Nice ou l’échec sécuritaire

Jeudi dernier la France a donc de nouveau été frappé durement par un attentat. Après Charlie Hebdo et l’Hyper Kasher, après le Bataclan, le Stade de France et les terrasses parisiennes et après Magnanville c’est Nice et sa célèbre promenade des Anglais qui ont été touchés. L’accélération des horreurs est palpable et semble faire de la France un navire qui fonce tristement à l’abime. Les mots sont chaque fois plus difficiles à trouver, les soucis plus difficiles à porter et la société plus difficile à maintenir soudée. Chaque attentat vient ajouter une fracture de plus à notre société déjà morcelée. Les bougies brillent un peu moins fort qu’après le 13 novembre mais elles sont toujours là et témoignent de ceux qui nous séparent des semeurs de mort, le fait que nous nous sentons solidaires des autres malgré la solitude de nos craintes.

Le drame de Nice marque toutefois une rupture à mon sens. Il y a d’abord l’accélération du tempo déjà évoquée mais il y a aussi, et peut-être surtout, l’élargissement de la terreur à toute la France. Inconsciemment ou non, beaucoup pouvait se sentir relativement à l’abri tant qu’ils n’étaient pas résident dans Paris. Cela est peut-être égoïste mais l’attentat de Nice m’a bien plus secoué que ceux du 13 novembre. Peut-être parce que l’accumulation des attaques est pesante mais surtout parce que cette fois on se dit qu’on aurait vraiment pu y être. Cet attentat marque également une rupture parce que la France et les Français pensaient peut-être en avoir fini avec cette spirale infernale. Nous avions retrouvé les joies de se retrouver dans la rue et, osons le dire, une forme d’unité derrière le parcours de l’Equipe de France de football. Une rupture enfin parce que cette fois, contrairement aux attentats précédents, l’unité nationale a volé en éclat en quelques heures et que les responsables politiques ont repris leurs querelles politiciennes alors que les cadavres étaient encore fumant. Lire la suite

Google ou le symbole de la servitude volontaire

Personne, sur la toile et au-delà, n’ignore l’existence de Google. Tout le monde le connaît, ce géant d’Internet qui véhicule une image cool quoique controversée. Au moment du scandale d’espionnage domestique par la NSA, Google s’est, en effet, retrouvé en première ligne en étant accusé de fournir toutes les infos à l’agence américaine. Pour autant, la popularité et la prééminence du moteur de recherche n’ont jamais été remises en cause par cette affaire. Il demeure ce mastodonte qui écrase tous ses concurrents si bien qu’ils finissent forcément par dépérir (Yahoo, Bing et bien d’autres). Cette position de domination confère à la firme californienne un prestige et une aura rarement remis en cause si bien que, pour beaucoup, le rêve consiste à être embauché par l’entreprise.

« Nous recrutons environ 2000 personnes par an et nous recevons plusieurs milliers de candidatures pour ces postes ». Ces mots sont ceux d’un salarié de Google. Pour une part non négligeable des diplômés de Grandes Ecoles, intégrer le « Googleplex » – le siège social de la firme – constitue le climax d’une carrière. Réputée pour son ambiance cool et sa forte propension à laisser ses salariés travailler en autonomie sur des projets qui leur tiennent à cœur, l’entreprise californienne n’a nullement besoin de campagne de communication pour enjoindre les personnes à postuler. Pourtant, derrière cette vision idyllique se cache, souvent, une réalité bien moins joyeuse. Il se pourrait bien que le célèbre discours d’Etienne de la Boétie s’applique pleinement à Google et à ses salariés. Lire la suite

Dieu est-il vraiment mort ?

Dès 1882 et Le Gai Savoir, Friedrich Nietzsche annonce la mort de Dieu mais il faut attendre Ainsi parlait Zarathoustra pour que l’expression gagne ne notoriété. Dans Le Gai Savoir l’insensé annonce : « Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! ». Si Nietzsche a mis ces paroles dans la bouche d’un fou, ce n’est pas parce qu’il ne croit pas lui-même à ce qu’il écrit, mais c’est plutôt parce qu’il est dans le destin de ce personnage de n’être pas cru, et d’être considéré comme fou par la foule. Frustré de n’être pas compris, incapable et de se faire comprendre et d’être compris, le fou casse sa lanterne sur la terre, gémissant qu’il est venu trop tôt : les gens ne peuvent pas encore voir qu’ils ont tué Dieu.

