Le FN, les prêts bancaires et la démocratie malade

Hier soir sur le plateau de France 2 et ce matin sur celui de France Info, l’un des plus fidèles soutiens de François Fillon, Bruno Retailleau, a analysé la victoire de François Fillon et affirmé que celle-ci représentait un grand danger pour le Front National. Il a expliqué que le parti de Marine Le Pen avait prospéré sur le fait que la droite ne s’assumait plus et que le retour d’une droite décomplexée constituait une grande menace pour le parti d’extrême-droite. Dans une longue intervention il a donc souligné point par point les raisons d’inquiétude du FN en proclamant en somme que du côté de Les Républicains on ne reculerait plus.

Pourtant, il me semble qu’un autre danger, bien plus grand celui-là, guette le Front National dans l’optique de la présidentielle de 2017. Ce grand danger n’est pas politique à proprement parler. Je ne considère pas, en effet, la victoire de François Fillon comme un danger très important pour le parti frontiste. Au contraire, il me semble que sa victoire valide bien plus qu’elle n’infirme les thèses du FN en même temps qu’elle vient souligner sa victoire idéologique. Cet autre danger, pour paraphraser un petit président, n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti et pourtant il a un pouvoir énorme, ce danger c’est la finance et les banques en particulier qui refusent d’accorder un prêt au parti pour la campagne électorale qui arrive. Ce qui constitue, à mes yeux, une atteinte grave à notre démocratie. Lire la suite

L’ultime victoire de Sarkozy

Dimanche dernier, aux alentours de 22h, Nicolas Sarkozy a pris la parole pour reconnaître sa défaite et son élimination de la course à l’investiture de Les Républicains. Balayé par Alain Juppé mais surtout François Fillon, l’ex-président semblait avoir le sourire le plus amer de sa carrière politique, sans doute le dernier. Il y a en effet fort à parier que cette humiliation marque la fin de la vie politique de Sarkozy. Celui qui avait été choisi par près de 19 Millions de Français en 2007 a donc vu les sympathisants de son propre camp lui claquer la porte au nez. Le couperet est aussi cruel que soudain pour lui, qui pensait être encore le champion incontesté de la droite française.

Ne nous leurrons pas, l’affront est terrible pour l’ancien chef de l’Etat et il aura sans doute du mal à se remettre d’un tel désaveu. Ça, c’est pour le côté face de la pièce. Côté pile, on peut aussi voir dans cette élimination, ainsi que dans ce qui s’en est suivi, son ultime victoire. Maintenant qu’il semble définitivement hors-jeu de la vie politicienne, il est peut-être temps de tirer le bilan de son action. Il suffit de jeter un coup d’œil aux quelques lignes que j’ai publiées sur ce blog pour comprendre tout le mal que je pense de ses idées et de son action. Toutefois, il me semble que Nicolas Sarkozy aura été celui qui a le plus fait évoluer la sphère politique sans doute depuis l’avènement de la Vème République. Sa défaite cinglante de dimanche dernier vient paradoxalement souligner tous ses succès passés. En ce sens, il ne me parait pas aberrant de voir dans le résultat de dimanche, la dernière de ses victoires. Lire la suite

Derrière le séisme Trump (3/4): la revanche des sans-voix

Au-delà des outrances trumpiennes

 

Dans l’ensemble des médias français ou presque, le traitement de l’information sur Donald Trump se résumait à une longue litanie d’outrances de sa part. Il ne s’agit pas ici de nier les propos obscènes qu’il a tenus tout au fil de la campagne (primaire puis présidentielle) mais il me semble que s’arrêter à ces seuls propos est à la fois partial et partiel. Oui Donald Trump a eu des propos racistes, sexistes, violents. Oui ces propos s’inscrivaient dans une stratégie de violence et de mépris et n’étaient pas des dérapages. Toutefois, à trop se focaliser sur ces propos, nous avons oublié qu’il disait d’autres choses, des choses qui pouvaient parler à certains, parler à une majorité d’habitants des Swing States. Il était bien aisé de se concentrer sur ses outrances – qui étaient nombreuses – pour ne pas avoir à discuter du fond, pour éviter de voir ce que son émergence et son maintien à des niveaux anormalement élevés nous racontaient sur les Etats-Unis. Trump nous donnait à voir une face bien peu reluisante de ce pays mais il n’était pas que fureur. Il n’était pas qu’un clown qui jette ses insanités à son public pour mieux le nourrir. Derrière ces outrances, s’est construit un véritable projet politique. On peut y adhérer ou le rejeter – personnellement je le rejette – mais il n’est pas juste de résumer Trump à ses singeries et ses discours à ses outrances. Lire la suite

Pourquoi avons-nous perdu la voix ?

Aujourd’hui, Evan Risch revient sur le silence, sur notre silence, assourdissant à propos des multiples affaires qui gangrènent la République.

Financement libyen, entre soi,  séisme Trump, élites déconnectés, oligarchie : tels sont les expressions revenant comme des leitmotivs sur nos écrans si tant est que l’on suive les rares journalistes qui font encore leur métier.

