Les gauches européennes à l’épreuve du Brexit

Résultats décevants pour Podemos, guerre ouverte au sein du Labour Party, motion de défiance votée à l’égard de Jérémy Corbyn soit autant d’éléments qui, de près ou de loin, ont à voir avec le vote britannique de jeudi dernier et qui révèlent peut-être la vraie information que nous apporte le Brexit. Evidemment celui-ci souligne à la fois l’échec de l’Union Européenne telle qu’elle existe aujourd’hui et les fractures grandissantes au sein même du Royaume-Uni (entre cadres et classes populaires, entre Londres et le reste de l’Angleterre ou encore entre l’Ecosse et l’Irlande du Nord d’un côté et l’Angleterre et le Pays de Galles de l’autre). Nier ces enseignements reviendrait à vivre complètement déconnecté de la réalité.

Toutefois, il me semble que la principale révélation de ce scrutin – mais aussi de toute la campagne – est la mise en évidence de la faiblesse criante de la gauche européenne. Jérémy Corbyn est contesté dans son camp pour ne pas avoir assez fait campagne pour le « Remain ». Et pour cause, il ne croit pas en cette Union Européenne et rêvait secrètement, comme ont tenté de le faire beaucoup de ceux qui lui ont permis d’accéder à la direction du parti, d’entrer en campagne pour le « Lexit » (contraction de left, gauche, et exit, sortie, comprenez une sortie de l’UE par la gauche). Lire la suite

Quid de l’Europe des Vingt-Sept

Ce blog ayant aussi (et peut-être surtout) vocation à être un lieu d’échange je publie aujourd’hui le texte d’Evan Risch en réaction au Brexit.

 

Il y a 66 ans, un des pères fondateurs de l’Europe Robert Schuman, alors ministre des Affaires étrangères présenta au Quai d’Orsay un véritable acte de naissance à l’Union européenne qui se matérialisa en 1951 par la création de la Commission européenne du charbon et de l’acier ( CECA).

L’organisation européenne chère à Schuman est remise en cause par les diverses crises dont ont été victimes mais à la fois coupables les États membres. Mais aujourd’hui, la victoire du « Leave » lors du référendum britannique représente certainement le tournant le plus important de la construction européenne actuelle. Lire la suite

Goodbye Britain !

La catastrophe – du grec katastrophế,  le renversement – a bien eu lieu. Les Britanniques ont donc voté pour le « leave », comprenez pour un départ de l’Union Européenne. Malgré les menaces, Emmanuel Macron et Jean-Claude Juncker en tête, malgré la campagne médiatique et malgré les sondages qui annonçaient une courte mais réelle victoire du camp du « in », le peuple britannique a décidé de choisir par lui-même comme les Grecs en leur temps, nous y reviendrons. Jusque tard dans la nuit le résultat fut incertain. Les premiers sondages donnaient le « in » vainqueur avec 52% des voix et Nigel Farage reconnaissait que le camp du « in » avait de l’avance en se fondant sur les bookmakers et les traders. Les premiers bulletins dépouillés sont venus doucher l’enthousiasme des partisans d’un maintien puisque le « leave » talonnait de très près le « in »  à Newcastle, pourtant bastion des anti-Brexit.

Tout au fil de la nuit, les courbes se sont croisées pour finalement s’écarter définitivement l’une de l’autre sous les coups de 6 heures avec l’avantage certain pris par le « leave ». Au cours de cette nuit, j’ai eu l’impression de vivre un moment d’Histoire, ce genre de moments qui façonnent l’avenir et qui marquent une rupture. Oui, nous vivons – et nous allons vivre au cours des prochains mois – une période historique. Pour la première fois, l’UE recule. Jamais elle n’a été si proche du précipice et peu importe l’avenir, le statut quo au sein de l’Union ne sera plus possible. L’annonce de la tenue du référendum était l’ouverture du cadenas de la boîte de Pandore, le vote en faveur du Brexit ouvre en grand ladite boite pour faire advenir l’apocalypse, c’est-à-dire la révélation de tous les maux de cette Union qui n’en est plus vraiment une. Et quelle meilleure nation que la Grande-Bretagne pour prendre le rôle de Pandore ?

