exceptionnel et la resserrer dans les limites qu’on peut » disait Albert Camus. C’est un euphémisme de dire que le pouvoir en place ne la resserre pas dans des limites. Après la violence sémantique du débat sur la déchéance de nationalité, après la violence symbolique de la loi travail, le voilà qui manie la violence physique pour discréditer des manifestations et un mouvement social dans le plus grand mépris de la sécurité des manifestants et des forces de l’ordre. Ces dernières sont, de nombreux articles l’ont mis en évidence, exténuées par un surmenage difficilement justifiable. Depuis le 7 janvier 2015 et a fortiori depuis le 13 novembre dernier et l’état d’urgence, les forces de l’ordre sont sur le pont sans avoir pu se reposer. Dans ce contexte, certaines bavures deviennent malheureusement compréhensibles bien qu’injustifiables.

Oui des casseurs sont présents dans les manifestations – comme tout le temps malheureusement – mais les consignes reçues par les policiers et les CRS conduisent à augmenter les tensions déjà présentes. Quand une manifestation est coupée en trois, quand des manifestants sont bloqués sur un pont et quand les gardiens de la paix ont ordre de ne pas intervenir face aux casseurs pour les laisser se rendre sur la place de la République comment peut-on encore nier que l’on joue le jeu d’un pourrissement de la situation dans l’espoir de rallier le maximum de personnes à sa position ? Lorsqu’un policier ou un CRS commet un impair, c’est l’Etat lui-même qui commet une injustice, ce qu’il semble oublier. « La fin justifie les moyens ? Cela est possible. Mais qui justifie la fin ? À cette question, que la pensée historique laisse pendante, la révolte répond : les moyens » écrivait Camus. Il serait grand temps pour nos dirigeants de s’en rappeler.

Le quinquennat du petit p

Le 14 juillet 2004, lors de la traditionnelle interview, Jacques Chirac évoque par deux fois la « politique avec un petit p » pour rabaisser Nicolas Sarkozy. Si le tacle à l’égard du dirigeant des Républicains ne m’intéresse guère, l’expression employée par le président d’alors est, elle, très intéressante pour tenter d’esquisser une analyse du quinquennat de François Hollande. « Présider la République, c’est rassembler, c’est réconcilier, c’est unir, sans jamais rien perdre de la direction à suivre. C’est écarter la stigmatisation, la division, la suspicion, les oppositions entre Français » disait le candidat Hollande au Bourget. Le voilà pourtant – désormais président – bien prompt à semer la division au sein des Français et dans son propre camp avec un objectif électoraliste à peine masqué et une stratégie de triangulation déjà évoquée par le passé.

Il y eut la séquence surréaliste sur la déchéance de nationalité, moment au cours duquel la France a débattu pendant près de quatre mois sur l’opportunité de créer des apatrides ou de rompre le pacte républicain. La tambouille électorale alors tenté par François Hollande semblait être un paroxystique. Afin de prendre de vitesse la droite, voire l’extrême-droite, le Président n’a pas hésité à tenter de jouer avec la Constitution, texte suprême de notre pays. A ce moment-là déjà, la « politique avec un petit p » était bien présente. Mais que dire face à la situation que nous vivons actuellement ? Le pouvoir en place est prêt à mettre des vies en danger pour laisser pourrir une situation et sortir vainqueur. Il mérite décidément pleinement la comparaison avec Néron. Ce matin, l’adoption de la loi Travail via le 49-3 a pris un peu plus d’épaisseur, confirmant par la même occasion que ce quinquennat restera marqué par cette politique avec un petit p.

