Tiens, revoilà la crise grecque

Vous aviez aimé le septième épisode de l’été dernier ? Vous allez adorer le huitième épisode de l’été prochain. On nous avait dit que la crise grecque était derrière nous lorsque Tsipras a accepté le mémorandum du 13 juillet dernier. On nous l’avait dit mais seuls les ordolibéraux béats pouvaient croire à de telles sornettes. Les Grecs ont subi de plein fouet ce nouveau choc sans pour autant voir l’étau se desserrer un peu. En réalité, c’est même le contraire qui s’est produit. Au moment du mémorandum, nombreux étaient ceux à fustiger l’accord – moi y compris – et à affirmer que les mêmes causes produiraient les mêmes effets. Nous voilà huit mois plus tard et la situation grecque est plus critique que jamais.

L’austérité imposée au pays a fait dramatiquement chuter le niveau de vie des Grecs – ou du moins ce qu’il en restait – sans que ce remède toxique n’ait amélioré les conditions de vie du patient. Tels médecins de Molière, l’Union Européenne et le FMI pratiquent des saignées régulières en expliquant que la prochaine sera la bonne. Le résultat, c’est un pays exsangue, abandonné de tous face à la crise migratoire et qui tend de plus en plus les bras à l’extrême-droite. L’été dernier le bad cop était l’UE, cette année c’est au tour du FMI. Les vagues successives ont mis plus bas que terre le peuple grec, qu’elle est belle notre UE, elle qui disait défendre la paix et la prospérité et qui jette la Grèce dans la misère et la tension sociale. Lire la suite

Nuit Debout ou la difficile convergence

Samedi prochain, la Nuit Debout fêtera son premier mois d’existence. Pour l’occasion – et pour la fête du travail – le lendemain un grand rassemblement est prévu à Paris. Sont attendus les participants de toutes les Nuits Debout de France. Malgré les critiques parfois acerbes des politiques, malgré l’épisode Finkielkraut et malgré les nombreux appels des éditorialistes à mettre fin à « la farce », le mouvement se maintient et s’est même étendu géographiquement un peu partout en France. Cette relative réussite et longévité est à souligner dans un pays qui n’est plus habitué à ce genre de mouvement social. Peu importe sur quoi débouchera le mouvement, le simple fait que des Français se réunissent un peu partout pour débattre, discuter et échanger est signifiant en lui-même.

Toutefois, peut-on pour autant dire que Nuit Debout est une franche réussite ? Il ne me semble pas, du moins pas pour le moment. Les frictions qui sont apparues récemment à l’occasion du débat sur la suite à donner au mouvement ont souligné cet état de fait. François Ruffin, dans un discours, avait regretté la relative homogénéité de l’assemblée et avait exhorté à sortir de l’entre soi pour donner un souffle nouveau au mouvement. Force est aujourd’hui de constater que le mouvement peine à s’élargir. S’il a su se répandre géographiquement, le mouvement peine à s’étendre à d’autres catégories sociales. Les quartiers et banlieues populaires tout comme la France périphérique manquent cruellement à l’appel, ce qui marque d’une manière ou d’une autre une forme d’échec du mouvement. L’échec à l’égard des quartiers populaires est criant. Lire la suite

Vote blanc et colère noire

Voilà donc Rama Yade candidate à l’élection présidentielle. Après Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Jacques Cheminade, Nathalie Artaud, Philippe Poutou et une multitude d’autres personnes. Je n’inclue pas dans cette liste les multiples candidates et candidats à la primaire de la droite. Alors que dans le même temps le mouvement Nuit Debout s’est étendu à toute la France et que nombreux sont ceux qui réclament un renouvellement de la classe politique, nos professionnels de la politique n’en ont cure et continuent leur petit jeu. Il se pourrait bien que le quatuor de tête en 2017 soit le même qu’en 2012 – avec un ordre probablement différent.