Les décors écroulés

Dans Le Mythe de Sisyphe, Albert Camus décrit bien, sans le vouloir, le moment que nous vivons actuellement au sein de l’UE : « Il arrive que les décors s’écroulent. Lever, tramway, quatre heures de bureau ou d’usine, repas, tramway, quatre heures de travail, repas, sommeil et lundi mardi mercredi jeudi vendredi et samedi sur le même rythme, cette route se suit aisément la plupart du temps. Un jour seulement, le « pourquoi » s’élève et tout commence dans cette lassitude teintée d’étonnement. « Commence », ceci est important. La lassitude est à la fin des actes d’une vie machinale, mais elle inaugure en même temps le mouvement de la conscience. Elle l’éveille et elle provoque la suite. La suite, c’est le retour inconscient dans la chaîne, ou c’est l’éveil définitif. Au bout de l’éveil vient, avec le temps, la conséquence : suicide ou rétablissement ».

Les décors sont en train de s’écrouler de toutes parts au sein de l’Union. Les tristes oripeaux ne cachent plus rien, nous voilà entrés dans une période trouble et incertaine. Personne, aujourd’hui, ne peut dire ce qu’il adviendra de l’UE. Eclatement ? Fédéralisme ? Ni l’un ni l’autre ? Bien malin celui qui pourra prédire ce qu’il se passera. La seule certitude, et elle est de taille, c’est que plus rien ne pourra être comme avant. Effet domino ou renforcement de l’intégration, peu importe la décision qui sera prise, ce 24 juin 2016 marque une rupture sans précédent dans l’Union Européenne. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir user de propagande, parfois guerrière par l’intermédiaire de Monsieur Juncker (qui a traité de « déserteurs » les personnes favorables au Brexit comme si nous vivions une guerre), du côté de l’UE. Et voilà que le roi est nu, il n’y a qu’à voir les éditos épouvantés et les mines déconfites sur les plateaux télé pour comprendre que le ciel vient de leur tomber sur la tête. Forts de leur autorité conférée par les médias dominants, ils pensaient qu’il suffisait de répéter leur antienne pour convaincre la population idiote du bien fondé de leurs propos. Las, les voilà désarmés face à la fin de non-recevoir opposée par une majorité du peuple britannique.

Grexit versus Brexit

Il y a un an, quasiment jour pour jour, un autre référendum se tenait. C’était le fameux référendum grec sur la poursuite de l’austérité. Que n’a-t-on pas entendu à ce moment-là ? Que le peuple grec pouvait bien voter s’il le voulait mais que cela n’aurait aucun effet, qu’il ne pouvait y avoir de démocratie en dehors des traités, que l’UE ne négocierait pas et ne ferait aucune concession, que la Grèce serait expulsée de l’Union si elle votait pour le non. Les Grecs ont pourtant placé le non largement en tête au soir de leur référendum. Nous pensions qu’il s’agissait d’un séisme mais il n’en fut rien. Tsipras n’obtint rien et obtempéra à ce que lui imposaient ses « partenaires », trahissant le peuple grec au passage. Au vu de ces évènements nous pensions donc que l’UE demeurait puissante peu importe les demandes, fussent-elles les plus extravagantes.

Et pourtant, 6 mois plus tard, la Grande-Bretagne, par l’intermédiaire de David Cameron, obtenait des concessions absolument faramineuses et qui allaient à l’encontre de toute Europe sociale (possibilité de ne plus verser d’allocations aux étrangers, même des pays membres, par exemple). « Selon que vous serez puissant ou misérable/ Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » écrivait Jean de la Fontaine dans Les Animaux malades de la peste et nous voyons que cette logique a encore cours aujourd’hui dans l’UE. La Grèce qui ne pèse que 2% de l’économie européenne n’a pas été écoutée mais la Grande-Bretagne, première place financière de l’Union a vu toutes ses revendications acceptées par l’UE. Permettez-moi de rajouter à l’alternative puissant/misérable une autre alternative : libéral/non libéral.