Si l’insensé n’étaient pas compris en son temps, il semble aujourd’hui clair – tout du moins en Occident – que la mort de Dieu a été actée. La sécularisation croissante des sociétés couplée à la fameuse fin de l’histoire chère à Francis Fukuyama ont fini de parachever ce recul franc et massif de la transcendance au profit d’un matérialisme consumériste auquel rien ne semble résister. Certes, la résurgence du fait religieux avec l’Islam va à l’encontre de cette logique mais les tendances de fond, elles, ne bougent pas. Pour autant, peut-on dire que la logique religieuse a véritablement disparu ? Peut-on affirmer sans fard que les structures mentales combattues par Nietzsche sont tombées ? Bref, peut-on dire que Dieu est mort ou bien celui-ci a-t-il simplement muté ? Lire la suite

La guerre des âges n’aura pas lieu

Il y a deux semaines, le magazine économique de la rédaction de France 2 présenté par François Lenglet – L’angle éco – traitait d’un sujet à la fois important et épineux à savoir les inégalités entre les jeunes et les seniors. Si un tel sujet est important, la manière de le traiter l’est d’autant plus. En choisissant de l’intituler « la guerre des âges » et en axant tout son magazine sur l’opposition voire la confrontation entre ces deux catégories de la population, France 2 a cédé au simplisme et au manichéisme un peu comme si les situations de ces deux catégories d’âge étaient parfaitement homogènes.

Cédant au sensationnalisme et à la logique d’affrontement qu’imposent au quotidien médias et politiques, le magazine présenté par François Lenglet, loin de chercher des solutions à un problème qui existe, certes, mais pas dans les proportions décrites lors de l’émission, s’est méthodiquement appliqué à monter les jeunes contre les seniors en leur expliquant que s’ils allaient aussi mal, c’était à cause des seniors qui se sont gavés durant les 30 Glorieuses et qui profitent encore aujourd’hui de leur situation pour influer sur les choix politiques ou se faire énormément d’argent sur le dos des jeunes grâce à l’immobilier. Plutôt que de construire des ponts, l’émission a érigé de nouveaux murs sans même se préoccuper de la complexité des situations que l’on pouvait rencontrer au sein de ces deux catégories d’âge. Lire la suite

Hollande, la grogne sociale et la stratégie du pourrissement

Le 29 avril dernier, un policier a reçu un pavé sur la tête et a perdu connaissance en marge de la manifestation anti-loi travail à Paris. Dans le même temps, un étudiant rennais perdait un œil après un tir tendu de flashball. Parallèlement, le mouvement Nuit Debout sur la place de la République a été le théâtre de violents affrontements entre casseurs et forces de l’ordre. Depuis le 9 mars dernier, et le début de la contestation sociale contre la loi El Khomri, la tension n’a cessé de grimper entre manifestants et forces de l’ordre. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, assisté du porte-parole du gouvernement, s’est empressé de fustiger des violences intolérables.

Malheureusement pour eux – et pour notre cher président et notre cher Premier ministre au passage – plusieurs syndicats de police, dont Alliance peu connu pour sa bienveillance à l’égard des mouvements sociaux, sont montés au créneau pour mettre le ministre de l’Intérieur et l’Etat face à leurs responsabilités. Ces syndicats ont déploré une stratégie du pourrissement qui met à la fois en danger les manifestants et les gardiens de la paix. Le symbole de cette stratégie ignoble s’est d’ailleurs produit le 1er mai lorsque la police a eu ordre de laisser les casseurs se rendre de Nation à République pour mieux discréditer Nuit Debout. En regard de cette politique de la terre brûlée, il nous faut tous – forces de l’ordre et citoyens lambda – nous lever et nous insurger face à ce pouvoir qui se prend pour Néron.