80% des Français réclament du sang neuf si l’on se réfère à certaines enquêtes et pendant ce temps, la classe politique reste complètement sourde en faisant voter une loi dite de modernisation de l’élection présidentielle et qui, en réalité, ne vise qu’à verrouiller un peu plus un système politique à bout de souffle. Publication obligatoire des parrainages et passage de l’égalité à l’équité du temps de parole ont un but commun : éviter l’émergence d’une candidature de la société civile en mettant sous pression les élus et en verrouillant le système médiatique. Au vu de cette configuration, comment ne pas sourire quand on entend la classe politique dénoncer l’entre soi de Nuit Debout ? Non pas que celui-ci n’existe pas mais lorsque l’on fait soi-même le choix de l’entre soi, il semble cavalier de le fustiger chez d’autres. Lire la suite

Réponse à Sophie Taïeb

Jeudi dernier j’étais invité sur France 2 pour interpeller le Président de la République. Il me semble que l’échange, bien que franc, fut à la fois cordial et courtois. Dès jeudi soir un article s’interrogeant sur mon antisémitisme était publié et relayé. D’autres ont suivi vendredi, émanant de sites plus ou moins partiaux – la palme revenant au site dreuz.info qui a publié une fausse photo et de fausses déclarations de moi. Sophie Taïeb a également publié un billet de blog à ce propos sur le site du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France) m’accusant d’être obsédé par les juifs et d’être antisémite. Ce billet de blog, largement commenté sur les réseaux sociaux, m’incite à répondre. Si je n’ai pas répondu aux tweets me mentionnant ou à ce billet de blog avant aujourd’hui, c’est parce que je ne voulais pas répondre de manière hâtive et non réfléchie. Quel aurait été, en effet, l’intérêt de rajouter de la fureur à la fureur, du vacarme au vacarme et de la tension à la tension ? Malheureusement, les débats sur les réseaux sociaux ont dépassé le simple cadre de ma personne et répondre de manière précipitée n’aurait fait que participer à la fracturation de la société française, ce que je combats. Lire la suite

Plaidoyer pour des cours d’histoire des religions

« Le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l’ignorance, et la bonne volonté peut faire autant de dégâts que la méchanceté, si elle n’est pas éclairée ». Et si, en écrivant cette phrase il y a plus de 50 ans, Albert Camus nous donnait une piste pour aborder la crise identitaire que nous vivons actuellement en France ? Bloqué entre les réactionnaires et les tenants d’un angélisme béat, le débat public français n’avance pas. La France est en pleine crise identitaire, il ne s’agit plus de le nier mais d’aborder le débat de manière sereine et apaisée sans tomber dans les faux-semblants ou l’opprobre à l’encontre de telle ou telle communauté.

Attentats sanglants, polémique sur le voile, discours belliqueux de nos dirigeants soit autant d’éléments qui concourent à tendre la société française et à la faire parvenir à ébullition. Loin de tout argument rationnel et réfléchi, on entend que l’Islam ne serait pas compatible avec la République ou qu’il y aurait une différence fondamentale entre musulmans et non-musulmans – et ce, de la part de musulmans et de non-musulmans. Entre une laïcité dénaturée et une xénophobie de plus en plus assumée, la France se perd et perd un temps précieux dans le débat sur son identité. Non il n’est pas pestilentiel de parler d’identité mais les manières dont le débat est abordé sont, elles, propices à la fracturation de la société. Plutôt que de penser contre, réapprenons à penser ensemble.
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Stalingrad, symbole de la déchéance

La dernière saillie de Manuel Valls, celle qui affirme la prééminence de la question identitaire sur la question sociale, a une cible toute désignée : les salafistes. Evidemment dans la bouche d’un Premier ministre aussi hypocrite que belliqueux le terme est ambivalent. Lorsque l’on entend ses propos à l’égard des femmes voilées faut-il comprendre qu’elles seraient toutes plus ou moins salafistes ? Mais, par extension et tel un coup de billard à plusieurs bandes, sa sortie médiatique – qui acte l’arrivée d’une certaine extrême-droite au pouvoir soit dit en passant – vise les migrants et réfugiés. Dans la droite ligne de son infâme discours de Munich, voilà le Premier ministre qui jette la suspicion sur tous les réfugiés.

