Manifeste pour un alter-européisme

Possible Brexit en juin, négation de l’Etat de droit en Pologne, dissensions à propos des réfugiés, les sujets d’inquiétude sont puissants et nombreux pour l’Union Européenne. Confrontée à une résurgence des nationalismes, l’Europe est en crise au sens où l’entendait Gramsci. « La crise, disait-il, c’est quand le vieux se meurt et que le jeune hésite à naître ». Le modèle qui a régi l’Union Européenne depuis sa création s’est essoufflé et, depuis 2005, la défiance des peuples à son égard n’a cessé d’enfler, eux qui considèrent qu’ils n’ont plus leur mot à dire et que l’on applique le contraire de ce qu’ils décident. Le penseur italien complétait sa phrase précédente lorsqu’il décrivait le monde dans lequel il vivait : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaitre et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ».

Voilà tout le défi auquel nous devons faire face, apprendre à penser un alter-européisme afin d’éviter que ce ne soit les monstres qui pilotent cette grande transition que nous sommes en train de vivre. Alter-européisme, arrêtons-nous un instant sur ce mot. De la même manière que les altermondialistes n’étaient pas uniquement constitués de hippies vivant dans les années 1970, l’alter-européisme ne saurait être une approche rétrograde appelant simplement à un retour des nationalismes contre l’Union Européenne. Il s’agit plutôt de repenser l’architecture globale de l’UE pour faire face aux grands défis qui se présentent à nous et pour répondre aux attentes des peuples. L’alter-européisme ici défendu se donne donc un but à la fois précis et large, précis dans sa caractérisation et large dans ses applications : une refondation totale de la construction européenne sur tous les domaines.

Faire de l’UE une République

Jean-Paul Fitoussi, dans La Règle et le choix, a mis en évidence le danger que courait l’Union Européenne à privilégier la règle sur le choix. Au cours de son étude il en arrive à la conclusion que la règle est prioritaire dans l’UE notamment du fait de l’ordo-libéralisme en vigueur. La souveraineté des nations a été vidée de sa substance sans qu’une quelconque souveraineté à échelle européenne n’ait vu le jour. Dans ces conditions, il ne saurait y avoir de réelle démocratie puisque le débat n’a plus lieu, les traités régissent tout. « Il ne peut y avoir de démocratie en dehors des traités européens » affirmait Jean-Claude Juncker au moment de la crise grecque. Cette phrase est symptomatique d’une absence totale de démocratie dans la mesure où les traités ne sont plus soumis au vote des peuples ou alors quand ceux-ci s’expriment leur voix n’est pas prise en compte – l’exemple du vote sur la constitution européenne en 2005 est éloquent.

La construction européenne ne peut se passer de l’adhésion des peuples. C’est pourquoi l’alter-européisme, ici présenté, exprime la volonté de rendre l’UE républicaine. L’Union Européenne doit devenir une République au premier sens du terme, elle doit devenir cette chose commune qui appartient à tous les Européens qui peuvent s’exprimer sur ses orientations. A l’heure actuelle, l’UE n’en est pas une, elle appartient à une certaine catégorie de personnes qui décident de tout pour tout le monde sans les consulter. Les peuples en sont réduits à faire semblant de choisir parmi des nuances de la même chose. Cela n’est pas acceptable. La construction européenne ne peut plus se poursuivre dans l’opposition aux nations – on voit bien que c’est cette mécanique qui renforce les nationalismes. Au contraire, l’UE se fera avec les nations et par les nations. Dénier sa souveraineté aux peuples européens c’est décider pour eux ce qui est bon et chaque fois qu’une personne dans l’Histoire a voulu faire de cette Terre un paradis pour le peuple sans se préoccuper de son avis, il en a fait un enfer.

Nous réconcilier avec la complexité

Les agriculteurs français sont en colère et ils l’ont fait savoir au président de la République française lors du salon de l’Agriculture. Cette colère est le révélateur d’une chose qui est souvent oubliée par l’Union Européenne : l’importance de la question écologique et le fait que cela conditionne tout le reste. La crise agricole que l’Europe traverse actuellement est intimement reliée à la question environnementale. Cette composante essentielle de notre époque contemporaine devra être au cœur de la nouvelle Union Européenne. C’est une des idées principales portées par l’alter-européisme que nous expliquons ici. Cette refondation nécessaire n’est pas là pour expliquer quelle politique doit être menée. A l’instar d’une constitution qui fixe les règles tout en restant neutre et non partisane, l’alter-européisme se donne pour ambition de placer au cœur des questions européennes la dimension environnementale qui nous concerne tous et de laisser ensuite les débats sur cette question aboutir à des propositions.