Faudra-t-il un mort ?

Policiers, CRS et manifestants ont fait les frais de cette politique indigne d’un Etat de droit. « La violence est à la fois inévitable et injustifiable. Je crois qu’il faut lui garder son caractère exceptionnel et la resserrer dans les limites qu’on peut » disait Albert Camus. C’est un euphémisme de dire que le pouvoir en place ne la resserre pas dans des limites. Après la violence sémantique du débat sur la déchéance de nationalité, après la violence symbolique de la loi travail, le voilà qui manie la violence physique pour discréditer des manifestations et un mouvement social dans le plus grand mépris de la sécurité des manifestants et des forces de l’ordre. Ces dernières sont, de nombreux articles l’ont mis en évidence, exténuées par un surmenage difficilement justifiable. Depuis le 7 janvier 2015 et a fortiori depuis le 13 novembre dernier et l’état d’urgence, les forces de l’ordre sont sur le pont sans avoir pu se reposer. Dans ce contexte, certaines bavures deviennent malheureusement compréhensibles bien qu’injustifiables.

Oui des casseurs sont présents dans les manifestations – comme tout le temps malheureusement – mais les consignes reçues par les policiers et les CRS conduisent à augmenter les tensions déjà présentes. Quand une manifestation est coupée en trois, quand des manifestants sont bloqués sur un pont et quand les gardiens de la paix ont ordre de ne pas intervenir face aux casseurs pour les laisser se rendre sur la place de la République comment peut-on encore nier que l’on joue le jeu d’un pourrissement de la situation dans l’espoir de rallier le maximum de personnes à sa position ? Lorsqu’un policier ou un CRS commet un impair, c’est l’Etat lui-même qui commet une injustice, ce qu’il semble oublier. « La fin justifie les moyens ? Cela est possible. Mais qui justifie la fin ? À cette question, que la pensée historique laisse pendante, la révolte répond : les moyens » écrivait Camus. Il serait grand temps pour nos dirigeants de s’en rappeler.

Le quinquennat du petit p

Le 14 juillet 2004, lors de la traditionnelle interview, Jacques Chirac évoque par deux fois la « politique avec un petit p » pour rabaisser Nicolas Sarkozy. Si le tacle à l’égard du dirigeant des Républicains ne m’intéresse guère, l’expression employée par le président d’alors est, elle, très intéressante pour tenter d’esquisser une analyse du quinquennat de François Hollande. « Présider la République, c’est rassembler, c’est réconcilier, c’est unir, sans jamais rien perdre de la direction à suivre. C’est écarter la stigmatisation, la division, la suspicion, les oppositions entre Français » disait le candidat Hollande au Bourget. Le voilà pourtant – désormais président – bien prompt à semer la division au sein des Français et dans son propre camp avec un objectif électoraliste à peine masqué et une stratégie de triangulation déjà évoquée par le passé.

Il y eut la séquence surréaliste sur la déchéance de nationalité, moment au cours duquel la France a débattu pendant près de quatre mois sur l’opportunité de créer des apatrides ou de rompre le pacte républicain. La tambouille électorale alors tenté par François Hollande semblait être un paroxystique. Afin de prendre de vitesse la droite, voire l’extrême-droite, le Président n’a pas hésité à tenter de jouer avec la Constitution, texte suprême de notre pays. A ce moment-là déjà, la « politique avec un petit p » était bien présente. Mais que dire face à la situation que nous vivons actuellement ? Le pouvoir en place est prêt à mettre des vies en danger pour laisser pourrir une situation et sortir vainqueur. Il mérite décidément pleinement la comparaison avec Néron. Ce matin, l’adoption de la loi Travail via le 49-3 a pris un peu plus d’épaisseur, confirmant par la même occasion que ce quinquennat restera marqué par cette politique avec un petit p.

