Le FN, les prêts bancaires et la démocratie malade

Hier soir sur le plateau de France 2 et ce matin sur celui de France Info, l’un des plus fidèles soutiens de François Fillon, Bruno Retailleau, a analysé la victoire de François Fillon et affirmé que celle-ci représentait un grand danger pour le Front National. Il a expliqué que le parti de Marine Le Pen avait prospéré sur le fait que la droite ne s’assumait plus et que le retour d’une droite décomplexée constituait une grande menace pour le parti d’extrême-droite. Dans une longue intervention il a donc souligné point par point les raisons d’inquiétude du FN en proclamant en somme que du côté de Les Républicains on ne reculerait plus.

Pourtant, il me semble qu’un autre danger, bien plus grand celui-là, guette le Front National dans l’optique de la présidentielle de 2017. Ce grand danger n’est pas politique à proprement parler. Je ne considère pas, en effet, la victoire de François Fillon comme un danger très important pour le parti frontiste. Au contraire, il me semble que sa victoire valide bien plus qu’elle n’infirme les thèses du FN en même temps qu’elle vient souligner sa victoire idéologique. Cet autre danger, pour paraphraser un petit président, n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti et pourtant il a un pouvoir énorme, ce danger c’est la finance et les banques en particulier qui refusent d’accorder un prêt au parti pour la campagne électorale qui arrive. Ce qui constitue, à mes yeux, une atteinte grave à notre démocratie. Lire la suite

En France, la droite la plus en retard d’Europe

Hier soir a donc eu lieu le « grand débat » de la primaire de droite et du centre. Si quelques divergences sont apparues, ledit débat fut relativement ennuyeux au vu du feu d’artifice qu’on nous avait promis. Finalement ce constat n’est guère surprenant tant les projets de l’un et l’autre candidat sont proches. Alors oui Alain Juppé a attaqué François Fillon sur la Sécurité sociale et en retour l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy a reproché en creux à l’ex-Premier ministre de Jacques Chirac d’avoir un programme qui n’est pas assez radical. Toutefois, dans les grandes lignes les deux projets présentés hier se rejoignent largement.

Les deux concurrents proposent en effet l’approfondissement de la politique menée par Messieurs Hollande et Valls depuis bientôt cinq années en allant toujours plus loin dans la libéralisation de l’économie, dans le recul de l’Etat et dans les cadeaux faits aux entreprises au détriment des citoyens. Pour résumer, les deux candidats nous proposent un projet d’austérité dans la droite lignée de ce qui nous a été proposé durant cinq années. Baisse du nombre de fonctionnaires et de la dépense public, casse du code du travail et maîtrise acharnée des dépenses publiques forment une sorte de triptyque dans les deux projets. Il y a bien sur des différences de degré entre l’ordolibéralisme de Juppé et le néolibéralisme profond de Fillon mais dans le fond les deux sont fidèles à la droite française dans le retard qu’ils ont dans leur approche des problèmes et dans les solutions qu’ils proposent. Lire la suite

L’ultime victoire de Sarkozy

Dimanche dernier, aux alentours de 22h, Nicolas Sarkozy a pris la parole pour reconnaître sa défaite et son élimination de la course à l’investiture de Les Républicains. Balayé par Alain Juppé mais surtout François Fillon, l’ex-président semblait avoir le sourire le plus amer de sa carrière politique, sans doute le dernier. Il y a en effet fort à parier que cette humiliation marque la fin de la vie politique de Sarkozy. Celui qui avait été choisi par près de 19 Millions de Français en 2007 a donc vu les sympathisants de son propre camp lui claquer la porte au nez. Le couperet est aussi cruel que soudain pour lui, qui pensait être encore le champion incontesté de la droite française.

