Goodbye Britain !

La catastrophe – du grec katastrophế,  le renversement – a bien eu lieu. Les Britanniques ont donc voté pour le « leave », comprenez pour un départ de l’Union Européenne. Malgré les menaces, Emmanuel Macron et Jean-Claude Juncker en tête, malgré la campagne médiatique et malgré les sondages qui annonçaient une courte mais réelle victoire du camp du « in », le peuple britannique a décidé de choisir par lui-même comme les Grecs en leur temps, nous y reviendrons. Jusque tard dans la nuit le résultat fut incertain. Les premiers sondages donnaient le « in » vainqueur avec 52% des voix et Nigel Farage reconnaissait que le camp du « in » avait de l’avance en se fondant sur les bookmakers et les traders. Les premiers bulletins dépouillés sont venus doucher l’enthousiasme des partisans d’un maintien puisque le « leave » talonnait de très près le « in »  à Newcastle, pourtant bastion des anti-Brexit.

Tout au fil de la nuit, les courbes se sont croisées pour finalement s’écarter définitivement l’une de l’autre sous les coups de 6 heures avec l’avantage certain pris par le « leave ». Au cours de cette nuit, j’ai eu l’impression de vivre un moment d’Histoire, ce genre de moments qui façonnent l’avenir et qui marquent une rupture. Oui, nous vivons – et nous allons vivre au cours des prochains mois – une période historique. Pour la première fois, l’UE recule. Jamais elle n’a été si proche du précipice et peu importe l’avenir, le statut quo au sein de l’Union ne sera plus possible. L’annonce de la tenue du référendum était l’ouverture du cadenas de la boîte de Pandore, le vote en faveur du Brexit ouvre en grand ladite boite pour faire advenir l’apocalypse, c’est-à-dire la révélation de tous les maux de cette Union qui n’en est plus vraiment une. Et quelle meilleure nation que la Grande-Bretagne pour prendre le rôle de Pandore ?

Les décors écroulés

Dans Le Mythe de Sisyphe, Albert Camus décrit bien, sans le vouloir, le moment que nous vivons actuellement au sein de l’UE : « Il arrive que les décors s’écroulent. Lever, tramway, quatre heures de bureau ou d’usine, repas, tramway, quatre heures de travail, repas, sommeil et lundi mardi mercredi jeudi vendredi et samedi sur le même rythme, cette route se suit aisément la plupart du temps. Un jour seulement, le « pourquoi » s’élève et tout commence dans cette lassitude teintée d’étonnement. « Commence », ceci est important. La lassitude est à la fin des actes d’une vie machinale, mais elle inaugure en même temps le mouvement de la conscience. Elle l’éveille et elle provoque la suite. La suite, c’est le retour inconscient dans la chaîne, ou c’est l’éveil définitif. Au bout de l’éveil vient, avec le temps, la conséquence : suicide ou rétablissement ».

Les décors sont en train de s’écrouler de toutes parts au sein de l’Union. Les tristes oripeaux ne cachent plus rien, nous voilà entrés dans une période trouble et incertaine. Personne, aujourd’hui, ne peut dire ce qu’il adviendra de l’UE. Eclatement ? Fédéralisme ? Ni l’un ni l’autre ? Bien malin celui qui pourra prédire ce qu’il se passera. La seule certitude, et elle est de taille, c’est que plus rien ne pourra être comme avant. Effet domino ou renforcement de l’intégration, peu importe la décision qui sera prise, ce 24 juin 2016 marque une rupture sans précédent dans l’Union Européenne. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir user de propagande, parfois guerrière par l’intermédiaire de Monsieur Juncker (qui a traité de « déserteurs » les personnes favorables au Brexit comme si nous vivions une guerre), du côté de l’UE. Et voilà que le roi est nu, il n’y a qu’à voir les éditos épouvantés et les mines déconfites sur les plateaux télé pour comprendre que le ciel vient de leur tomber sur la tête. Forts de leur autorité conférée par les médias dominants, ils pensaient qu’il suffisait de répéter leur antienne pour convaincre la population idiote du bien fondé de leurs propos. Las, les voilà désarmés face à la fin de non-recevoir opposée par une majorité du peuple britannique.