Contesté par la rue, mis en minorité dans son propre camp, incapable d’élargir sa base électorale – objectif avoué de sa politique – le pouvoir se retrouve lourdement affaibli. Loin d’accepter cet état de fait, le voilà qui se lance dans une fuite en avant aussi grotesque que dangereuse. François Hollande avait fait l’éloge de la démocratie participative le 14 avril dernier sur France 2 et le voilà qui fait un doigt d’honneur à sa majorité et aux Français, bien aidé par Manuel Valls dans cette logique. Face à cette hydre qui ne semble prête à reculer devant absolument rien, tentons d’appliquer les mots de Camus lors de son discours de réception du Prix Nobel : « Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s’enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir : le refus de mentir sur ce que l’on sait et la résistance à l’oppression ».

Nuit Debout ou la difficile convergence

Samedi prochain, la Nuit Debout fêtera son premier mois d’existence. Pour l’occasion – et pour la fête du travail – le lendemain un grand rassemblement est prévu à Paris. Sont attendus les participants de toutes les Nuits Debout de France. Malgré les critiques parfois acerbes des politiques, malgré l’épisode Finkielkraut et malgré les nombreux appels des éditorialistes à mettre fin à « la farce », le mouvement se maintient et s’est même étendu géographiquement un peu partout en France. Cette relative réussite et longévité est à souligner dans un pays qui n’est plus habitué à ce genre de mouvement social. Peu importe sur quoi débouchera le mouvement, le simple fait que des Français se réunissent un peu partout pour débattre, discuter et échanger est signifiant en lui-même.

Toutefois, peut-on pour autant dire que Nuit Debout est une franche réussite ? Il ne me semble pas, du moins pas pour le moment. Les frictions qui sont apparues récemment à l’occasion du débat sur la suite à donner au mouvement ont souligné cet état de fait. François Ruffin, dans un discours, avait regretté la relative homogénéité de l’assemblée et avait exhorté à sortir de l’entre soi pour donner un souffle nouveau au mouvement. Force est aujourd’hui de constater que le mouvement peine à s’élargir. S’il a su se répandre géographiquement, le mouvement peine à s’étendre à d’autres catégories sociales. Les quartiers et banlieues populaires tout comme la France périphérique manquent cruellement à l’appel, ce qui marque d’une manière ou d’une autre une forme d’échec du mouvement. L’échec à l’égard des quartiers populaires est criant. Lire la suite

Vote blanc et colère noire

Voilà donc Rama Yade candidate à l’élection présidentielle. Après Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Jacques Cheminade, Nathalie Artaud, Philippe Poutou et une multitude d’autres personnes. Je n’inclue pas dans cette liste les multiples candidates et candidats à la primaire de la droite. Alors que dans le même temps le mouvement Nuit Debout s’est étendu à toute la France et que nombreux sont ceux qui réclament un renouvellement de la classe politique, nos professionnels de la politique n’en ont cure et continuent leur petit jeu. Il se pourrait bien que le quatuor de tête en 2017 soit le même qu’en 2012 – avec un ordre probablement différent.

80% des Français réclament du sang neuf si l’on se réfère à certaines enquêtes et pendant ce temps, la classe politique reste complètement sourde en faisant voter une loi dite de modernisation de l’élection présidentielle et qui, en réalité, ne vise qu’à verrouiller un peu plus un système politique à bout de souffle. Publication obligatoire des parrainages et passage de l’égalité à l’équité du temps de parole ont un but commun : éviter l’émergence d’une candidature de la société civile en mettant sous pression les élus et en verrouillant le système médiatique. Au vu de cette configuration, comment ne pas sourire quand on entend la classe politique dénoncer l’entre soi de Nuit Debout ? Non pas que celui-ci n’existe pas mais lorsque l’on fait soi-même le choix de l’entre soi, il semble cavalier de le fustiger chez d’autres. Lire la suite

Plaidoyer pour des cours d’histoire des religions

« Le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l’ignorance, et la bonne volonté peut faire autant de dégâts que la méchanceté, si elle n’est pas éclairée ». Et si, en écrivant cette phrase il y a plus de 50 ans, Albert Camus nous donnait une piste pour aborder la crise identitaire que nous vivons actuellement en France ? Bloqué entre les réactionnaires et les tenants d’un angélisme béat, le débat public français n’avance pas. La France est en pleine crise identitaire, il ne s’agit plus de le nier mais d’aborder le débat de manière sereine et apaisée sans tomber dans les faux-semblants ou l’opprobre à l’encontre de telle ou telle communauté.

