La légion du déshonneur

« C’est toujours mieux de ne rien vendre du tout plutôt que de vendre son honneur ». La déflagration, terrible mais juste, est signée Sophia Aram sur France Inter. Ce matin, la station de Radio France recevait Jean-Marc Ayrault, Ministre des Affaires étrangères. Celui-ci était invité à réagir au scandale du week-end révélé par Mediapart : la remise de la légion d’honneur en catimini au prince héritier du trône d’Arabie Saoudite – accessoirement Ministre de l’Intérieur de son pays et donc responsable des décapitations et des exécutions. L’ex-Premier ministre a répondu aux critiques à l’aide d’une phrase hallucinante affirmant qu’il s’agissait d’une « tradition diplomatique » ajoutant qu’il « [fallait] la prendre comme telle ».

Il y a évidemment beaucoup à dire sur cette décoration – et c’est le but de ce papier – mais il ne faut pas oublier de fustiger l’ensemble des médias français qui s’étaient bien gardés de révéler l’affaire. Sans Mediapart, il y a fort à parier que nous n’aurions jamais su que le prince héritier d’Arabie Saoudite avait été décoré par notre président. Ceci pose la question de la liberté de la presse dans notre pays, élément consubstantiel de la démocratie – à ce titre, les cambriolages dans les locaux de Marsactu sont un scandale. Pas de démocratie sans liberté de la presse, tâchons de s’en souvenir et remercions Mediapart et les autres journaux indépendants de faire perdurer la flamme de la démocratie. Lire la suite

Le Parti Républicain dans le piège Trump

Mardi dernier a constitué un terrible coup de semonce pour la direction du Parti Républicain. Lors du « Super Tuesday », le milliardaire Donald Trump a, en effet, accentué son avance dans la course à l’investiture et confirmé par la même occasion qu’il était déterminé à aller au bout de sa campagne. Longtemps considérée comme une blague, sa candidature n’a eu de cesse de gagner en puissance depuis le début de la campagne. D’abord méfiants, les caciques du Grand Old Party – le surnom du Parti Républicain – sont désormais farouchement opposés à l’investiture de Monsieur Trump, considérant que sa désignation marquerait la défaite du camp conservateur en novembre prochain.

Jeudi dernier, deux jours après la déflagration du Super Tuesday, la rébellion s’est mise en place dans les hautes sphères du parti. Les dirigeants républicains ont donc décidé de tenter le tout pour le tout. Mitt Romney – le candidat républicain lors de l’élection 2012 – est monté en première ligne au cours d’un discours durant lequel il a fustigé celui qui fait la course en tête dans les primaires républicaines : « Donald Trump est un charlatan, un imposteur. Ses promesses ne valent pas mieux qu’un diplôme de l’université Trump. Il prend les Américains pour des pigeons ». Le milliardaire doit se frotter la main en voyant la direction du parti lancée dans une cabale à son encontre, son piège vient de se refermer sur elle. Dans le bras de fer qui l’oppose à elle, il l’a déjà emporté en provoquant ces réactions. Lire la suite

A Calais, notre humanité assassinée…

« Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée qui est divine; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible ; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles ».  En écrivant ces quelques lignes au moment de la parution des Misérables en 1862, nul doute que Victor Hugo priait en son for intérieur pour que son chef d’œuvre devienne un jour inutile.

Et pourtant, plus de 150 ans après sa publication, le monument du poète est toujours d’actualité et le démantèlement de la jungle de Calais – que j’appellerai camp de Lande tout au fil de cet article, ce dont je m’expliquerai plus tard – a débuté lundi dernier dans une « fermeté douce » selon les termes de la préfète, oxymore qui montre bien le peu de cas que font de ces personnes les décideurs administratifs et politiques de notre pays. Et voilà des milliers de personnes, migrants et réfugiés, sommées de quitter le camp sur le champ. Le plus terrible dans cette affaire, c’est qu’elles quittent la mort dans l’âme un endroit invivable qui, faute de mieux, leur servait de pis-aller.  Si « l’habitude du désespoir est pire que le désespoir lui-même », selon la phrase de Camus dans La Peste, alors ces personnes sont les plus malheureuses du monde puisqu’elles ont non seulement l’habitude du désespoir mais, plus macabre encore, l’habitude de cette habitude. Lire la suite

L’attitude face aux réfugiés ou la honte de l’Europe

Imaginez le regard que porteront les historiens dans un siècle sur notre époque ; comment les cours que suivront nos petits-enfants seront marqués du sceau de l’infamie quand ils découvriront qu’il n’y a pas si longtemps, l’Europe toute entière a tourné le dos à ses valeurs humanistes.  Laissant la Méditerranée devenir un véritable cimetière sous-marin, l’Union Européenne – récompensée d’un prix Nobel de la paix en 2012 – voit, jour après jour, ses idéaux et son Histoire sombrer aux larges des îles de Lampedusa, Kos ou Lebos. Face aux multiples appels à l’aide de l’Italie ou de la Grèce, la voilà qui se lave les mains et qui détourne les yeux tel Ponce-Pilate.