La question environnementale est la question fondamentale à laquelle nous devons tous répondre puisque la Terre est notre Res Publica, notre bien commun. Il s’agit donc de nous réconcilier avec la réflexion sur le long terme et d’abandonner les postures qui ne se préoccupent que du court terme. Dans le cas contraire, c’est la planète toute entière qui court à sa perte. Cette démarche de long terme ne doit pas être uniquement appliquée sur un plan environnemental. Il faut nous réconcilier de manière générale avec une approche globale et complexe. « A force de sacrifier l’essentiel à l’urgence, nous avons oublié l’urgence de l’essentiel » selon la phrase géniale d’Edgar Morin. Il faut se préoccuper à nouveau de l’essentiel et sortir de la vision productiviste et de court terme dans tous les pans du débat public. C’est ce cadre que se propose de poser l’alter-européisme, libre ensuite à chacun d’avoir une vision qui lui sera propre, à condition d’intégrer l’importance de l’essentiel et de la vision à long terme. Comment réussir à penser la construction européenne si le débat public est dominé dans tous les domaines par l’obsession du résultat immédiat quand bien même celui-ci pourrait hypothéquer l’avenir ? Cette nouvelle approche est nécessaire et se situe au cœur de notre alter-européisme.

Sortir ou pas ?

L’alter-européisme, nous l’avons vu, se propose donc de remettre les peuples au cœur du processus de choix de l’Union Européenne. Comment doit-il se définir sur la question de la sortie de l’UE ? Ce concept serait, au vu des catégories utilisées aujourd’hui, eurosceptique. Lorsque l’on utilise ce mot dans les médias ou chez les dirigeants européens actuels c’est pour agiter le chiffon rouge du nationalisme, du retour aux égoïsmes nationaux et de la déconstruction de l’Union Européenne. Nous pensons plutôt que l’alter-européisme doit être décrit comme une pensée eurocritique c’est-à-dire qui s’interroge sur l’état actuel de la construction européenne et qui essaye de proposer un autre chemin à suivre pour réconcilier les peuples avec la construction européenne. Nous avons décrit ses grands objectifs à savoir ceux d’une refondation profonde de l’Union Européenne pour aller vers une caractérisation plus républicaine de la construction européenne.

Il nous faut donc répondre à la question sur la sortie. Il nous faut être clair pour ne pas prêter le flanc aux critiques fallacieuses : si la refondation demandée par l’alter-européisme peut se faire dans l’UE actuelle cela sera du temps de gagné. Toutefois, il nous semble que les chances d’une telle réussite soient minces. S’il est impossible de refonder l’Union Européenne de l’intérieure il faudra alors en sortir et entamer une œuvre de déconstruction au sens où l’entendaient l’école philosophique du même nom à savoir un recul pour mieux avancer derrière. Il s’agira alors d’abord de déconstruire pour construire une Europe selon les éléments de la doctrine de l’alter-européisme évoqués plus haut dans ce manifeste. Il convient donc de récuser, par avance, toute accusation de nationalisme, d’égoïsme ou de pyromanie pour réaffirmer clairement que si un pas en arrière doit être fait, il sera la prémisse à une reconstruction selon les idées de l’alter-européisme.

Nous voilà donc arrivés à la fin de ce manifeste qui vise à poser les fondements de l’alter-européisme ainsi que ses modalités de mise en place. Remettre les peuples au cœur du jeu est absolument nécessaire de même que prendre en compte les nations composant l’UE. La construction européenne ne saurait, en effet, se passer de l’adhésion des peuples et du fondement des nations pour avance. L’alter-européisme est porteur d’une espérance qui a pour ambition de répondre aux peurs qui parcourent actuellement les sociétés européennes et particulièrement la société française en proposant un horizon et en ne se complaisant pas dans la simple critique. La critique doit être le point de départ de la mise en place d’une réflexion et jamais un point d’arrivée sous peine de déboucher sur des impasses. « Rien de grand ne s’est fait sans passion » écrivait Hegel et l’alter-européisme a pour ambition de réaliser quelque chose de grand en s’appuyant sur une passion, celle du peuple.

