Twitter est-il dangereux pour la démocratie ?

Il y a quelques semaines j’avais tenté d’analyser ce que j’appelle la twitterisation de la vie politique (et tenté de démontrer en quoi celle-ci était le symbole de sa déchéance). Aujourd’hui, ce sont les rapports entre Twitter, ses utilisateurs et la démocratie qui m’intéressent, ou plutôt qui m’inquiètent quelque peu devrais-je dire. « Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse ». Ce proverbe me semble particulièrement adapté à ce réseau social tant la vocifération et l’outrance semblent être les règles du petit oiseau bleu.

On ne compte plus, en effet, les propos injurieux voire clairement haineux sur Twitter. Ces abominations poussent comme des petits champignons et ce, d’autant plus qu’ils ne sont que très rarement supprimés par les administrateurs. Récemment une personne fort charmante lors d’un «débat» sur l’immigration n’a eu pour seul argument de dire que « L’Islam n’est pas une religion, c’est une secte de barbares et de sauvages ». Inutile de préciser que cette personne n’a pas voulu aller plus loin dans le débat après cela. D’aucuns semblent penser qu’un débat sain passe par ce genre de pitreries et de grossièretés. La politique, au sens noble du terme, et la démocratie ne sauraient s’accommoder de ce genre de pratiques. Lire la suite

Un autre modèle agricole pour nourrir le monde

Avis de gros temps sur le front de la lutte contre la faim : les progrès pour éradiquer ce fléau marquent le pas en dépit d’une légère amélioration des chiffres (870 Millions de personnes sous-alimentées contre un Milliard en 2009 selon la FAO). Pour répondre aux besoins des 9 Milliards d’habitants attendus au milieu du siècle, la production agricole devrait augmenter de 70% au niveau mondial et même de 100% dans les pays en développement selon la FAO. Un véritable casse-tête dans un contexte où les rendements moyens augmentent de 1% par an pour le riz et de 2% pour le maïs soit deux à trois fois moins rapidement qu’au XXème siècle. Lire la suite

La mondialisation des cerveaux

Les migrations internationales ont longtemps été considérées comme le chainon manquant de la mondialisation. En 2010, le nombre de personnes résidant dans un pays étranger depuis plus d’un an s’élevait à 214 Millions. Si les migrants ne représentent que 3% de la population mondiale, dans les économies avancées, la contribution des immigrants à la croissance de la population active atteint 40%. En 2010, l’immigration permanente représentait en moyenne 12% de l’emploi dans ces économies (ce chiffre a doublé depuis 20 ans). Lire la suite

Chine cherche tête chercheuse

La Chine est devenue un géant mondial dans la R&D (recherche et développement) mais en va-t-il de même en matière d’innovation ? On assimile souvent à tort R&D et innovation mais la R&D n’est qu’un des éléments du processus d’innovation. Depuis 2000, le gouvernement a mobilisé d’importantes ressources dans ce domaine. La Chine compte aujourd’hui le plus grand nombre de chercheurs et d’ingénieurs engagés dans la R&D. Elle a les 3èmes dépenses du monde dans ce domaine, elles ont presque quadruplé au cours des 7 dernières années pour atteindre 123 Milliards d’€ (70% par les entreprises) soit 1,94% du PIB. La production high-tech représente désormais plus de 30% des exportations totales mais ces exportations sont surtout constituées de composants peu innovants. En outre, la part de la Chine dans les brevets mondiaux est seulement de 1%. Lire la suite

Vous voulez régler le problème des migrants ? Soyez humains !

Plus de 100 000 migrants sont arrivés en Europe au mois de juillet 2015. Chaque jour amène son lot de déclarations aberrantes sur cette situation. Ce matin, sur ITélé, Gilbert Collard appelait les autorités européennes à une sévérité plus grande. Dans l’après-midi c’est Florian Philippot qui a exigé que le statut de réfugié politique soit supprimé. Si entendre de tels propos dans la bouche de personnalités politiques d’extrême droite n’est guère surprenant, les voir repris et amplifiés par un ancien président de la République ou par une ancienne ministre est autrement plus inquiétant et plus dérangeant.