Contesté par la rue, mis en minorité dans son propre camp, incapable d’élargir sa base électorale – objectif avoué de sa politique – le pouvoir se retrouve lourdement affaibli. Loin d’accepter cet état de fait, le voilà qui se lance dans une fuite en avant aussi grotesque que dangereuse. François Hollande avait fait l’éloge de la démocratie participative le 14 avril dernier sur France 2 et le voilà qui fait un doigt d’honneur à sa majorité et aux Français, bien aidé par Manuel Valls dans cette logique. Face à cette hydre qui ne semble prête à reculer devant absolument rien, tentons d’appliquer les mots de Camus lors de son discours de réception du Prix Nobel : « Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s’enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir : le refus de mentir sur ce que l’on sait et la résistance à l’oppression ».

Lettre ouverte à Robin Rivaton et à tous les idéologues gestionnaires

Mon cher Robin, je dois avouer qu’avant dimanche et le visionnage du replay d’On n’est pas couché, je n’avais jamais entendu parler de vous. Et pourtant – je me suis renseigné depuis – vous êtes régulièrement invité lors d’émissions télévisuelles ou radiophoniques, vous êtes l’une des nouvelles coqueluches économiques et vous acquérez de jour en jour une influence de plus en plus grande chez Les Républicains si bien que beaucoup font le rapprochement entre vous et Gaspard Koenig, l’autre nouveau héraut du libéralisme en France. Vous étiez invité chez Laurent Ruquier pour présenter votre ouvrage Aux Actes dirigeants !, véritable profession de foi d’un libéralisme dont vous déplorez l’absence en France. Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire ce livre – dont le titre est assez cocasse, j’y reviendrai plus tard – mais votre passage chez Laurent Ruquier ainsi que les informations présentes sur le net m’incite à vous répondre.

Je vous reconnais une qualité indéniable, c’est que vous avancez à visage découvert. Dans un pays où la simple prononciation du mot libéralisme peut faire de vous un ennemi de la nation – il n’y a qu’à voir les contorsions que notre Ministre de l’Economie se contraint à faire pour ne pas avoir à prononcer ce mot, préférant expliquer que son mouvement n’est ni de droite ni de gauche alors qu’il semble surtout ni de gauche ni de gauche – vous affirmez votre doctrine libérale sans fard ni camouflage. Ainsi, vous avez expliqué à Léa Salamé et Yann Moix que la France avait besoin d’une cure libérale afin de mieux se porter à l’avenir. Pour étayer votre propos vous avez pris des exemples aussi variés que le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne en expliquant que ces pays se portaient bien mieux que nous parce qu’ils appliquaient tous des recettes libérales que vous préconisez – allant même jusqu’à expliquer que la réponse à l’extrême-droite était la solution libérale. Lire la suite

Nuit Debout ou la difficile convergence

Samedi prochain, la Nuit Debout fêtera son premier mois d’existence. Pour l’occasion – et pour la fête du travail – le lendemain un grand rassemblement est prévu à Paris. Sont attendus les participants de toutes les Nuits Debout de France. Malgré les critiques parfois acerbes des politiques, malgré l’épisode Finkielkraut et malgré les nombreux appels des éditorialistes à mettre fin à « la farce », le mouvement se maintient et s’est même étendu géographiquement un peu partout en France. Cette relative réussite et longévité est à souligner dans un pays qui n’est plus habitué à ce genre de mouvement social. Peu importe sur quoi débouchera le mouvement, le simple fait que des Français se réunissent un peu partout pour débattre, discuter et échanger est signifiant en lui-même.

Toutefois, peut-on pour autant dire que Nuit Debout est une franche réussite ? Il ne me semble pas, du moins pas pour le moment. Les frictions qui sont apparues récemment à l’occasion du débat sur la suite à donner au mouvement ont souligné cet état de fait. François Ruffin, dans un discours, avait regretté la relative homogénéité de l’assemblée et avait exhorté à sortir de l’entre soi pour donner un souffle nouveau au mouvement. Force est aujourd’hui de constater que le mouvement peine à s’élargir. S’il a su se répandre géographiquement, le mouvement peine à s’étendre à d’autres catégories sociales. Les quartiers et banlieues populaires tout comme la France périphérique manquent cruellement à l’appel, ce qui marque d’une manière ou d’une autre une forme d’échec du mouvement. L’échec à l’égard des quartiers populaires est criant. Lire la suite

