Lettre ouverte à Robin Rivaton et à tous les idéologues gestionnaires

Mon cher Robin, je dois avouer qu’avant dimanche et le visionnage du replay d’On n’est pas couché, je n’avais jamais entendu parler de vous. Et pourtant – je me suis renseigné depuis – vous êtes régulièrement invité lors d’émissions télévisuelles ou radiophoniques, vous êtes l’une des nouvelles coqueluches économiques et vous acquérez de jour en jour une influence de plus en plus grande chez Les Républicains si bien que beaucoup font le rapprochement entre vous et Gaspard Koenig, l’autre nouveau héraut du libéralisme en France. Vous étiez invité chez Laurent Ruquier pour présenter votre ouvrage Aux Actes dirigeants !, véritable profession de foi d’un libéralisme dont vous déplorez l’absence en France. Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire ce livre – dont le titre est assez cocasse, j’y reviendrai plus tard – mais votre passage chez Laurent Ruquier ainsi que les informations présentes sur le net m’incite à vous répondre.

Je vous reconnais une qualité indéniable, c’est que vous avancez à visage découvert. Dans un pays où la simple prononciation du mot libéralisme peut faire de vous un ennemi de la nation – il n’y a qu’à voir les contorsions que notre Ministre de l’Economie se contraint à faire pour ne pas avoir à prononcer ce mot, préférant expliquer que son mouvement n’est ni de droite ni de gauche alors qu’il semble surtout ni de gauche ni de gauche – vous affirmez votre doctrine libérale sans fard ni camouflage. Ainsi, vous avez expliqué à Léa Salamé et Yann Moix que la France avait besoin d’une cure libérale afin de mieux se porter à l’avenir. Pour étayer votre propos vous avez pris des exemples aussi variés que le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne en expliquant que ces pays se portaient bien mieux que nous parce qu’ils appliquaient tous des recettes libérales que vous préconisez – allant même jusqu’à expliquer que la réponse à l’extrême-droite était la solution libérale. Lire la suite

Quand est-ce qu’on casse le schéma ?

« Réunis pour améliorer l’état du monde » – commited to improving the state of the world en version originale – telle est la devise du Forum Economique Mondial de Davos qui s’est tenu du 20 au 23 janvier derniers. Cette réunion des plus grandes richesses mondiales, qui se tient en Suisse depuis 45 ans désormais, est devenue peu à peu le lieu de pouvoir au fur et à mesure que l’économie s’est financiarisée et que l’économie a pris le pas sur le politique. Ne voit-on d’ailleurs pas les chefs d’Etats ou de gouvernement se succéder à ce forum dans le but de convaincre les plus grosses entreprises de s’installer dans leur pays ? De dirigeants les voilà transformés en VRP de luxe, contraint de faire des courbettes ou de cracher sur le programme de leur propre parti comme n’a pas hésité à le faire Emmanuel Macron à propos des 35 heures.

En parallèle de cette réunion de luxe rythmée par les ballets de BMW, d’Audi ou autres Mercedes, l’association Oxfam a publié un rapport accablant sur l’état des inégalités dans le monde. L’entre soi constitué par les participants du forum n’a que faire de telles données. Ce rapport – intitulé « Une économie au service des 1% » – fait frémir : il démontre que les 1% les plus riches de la planète possède désormais plus que les 99% restants. Dans le même temps, Oxfam nous apprend que le patrimoine de la moitié la plus pauvre de la population s’est réduit de 41% (soit une baisse de 1000 Milliards de $) quand celui des super riches a progressé de 44% – pour une hausse de 500 Milliards de $. Lire la suite

Quel modèle pour demain ?

Voilà sept ans que le monde est en crise. Matin, midi et soir au fil des dépêches AFP, des JT ou autres flash des chaines d’info en continu nous sommes matraqués par la crise, cette hydre à plusieurs têtes que l’on arrive ni à juguler ni même – et c’est sans doute bien plus gênant – à saisir dans toute sa globalité et sa complexité. Nombre d’observateurs et d’analystes tentent d’expliquer en quoi cette crise est conjoncturelle, qu’il suffit de s’attaquer aux conséquences de ladite crise et de rafistoler avec des rustines pour régler le problème et éviter que celui-ci ne se reproduise à l’avenir.

Il me semble que cette crise est bien plus structurelle en réalité. Si l’on s’intéresse à l’histoire économique, on se rend assez vite compte que l’économie est affaire de cycle, tout du moins en Occident. Ainsi, c’est l’oscillation entre libéralisme, au sens large, d’une part et interventionnisme étatique d’autre part qui a permis de juguler les différentes crises économiques rencontrées. Au capitalisme libéral issu de la Révolution Industrielle s’est, en effet, substitué un capitalisme keynésien beaucoup plus interventionniste avec la mise en place de l’Etat Providence. La crise de ce modèle a été jugulée par le retour en force du libéralisme, dans une version encore plus poussée sous l’impulsion de l’Ecole de Chicago. En toute logique, pour régler la crise actuelle il faudrait revenir à un ersatz du modèle keynésien. Or, le problème principal que l’on rencontre est que ce modèle est devenu complétement caduc avec la mondialisation (dans la mesure où mener une politique nationale sans s’occuper du reste de la planète n’est plus possible). Lire la suite