L’ultime échec de François Hollande

Par ricochet, la victoire du « leave » et les concessions obtenues par Cameron avant le référendum ressurgissent sur François Hollande pour mieux souligner sa pusillanimité et ses multiples trahisons. Lui qui nous expliquait qu’on ne pouvait changer d’orientation en Europe alors qu’il avait promis une renégociation du TSCG (Traité sur la stabilité la coopération et la gouvernance) durant la campagne de 2012 voit tous ses mensonges révélés au grand jour. Finalement ce Brexit est marqué du sceau de l’ironie. C’est dans le pays de Margaret Thatcher, Madame TINA (There is no alternative) qu’une alternative – renégociation ou sortie – a vu le jour. Ironie encore quand on sait que la Grande-Bretagne devait prendre prochainement la présidence de l’UE, comme un symbole de cette Union qui n’a plus aucune logique. Plus ironique encore, la Grande-Bretagne est sans doute, avec l’Allemagne, le pays le plus en phase avec la politique libérale menée à échelle européenne et c’est pourtant elle qui met un grand coup de canif dans le projet de grand marché contre lequel nous mettait déjà en garde, en son temps, Pierre Mendès France quand il affirmait que le projet des pères fondateurs « [était] basé sur le libéralisme classique du XIXe siècle, selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes».

Le Brexit rebat complètement les cartes dans les rapports de force au sein de l’Union. La montée de Podemos en Espagne et du Mouvement 5 Etoiles en Italie laisse suggérer la possibilité d’un front anti-austérité. L’année dernière déjà, François Hollande avait eu l’occasion lors de la crise grecque de se rallier à cette cause. Loin d’aider Tsipras il a plutôt été Caïn pour lui en lui infligeant le coup de grâce. Le départ de la Grande-Bretagne est une occasion sans précédent pour la France de peser de tout son poids pour réorienter l’Union vers plus de solidarité et de travail en commun, une occasion de briser les chaines de l’austérité qui mettent plus bas que terre les peuples grecs, espagnols, italiens et qui guettent les Français. Ce vote britannique dément vigoureusement la pensée d’Alain Finkielkraut qui, dans L’Identité malheureuse, explique que « le changement c’est ce qui nous arrive », comprenez une démission et un fatalisme triomphant. Il est encore possible de faire des choix, il faut simplement en avoir le courage.

Finalement, nous vivons une crisis au sens grec du terme, un moment où le choix nous est donné. Antonio Gramsci ne dit pas autre chose quand il affirme que « la crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître » mais ce moment est un moment d’incertitude où la vigilance doit être de mise car pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés ». Il est plus que temps pour nous d’être courageux comme nous l’enjoignait déjà Jaurès il y a 113 ans en affirmant que «  le courage c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense ».

Dieu est-il vraiment mort ?

Dès 1882 et Le Gai Savoir, Friedrich Nietzsche annonce la mort de Dieu mais il faut attendre Ainsi parlait Zarathoustra pour que l’expression gagne ne notoriété. Dans Le Gai Savoir l’insensé annonce : « Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! ». Si Nietzsche a mis ces paroles dans la bouche d’un fou, ce n’est pas parce qu’il ne croit pas lui-même à ce qu’il écrit, mais c’est plutôt parce qu’il est dans le destin de ce personnage de n’être pas cru, et d’être considéré comme fou par la foule. Frustré de n’être pas compris, incapable et de se faire comprendre et d’être compris, le fou casse sa lanterne sur la terre, gémissant qu’il est venu trop tôt : les gens ne peuvent pas encore voir qu’ils ont tué Dieu.

Si l’insensé n’étaient pas compris en son temps, il semble aujourd’hui clair – tout du moins en Occident – que la mort de Dieu a été actée. La sécularisation croissante des sociétés couplée à la fameuse fin de l’histoire chère à Francis Fukuyama ont fini de parachever ce recul franc et massif de la transcendance au profit d’un matérialisme consumériste auquel rien ne semble résister. Certes, la résurgence du fait religieux avec l’Islam va à l’encontre de cette logique mais les tendances de fond, elles, ne bougent pas. Pour autant, peut-on dire que la logique religieuse a véritablement disparu ? Peut-on affirmer sans fard que les structures mentales combattues par Nietzsche sont tombées ? Bref, peut-on dire que Dieu est mort ou bien celui-ci a-t-il simplement muté ? Lire la suite

La guerre des âges n’aura pas lieu

Il y a deux semaines, le magazine économique de la rédaction de France 2 présenté par François Lenglet – L’angle éco – traitait d’un sujet à la fois important et épineux à savoir les inégalités entre les jeunes et les seniors. Si un tel sujet est important, la manière de le traiter l’est d’autant plus. En choisissant de l’intituler « la guerre des âges » et en axant tout son magazine sur l’opposition voire la confrontation entre ces deux catégories de la population, France 2 a cédé au simplisme et au manichéisme un peu comme si les situations de ces deux catégories d’âge étaient parfaitement homogènes.

