L’action citoyenne pour éviter le pire ?

En emportant une large majorité absolue lors des élections législatives de 2017, la République en Marche prétendait avoir fait entrer la société civile à l’Assemblée Nationale. Par-delà le parti d’Emmanuel Macron, le recours à ce concept fumeux qu’est la société civile est désormais devenue monnaie courante dans la sphère partisane. Face au bouleversement politique et sociétal que représente la défiance grandissante à l’égard des partis dits de gouvernement un peu partout sur la planète, l’appel à immerger lesdits partis dans la société revient avec plus de force sans que l’on sache parfois très bien de quoi il en retourne exactement.

Le cas de LREM est à ce titre éloquent puisqu’il fait figure d’exemple quasi-paroxystique d’une des manières d’instrumentaliser cette question de la société civile pour faire que rien ou presque ne change dans les rapports de force politiques. En faisant entrer des nouvelles têtes au Parlement, le parti présidentiel n’a évidemment pas intégré la société dans sa diversité mais uniquement la fraction des cadres et des classes supérieures. Plus largement, l’intérêt de l’action citoyenne réside principalement dans le fait que celle-ci déborde du cadre parlementaire et qu’il se pourrait bien que ça soit par ce biais là que les choses évoluent rapidement, tant les mobilisations citoyennes de ces dernières années semblent être d’une nature nouvelle et s’inscrire dans une période d’effondrement (ou tout du moins de remise en cause) du système représentatif.

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La planification en quelques lignes

Depuis hier, la France est entrée dans la phase du déconfinement après presque deux mois de confinement. Si cela ne signifie bien entendu pas que l’épidémie est terminée et derrière nous, cette nouvelle phase pose avec une acuité plus grande encore la question du modèle économique et de société que nous souhaitons mettre en œuvre, le fameux « monde d’après ». Par-delà les tribunes et les professions de foi creuses qui se multiplient, il s’agit d’être conséquent et d’essayer d’esquisser ce que pourrait être un infléchissement ou un changement de modèle. Dans cette optique, la question de la planification pourrait s’avérer centrale, notamment dans ce qu’elle nous révèle de l’hypocrisie de la classe dirigeante.

Très rapidement en effet, dès lors que surgit la question de la planification (économique, écologique, sociale, etc.) dans le débat public, les classes dirigeantes et possédantes s’empressent de pousser des cris d’orfraie absolument horrifiés et de convoquer le-communisme-et-ses-centaines-de-millions-de-morts, l’équivalent du point Godwin pour eux. Il me semble pourtant que la critique de la planification qui est faite par ces personnes ne concernent pas la question de la planification en elle-même mais bien plus des acteurs qui doivent la mettre en place. En d’autres termes, il s’agit bien moins d’un débat sur la planification que sur le pouvoir.

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Le cens caché en quelques lignes

S’il y a bien une constante dans la vie politicienne française, c’est le recours à la légitimation par le suffrage universel des gouvernants qui n’ont de cesse d’utiliser cet artifice quand bien même ils appliqueraient une politique allant à 180° de celle pour laquelle ils ont été élus. François Hollande fait bien évidemment figure d’exemple paroxystique de cette logique mais c’est bien plus largement le recours à l’argument selon lequel les élections régleraient tout qui est ici en cause. Le système institutionnel de la Vème République étant ce qu’il est, ces dernières sont effectivement le seul moment – hors exceptionnel referendum – où les citoyennes et citoyens sont appelés à s’exprimer, tout juste leur laisse-t-on le soin de choisir celles et ceux qui choisiront à leur place.

Cette vision de la vie institutionnelle et politique dans notre pays remonte à loin et l’on garde en mémoire les mots de l’abbé Sieyès pour qui « le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants » et qui était partisan d’un pouvoir exécutif très fort ainsi qu’en atteste sa participation active à l’organisation du coup d’Etat du 18 Brumaire. Dans cette histoire au long cours le suffrage censitaire – que la Constitution de l’an I prévoyait d’abolir si elle avait été appliquée – est l’un des outils principaux qui a permis jusqu’en 1848 et la proclamation de la IIème République de tenir à l’écart du vote la grande majorité de la population. Il serait, toutefois, bien peu rigoureux de croire que les pesanteurs d’un cens désormais caché n’existerait plus.