Ces expressions vont au-delà de simples faits divers mais symbolisent un pouvoir faisandé par la corruption, l’intolérance, le mépris et la condescendance. Ces mots, ou plutôt ces maux, altèrent notre démocratie au point de la dénaturer de son principal pilier : le peuple.

En effet, ces coups de couteaux plantés en plein cœur d’une démocratie en perdition viennent faire perdre à chacun d’entre nous deux éléments cardinaux de notre existence : la voix des urnes et la voix de la contestation et de la revendication. Lire la suite

Derrière le séisme Trump (2/4): la faillite des prophéties

Sondages, les yeux grands fermés

 

Comme je l’exprimai dans la première partie, les campagnes présidentielles sont un moment bénis pour les sondeurs. Déjà bien présents tout le reste du temps, les sondages deviennent la drogue dure de tous les candidats dès lors qu’une campagne se met en route. Il n’est donc guère surprenant de constater que cette fois encore, les sondages auront été présent du début à la fin. Déjà lors des primaires, les sondages s’étaient assez lourdement trompés. L’émergence de Bernie Sanders n’était pas attendue et absolument pas pronostiquée par les instituts de sondages si bien que l’on a commencé à avoir des doutes sur leur pertinence. Depuis des décennies, d’aucuns nous expliquent que les sondages sont l’alpha et l’oméga de la politique contemporaine en cela qu’ils sont le meilleur outil pour prendre le pouls de la population. Aussi une spéculation s’est-elle naturellement mise en place sur les sondages. Quoi de plus normal après tout que de spéculer sur cela à l’ère du capitalisme néolibéral financiarisé ? Symétriquement aux premiers couacs et erreurs d’appréciation des sondages côté Démocrate, s’est mis en place le même phénomène côté Républicain. Les deux surprises de la campagne des primaires n’ont eu de cesse de répéter que les sondages ne mesuraient en rien les convictions profondes de la population, personne ne daigna prêter attention à ces accusations de partialité. La spéculation sur les sondages était toujours aussi forte et nul ne pensait réellement que lesdits sondages se tromperaient quand il s’agirait de l’élection présidentielle. L’on prenait alors l’argument de la primaire pour expliquer les multiples erreurs et tout le monde ou presque nous expliquait que tout rentrerait dans l’ordre une fois les investitures réalisées. Lire la suite

En haut on lit Marx, en bas on le subit

Dans la nuit de samedi à dimanche, un individu a une nouvelle fois tenté de mettre le feu au centre d’hébergement pour SDF situé dans le XVIème arrondissement de Paris. Dans la mesure où ledit centre accueillait déjà une cinquantaine de personne, il ne me semble pas exagéré de parler de tentative de meurtre. Un tel acte, qui vient s’ajouter aux autres tentatives d’incendie ou à la réunion houleuse qui s’était déroulée à Paris Dauphine, nous rappelle où le communautarisme et la violence sont les plus forts malgré tout ce qu’on essaye de nous faire croire. En somme, il n’y a rien de guère surprenant dans ce communautarisme du XVIème arrondissement de Paris, il répond pleinement aux théories de Marx sur la conscience de classe.

A l’heure où le Parti Socialiste n’a plus de socialiste que le nom et mène une politique franchement libérale et où les candidats à la primaire de droite et du centre rivalisent pour marcher dans les pas de Margaret Thatcher, certains pensent sans doute qu’il est dépassé de parler et de défendre les théories marxistes. N’ayons pas peur des mots, d’aucuns affirmeront même qu’une telle position est ringarde. Pourtant, il me semble que les développements du penseur et économiste allemand peuvent contribuer à expliquer grandement ce qui parcourt nos sociétés où les inégalités progressent. Fidèle à son habitude, le capitalisme néolibéral a intégré les conclusions de Marx pour mieux les utiliser contre ceux qui auraient intérêt à ce que le système change radicalement. Là est sans doute la plus grande de ses forces, d’avaler les pensées alternatives pour se renforcer en les dénaturant. Lire la suite

Sarkozy ou la stratégie du chaos

Hier, lors du débat organisé par I-Télé et BFM TV, Nicolas Sarkozy a été attaqué de toutes parts par ses concurrents. Raillé pour son retour en politique alors qu’il avait dit qu’il se retirerait en cas de défaite en 2012 par les uns, accusé en creux de délaisser le temps long pour gesticuler sur l’actualité par les autres, l’ancien président a dû se contenter de parer les coups des autres candidats à la primaire de droite et du centre. Personne, certes, ne s’est aventuré sur le dossier libyen alors même qu’il a fait l’actualité hier entre les révélations du Monde et celles de Mediapart. Toutefois, ils se sont tous livrés à l’inventaire du quinquennat de Nicolas Sarkozy. L’une des questions initiales portait d’ailleurs sur le type de présidence que chacun des candidats envisageait. Sans surprise, les 6 autres candidats ont égratigné directement ou indirectement la présidence Sarkozy.