Grexit versus Brexit

Il y a un an, quasiment jour pour jour, un autre référendum se tenait. C’était le fameux référendum grec sur la poursuite de l’austérité. Que n’a-t-on pas entendu à ce moment-là ? Que le peuple grec pouvait bien voter s’il le voulait mais que cela n’aurait aucun effet, qu’il ne pouvait y avoir de démocratie en dehors des traités, que l’UE ne négocierait pas et ne ferait aucune concession, que la Grèce serait expulsée de l’Union si elle votait pour le non. Les Grecs ont pourtant placé le non largement en tête au soir de leur référendum. Nous pensions qu’il s’agissait d’un séisme mais il n’en fut rien. Tsipras n’obtint rien et obtempéra à ce que lui imposaient ses « partenaires », trahissant le peuple grec au passage. Au vu de ces évènements nous pensions donc que l’UE demeurait puissante peu importe les demandes, fussent-elles les plus extravagantes.

Et pourtant, 6 mois plus tard, la Grande-Bretagne, par l’intermédiaire de David Cameron, obtenait des concessions absolument faramineuses et qui allaient à l’encontre de toute Europe sociale (possibilité de ne plus verser d’allocations aux étrangers, même des pays membres, par exemple). « Selon que vous serez puissant ou misérable/ Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » écrivait Jean de la Fontaine dans Les Animaux malades de la peste et nous voyons que cette logique a encore cours aujourd’hui dans l’UE. La Grèce qui ne pèse que 2% de l’économie européenne n’a pas été écoutée mais la Grande-Bretagne, première place financière de l’Union a vu toutes ses revendications acceptées par l’UE. Permettez-moi de rajouter à l’alternative puissant/misérable une autre alternative : libéral/non libéral.

L’ultime échec de François Hollande

Par ricochet, la victoire du « leave » et les concessions obtenues par Cameron avant le référendum ressurgissent sur François Hollande pour mieux souligner sa pusillanimité et ses multiples trahisons. Lui qui nous expliquait qu’on ne pouvait changer d’orientation en Europe alors qu’il avait promis une renégociation du TSCG (Traité sur la stabilité la coopération et la gouvernance) durant la campagne de 2012 voit tous ses mensonges révélés au grand jour. Finalement ce Brexit est marqué du sceau de l’ironie. C’est dans le pays de Margaret Thatcher, Madame TINA (There is no alternative) qu’une alternative – renégociation ou sortie – a vu le jour. Ironie encore quand on sait que la Grande-Bretagne devait prendre prochainement la présidence de l’UE, comme un symbole de cette Union qui n’a plus aucune logique. Plus ironique encore, la Grande-Bretagne est sans doute, avec l’Allemagne, le pays le plus en phase avec la politique libérale menée à échelle européenne et c’est pourtant elle qui met un grand coup de canif dans le projet de grand marché contre lequel nous mettait déjà en garde, en son temps, Pierre Mendès France quand il affirmait que le projet des pères fondateurs « [était] basé sur le libéralisme classique du XIXe siècle, selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes».

Le Brexit rebat complètement les cartes dans les rapports de force au sein de l’Union. La montée de Podemos en Espagne et du Mouvement 5 Etoiles en Italie laisse suggérer la possibilité d’un front anti-austérité. L’année dernière déjà, François Hollande avait eu l’occasion lors de la crise grecque de se rallier à cette cause. Loin d’aider Tsipras il a plutôt été Caïn pour lui en lui infligeant le coup de grâce. Le départ de la Grande-Bretagne est une occasion sans précédent pour la France de peser de tout son poids pour réorienter l’Union vers plus de solidarité et de travail en commun, une occasion de briser les chaines de l’austérité qui mettent plus bas que terre les peuples grecs, espagnols, italiens et qui guettent les Français. Ce vote britannique dément vigoureusement la pensée d’Alain Finkielkraut qui, dans L’Identité malheureuse, explique que « le changement c’est ce qui nous arrive », comprenez une démission et un fatalisme triomphant. Il est encore possible de faire des choix, il faut simplement en avoir le courage.

Finalement, nous vivons une crisis au sens grec du terme, un moment où le choix nous est donné. Antonio Gramsci ne dit pas autre chose quand il affirme que « la crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître » mais ce moment est un moment d’incertitude où la vigilance doit être de mise car pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés ». Il est plus que temps pour nous d’être courageux comme nous l’enjoignait déjà Jaurès il y a 113 ans en affirmant que «  le courage c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense ».

