Le Parti Socialiste en état de mort clinique

Le débat sur la déchéance de nationalité a ébranlé le PS et c’est aujourd’hui l’heure de vérité. Le débat sur la réforme constitutionnelle nous dira, en effet, ce qu’il reste de la majorité présidentielle après plus de trois années d’exercice. Après le tournant libéral, après le virage sécuritaire, voilà François Hollande qui se présente une nouvelle fois – d’aucuns diront une dernière – face à sa majorité pour une réforme constitutionnelle qui pourrait bien marquer un tournant dans sa vie politique et dans la vie politique française. Le président de la République joue, en effet, une partie de poker demain à l’Assemblée : il en sortira renforcé ou quasiment détruit.

Nicolas Sarkozy l’a très bien compris, lui qui a demandé aux députés de son parti de voter pour la réforme constitutionnelle. Il est bien conscient que s’il n’est pas écouté, c’est sur lui et sur son parti que retombera l’opprobre. François Hollande et le PS ne se priveront pas de fustiger une droite qui fait fi de l’union nationale. Le chef de l’Etat a bien conscience que si jamais la droite vote favorablement et que les voix manquantes se trouvent dans son propre camp, cela signera peut-être la fin de ses ambitions de réélection. Alors bien sûr, ci et là on entend des frondeurs au PS dire qu’ils voteront contre mais il y a fort à parier que la grande majorité des députés socialistes voteront en faveur de cette loi. En réalité, le PS est aujourd’hui en état de mort clinique et le conseil national du parti l’a acté samedi dernier. Lire la suite

Les primaires ouvertes comme exaltation de la démocratie, vraiment ?

Dans quelques semaines, la campagne pour les primaires à droite s’ouvrira. A moins que ce ne soit déjà le cas lorsque l’on jette un coup d’œil aux différents livres politiques de ce début d’année : François Fillon, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Jean-François Copé et bien d’autres à venir. D’ici quelques mois, les sympathisants de droite pourront s’exprimer et désigner celui qui représentera leur camp en 2017. Initiée par le Parti Socialiste en 2012, la mode des primaires ouvertes a gagné la droite en vue du prochain scrutin présidentiel. Beaucoup s’extasient et se félicitent de la tenue de primaires à droite et ricanent devant la situation délicate que connaît un François Hollande contesté par l’aile gauche de son parti, qui exige des primaires à gauche également.

Les primaires ouvertes ont donc vu le jour il y a 4 ans en France, participant un peu plus à l’américanisation de notre système politique. Ce processus est défendu de manière convaincue sur quasiment l’ensemble de l’échiquier politique, exception faite du Front National. Certains parlent d’une procédure nécessaire à la modernisation de notre vie politique quand d’autres mettent en avant le côté ultra-démocratique de ce mode de désignation des candidats. J’entends bien ces arguments mais est-ce que, de manière assez paradoxale, les primaires n’aboutissent pas à une forme de négation de la démocratie, une sorte de fuite en avant d’un système politique vicié qui ne vise qu’à limiter les changements ? Lire la suite

Hollande et Valls ou la politique de la terre brulée

Mercredi dernier, le couperet est finalement tombé. Christiane Taubira a quitté son poste de Garde des Sceaux, emportant avec elle le peu de gauche qu’il restait encore dans ce gouvernement. Pour beaucoup d’observateurs, l’ancienne vice-présidente du Parti Radical de Gauche constituait la dernière « caution de gauche » du président dans un gouvernement qui a renié les promesses de 2012 les unes après les autres optant pour une approche de plus en plus libérale et autoritaire, insufflée en grande partie par Manuel Valls. Ce dernier a entretenu, depuis 2012, une relation tumultueuse avec la désormais ex-Garde des Sceaux. Depuis son arrivée à Matignon, il n’a, en effet, eu de cesse de réclamer à François Hollande l’éviction d’une Christiane Taubira qui ne se gênait pas pour faire entendre sa voix, presque toujours discordante avec l’action du gouvernement.