Vote blanc et colère noire

Voilà donc Rama Yade candidate à l’élection présidentielle. Après Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Jacques Cheminade, Nathalie Artaud, Philippe Poutou et une multitude d’autres personnes. Je n’inclue pas dans cette liste les multiples candidates et candidats à la primaire de la droite. Alors que dans le même temps le mouvement Nuit Debout s’est étendu à toute la France et que nombreux sont ceux qui réclament un renouvellement de la classe politique, nos professionnels de la politique n’en ont cure et continuent leur petit jeu. Il se pourrait bien que le quatuor de tête en 2017 soit le même qu’en 2012 – avec un ordre probablement différent.

80% des Français réclament du sang neuf si l’on se réfère à certaines enquêtes et pendant ce temps, la classe politique reste complètement sourde en faisant voter une loi dite de modernisation de l’élection présidentielle et qui, en réalité, ne vise qu’à verrouiller un peu plus un système politique à bout de souffle. Publication obligatoire des parrainages et passage de l’égalité à l’équité du temps de parole ont un but commun : éviter l’émergence d’une candidature de la société civile en mettant sous pression les élus et en verrouillant le système médiatique. Au vu de cette configuration, comment ne pas sourire quand on entend la classe politique dénoncer l’entre soi de Nuit Debout ? Non pas que celui-ci n’existe pas mais lorsque l’on fait soi-même le choix de l’entre soi, il semble cavalier de le fustiger chez d’autres. Lire la suite

Plaidoyer pour des cours d’histoire des religions

« Le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l’ignorance, et la bonne volonté peut faire autant de dégâts que la méchanceté, si elle n’est pas éclairée ». Et si, en écrivant cette phrase il y a plus de 50 ans, Albert Camus nous donnait une piste pour aborder la crise identitaire que nous vivons actuellement en France ? Bloqué entre les réactionnaires et les tenants d’un angélisme béat, le débat public français n’avance pas. La France est en pleine crise identitaire, il ne s’agit plus de le nier mais d’aborder le débat de manière sereine et apaisée sans tomber dans les faux-semblants ou l’opprobre à l’encontre de telle ou telle communauté.

Attentats sanglants, polémique sur le voile, discours belliqueux de nos dirigeants soit autant d’éléments qui concourent à tendre la société française et à la faire parvenir à ébullition. Loin de tout argument rationnel et réfléchi, on entend que l’Islam ne serait pas compatible avec la République ou qu’il y aurait une différence fondamentale entre musulmans et non-musulmans – et ce, de la part de musulmans et de non-musulmans. Entre une laïcité dénaturée et une xénophobie de plus en plus assumée, la France se perd et perd un temps précieux dans le débat sur son identité. Non il n’est pas pestilentiel de parler d’identité mais les manières dont le débat est abordé sont, elles, propices à la fracturation de la société. Plutôt que de penser contre, réapprenons à penser ensemble.
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Stalingrad, symbole de la déchéance

La dernière saillie de Manuel Valls, celle qui affirme la prééminence de la question identitaire sur la question sociale, a une cible toute désignée : les salafistes. Evidemment dans la bouche d’un Premier ministre aussi hypocrite que belliqueux le terme est ambivalent. Lorsque l’on entend ses propos à l’égard des femmes voilées faut-il comprendre qu’elles seraient toutes plus ou moins salafistes ? Mais, par extension et tel un coup de billard à plusieurs bandes, sa sortie médiatique – qui acte l’arrivée d’une certaine extrême-droite au pouvoir soit dit en passant – vise les migrants et réfugiés. Dans la droite ligne de son infâme discours de Munich, voilà le Premier ministre qui jette la suspicion sur tous les réfugiés.