Cédant au sensationnalisme et à la logique d’affrontement qu’imposent au quotidien médias et politiques, le magazine présenté par François Lenglet, loin de chercher des solutions à un problème qui existe, certes, mais pas dans les proportions décrites lors de l’émission, s’est méthodiquement appliqué à monter les jeunes contre les seniors en leur expliquant que s’ils allaient aussi mal, c’était à cause des seniors qui se sont gavés durant les 30 Glorieuses et qui profitent encore aujourd’hui de leur situation pour influer sur les choix politiques ou se faire énormément d’argent sur le dos des jeunes grâce à l’immobilier. Plutôt que de construire des ponts, l’émission a érigé de nouveaux murs sans même se préoccuper de la complexité des situations que l’on pouvait rencontrer au sein de ces deux catégories d’âge. Lire la suite

De quoi la Réforme est-elle le nom ?

Voilà désormais plus de deux mois que la contestation contre la loi Travail, ou loi El Khomri comme vous préférez, a commencé. Loin de l’avoir brisé, l’usage du 49-3 a, semble-t-il, donné une forme de regain au mouvement social – ce qui ne manque pas de provoquer l’ire et la panique de l’exécutif et du gouvernement à quelques jours du début de l’Euro 2016. Depuis le début de la contestation, le pouvoir en place, Manuel Valls en tête, n’a eu de cesse de se lever contre les conservatismes de toutes parts qui seraient en train de faire échec au réformisme nécessaire. La une du Point de la semaine dernière ne dit pas autre chose en titrant sur les sources du « mal français », comprenez les syndicats et la gauche archaïque.

La loi travail doit se faire, coûte que coute au nom de la Réforme à entendre le Président sur Europe 1 ou le Premier ministre dans ses multiples prises de paroles. Il faut libérer la France des archaïsmes et donc la réformer pour la faire entrer dans la modernité si l’on s’en tient aux propos de nos dirigeants. Si le recours au terme de Réforme pour justifier des mesures visant à casser notre modèle social est ancien, il me semble que la tendance soit en train d’atteindre son climax puisque, dans la bouche de Manuel Valls, cette Réforme est impérieuse pour lui qui affirme qu’il existe désormais « deux gauches irréconciliables » ce qui sous-entend que l’une de ces gauches serait dans la Réforme tandis que l’autre serait dans l’archaïsme. Lire la suite

Où est le terrorisme social ?

Dans sa chronique publiée le 1er juin et intitulée Ne cédons pas à la CGT, saperlotte !, Franz-Olivier Giesbert ne s’embarrasse pas de formulations retorses pour faire un lien entre la CGT et Daech : « La France est soumise aujourd’hui à deux menaces qui, pour être différentes, n’en mettent pas moins en péril son intégrité : Daech et la CGT ». Il s’empresse tout de suite d’ajouter que si « ces deux organisations minoritaires  ne sont pas de même nature », elles peuvent avoir recours « aux mêmes armes sur le plan tactique. L’intimidation, notamment » pour enfin affirmer avec aplomb qu’un pays « qui cède à l’intimidation est un pays qui ne se respecte pas ». Sur cette dernière phrase, je suis en phase avec lui mais encore faut-il se demander d’où vient l’intimidation.

La tribune de l’ancien directeur du Point vient s’ajouter à une multitude de déclarations toute plus délirantes les unes que les autres. De Pierre Gattaz qui parle de « voyous et terroristes » pour définir la CGT – il a, certes, fait un mea culpa sur le deuxième terme – à Manuel Valls qui dénonce une « radicalisation » de la CGT et la « prise d’otage du pays » en passant par Jean-Michel Apathie qui se demande si la « prochaine étape » sera la guerre civile, les rapprochements entre les blocages et les effroyables actes terroristes qui ont frappé notre pays durant la douloureuse année 2015 sont légion dans les médias et dans la bouche de nos responsables politiques si bien qu’il devient urgent d’analyser les causes et les buts de ce vocabulaire belliqueux. Lire la suite

L’étrange Réel

« Le problème en France, c’est que nous sommes dans un déni de réalité ». Samedi soir, Jean-François Copé a plusieurs fois fustigé le supposé déni de réalité dans lequel se situait la France. Déni de réalité en matière économique – comprenez un manque de libéralisme économique – mais aussi déni de réalité en matière religieuse – comprenez une inaction face au communautarisme – et enfin déni de réalité en matière politique – comprenez un pouvoir pas assez vertical. Samedi soir, donc, nous avons eu droit à une nouvelle représentation du Réel, le désormais personnage principal de la vie politique française. Les marionnettistes sont nombreux et n’hésitent pas à manier le Réel comme le masque du théâtre grec, pour mieux se faire entendre et pour discréditer toute alternative.