Ne nous leurrons pas, l’affront est terrible pour l’ancien chef de l’Etat et il aura sans doute du mal à se remettre d’un tel désaveu. Ça, c’est pour le côté face de la pièce. Côté pile, on peut aussi voir dans cette élimination, ainsi que dans ce qui s’en est suivi, son ultime victoire. Maintenant qu’il semble définitivement hors-jeu de la vie politicienne, il est peut-être temps de tirer le bilan de son action. Il suffit de jeter un coup d’œil aux quelques lignes que j’ai publiées sur ce blog pour comprendre tout le mal que je pense de ses idées et de son action. Toutefois, il me semble que Nicolas Sarkozy aura été celui qui a le plus fait évoluer la sphère politique sans doute depuis l’avènement de la Vème République. Sa défaite cinglante de dimanche dernier vient paradoxalement souligner tous ses succès passés. En ce sens, il ne me parait pas aberrant de voir dans le résultat de dimanche, la dernière de ses victoires. Lire la suite

Sarkozy ou la stratégie du chaos

Hier, lors du débat organisé par I-Télé et BFM TV, Nicolas Sarkozy a été attaqué de toutes parts par ses concurrents. Raillé pour son retour en politique alors qu’il avait dit qu’il se retirerait en cas de défaite en 2012 par les uns, accusé en creux de délaisser le temps long pour gesticuler sur l’actualité par les autres, l’ancien président a dû se contenter de parer les coups des autres candidats à la primaire de droite et du centre. Personne, certes, ne s’est aventuré sur le dossier libyen alors même qu’il a fait l’actualité hier entre les révélations du Monde et celles de Mediapart. Toutefois, ils se sont tous livrés à l’inventaire du quinquennat de Nicolas Sarkozy. L’une des questions initiales portait d’ailleurs sur le type de présidence que chacun des candidats envisageait. Sans surprise, les 6 autres candidats ont égratigné directement ou indirectement la présidence Sarkozy.

Mise en avant de l’honnêteté par Bruno Le Maire, diatribe sur la gesticulation avec l’actualité par Nathalie Kosciusko-Morizet ou encore dénonciation de l’inconstance et de la versatilité par Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy a bien été forcé d’écouter et d’encaisser les coups. Profitant de cette question, l’ancien président a rappelé que lui avait occupé l’Elysée et que par conséquent il était mieux préparé que les autres selon lui. Il a également mis l’accent sur l’autorité. Sarkozy veut restaurer l’autorité dans un pays qui en a « cruellement besoin ». Pourtant, depuis le début de la campagne il semble axer son discours sur une stratégie du chaos. Paradoxal que le candidat de l’autorité utilise le désordre (étymologie du terme chaos) pour tenter de s’imposer. Lire la suite

Le sauvetage d’Alstom, la paille et la poutre

Eclipsé depuis par la sortie du livre Un président ne devrait pas dire ça et par le débat de la primaire de droite et du centre, le sauvetage de l’usine Alstom de Belfort avait pourtant fait couler beaucoup d’encre il y a quelques semaines. L’annonce de la fermeture du site par Alstom avait consterné, le plan de sauvetage mis en place par l’Etat a été vertement critiqué. Accusé de sauver le site pour des raisons électoralistes, l’exécutif était bien en peine d’expliquer le pourquoi de sa stratégie quant au sauvetage de ce site. L’opposition s’est, en effet, déchainée après l’annonce du plan de sauvetage de 500 Millions d’€.

Dilapidation d’argent public pour les uns, absence de vision à long terme pour les autres, la décision a trouvé bien peu de défenseurs. Bizarrement, personne ne s’est soucié du sort des Alsthommes qui allaient rapidement se trouver sur le carreau si rien n’avait été fait. Cela est bien symptomatique d’une époque où l’hégémonie néolibérale se fait de plus en plus grande où l’on ne parle que de déficits publics, de résultats électoralistes et de dépenses publiques. En revanche, rien n’a été dit sur la dilapidation d’argent public, bien réelle elle, qu’a été le CICE ou l’absence de vision industrielle dans ce pays. En somme, nous voilà encore une fois face au vieux proverbe de la paille et de la poutre. Lire la suite

La France bientôt sous ordonnances ?