Ecrire sur le sujet des réfugiés c’est bien mais tenter d’agir avec ses modestes moyens c’est mieux. C’est pourquoi hier, alors que j’étais sur la place de la République et qu’un appel a été fait pour aller aider certains réfugiés à construire leur campement de fortune sous le métro de Stalingrad, j’ai décidé d’aller avec bien d’autres participer modestement à cette tâche. De République à Stalingrad il faut passer par Jaurès. Le symbole est fort entre la Res Publica, le bien commun, l’unificateur du socialisme français farouchement hostile à la colonisation et la place qui porte le nom d’une des premières grosses défaites des forces de l’Axe. Et pourtant, à Stalingrad, la défaite c’est notre pays qui la subit de plein fouet en laissant ces personnes dans la rue, en envoyant ses CRS pour les gazer et les matraquer. Est-ce donc ça l’égalité et la fraternité ? Lire la suite

L’insupportable paternalisme à propos du voile

Manuel Valls était en guerre depuis les attentats, il vient désormais de désigner un ennemi intérieur. « Ce que représente le voile pour les femmes, non ce n’est pas un phénomène de mode, non, ce n’est pas une couleur qu’on porte, non: c’est un asservissement de la femme » a-t-il affirmé à quelques pas de la Place de la République – où la Nuit Debout s’est installée ce qui souligne d’autant mieux le décalage entre un Premier ministre belliqueux et la réalité des Français – faisant ainsi des femmes voilées un ennemi à combattre car toutes porteuses d’un projet politique. « L’essentiel, c’est la bataille culturelle identitaire, si nous ne gagnons pas cette bataille, on oublie tout » s’est-il empressé d’ajouter, n’hésitant ainsi pas à affirmer la prééminence de la question identitaire sur la question sociale.

Avant d’évoquer le paternalisme patent à l’égard du voile, je vais vous confier une chose. Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est l’un de mes adversaires, de mes véritables adversaires. Il a un nom, des visages, des partis, il a présenté sa candidature mais n’a pas été élu et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est l’extrême droite. En plaçant la question identitaire au-dessus de la question sociale, notre Premier ministre soi-disant socialiste permet aux idées d’extrême-droite de gouverner. La navrante polémique sur le voile n’en est-elle pas la preuve ? Evidemment, ces questions doivent être abordées mais dans un climat serein pas dans une volonté de stigmatisation ou d’affrontement. Lire la suite

La Nuit Debout n’est qu’un début

« Aujourd’hui nous changeons les règles du jeu ». Peut-être que d’ici trois mois cette phrase sera oubliée par tout le monde et reléguée aux oubliettes. Il se pourrait aussi que dans cent ans les manuels d’histoire parlent de cette phrase comme de la première pierre de l’édifice insurrectionnel qui semble se mettre en place en France actuellement. Cette phrase a été prononcée par Frédéric Lordon ce jeudi 31 mars lors de son discours introductif à la Nuit Debout sur la place de la République. Ce rassemblement ayant pour but de faire converger les différentes luttes qui traversent la société s’inspirait sans s’en cacher du mouvement des Indignés espagnols ainsi que l’a montré le slogan « El pueblo unido jamás serà vencido » – le peuple uni ne sera jamais vaincu en version française – entonné à de nombreuses reprises dans la soirée.