Ecrire sur le sujet des réfugiés c’est bien mais tenter d’agir avec ses modestes moyens c’est mieux. C’est pourquoi hier, alors que j’étais sur la place de la République et qu’un appel a été fait pour aller aider certains réfugiés à construire leur campement de fortune sous le métro de Stalingrad, j’ai décidé d’aller avec bien d’autres participer modestement à cette tâche. De République à Stalingrad il faut passer par Jaurès. Le symbole est fort entre la Res Publica, le bien commun, l’unificateur du socialisme français farouchement hostile à la colonisation et la place qui porte le nom d’une des premières grosses défaites des forces de l’Axe. Et pourtant, à Stalingrad, la défaite c’est notre pays qui la subit de plein fouet en laissant ces personnes dans la rue, en envoyant ses CRS pour les gazer et les matraquer. Est-ce donc ça l’égalité et la fraternité ? Lire la suite

L’insupportable paternalisme à propos du voile

Manuel Valls était en guerre depuis les attentats, il vient désormais de désigner un ennemi intérieur. « Ce que représente le voile pour les femmes, non ce n’est pas un phénomène de mode, non, ce n’est pas une couleur qu’on porte, non: c’est un asservissement de la femme » a-t-il affirmé à quelques pas de la Place de la République – où la Nuit Debout s’est installée ce qui souligne d’autant mieux le décalage entre un Premier ministre belliqueux et la réalité des Français – faisant ainsi des femmes voilées un ennemi à combattre car toutes porteuses d’un projet politique. « L’essentiel, c’est la bataille culturelle identitaire, si nous ne gagnons pas cette bataille, on oublie tout » s’est-il empressé d’ajouter, n’hésitant ainsi pas à affirmer la prééminence de la question identitaire sur la question sociale.

Avant d’évoquer le paternalisme patent à l’égard du voile, je vais vous confier une chose. Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est l’un de mes adversaires, de mes véritables adversaires. Il a un nom, des visages, des partis, il a présenté sa candidature mais n’a pas été élu et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est l’extrême droite. En plaçant la question identitaire au-dessus de la question sociale, notre Premier ministre soi-disant socialiste permet aux idées d’extrême-droite de gouverner. La navrante polémique sur le voile n’en est-elle pas la preuve ? Evidemment, ces questions doivent être abordées mais dans un climat serein pas dans une volonté de stigmatisation ou d’affrontement. Lire la suite

La Nuit Debout n’est qu’un début

« Aujourd’hui nous changeons les règles du jeu ». Peut-être que d’ici trois mois cette phrase sera oubliée par tout le monde et reléguée aux oubliettes. Il se pourrait aussi que dans cent ans les manuels d’histoire parlent de cette phrase comme de la première pierre de l’édifice insurrectionnel qui semble se mettre en place en France actuellement. Cette phrase a été prononcée par Frédéric Lordon ce jeudi 31 mars lors de son discours introductif à la Nuit Debout sur la place de la République. Ce rassemblement ayant pour but de faire converger les différentes luttes qui traversent la société s’inspirait sans s’en cacher du mouvement des Indignés espagnols ainsi que l’a montré le slogan « El pueblo unido jamás serà vencido » – le peuple uni ne sera jamais vaincu en version française – entonné à de nombreuses reprises dans la soirée.

Cette soirée, placée sous le signe de la fête et de la lutte, n’est que le début du mouvement pour ses instigateurs – l’autorisation de la préfecture s’étend, en effet, sur trois jours. Pour paraphraser Churchill, la mobilisation contre la loi El Khomri n’est pas la fin, ni même le début de la fin, tout au plus est-elle peut-être la fin du début. Personnellement, j’y vois simplement le commencement d’un mouvement, d’un rassemblement plus vu en France depuis de nombreuses années voire décennies, à savoir l’unification de toutes les luttes : des salariés précarisés aux étudiants angoissés, des chômeurs embourbés dans la fange de la pauvreté aux retraités qui peinent à survivre, tous les opprimés de notre peuple commencent à s’unifier, pour le plus grand malheur et la plus grande hantise du pouvoir. Et quel symbole plus puissant que cette place de la République, cette Res Publica, ce bien commun pour commencer la lutte ? Lire la suite