A la comparaison entre l’arrivée de migrants et une fuite d’eau faite par Nicolas Sarkozy ont succédé les sorties sidérantes de Nadine Morano sur cette question. Preuve qu’une large part de l’échiquier politique est contaminée par cette haine et cette déshumanisation du problème. Quiconque ose, en effet, essayer de comprendre la situation de ces migrants ou rappeler que derrière tous ces chiffres se cachent la misère d’hommes, de femmes et d’enfants se voit immédiatement taxer d’angélisme. Pourtant, si l’on veut réellement changer la situation il ne suffit pas de faire de grands effets d’annonce ou de poster des tonnes de gardes côtes au large de l’Europe. Lire la suite

La suppression des repas de substitution ou comment attiser les tensions

« Le Trib. adminis. vient de rejeter le recours dirigé contre la fin des menus de substitution à Chalon. Première victoire pour la laïcité ! ». En tweetant cela le 13 août dernier, Gilles Platret, le maire Républicain de Chalon sur Saône, se félicitait de ce qu’il considère comme une victoire de la laïcité en même temps qu’une victoire personnelle. Cette interdiction des menus de substitution a suscité des réactions partagées. Même dans son propre parti, le maire de Chalon a été contesté. Alors certes Nicolas Sarkozy, dans sa course effrénée derrière le Front National, a soutenu bruyamment cette initiative. Mais certains, comme Alain Juppé, ont rapidement critiqué ce qu’ils considèrent comme étant une dérive. Le maire de Bordeaux n’a pas pris de pincettes pour évoquer le sujet puisqu’il a affirmé que « les repas de substitutions n’emmerd[ait] personne ! ».

Ce qui me dérange le plus dans cette affaire c’est que les défenseurs de la suppression de ces menus de substitutions brandissent la laïcité comme argument. D’ailleurs ils vont même plus loin puisqu’ils affirment que la laïcité serait en danger si on ne supprimait pas lesdits repas de substitution. En réalité agiter ce chiffon rouge ne revient une nouvelle fois qu’à tenter de diviser les Français. En a-t-on vraiment besoin en cette période où le repli sur soi est de mise ? N’est-il pas temps de tenter d’unir les Français plutôt que de les diviser sur des sujets périphériques ? A trop jeter de l’huile sur le feu, ces personnalités politiques ne parviendront qu’à attiser les divisions et à radicaliser certaines personnes sur des sujets qui ne méritent pas une telle lumière. Lire la suite

Tel Aviv sur Seine ou le règne du manichéisme

« Soutien total à l’initiative de la Ville de Paris et à Tel Aviv sur Seine. Halte au déferlement de bêtise ». En 106 petits caractères, voilà comment Manuel Valls a réagi à la polémique à propos de Tel Aviv sur Seine. Une réaction digne d’un Premier ministre pour vous ? Pas pour moi en tous cas. Que Manuel Valls apporte son soutien à l’initiative de la ville de Paris est une chose normale. Volant au secours du Parti Socialiste parisien qui voit sa majorité au conseil municipal fracturée en raison de cet évènement, le Premier ministre est pleinement dans son rôle. Toutefois, la manière dont il l’a fait est plus que critiquable. Assimiler toutes les personnes qui contestent l’organisation d’un tel évènement à des abrutis n’est pas acceptable et constitue une nouvelle preuve de mépris envers le peuple.

Si la discussion et le dialogue sont éminemment importants dans cette problématique, le recours aux invectives et aux petites phrases frôlent l’inconscience. On peut reprocher à Anne Hidalgo d’avoir organisé cet évènement mais on ne peut pas lui reprocher de n’avoir pas cherché à expliquer les raisons de celui-ci. En publiant une tribune dans Le Monde, elle a en effet tenté d’expliquer par le dialogue pourquoi elle défendait Tel Aviv sur Seine. Quoi que l’on pense de sa position, elle a fait ce premier pas vers l’autre qui me semble primordial parce que pour être en désaccord, encore faut-il être d’accord pour discuter. Ce reproche que j’adresse à certains défenseurs de Tel Aviv sur Seine, je l’adresse également à certains contempteurs de cet évènement. A trop généraliser et essentialiser, on en arrive à un manichéisme inquiétant qui ne peut être vecteur que de divisions et de violences. Lire la suite