Les manifs, et après ?

Mercredi, près de 350 000 personnes, principalement des jeunes, ont manifesté en France contre le projet de réforme du code du travail – nous avons eu droit à la sempiternelle bataille de chiffres, 250 000 selon les autorités, 400 à 500 000 selon les organisateurs. Etant opposé à cette réforme, je devrais sans doute me réjouir de cette mobilisation, que d’aucuns ont tout de suite comparé à la mobilisation contre le CPE mais nous y reviendrons plus tard. Et pourtant, c’est une profonde tristesse que j’ai ressenti en regardant ces hommes et ces femmes, jeunes et moins jeunes manifester avec aplomb et sincérité contre une réforme qui est une régression sociale.

Si j’ai été triste c’est parce qu’il soufflait comme un air de Lampedusa dans les manifestations, pas cette ile italienne non, plutôt l’auteur du Guépard et de la terrible phrase « Il faut que tout change pour que rien ne change ». Sans rentrer dans la question de la manipulation ou pas qui supposerait que les manifestants seraient tous des idiots, il faut tout de même se poser la question de l’instrumentalisation. En voyant ces différents cortèges, je n’ai pu m’empêcher de repenser à la phrase de Camus dans L’Homme révolté qui dit que « tout le malheur des Hommes vient de l’espérance ». Face à ces foules marchant sous la pluie, bravant le froid pour une lutte légitime et que je partage, j’avais le cœur serré et la gorge nouée parce que penser que de simples manifestations changeront profondément les choses est illusoire. Réveillons-nous, il est plus que temps ! Lire la suite

La légion du déshonneur

« C’est toujours mieux de ne rien vendre du tout plutôt que de vendre son honneur ». La déflagration, terrible mais juste, est signée Sophia Aram sur France Inter. Ce matin, la station de Radio France recevait Jean-Marc Ayrault, Ministre des Affaires étrangères. Celui-ci était invité à réagir au scandale du week-end révélé par Mediapart : la remise de la légion d’honneur en catimini au prince héritier du trône d’Arabie Saoudite – accessoirement Ministre de l’Intérieur de son pays et donc responsable des décapitations et des exécutions. L’ex-Premier ministre a répondu aux critiques à l’aide d’une phrase hallucinante affirmant qu’il s’agissait d’une « tradition diplomatique » ajoutant qu’il « [fallait] la prendre comme telle ».

Il y a évidemment beaucoup à dire sur cette décoration – et c’est le but de ce papier – mais il ne faut pas oublier de fustiger l’ensemble des médias français qui s’étaient bien gardés de révéler l’affaire. Sans Mediapart, il y a fort à parier que nous n’aurions jamais su que le prince héritier d’Arabie Saoudite avait été décoré par notre président. Ceci pose la question de la liberté de la presse dans notre pays, élément consubstantiel de la démocratie – à ce titre, les cambriolages dans les locaux de Marsactu sont un scandale. Pas de démocratie sans liberté de la presse, tâchons de s’en souvenir et remercions Mediapart et les autres journaux indépendants de faire perdurer la flamme de la démocratie. Lire la suite

Le Parti Républicain dans le piège Trump

Mardi dernier a constitué un terrible coup de semonce pour la direction du Parti Républicain. Lors du « Super Tuesday », le milliardaire Donald Trump a, en effet, accentué son avance dans la course à l’investiture et confirmé par la même occasion qu’il était déterminé à aller au bout de sa campagne. Longtemps considérée comme une blague, sa candidature n’a eu de cesse de gagner en puissance depuis le début de la campagne. D’abord méfiants, les caciques du Grand Old Party – le surnom du Parti Républicain – sont désormais farouchement opposés à l’investiture de Monsieur Trump, considérant que sa désignation marquerait la défaite du camp conservateur en novembre prochain.