La laïcité assassinée

Ce mercredi 30 mars aux alentours de 8h30, Jean Jaurès et Aristide Briand – les grands artisans de la loi de 1905 séparant les églises de l’Etat – ont dû se retourner dans leurs tombes en entendant les propos de Laurence Rossignol sur RMC face à Jean-Jacques Bourdin. La ministre de la famille et des droits des femmes, qui avait déjà fait parler d’elle en raison de l’indélicatesse du nom de son ministère, a dérapé en déclarant : «il y a des femmes qui choisissent, il y avait aussi des nègres afric… des nègres américains qui étaient pour l’esclavage. […] Je crois que ces femmes sont pour beaucoup d’entre elles des militantes de l’islam politique. Je les aborde comme des militantes, c’est-à-dire que je les affronte sur le plan des idées et je dénonce le projet de société qu’elles portent. Je crois qu’il peut y avoir des femmes qui portent un foulard par foi et qu’il y a des femmes qui veulent l’imposer à tout le monde parce qu’elles en font une règle publique».

Passons sur le terme nauséeux « nègre » puisque nombre de commentateurs se sont préoccupés de la question et que l’ami Jonathan a très bien résumé la chose dans son billet d’hier. La ministre a, en outre, reconnu l’usage maladroit du terme. En revanche, aucun mea culpa sur le fond de son propos puisque en parallèle de ses excuses pour l’utilisation du mot « nègre », Madame Rossignol a réaffirmé qu’elle ne retirerait pas un autre mot de son passage sur RMC. Voilà qu’une ministre, qui se dit de surcroît socialiste, affirme sur une radio à une heure de grande écoute son hostilité à l’islam au travers de son attaque envers les marques de textile produisant des vêtements islamiques et envers les femmes voilées qui ne seraient pas libres ou, pire, presque toutes représentantes de l’islam politique qui veut imposer le voile en en faisant une règle publique. Le flou de la formulation peut tout aussi bien renvoyer à une volonté autoritaire d’imposer le voile qu’à une volonté de la part de la ministre de voir le voile chassé de l’espace public. Drôle de conception de la laïcité ou plutôt symbole d’une gauche qui a lâchement abandonné et dévoyé le terme et la notion. Lire la suite

Bientôt un régime autoritaire en France ?

« En l’état actuel du texte, la France peut basculer dans la dictature en moins d’une semaine ». Cette phrase n’émane pas d’un militant libertaire ou d’une personnalité politique soucieuse de faire le buzz mais de Frédéric Sicard, le bâtonnier de Paris. Prononcée il y a presque un mois dans une interview au Figaro, celle-ci matérialisait son inquiétude face à la volonté affichée de modifier la constitution afin de renforcer le pouvoir exécutif en contournant l’appareil judiciaire pour bien des sujets. Depuis, le Sénat a enterré, ou presque, la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité en réintroduisant la mention aux binationaux dans le texte.

Le risque autoritaire est-il dès lors écarté ? Il ne me semble pas. Si l’on regarde l’ensemble des mesures qui ont été votées depuis le 7 janvier 2015 et toutes celles qui vont l’être prochainement, tout concourt à affaiblir notre Etat de droit par un grignotage lent mais certain de certaines libertés fondamentales. Les débats sont nombreux, et houleux, sur chacune des propositions mais le pouvoir en place ne semble pas prêt de reculer et sa volonté de modifier la constitution, texte fondateur de notre régime, en dit long. Cette volonté est la preuve d’une détermination sans précédent d’un gouvernement qui voit dans les attaques terroristes la légitimation de sa dérive. Lire la suite