Attentats sanglants, polémique sur le voile, discours belliqueux de nos dirigeants soit autant d’éléments qui concourent à tendre la société française et à la faire parvenir à ébullition. Loin de tout argument rationnel et réfléchi, on entend que l’Islam ne serait pas compatible avec la République ou qu’il y aurait une différence fondamentale entre musulmans et non-musulmans – et ce, de la part de musulmans et de non-musulmans. Entre une laïcité dénaturée et une xénophobie de plus en plus assumée, la France se perd et perd un temps précieux dans le débat sur son identité. Non il n’est pas pestilentiel de parler d’identité mais les manières dont le débat est abordé sont, elles, propices à la fracturation de la société. Plutôt que de penser contre, réapprenons à penser ensemble.
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Stalingrad, symbole de la déchéance

La dernière saillie de Manuel Valls, celle qui affirme la prééminence de la question identitaire sur la question sociale, a une cible toute désignée : les salafistes. Evidemment dans la bouche d’un Premier ministre aussi hypocrite que belliqueux le terme est ambivalent. Lorsque l’on entend ses propos à l’égard des femmes voilées faut-il comprendre qu’elles seraient toutes plus ou moins salafistes ? Mais, par extension et tel un coup de billard à plusieurs bandes, sa sortie médiatique – qui acte l’arrivée d’une certaine extrême-droite au pouvoir soit dit en passant – vise les migrants et réfugiés. Dans la droite ligne de son infâme discours de Munich, voilà le Premier ministre qui jette la suspicion sur tous les réfugiés.

Ecrire sur le sujet des réfugiés c’est bien mais tenter d’agir avec ses modestes moyens c’est mieux. C’est pourquoi hier, alors que j’étais sur la place de la République et qu’un appel a été fait pour aller aider certains réfugiés à construire leur campement de fortune sous le métro de Stalingrad, j’ai décidé d’aller avec bien d’autres participer modestement à cette tâche. De République à Stalingrad il faut passer par Jaurès. Le symbole est fort entre la Res Publica, le bien commun, l’unificateur du socialisme français farouchement hostile à la colonisation et la place qui porte le nom d’une des premières grosses défaites des forces de l’Axe. Et pourtant, à Stalingrad, la défaite c’est notre pays qui la subit de plein fouet en laissant ces personnes dans la rue, en envoyant ses CRS pour les gazer et les matraquer. Est-ce donc ça l’égalité et la fraternité ? Lire la suite

L’insupportable paternalisme à propos du voile

Manuel Valls était en guerre depuis les attentats, il vient désormais de désigner un ennemi intérieur. « Ce que représente le voile pour les femmes, non ce n’est pas un phénomène de mode, non, ce n’est pas une couleur qu’on porte, non: c’est un asservissement de la femme » a-t-il affirmé à quelques pas de la Place de la République – où la Nuit Debout s’est installée ce qui souligne d’autant mieux le décalage entre un Premier ministre belliqueux et la réalité des Français – faisant ainsi des femmes voilées un ennemi à combattre car toutes porteuses d’un projet politique. « L’essentiel, c’est la bataille culturelle identitaire, si nous ne gagnons pas cette bataille, on oublie tout » s’est-il empressé d’ajouter, n’hésitant ainsi pas à affirmer la prééminence de la question identitaire sur la question sociale.

Avant d’évoquer le paternalisme patent à l’égard du voile, je vais vous confier une chose. Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est l’un de mes adversaires, de mes véritables adversaires. Il a un nom, des visages, des partis, il a présenté sa candidature mais n’a pas été élu et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est l’extrême droite. En plaçant la question identitaire au-dessus de la question sociale, notre Premier ministre soi-disant socialiste permet aux idées d’extrême-droite de gouverner. La navrante polémique sur le voile n’en est-elle pas la preuve ? Evidemment, ces questions doivent être abordées mais dans un climat serein pas dans une volonté de stigmatisation ou d’affrontement. Lire la suite