Jeudi dernier, deux jours après la déflagration du Super Tuesday, la rébellion s’est mise en place dans les hautes sphères du parti. Les dirigeants républicains ont donc décidé de tenter le tout pour le tout. Mitt Romney – le candidat républicain lors de l’élection 2012 – est monté en première ligne au cours d’un discours durant lequel il a fustigé celui qui fait la course en tête dans les primaires républicaines : « Donald Trump est un charlatan, un imposteur. Ses promesses ne valent pas mieux qu’un diplôme de l’université Trump. Il prend les Américains pour des pigeons ». Le milliardaire doit se frotter la main en voyant la direction du parti lancée dans une cabale à son encontre, son piège vient de se refermer sur elle. Dans le bras de fer qui l’oppose à elle, il l’a déjà emporté en provoquant ces réactions. Lire la suite

A Calais, notre humanité assassinée…

« Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée qui est divine; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible ; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles ».  En écrivant ces quelques lignes au moment de la parution des Misérables en 1862, nul doute que Victor Hugo priait en son for intérieur pour que son chef d’œuvre devienne un jour inutile.

Et pourtant, plus de 150 ans après sa publication, le monument du poète est toujours d’actualité et le démantèlement de la jungle de Calais – que j’appellerai camp de Lande tout au fil de cet article, ce dont je m’expliquerai plus tard – a débuté lundi dernier dans une « fermeté douce » selon les termes de la préfète, oxymore qui montre bien le peu de cas que font de ces personnes les décideurs administratifs et politiques de notre pays. Et voilà des milliers de personnes, migrants et réfugiés, sommées de quitter le camp sur le champ. Le plus terrible dans cette affaire, c’est qu’elles quittent la mort dans l’âme un endroit invivable qui, faute de mieux, leur servait de pis-aller.  Si « l’habitude du désespoir est pire que le désespoir lui-même », selon la phrase de Camus dans La Peste, alors ces personnes sont les plus malheureuses du monde puisqu’elles ont non seulement l’habitude du désespoir mais, plus macabre encore, l’habitude de cette habitude. Lire la suite

Réforme du code du travail: le tocsin est sonné !

Hier, dans l’après-midi, le gouvernement a sonné la charge pour défendre son projet de loi controversé sur le code du travail. En créant un compte sur Twitter, il s’est, en effet, mis en position de lutte. Après la déflagration de la tribune signée par Martine Aubry dans Le Monde, Manuel Valls et François Hollande ont donc répliqué sur plusieurs fronts : le Premier ministre a répondu de manière véhémente dans le même journal et le gouvernement a donc lancé ce grotesque compte twitter. Les réactions n’ont pas tardé à apparaitre sur le réseau social à l’oiseau entre moqueries et colère.

Dans l’Histoire de notre pays, le tocsin était sonné pour prévenir la population d’un danger important – le plus souvent un incendie – mais aussi pour rassembler la population en cas d’urgence. Les deux pyromanes à la tête du pays n’en sont pas à leur premier départ d’incendie – prolongation de l’état d’urgence, déchéance de nationalité, tournant libéral – mais celui-ci pourrait bien se retourner contre eux, voire mettre le feu entre eux si l’on en croit les différentes sources indiquant un climat glacial de quasi-cohabitation entre le président de la République et son Premier ministre. Lire la suite

Le débat sur le Brexit ou le sacrement de l’UE libérale

Hourra ! Débouchez les bouteilles de champagnes, l’Union Européenne est sauvée. Youpi ! David Cameron va faire campagne pour le « in » à propos du référendum de juin prochain en Grande-Bretagne. Voilà en somme ce que nous avons pu entendre depuis la fin du bras de fer qui opposait David Cameron au reste de l’Union Européenne. Le Premier ministre britannique était venu renégocier les conditions d’un maintien de son pays dans l’UE. En cas d’échec, il menaçait de faire campagne pour une sortie du Royaume-Uni lors du référendum qu’il a promis lors de sa dernière campagne.

Les craintes étaient grandes au sein de l’Europe à propos de ces négociations mais David Cameron n’a pas eu à forcer outre mesure la main des autres dirigeants européens pour obtenir ce qu’il souhaitait, à savoir une participation financière moins grande ainsi qu’une protection pour la City. Venu avec une stratégie claire – l’acceptation de ses conditions ou la sortie de l’UE – il n’a eu guère de mal à convaincre l’UE d’obtempérer. De facto, l’UE est venue rappeler son caractère intrinsèquement libéral et sa propension à s’accommoder d’arrangements avec les traités quand ils vont dans le sens d’un plus grand libéralisme économique. Lire la suite

Education, le naufrage français

Cet article est quelque peu particulier pour moi puisque c’est le centième que je publie sur ce blog. Ç’aurait pu être l’occasion de faire une forme de bilan mais ça ne m’intéresse pas réellement. Au lieu de ça, je préfère évoquer un sujet central dans ma pensée et dans mon engagement : la question de l’éducation. Je me suis, en effet, rendu compte que si ce sujet était souvent évoqué en filigrane au fil de mes différents papiers, je n’avais jamais fait un article dévolu à ce thème. Cela tombe bien, nous avons récemment eu droit à un débat sur l’école dans tous les médias et sur les réseaux sociaux. Vous l’avez sans doute compris, je parle de la réforme de l’orthographe qui a agité la France en plein débat sur la déchéance de nationalité.