Le Premier ministre ne s’est, d’ailleurs, pas privé d’un dernier tacle à l’encontre de Madame Taubira. « Résister ce n’est pas fuir ses responsabilités » a-t-il rétorqué au tweet de son ex-collègue dans lequel elle affirmait : « Résister c’est parfois rester. Résister c’est parfois partir ». Dernière passe d’armes entre un Premier ministre socialiste-libéral – comme il s’est lui-même défini – et une femme de convictions, ou tout du moins une femme qui se dit fidèle à ses convictions. Je laisse chacun se faire son opinion sur la question. Aujourd’hui débute le débat sur la réforme constitutionnelle et sur la prolongation de l’état d’urgence. Le mariage pour tous aurait pu être le symbole sociétal de ce quinquennat – comme l’abolition de la peine de mort en a pu l’être en son temps – mais il n’en sera rien. Cette mandature restera marquée au fer rouge, tel le bagnard Jean Valjean, par le débat sur la déchéance de nationalité et sur la limitation des libertés individuelles. Lire la suite

La tyrannie de l’instant

2 septembre 2015. Une photo fait la une de presque tous les journaux  en Europe. Cette photo c’est celle du petit Aylan Kurdi. Rapidement elle fait le tour de la toile. Les réactions – des politiques comme des citoyens – sont unanimes. Entre l’horreur et la pitié, tout le monde s’accorde à dire qu’il faut trouver une solution à la crise des migrants, qu’il est absolument intolérable que l’Union Européenne érige des murs et laisse la Méditerranée devenir un vaste cimetière sous-marin, un cimetière dans lesquels les idées humanistes de l’Europe sombrent jour après jour. Pour les médias – et pour tout un chacun – c’était clair, cette photo marquait une rupture dans la crise des migrants, une rupture fondamentale disaient même certains. Plus rien ne serait jamais comme avant criait-on tous en cœur.

Déjà à ce moment-là, le philosophe Michel Onfray nous mettait en garde sur la portée de cette photo, prévenant qu’elle avait de grandes chances de devenir un symbole parmi d’autres sans rien changer de concret. Il avait été, à l’époque, vilipendé par nombre de médias. Et pourtant, exactement cinq mois après cette funeste photo, rien ou presque n’a changé. Chacun est retourné à sa vie quotidienne, oubliant bien vite les professions de foi et les larmes versées ce 2 septembre. Depuis ce jour, 300 autres petits enfants ont péri en tentant de rejoindre l’Europe et bien plus de personnes si l’on prend en compte les adolescents et les adultes. Lire la suite

Le Front National, arrivé à un seuil ?

La semaine dernière, Le Figaro titrait sur le Front National et sur le futur séminaire – accepté par Marine Le Pen – visant à débattre de la politique économique du parti. Ledit séminaire devrait se tenir en mars prochain et tourner autour des questions économiques majeures – dont la question épineuse de la sortie de l’euro. Dans le même numéro, Louis Aliot, numéro deux du parti de Marine Le Pen, répond à une interview au cours de laquelle il explique que le débat autour de l’euro est crucial et que le FN doit désormais se recentrer sur les questions économiques. Des discussions parcourent déjà le parti entre partisans de la sortie de l’euro et personnes plus sceptiques à ce propos.

La tenue de ce séminaire est consécutive à un certain constat d’échec de la part de plusieurs caciques du parti d’extrême-droite. Partant d’un constat d’échec au deuxième tour malgré une forte progression au premier – à la fois aux régionales de 2015 et aux départementales de l’année précédente – ces voix discordantes sur la question de l’euro affirment, en interne, que tant que le parti se présentera comme totalement hostile à l’euro, il ne pourra pas remporter de franche victoire dans la mesure où cette question fait figure de repoussoir pour de nombreux électeurs de droite tentés par le vote FN. Marine Le Pen, en acceptant la tenue de ce séminaire, reconnaît – au moins de manière implicite – la pertinence de la question posée. Mais en procédant à cet aggiornamento, le parti de Marine Le Pen ne démontre-t-il pas qu’il est désormais arrivé à un seuil qui lui sera difficile de dépasser sans se dénaturer complètement ? Lire la suite

Leur fédéralisme comme panacée, vraiment ?