Connaissez-vous la fable de la grenouille ? Plongez une grenouille dans de l’eau très chaude et elle s’échappera tout de suite. Baignez là dans une eau tempérée que vous réchauffez progressivement et elle s’engourdira puis finira par tolérer une température bouillante, alors même que cela peut entrainer sa mort. Bien que contestable scientifiquement, cette fable demeure une puissante leçon et sa morale devrait nous faire méditer sur ce que nous vivons actuellement. Il semblerait, en effet, que nous, Français, soyons en train de nous transformer en grenouilles à propos de l’autoritarisme étatique. Evidemment on peut continuer à faire semblant de ne pas voir, faire comme si de rien n’était ou bien si peu. Faire comme s’il était normal après tout que les détenteurs du pouvoir actuel ou futur aient une vision très autoritaire du pouvoir.

La France sous ordonnances. Non, il ne s’agit pas d’une campagne pour lutter contre la prescription abusive de médicaments, quoique la France reste encore aujourd’hui le premier consommateur d’antidépresseurs. Après tout il y a peut-être un lien puisque ladite consommation pourrait grimper en flèche si les ordonnances promises par les candidats à la primaire de droite et du centre sont appliquées. Jeudi dernier lors du débat, Jean-François Copé a été celui qui a le plus martelé sa volonté mais quasiment tous les candidats à cette primaire ont affirmé leur volonté de gouverner vite et sans la pesanteur du Parlement ou des syndicats. Evidemment, une telle posture relève en partie du marketing dans une droite française marquée par le bonapartisme et l’autoritarisme. Il n’en demeure pas moins vrai que cette volonté de court-circuiter le Parlement et les corps sociaux est plus qu’inquiétante dans un pays toujours soumis à l’état d’urgence. Lire la suite

François Hollande, de la synthèse à l’indécision

«Vladimir Poutine est disposé à venir à Paris lorsque le président Hollande se sentira à l’aise».  En une phrase, en dix-sept petits mots, en une déclaration concise, le porte-parole du Kremlin a renvoyé notre président de la République à ses contradictions et son louvoiement permanent. Ne nous y trompons pas, la position de Vladimir Poutine constitue un camouflet diplomatique aussi sévère que cruel pour François Hollande. Cette phrase lapidaire est en effet venue après cinq jours de tergiversations au cours desquels le président s’interrogeait, parfois à haute voix comme sur RMC, sur la pertinence de recevoir le président russe à Paris. La visite avait été préparée en amont par un déplacement de Jean-Marc Ayrault à Moscou et l’enjeu était grand puisqu’il s’agissait tout simplement d’entamer un dialogue de puissance à puissance à propos du martyre d’Alep.

Las des contritions et autres contorsions faites par le président français, Vladimir Poutine a tranché pour lui. Réclamant une rencontre sans la réclamer réellement, François Hollande a, une fois de plus, tergiversé devant le nœud gordien, nœud que Vladimir Poutine a finalement tranché évitant ainsi à notre président d’avoir à le faire. François Hollande s’est finalement retrouvé dans la même position que l’âne assoiffé et affamé devant les seaux d’eau et d’avoine mais incapable de trancher. Cette hésitation diplomatique pourrait très bien s’arrêter là mais il me semble au contraire que dans ce moment critique (au sens grec du terme, moment de choix), François Hollande a mis en lumière tout ce qu’a été son quinquennat fait de louvoiement, de reniements et de contritions. Loin d’être un cas isolé, cette vraie fausse invitation à Vladimir Poutine révèle, à mon sens, ce qui a marqué toute la mandature Hollande : l’indécision. Lire la suite

Emmanuel Macron, le marcheur (en col) blanc

Emmanuel Macron a donc fini par quitter son poste de ministre de l’Economie la semaine dernière. Le voilà qui « retrouve [sa] liberté » pour continuer le « combat » selon ses propres termes. Attendu de tous, ce départ n’en fait pas moins la une de tous les médias ou presque qui ne nous parlent que de cette démission depuis le milieu de la semaine dernière. Voilà que chacun y va de son petit commentaire pour désigner l’attitude et l’action du désormais ex-ministre : déserteur, infidèle, lâche pour les uns, il serait au contraire cohérent, courageux, audacieux selon d’autres. Les éléments de langage sont rodés de part et d’autre dans ce qui ressemble à un théâtre de dupes.