Il y a presque 80 ans, Messieurs Daladier et Chamberlain signaient les tristement célèbres accords de Munich. Le 30 septembre 1938, les dirigeants français et anglais choisissaient – selon les mots de Churchill – le déshonneur plutôt que la guerre. 78 ans plus tard, Manuel Valls n’a pas eu besoin d’être accompagné pour couvrir la France de déshonneur en fustigeant la chancelière allemande pour sa politique à l’égard des réfugiés. Véritable symptôme de la souffrance vécue par les Français que ce Premier ministre soit disant de gauche venant faire la morale à une chancelière conservatrice pour sa politique d’accueil de personnes fuyant la guerre. Lire la suite

Réforme du code du travail: le tocsin est sonné !

Hier, dans l’après-midi, le gouvernement a sonné la charge pour défendre son projet de loi controversé sur le code du travail. En créant un compte sur Twitter, il s’est, en effet, mis en position de lutte. Après la déflagration de la tribune signée par Martine Aubry dans Le Monde, Manuel Valls et François Hollande ont donc répliqué sur plusieurs fronts : le Premier ministre a répondu de manière véhémente dans le même journal et le gouvernement a donc lancé ce grotesque compte twitter. Les réactions n’ont pas tardé à apparaitre sur le réseau social à l’oiseau entre moqueries et colère.

Dans l’Histoire de notre pays, le tocsin était sonné pour prévenir la population d’un danger important – le plus souvent un incendie – mais aussi pour rassembler la population en cas d’urgence. Les deux pyromanes à la tête du pays n’en sont pas à leur premier départ d’incendie – prolongation de l’état d’urgence, déchéance de nationalité, tournant libéral – mais celui-ci pourrait bien se retourner contre eux, voire mettre le feu entre eux si l’on en croit les différentes sources indiquant un climat glacial de quasi-cohabitation entre le président de la République et son Premier ministre. Lire la suite

Le débat sur le Brexit ou le sacrement de l’UE libérale

Hourra ! Débouchez les bouteilles de champagnes, l’Union Européenne est sauvée. Youpi ! David Cameron va faire campagne pour le « in » à propos du référendum de juin prochain en Grande-Bretagne. Voilà en somme ce que nous avons pu entendre depuis la fin du bras de fer qui opposait David Cameron au reste de l’Union Européenne. Le Premier ministre britannique était venu renégocier les conditions d’un maintien de son pays dans l’UE. En cas d’échec, il menaçait de faire campagne pour une sortie du Royaume-Uni lors du référendum qu’il a promis lors de sa dernière campagne.

Les craintes étaient grandes au sein de l’Europe à propos de ces négociations mais David Cameron n’a pas eu à forcer outre mesure la main des autres dirigeants européens pour obtenir ce qu’il souhaitait, à savoir une participation financière moins grande ainsi qu’une protection pour la City. Venu avec une stratégie claire – l’acceptation de ses conditions ou la sortie de l’UE – il n’a eu guère de mal à convaincre l’UE d’obtempérer. De facto, l’UE est venue rappeler son caractère intrinsèquement libéral et sa propension à s’accommoder d’arrangements avec les traités quand ils vont dans le sens d’un plus grand libéralisme économique. Lire la suite

Education, le naufrage français

Cet article est quelque peu particulier pour moi puisque c’est le centième que je publie sur ce blog. Ç’aurait pu être l’occasion de faire une forme de bilan mais ça ne m’intéresse pas réellement. Au lieu de ça, je préfère évoquer un sujet central dans ma pensée et dans mon engagement : la question de l’éducation. Je me suis, en effet, rendu compte que si ce sujet était souvent évoqué en filigrane au fil de mes différents papiers, je n’avais jamais fait un article dévolu à ce thème. Cela tombe bien, nous avons récemment eu droit à un débat sur l’école dans tous les médias et sur les réseaux sociaux. Vous l’avez sans doute compris, je parle de la réforme de l’orthographe qui a agité la France en plein débat sur la déchéance de nationalité.