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L’ambivalence de la personnalisation à gauche

En ce premier mai, nous aurions dû être dans la rue pour célébrer la journée internationale des travailleurs – ce qui est, en France, appelée la fête du travail, une dénomination qu’a léguée le régime de Vichy à notre chère République – et tenter d’agréger ce que la gauche compte de forces vives pour mettre en branle un autre modèle. Malheureusement la rude crise sanitaire et le confinement rendent impossible cette fête populaire annuelle. Condamnés à se contenter de mobilisations virtuelles (ou au mieux à nos fenêtres), il est néanmoins nécessaire de commencer à réfléchir dès maintenant à ce qu’il se passera une fois cette angoissante période passée.

Depuis la mise en place du confinement, l’on voit effectivement fleurir les questionnements et les débats sur ce qu’il est désormais convenu d’appeler le monde d’après ou le jour d’après si l’on veut faire moins grandiloquent. S’il est bien heureux que des économistes, des sociologues, des philosophes, en bref des intellectuels de gauche se penchent sur cette question et abondent les débats de leurs réflexions – il faut à cet égard rendre un hommage appuyé à Mediapart et au Monde diplomatique qui participent grandement à ce foisonnement intellectuel – il serait dangereux de se croire arrivés comme on peut le lire ci et là. Le chemin sera certainement long et c’est dans cette optique qu’il ne me paraît pas superflu de revenir sur l’une des plus grandes ambivalences, si ce n’est la plus grande, qui parcourt les mouvements de gauche tout au fil de l’histoire politique moderne, celle concernant la question de la personnalisation et de l’incarnation.

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La mondialisation en quelques lignes

S’il y a bien un élément qui est remis en cause par le surgissement du nouveau coronavirus et la crise sanitaire que nous traversons, c’est le concept de mondialisation. Un peu partout sur la planète, en effet, des voix s’élèvent pour appeler à une relocalisation des activités et à une démondialisation. En France, cela se matérialise assurément par le retour sur la scène médiatique d’Arnaud Montebourg, le chantre de cette idée depuis son passage au Ministère de l’Économie, du Redressement productif et du Numérique – l’on garde notamment en mémoire sa célèbre une avec une marinière pour promouvoir le « made in France ».

Avant de parler de démondialisation il faut, toutefois, selon moi commencer par définir ce que recouvre le processus de mondialisation, ce sans quoi nous avons toutes les chances de passer à côté du réel sujet. Si l’on en croit Wikipedia, le concept de mondialisation correspondrait « à la libre circulation des marchandises, des capitaux, des services, des personnes, des techniques et de l’information. Il désigne le processus d’intégration des marchés et de rapprochement des humains qui résulte notamment de la libéralisation des échanges, du développement des moyens de transport de personnes et de marchandises, et des retombées des technologies de l’information et de la communication à l’échelle planétaire. Elle se manifeste, outre l’interdépendance croissante des économies (mondialisation économique) et l’intensification de la concurrence, par l’expansion des échanges et des interactions humaines ». Je crois pourtant que cette définition occulte la partie centrale de la mondialisation néolibérale.

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Ouverture des librairies, le faux débat

Au milieu de l’ensemble des débats induits par la crise sanitaire et la mise en place du confinement, il en est un qui a pris, de manière assez surprenante, une certaine ampleur, celui de l’ouverture des librairies. Alors que le gouvernement annonçait la fermeture de l’ensemble des commerces non nécessaires à la vie de la nation, d’aucuns se sont empressés d’expliquer – souvent pour mettre en avant que, eux, lisaient des livres – que les librairies constituaient des commerces nécessaires. Alors même qu’Amazon et tous ses avatars antisociaux sont progressivement devenus dominants sur le marché de l’achat de livres, certains exigeaient que les libraires soient mis en danger d’un point de vue sanitaire quand le reste de l’année assez peu de personnes, malheureusement, poussent la porte de ces librairies indépendantes.

Ce nouvel attrait pour les petits libraires indépendants au nom de la préservation de la culture – je reviendrai sur le lien soi-disant indéfectible entre livres et culture avancé par certains – peut facilement trouver sa matérialisation par l’achat de livres électroniques via des sites permettant de financer les libraires indépendants, on peut citer Place des Libraires par exemple. Plus largement, cet engouement nouveau pour la lecture en raison du confinement et la place importante qu’a occupée ce débat durant quelques jours a, me semble-t-il, éclipsé une problématique bien plus importante à ce sujet, celui de la difficulté d’accès à ces livres pour les populations qui en auraient à mon sens le plus besoin.

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