L’année 2015 a vu l’Union Européenne commencer à se déchirer sur de nombreux sujets – dette grecque, migrants, politique hongroise de Viktor Orban, etc. – à tel point que nombre d’observateurs prédisent une année 2016 de tous les dangers pour l’Union Européenne : débat sur Schengen, lancement du sommet pour un plan B par certaines personnalités de gauche, rapprochement du décrié traité transatlantique, autant d’éléments qui donnent du corps à l’hypothèse d’une possible – d’aucuns diront probable – dislocation de l’Union Européenne. Pour paraphraser André Malraux, on peut dire que 2016 sera l’année du renforcement de l’UE ou ne sera pas. Dès ce début d’année, voilà l’UE confrontée à un véritable casse-tête à propos de la question polonaise.

Le virage droitier et nationaliste pris par le pays inquiète, en effet, les pontes de l’UE qui n’ont pas hésité à brandir la menace d’une suspension des droits de votes du pays au sein des instances européennes. Pour beaucoup, cette disposition constitue en quelque sorte « l’arme nucléaire » des instances européennes – qui l’ont déjà utilisé contre l’Autriche lors de l’arrivée au pouvoir du FPÖ – et l’utilisation d’une telle mesure constituerait le prélude à un délabrement complet de l’Union. Au vu de tous ces problèmes, d’aucuns affirment que la solution est le fédéralisme. A leurs yeux, il ne faut pas revoir la politique européenne mais aller vers plus d’Europe, cette Europe qui a échoué. Si elle a échoué, nous disent-ils, c’est précisément parce que le fédéralisme n’a pas été mis en place plus tôt. Il va sans dire que je m’oppose radicalement à cette vision. Lire la suite

Esprit Charlie es-tu là ?

Le 7 janvier dernier, un an après l’attaque dans les locaux de Charlie Hebdo, le hashtag #JeSuisToujoursCharlie était en tête de Twitter France. Trois jours plus tard, le 10 janvier, date anniversaire du plus grand rassemblement depuis la fin de la deuxième Guerre mondiale, un sondage BVA-Orange-ITélé paraissait. D’après ce sondage, 76% des Français se disent toujours Charlie un an après les terribles attaques. Dans la foulée, la place de la République devenait le théâtre d’un hommage qui se voulait national – mais qui n’a rassemblé presque personne – avec un concert de Johnny Halliday et la pose d’une plaque commémorative à la mémoire des 12 personnes tuées dans les locaux de Charlie Hebdo.

François Hollande a voulu faire de cet hommage un hommage de la nation à toutes les victimes des attentats de 2015. Malheureusement pour lui, très peu de monde se sont rendus place de la République ce matin-là. L’esprit Charlie, tant vanté par les hommes et femmes politiques, me semble avoir quelque peu disparu – si tant est qu’il ait réellement existé un jour. Emmanuel Todd, dans Qui est Charlie ?, évoquait déjà un « flash totalitaire » à la suite des attentats de janvier et force est de constater que celui-ci a muté en dérive autoritaire depuis les attentats de novembre si bien que nous sommes en face d’une contradiction majeure entre la promotion de l’esprit Charlie d’une part et les mesures prises d’autre part. Lire la suite

La technologie au service du profit

Tous les observateurs s’accordent à le dire : nous vivons dans une époque hyper-connectée. D’après une étude de RetailMeNot, près de 55% des Français avaient un smartphone en 2015 et l’on ne compte plus les personnes qui possèdent plusieurs écrans chez eux (entre les télévisions, les tablettes, les smartphones et autres ordinateurs). Plus largement, l’apparition du e-commerce (ou commerce électronique) a constitué une disruption sans précédent dans la manière de vendre tout en induisant un changement profond des modes de consommation. Les entreprises ont pleinement pris la mesure de cette rupture en mettant notamment en place des plans de communication en ligne ou en adoptant des politiques commerciales nouvelles comme le cross canal par exemple.