Le mot qui revient le plus souvent dans la bouche de ses critiques pour décrire le désormais probable futur candidat à l’élection présidentielle est tiré de l’Antiquité romaine. Nombreux sont ceux à le traiter de Brutus comme si la farce qui se joue devant nos yeux depuis des mois avait quelque chose à voir avec l’histoire romaine. Quelle personne sensée peut voir dans Emmanuel Macron l’avatar de Brutus et surtout dans François Hollande celui de César ? Toutefois, des petites phrases lancées tout au fil de sa présence à Bercy à sa démission de la semaine dernière en passant par son meeting du 12 juillet dernier à la Mutualité au cours duquel il a annoncé qu’il souhaitait mener En Marche! (son mouvement) à la victoire, Emmanuel Macron nous dit indiscutablement quelque chose de notre système politique actuel. Lire la suite

La primaire PS ou le dernier pari de François Hollande

Marie-Noëlle Lienemann Benoît Hamon, Gérard Filoche et Arnaud Montebourg ; ils sont déjà quatre candidats à la primaire de la gauche – un doute subsiste encore pour Montebourg qui a annoncé être candidat à l’élection présidentielle sans préciser s’il passera par la case primaire. Ces quatre candidatures sont toutes issues de ce que l’on appelle « l’aile gauche » du PS quand bien même il y aurait des différences significatives entre ces différents candidats. Chacun d’entre eux est en effet relié aux autres par un même dénominateur commun : la volonté de ramener le parti plus à gauche en étant son candidat ou tout du moins en influant sur le futur candidat.

Ne soyons pas naïfs. Si Arnaud Montebourg, eu égard à sa personnalité, sa participation aux primaires de 2011 et ses ambitions bien ancrées postulent, il me semble, vraiment pour être candidat – ce que tend à prouver sa tentation de partir à l’abordage sans passer par la primaire – les trois autres candidats déclarés semblent tout au plus avoir pour ambition de faire avancer quelques idées. Tout au plus Benoît Hamon lance-t-il peut-être une offensive en vue de l’après 2017 dans l’optique de prendre le parti. S’il faut bien reconnaître une chose à François Hollande c’est son grand sens politicien lorsqu’il fut premier secrétaire du PS durant onze années. Le voilà qui semble s’être remis dans ce rôle avec l’organisation de la primaire, primaire qui s’apparente à un coup de poker. Lire la suite

Lettre ouverte d’un jeune de gauche à Jean-Luc Mélenchon

Mon cher Jean-Luc, j’ai pas mal hésité avant de t’écrire cette lettre. La liras-tu ? J’ose espérer que oui toi qui en appelles au peuple tout le temps. J’espère que tu excuseras mon tutoiement mais je me permets de te tutoyer vu que tu te dis proche du peuple. J’imagine que tu ne m’en tiendras pas rigueur et si c’est le contraire tant pis ça sera une nouvelle preuve de l’hypocrisie dans le monde politique. Si je prends cette liberté, c’est aussi parce que nous sommes relativement proche au niveau des idées sur pas mal de points : une répartition plus équitable des richesses, la dénonciation d’une Europe trop libérale et enfermée dans les carcans des traités ou encore l’appel à une VIème République. Cette proximité d’idées, c’est aussi la raison pour laquelle j’ai hésité à t’écrire cette lettre. J’espère que tu prendras le temps de lire cette missive et, pourquoi ne pas rêver, d’y répondre. Je te le disais, j’ai longuement hésité avant de t’écrire cette lettre. En apprenant ta candidature j’ai commencé un brouillon. Je me suis alors dit qu’émettre des doutes sur la personne qui porte les idées dont je suis le plus proche n’était pas très pertinent. J’ai donc jeté mon brouillon. Puis j’ai à nouveau réfléchi et je me suis dit que ça allait à l’encontre du doute méthodique si cher à Descartes et Socrate et que ne pas t’écrire reviendrait à trahir l’honnêteté intellectuelle que j’essaye d’avoir en permanence. Lire la suite