Faut-il supprimer ou pas l’accent circonflexe ? Faut-il un ou deux r à chariot ? Faut-il un trait d’union à porte-monnaie ? Autant de questions qui n’ont pas manqué de soulever des débats enflammés. Mesdames Carrère d’Encausse et Vallaud-Belkacem, respectivement secrétaire perpétuel de l’Académie française et Ministre de l’Education nationale, ont même polémiqué à ce sujet par médias interposés. Cette séquence surréaliste n’a fait que confirmer mon avis sur le naufrage français en matière d’éducation. Pendant que des élèves de primaire sont dans des écoles insalubres, nous débattons d’orthographe. Pour reprendre la brillante phrase d’Edgar Morin, « à force de sacrifier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel ». Lire la suite

Marseille : derrière les touristes, l’injustice

Marseille est à la mode. Marseille a la côte. Marseille attire de plus en plus de touristes. 5 Millions de personnes ont visité la cité phocéenne en 2015. Le New-York Times a même placé ma ville natale en deuxième position des cités à visiter, juste après Sao Paulo. De quoi réjouir tous les Marseillais. Tous les Marseillais ? Non, une infime partie en réalité, la Marseille des possédants et des hommes d’affaires, la nouvelle Marseille en somme. Cette Marseille qui regarde de manière dédaigneuse ses enfants et les voient s’éteindre à petit feu. Cette Marseille qui est peut-être plus belle aujourd’hui ou plutôt plus lisse – ce qui lui fait perdre tout charme aux yeux de la majorité des Marseillais.

Il fût un temps où Marseille était singulière en France, où elle incarnait la fronde de la province contre la monarchie toute puissante. Aujourd’hui, l’équipe municipale vend la ville et son âme pour garder ses sièges, pour attirer les touristes et pour montrer que Marseille n’est pas le problème de la France mais peut-être la solution. En agissant de la sorte, il concourt grandement à dénaturer cette millénaire grecque, française, italienne, espagnole, maghrébine, africaine et nous voilà à contempler notre ville, nos quartiers, notre Histoire être dépecés par des vautours de la pire espèce. La curée est lancée, les jeux sont ouverts. Et pendant ce temps, les enfants de Marseille crèvent la bouche ouverte sans un regard. Lire la suite

Lettre ouverte d’un jeune de gauche à Jean-Luc Mélenchon

Mon cher Jean-Luc, j’ai pas mal hésité avant de t’écrire cette lettre. La liras-tu ? J’ose espérer que oui toi qui en appelles au peuple tout le temps. J’espère que tu excuseras mon tutoiement mais je me permets de te tutoyer vu que tu te dis proche du peuple. J’imagine que tu ne m’en tiendras pas rigueur et si c’est le contraire tant pis ça sera une nouvelle preuve de l’hypocrisie dans le monde politique. Si je prends cette liberté, c’est aussi parce que nous sommes relativement proche au niveau des idées sur pas mal de points : une répartition plus équitable des richesses, la dénonciation d’une Europe trop libérale et enfermée dans les carcans des traités ou encore l’appel à une VIème République. Cette proximité d’idées, c’est aussi la raison pour laquelle j’ai hésité à t’écrire cette lettre. J’espère que tu prendras le temps de lire cette missive et, pourquoi ne pas rêver, d’y répondre. Je te le disais, j’ai longuement hésité avant de t’écrire cette lettre. En apprenant ta candidature j’ai commencé un brouillon. Je me suis alors dit qu’émettre des doutes sur la personne qui porte les idées dont je suis le plus proche n’était pas très pertinent. J’ai donc jeté mon brouillon. Puis j’ai à nouveau réfléchi et je me suis dit que ça allait à l’encontre du doute méthodique si cher à Descartes et Socrate et que ne pas t’écrire reviendrait à trahir l’honnêteté intellectuelle que j’essaye d’avoir en permanence. Lire la suite