Toutefois, cette évolution technologique ne me semble pas devoir s’arrêter au simple commerce. Celle-ci va toucher, à terme, tous les pans de la société si bien que notre génération a tout d’une génération de transition : celle de l’utilisation croissante de la technologie dans la vie quotidienne. N’appelle-t-on pas cette génération la génération Y en référence à ce bouleversement qu’elle connaît ? En somme, notre génération exercera sans doute des métiers qui n’existent pas encore de même qu’elle est sans doute formée à des métiers qui n’existeront plus dans une dizaine d’années. La récente annonce de François Hollande de la mise en place pour les chômeurs de formations aux métiers d’avenirs ne fait que confirmer cet état de fait. Ce bouleversement économique et social que ne manquera sans aucun doute de faire advenir cette rupture technologique n’est malheureusement pas porteur que de bonnes nouvelles. Lire la suite

La France dans le monde, entre affirmation diplomatique et déclin intellectuel

A la suite de la décolonisation, notre pays a eu une volonté farouche de conserver son pré carré en Afrique. Cette nostalgie de grandeur, symbolisée notamment par les références incessantes au Général De Gaulle, se trouve ainsi matérialisée dans le positionnement qu’adopte la France depuis de nombreuses années. Evidemment, l’époque de la Françafrique est révolue à écouter les différents dirigeants qui se sont succédés à la tête du pays. Mais pour autant, la France occupe aujourd’hui encore une place bien singulière dans les affaires internationales en tentant de s’affirmer vaille que vaille face aux autres grandes puissances à l’heure d’un monde multipolaire et porteur de nombreux risques à l’échelle planétaire.

Diplomatiquement, la France s’efforce ainsi d’être au premier rang dans de nombreuses situations compliquées, voire inextricables, que nous connaissons aujourd’hui. Tantôt leader, tantôt acteur, tantôt initiateur, notre pays parvient encore, malgré le procès en perte d’influence qui lui est intenté par certains hommes et femmes politiques, à se frayer un chemin de crête entre les mastodontes qui composent la géopolitique mondiale. Cette affirmation géopolitique, si elle existe concrètement, n’est malheureusement plus suivie par une affirmation intellectuelle. Ce n’est plus la pensée française qui irrigue le monde telle que cela a pu être le cas par le passé, la faute à un nombrilisme inquiétant symbolisé par la résurgence de la question identitaire. Lire la suite

Podemos synonyme de changement profond, vraiment ?

« Séisme », « tremblement de terre », « bouleversement total » ; tels étaient les titres des journaux espagnols au matin du 21 décembre dernier. Le bipartisme est mort, vive le nouveau modèle politique entendait-on un peu partout en Espagne. Le Parti Populaire du Premier Ministre Mariano Rajoy est certes arrivé en tête mais a subi un net recul. Celui-ci est lié à la percée de Ciudadanos d’une part mais surtout au résultat de Podemos qui talonne le PSOE (Parti Socialiste Espagnol) en termes de sièges obtenus et le dépasse même en termes de suffrages. Ce résultat constitue, en réalité, la troisième réplique en Europe après l’arrivée au pouvoir de Syriza et le renversement du gouvernement conservateur au Portugal.

Toutefois, si séisme il y a eu, celui-ci n’a rien à voir avec le choc qu’avait pu provoquer l’arrivée au pouvoir de Syriza en janvier 2015 pour au moins deux raisons : Podemos n’arrive pas en tête et il y a peu de chances que le parti issu du mouvement des Indignés gouverne l’Espagne pour le moment et surtout Podemos n’a jamais menacé frontalement la politique d’austérité en Europe, Pablo Iglesias a même dit qu’il était prêt à tout pour conserver l’Espagne dans la zone euro. Podemos a néanmoins déjà œuvré pour plus de solidarité en Espagne grâce aux mairies conquises en 2015. Lire la suite