Faut-il supprimer ou pas l’accent circonflexe ? Faut-il un ou deux r à chariot ? Faut-il un trait d’union à porte-monnaie ? Autant de questions qui n’ont pas manqué de soulever des débats enflammés. Mesdames Carrère d’Encausse et Vallaud-Belkacem, respectivement secrétaire perpétuel de l’Académie française et Ministre de l’Education nationale, ont même polémiqué à ce sujet par médias interposés. Cette séquence surréaliste n’a fait que confirmer mon avis sur le naufrage français en matière d’éducation. Pendant que des élèves de primaire sont dans des écoles insalubres, nous débattons d’orthographe. Pour reprendre la brillante phrase d’Edgar Morin, « à force de sacrifier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel ». Lire la suite

Marseille : derrière les touristes, l’injustice

Marseille est à la mode. Marseille a la côte. Marseille attire de plus en plus de touristes. 5 Millions de personnes ont visité la cité phocéenne en 2015. Le New-York Times a même placé ma ville natale en deuxième position des cités à visiter, juste après Sao Paulo. De quoi réjouir tous les Marseillais. Tous les Marseillais ? Non, une infime partie en réalité, la Marseille des possédants et des hommes d’affaires, la nouvelle Marseille en somme. Cette Marseille qui regarde de manière dédaigneuse ses enfants et les voient s’éteindre à petit feu. Cette Marseille qui est peut-être plus belle aujourd’hui ou plutôt plus lisse – ce qui lui fait perdre tout charme aux yeux de la majorité des Marseillais.

Il fût un temps où Marseille était singulière en France, où elle incarnait la fronde de la province contre la monarchie toute puissante. Aujourd’hui, l’équipe municipale vend la ville et son âme pour garder ses sièges, pour attirer les touristes et pour montrer que Marseille n’est pas le problème de la France mais peut-être la solution. En agissant de la sorte, il concourt grandement à dénaturer cette millénaire grecque, française, italienne, espagnole, maghrébine, africaine et nous voilà à contempler notre ville, nos quartiers, notre Histoire être dépecés par des vautours de la pire espèce. La curée est lancée, les jeux sont ouverts. Et pendant ce temps, les enfants de Marseille crèvent la bouche ouverte sans un regard. Lire la suite

Lettre ouverte d’un jeune de gauche à Jean-Luc Mélenchon

Mon cher Jean-Luc, j’ai pas mal hésité avant de t’écrire cette lettre. La liras-tu ? J’ose espérer que oui toi qui en appelles au peuple tout le temps. J’espère que tu excuseras mon tutoiement mais je me permets de te tutoyer vu que tu te dis proche du peuple. J’imagine que tu ne m’en tiendras pas rigueur et si c’est le contraire tant pis ça sera une nouvelle preuve de l’hypocrisie dans le monde politique. Si je prends cette liberté, c’est aussi parce que nous sommes relativement proche au niveau des idées sur pas mal de points : une répartition plus équitable des richesses, la dénonciation d’une Europe trop libérale et enfermée dans les carcans des traités ou encore l’appel à une VIème République. Cette proximité d’idées, c’est aussi la raison pour laquelle j’ai hésité à t’écrire cette lettre. J’espère que tu prendras le temps de lire cette missive et, pourquoi ne pas rêver, d’y répondre. Je te le disais, j’ai longuement hésité avant de t’écrire cette lettre. En apprenant ta candidature j’ai commencé un brouillon. Je me suis alors dit qu’émettre des doutes sur la personne qui porte les idées dont je suis le plus proche n’était pas très pertinent. J’ai donc jeté mon brouillon. Puis j’ai à nouveau réfléchi et je me suis dit que ça allait à l’encontre du doute méthodique si cher à Descartes et Socrate et que ne pas t’écrire reviendrait à trahir l’honnêteté intellectuelle que j’essaye d’avoir en permanence. Lire la suite

Le Parti Socialiste en état de mort clinique

Le débat sur la déchéance de nationalité a ébranlé le PS et c’est aujourd’hui l’heure de vérité. Le débat sur la réforme constitutionnelle nous dira, en effet, ce qu’il reste de la majorité présidentielle après plus de trois années d’exercice. Après le tournant libéral, après le virage sécuritaire, voilà François Hollande qui se présente une nouvelle fois – d’aucuns diront une dernière – face à sa majorité pour une réforme constitutionnelle qui pourrait bien marquer un tournant dans sa vie politique et dans la vie politique française. Le président de la République joue, en effet, une partie de poker demain à l’Assemblée : il en sortira renforcé ou quasiment détruit.

Nicolas Sarkozy l’a très bien compris, lui qui a demandé aux députés de son parti de voter pour la réforme constitutionnelle. Il est bien conscient que s’il n’est pas écouté, c’est sur lui et sur son parti que retombera l’opprobre. François Hollande et le PS ne se priveront pas de fustiger une droite qui fait fi de l’union nationale. Le chef de l’Etat a bien conscience que si jamais la droite vote favorablement et que les voix manquantes se trouvent dans son propre camp, cela signera peut-être la fin de ses ambitions de réélection. Alors bien sûr, ci et là on entend des frondeurs au PS dire qu’ils voteront contre mais il y a fort à parier que la grande majorité des députés socialistes voteront en faveur de cette loi. En réalité, le PS est aujourd’hui en état de mort clinique et le conseil national du parti l’a acté samedi dernier. Lire la suite