« Ce n’est (sic) pas des mots, c’est ça la différence, c’est que moi je suis dans le réel » a rétorqué Emmanuelle Cosse à Jean-Luc Mélenchon jeudi dernier alors que ce dernier fustigeait la politique menée par le gouvernement auquel elle appartient – alors qu’elle avait vertement critiqué Messieurs Hollande et Valls lorsqu’elle était encore secrétaire nationale d’EELV. Le Réel est dans toutes les bouches des dirigeants qui se présentent comme responsable. Eux sont au pouvoir, ils sont donc les seuls à être en prise avec le Réel et toute personne qui s’élève contre la politique menée se voit ainsi renvoyée à un idéalisme utopiste et désuet. Le Réel est devenu un totem et un tabou, quiconque ose critiquer le cadre se voit ainsi excommunié du débat public et doit subir un procès en irréalisme.
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Manuel Valls, pompier pyromane

Si l’on s’en tient aux propos des éditorialistes ou des membres du gouvernement, les Français sont pris otages par de dangereux bolchéviques, cette CGT qui est en voie de « radicalisation » selon les propos de Manuel Valls. Certains, Jean-Michel Apathie en tête, vont même plus loin et se complaisent à jouer les Cassandre en annonçant une future guerre civile. Voilà donc Manuel Valls qui s’excite encore plus que d’habitude, qui gesticule et qui vocifère pour expliquer qu’il ne reculera devant aucune intimidation, s’empressant de condamner la supposée violence qui aurait lieu dans les raffineries. Aujourd’hui est un jour de mobilisation nationale et notre Premier ministre a déjà dit que cela ne changerait rien et qu’il demeurerait inflexible.

Ainsi, Manuel Valls importe sa position belliqueuse et son discours guerrier à la confrontation sociale. Lui qui disait faire la guerre à Daech est en train de jouer une mélodie rance au sein même de notre pays en cherchant par tous les moyens à trouver des ennemis de l’intérieur : après les casseurs voici venu le temps des bloqueurs. Lui qui admire Georges Clémenceau a, semble-t-il, fait sienne la devise du Tigre au moment de la guerre : « Politique extérieure je fais la guerre ! Politique intérieure je fais la guerre ! Partout je fais la guerre ! ». Ne reculant devant aucune vilénie, le Premier ministre affirme pourtant qu’il veut apaiser et réconcilier le pays avec lui-même. Pourtant, depuis 2012, à Beauvau comme à Matignon, il n’a eu de cesse de jeter de l’huile sur des feux incandescents. Drôle de conception de l’apaisement que celui que défend violemment Manuel Valls.
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Le mirage autrichien

Le couperet est donc passé tout près. Le coup de chaud qui s’est emparé de la majorité de l’Europe a duré jusqu’au milieu de l’après-midi de lundi. A en croire les médias et les dirigeants européens, nous avons évité le crash de justesse. Le candidat du FPÖ a en effet été battu par le candidat des Verts lors du deuxième tour d’un scrutin si serré qu’il a fallu attendre le dépouillement total des bulletins pour proclamer la victoire. Alexander Van der Bellen s’impose d’un peu plus de 30 000 voix face à Norbert Hofer et voilà l’Europe qui crie à la victoire symbolisée par le rejet de l’extrême-droite.

« Coup d’arrêt » pour le Front National selon Pascal Durand, « la preuve qu’une alternative est possible » pour certains dirigeants écologistes ou encore « un grand soulagement » pour Manuel Valls voilà comment a été accueillie la victoire du candidat des Verts en Autriche. Si l’on peut comprendre le soulagement – bien qu’il me semble cavalier de parler de grand soulagement – les différents messages de réjouissances ont de quoi interloquer. Alors que l’extrême-droite autrichienne vient de rassembler 49,7% des suffrages, nos anti-Cassandre nous disent que c’est une grande victoire pour les modérés et une franche défaite pour l’extrême-droite. Des Pangloss pullulent un peu partout depuis la proclamation des résultats, eux qui viennent nous expliquer que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Lire la suite