Mise en avant de l’honnêteté par Bruno Le Maire, diatribe sur la gesticulation avec l’actualité par Nathalie Kosciusko-Morizet ou encore dénonciation de l’inconstance et de la versatilité par Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy a bien été forcé d’écouter et d’encaisser les coups. Profitant de cette question, l’ancien président a rappelé que lui avait occupé l’Elysée et que par conséquent il était mieux préparé que les autres selon lui. Il a également mis l’accent sur l’autorité. Sarkozy veut restaurer l’autorité dans un pays qui en a « cruellement besoin ». Pourtant, depuis le début de la campagne il semble axer son discours sur une stratégie du chaos. Paradoxal que le candidat de l’autorité utilise le désordre (étymologie du terme chaos) pour tenter de s’imposer. Lire la suite

Big Brother à l’Elysée

Le week-end dernier, c’est en toute discrétion que le gouvernement a publié au Journal Officiel un décret instituant un fichier monumental commun aux passeports et aux cartes d’identité. En mars 2012, déjà, Nicolas Sarkozy avait tenté d’instaurer un tel fichier mais en avait été empêché par le Conseil constitutionnel. A l’époque, le PS avait attaqué frontalement cette volonté du Président. Aujourd’hui, Manuel Valls et Jean-Jacques Urvoas créent ce fichier plus qu’inquiétant. Une nouvelle forfaiture dans ce mandat qui n’en aura pas manqué. Pour résumer, ce décret va permettre la création d’un fichier de 60 Millions de personnes. Tous les Français ou presque seront donc désormais fichés.

Certes, ce nouveau fichier de « Titres électroniques sécurisés » (T.E.S) est moins ambitieux que celui qui avait été censuré en 2012 mais il regroupe beaucoup d’informations similaires et procède de la même logique que l’ancien projet. Ce fichier regroupera les données présentes sur la puce de nos passeports biométriques mais aussi d’autres éléments relatifs aux différents documents d’identité : état civil, couleur des yeux, taille, adresse, filiation des parents, image numérisée du visage et des empreintes digitales, numéro, tarif du timbre, traces d’une perte, d’un vol, d’une interdiction de sortie de territoire, mention des justificatifs présentés pour la demande, « Informations à caractère technique relatives à l’établissement du titre » ou encore « l’image numérisée des pièces du dossier de demande de titre ». Souriez, vous êtes fichés. Lire la suite

Grèves et manifestations, les Français malades de la peste

« Selon que vous soyez puissants ou misérables, / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » écrivait Jean de La Fontaine dans Les Animaux malade de la peste en 1678. Il semblerait que trois siècle et demi plus tard, cette maxime demeure plus vraie que jamais. Sommes-nous condamnés à être frappés pour toujours de cette peste qui provoque une vision troublée et des jugements partiaux ? On dirait bien que oui. Récemment, deux mouvements de protestations ont marqué l’actualité : la grève des journalistes d’I-Télé et les manifestations des policiers réclamant plus de moyens.

Mis en regard du grand mouvement de contestation à la loi El Khomri du printemps dernier, ces deux épisodes de protestation étonnent dans la mansuétude qui leur est accordée. Il ne s’agit pas ici de juger du bien-fondé ou non des diverses mobilisations mais simplement d’étudier la réception de ces mouvements dans les médias et dans la sphère politique pour bien mettre en évidence les différences de traitements envers les grévistes ou manifestants selon le motif de leur ire. Le droit de manifester est inscrit dans notre Constitution, celle qui régit notre République, notre Res Publica, notre chose commune. Aussi me parait-il évident d’exiger un traitement identique dans les mouvements sociaux. Chose qui est loin d’être le cas. Lire la suite

CETA, le David Wallon face au Goliath néolibéral

La Belgique, par la voix de son Premier ministre Charles Michel, a donc affirmé lundi qu’elle « [n’était] pas en état de signer le CETA ». Cette annonce était certes attendue depuis que le Parlement de Wallonie a rejeté le texte, cela n’a pas empêché la stupeur et la colère de gagner les rangs des défenseurs du traité de libre-échange, Commission Européenne en tête. Le Parlement wallon aura donc eu raison du CETA, du moins dans sa version actuelle. Il est toujours assez amusant de constater l’effroi dans lequel se trouvent plongés les tenants d’un néolibéralisme niant toujours plus les voix des populations quand ils se heurtent au mur démocratique.

D’essence technocratique, l’Union Européenne a longtemps avancé en se passant de l’adhésion des peuples, contournant même leurs décisions – les non français et néerlandais en 2005 restent à ce titre les exemples les plus éloquents. La voilà qui, en l’espace d’un peu plus d’une année, se retrouve confrontée au troisième revers de suite, peut-être celui qui l’ébranlera définitivement. Il y eut le « OXI » grec en juillet 2015 puis le vote en faveur du Brexit en juin dernier et enfin le refus de signer le CETA aujourd’hui. Dans les trois cas, les menaces et pressions de la Commission Européenne et des autres membres de l’UE n’y auront rien fait, les Grecs, les Britanniques et les Wallons auront décidé comme des grands. Les Grecs avaient finalement cédé et Tsipras avait capitulé. Il me semble que le non wallon au CETA est porteur de troubles autrement plus importants pour cette UE en pleine décomposition. Lire la suite