Cette soirée, placée sous le signe de la fête et de la lutte, n’est que le début du mouvement pour ses instigateurs – l’autorisation de la préfecture s’étend, en effet, sur trois jours. Pour paraphraser Churchill, la mobilisation contre la loi El Khomri n’est pas la fin, ni même le début de la fin, tout au plus est-elle peut-être la fin du début. Personnellement, j’y vois simplement le commencement d’un mouvement, d’un rassemblement plus vu en France depuis de nombreuses années voire décennies, à savoir l’unification de toutes les luttes : des salariés précarisés aux étudiants angoissés, des chômeurs embourbés dans la fange de la pauvreté aux retraités qui peinent à survivre, tous les opprimés de notre peuple commencent à s’unifier, pour le plus grand malheur et la plus grande hantise du pouvoir. Et quel symbole plus puissant que cette place de la République, cette Res Publica, ce bien commun pour commencer la lutte ? Lire la suite

La laïcité assassinée

Ce mercredi 30 mars aux alentours de 8h30, Jean Jaurès et Aristide Briand – les grands artisans de la loi de 1905 séparant les églises de l’Etat – ont dû se retourner dans leurs tombes en entendant les propos de Laurence Rossignol sur RMC face à Jean-Jacques Bourdin. La ministre de la famille et des droits des femmes, qui avait déjà fait parler d’elle en raison de l’indélicatesse du nom de son ministère, a dérapé en déclarant : «il y a des femmes qui choisissent, il y avait aussi des nègres afric… des nègres américains qui étaient pour l’esclavage. […] Je crois que ces femmes sont pour beaucoup d’entre elles des militantes de l’islam politique. Je les aborde comme des militantes, c’est-à-dire que je les affronte sur le plan des idées et je dénonce le projet de société qu’elles portent. Je crois qu’il peut y avoir des femmes qui portent un foulard par foi et qu’il y a des femmes qui veulent l’imposer à tout le monde parce qu’elles en font une règle publique».

Passons sur le terme nauséeux « nègre » puisque nombre de commentateurs se sont préoccupés de la question et que l’ami Jonathan a très bien résumé la chose dans son billet d’hier. La ministre a, en outre, reconnu l’usage maladroit du terme. En revanche, aucun mea culpa sur le fond de son propos puisque en parallèle de ses excuses pour l’utilisation du mot « nègre », Madame Rossignol a réaffirmé qu’elle ne retirerait pas un autre mot de son passage sur RMC. Voilà qu’une ministre, qui se dit de surcroît socialiste, affirme sur une radio à une heure de grande écoute son hostilité à l’islam au travers de son attaque envers les marques de textile produisant des vêtements islamiques et envers les femmes voilées qui ne seraient pas libres ou, pire, presque toutes représentantes de l’islam politique qui veut imposer le voile en en faisant une règle publique. Le flou de la formulation peut tout aussi bien renvoyer à une volonté autoritaire d’imposer le voile qu’à une volonté de la part de la ministre de voir le voile chassé de l’espace public. Drôle de conception de la laïcité ou plutôt symbole d’une gauche qui a lâchement abandonné et dévoyé le terme et la notion. Lire la suite

Bientôt un régime autoritaire en France ?

« En l’état actuel du texte, la France peut basculer dans la dictature en moins d’une semaine ». Cette phrase n’émane pas d’un militant libertaire ou d’une personnalité politique soucieuse de faire le buzz mais de Frédéric Sicard, le bâtonnier de Paris. Prononcée il y a presque un mois dans une interview au Figaro, celle-ci matérialisait son inquiétude face à la volonté affichée de modifier la constitution afin de renforcer le pouvoir exécutif en contournant l’appareil judiciaire pour bien des sujets. Depuis, le Sénat a enterré, ou presque, la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité en réintroduisant la mention aux binationaux dans le texte.

Le risque autoritaire est-il dès lors écarté ? Il ne me semble pas. Si l’on regarde l’ensemble des mesures qui ont été votées depuis le 7 janvier 2015 et toutes celles qui vont l’être prochainement, tout concourt à affaiblir notre Etat de droit par un grignotage lent mais certain de certaines libertés fondamentales. Les débats sont nombreux, et houleux, sur chacune des propositions mais le pouvoir en place ne semble pas prêt de reculer et sa volonté de modifier la constitution, texte fondateur de notre régime, en dit long. Cette volonté est la preuve d’une détermination sans précédent d’un gouvernement qui voit dans les attaques terroristes la légitimation de sa dérive. Lire la suite