Le Canal de Suez, symbole de la soumission des élites égyptiennes

Jeudi dernier, le président égyptien Abdal Fattah al-Sissi a inauguré en grande pompe le « nouveau canal de Suez ». François Hollande était l’invité d’honneur de cette grand-messe à la gloire du président égyptien. Dans la foulée, l’Egypte annonçait se positionner pour racheter un des deux porte-avions Mistral que la France n’a pas livré à la Russie. Certains y verront sans doute un simple concours de circonstances mais comment ne pas y voir un échange de bons procédés entre deux «amis» du type : je viens t’aider à avoir le soutien populaire et tu me sors du bourbier dans lequel je me suis mis.

La présence de François Hollande à cette inauguration du «nouveau canal de Suez» nous apprend deux choses principales à mon sens. Avant d’être politique, le symbole est surtout historique pour l’Egypte et les égyptiens. Près de 60 ans après la crise de Suez, cette présence, quasi-vitale pour al-Sissi, de la France lors de l’inauguration tranche avec la présence violente des troupes françaises sur les bords du canal en novembre 1956. Le symbole est aussi politique : aller parader pour al-Sissi revient de facto à accepter encore une fois le coup d’Etat perpétré par l’armée égyptienne au détriment de Mohamed Morsi et des Frères Musulmans. Lire la suite

Comme un malaise face aux commémorations d’Hiroshima…

Hier marquait donc les 70 ans du bombardement d’Hiroshima par les américains. Des commémorations ont eu lieu un peu partout dans le monde. En voyant ça, ainsi que le hashtag Hiroshima en top trend mondiale sur Twitter, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir un certain malaise. Alors évidemment que l’Histoire est importante et qu’Hiroshima marque en quelque sorte la victoire finale des Alliés sur l’axe du mal mais tout de même, le bombardement d’Hiroshima a coûté la vie à près de 80 000 japonais.

Beaucoup se sont exaltés au moment de ce bombardement. A l’époque, déjà, des voix s’étaient élevées contre cette exaltation. Camus, dans Combat, écrivait le 8 août 1945 : «la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie» et ajoute plus loin  «en attendant, il est permis de penser qu’il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles». Je le rejoins sur ce point. Je trouve indécent de célébrer une découverte qui sert avant tout la destruction. Pour aller plus loin, et adapter cette indignation au temps présent, je trouve indécent de célébrer une mort et abject de chercher à justifier l’assassinat ou le meurtre. Lire la suite

De l’hypocrisie à propos d’Israël

Ali Saad Dawabsha, le bébé tué vendredi par des colons israéliens, n’est pas la première et ne sera sans doute pas la dernière victime de la colonisation que mène sciemment l’Etat d’Israël en Cisjordanie. Le Premier ministre Benyamin Nétanyahou a évidemment condamné fermement cet acte qu’il a qualifié de «terroriste». Mais l’hypocrisie est bien grande dans la bouche d’un Premier ministre à la tête d’un gouvernement de droite et d’extrême-droite qui prône, officiellement, l’expansion ininterrompue des implantations juives en territoire palestinien. C’est sur ce programme que Nétanyahou a été réélu. Vouloir dissocier complétement la politique de colonisation des actes horribles qu’elle engendre est faire preuve d’une mauvaise foi inouïe.

D’une certaine manière, les colons qui passent à l’acte se situent dans la stricte continuité des discours du gouvernement. Armés, ces colons disent agir au titre de la « vengeance » ou du « prix à payer » – façon de dénoncer les obstacles qu’ils peuvent rencontrer, de la part des Palestiniens ou des autorités israéliennes, dans l’extension de la colonisation. Leurs méfaits restent, le plus souvent, impunis. Ils disposent de relais au plus haut niveau de l’Etat. Ils obéissent à une idéologie qui est, après tout, celle que véhicule la majorité gouvernementale. Quand le gouvernement utilise des mots, ces zélés utilisent des cocktails Molotov et des kalachnikovs. Voilà la réalité de la situation et la mauvaise foi développée par les sionistes n’y changera rien. Lire la suite