Google ou le symbole de la servitude volontaire

Personne, sur la toile et au-delà, n’ignore l’existence de Google. Tout le monde le connaît, ce géant d’Internet qui véhicule une image cool quoique controversée. Au moment du scandale d’espionnage domestique par la NSA, Google s’est, en effet, retrouvé en première ligne en étant accusé de fournir toutes les infos à l’agence américaine. Pour autant, la popularité et la prééminence du moteur de recherche n’ont jamais été remises en cause par cette affaire. Il demeure ce mastodonte qui écrase tous ses concurrents si bien qu’ils finissent forcément par dépérir (Yahoo, Bing et bien d’autres). Cette position de domination confère à la firme californienne un prestige et une aura rarement remis en cause si bien que, pour beaucoup, le rêve consiste à être embauché par l’entreprise.

« Nous recrutons environ 2000 personnes par an et nous recevons plusieurs milliers de candidatures pour ces postes ». Ces mots sont ceux d’un salarié de Google. Pour une part non négligeable des diplômés de Grandes Ecoles, intégrer le « Googleplex » – le siège social de la firme – constitue le climax d’une carrière. Réputée pour son ambiance cool et sa forte propension à laisser ses salariés travailler en autonomie sur des projets qui leur tiennent à cœur, l’entreprise californienne n’a nullement besoin de campagne de communication pour enjoindre les personnes à postuler. Pourtant, derrière cette vision idyllique se cache, souvent, une réalité bien moins joyeuse. Il se pourrait bien que le célèbre discours d’Etienne de la Boétie s’applique pleinement à Google et à ses salariés. Lire la suite →

Dieu est-il vraiment mort ?

Dès 1882 et Le Gai Savoir, Friedrich Nietzsche annonce la mort de Dieu mais il faut attendre Ainsi parlait Zarathoustra pour que l’expression gagne ne notoriété. Dans Le Gai Savoir l’insensé annonce : « Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! ». Si Nietzsche a mis ces paroles dans la bouche d’un fou, ce n’est pas parce qu’il ne croit pas lui-même à ce qu’il écrit, mais c’est plutôt parce qu’il est dans le destin de ce personnage de n’être pas cru, et d’être considéré comme fou par la foule. Frustré de n’être pas compris, incapable et de se faire comprendre et d’être compris, le fou casse sa lanterne sur la terre, gémissant qu’il est venu trop tôt : les gens ne peuvent pas encore voir qu’ils ont tué Dieu.

Si l’insensé n’étaient pas compris en son temps, il semble aujourd’hui clair – tout du moins en Occident – que la mort de Dieu a été actée. La sécularisation croissante des sociétés couplée à la fameuse fin de l’histoire chère à Francis Fukuyama ont fini de parachever ce recul franc et massif de la transcendance au profit d’un matérialisme consumériste auquel rien ne semble résister. Certes, la résurgence du fait religieux avec l’Islam va à l’encontre de cette logique mais les tendances de fond, elles, ne bougent pas. Pour autant, peut-on dire que la logique religieuse a véritablement disparu ? Peut-on affirmer sans fard que les structures mentales combattues par Nietzsche sont tombées ? Bref, peut-on dire que Dieu est mort ou bien celui-ci a-t-il simplement muté ? Lire la suite →

Pour une République sociale (3/4): nous libérer de la tyrannie de l’instant

Complexité, idéal, long terme, triptyque à retrouver

Nous l’avons vu précédemment, le système politico-médiatique fait tout pour rendre le débat simpliste, n’aborder que des questions de court terme et rejeter en bloc tout idéal au profit d’un pragmatisme qui devrait tout régler. Traumatisée par les idéaux dévoyés du XXème siècle, notre classe politique ne veut plus entendre parler d’idéal si bien que la simple évocation d’un idéal suffit à vous discréditer en vous faisant passer pour un doux rêveur. La chute de l’URSS et la désagrégation du bloc communiste qui s’en est suivie a parachevé le crépuscule des idéaux et marqué l’entrée dans un monde qui s’en est dépouillé. Le consumérisme et le matérialisme l’ayant définitivement emporté sur les idées, il n’est guère étonnant que cette manière de pensée ait contaminé notre classe dirigeante. François Mitterrand ne pensait sans doute pas si bien dire lorsqu’il affirma qu’il n’y aurait plus que des comptables après lui. Et pourtant, abandonner tout idéalisme et toute vision de long terme est aussi mortifère que de ne jurer que par l’idéalisme comme ont pu le faire le nazisme et le stalinisme. Edgar Morin, dans Pour et contre Marx, l’explique brillamment : pour être équilibré, il nous faut marcher sur les deux jambes de l’idéalisme et du réalisme sans sacrifier l’un à l’autre mais en les faisant marcher de concert. Jaurès ne dit pas autre chose quand il affirme que « le courage c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ». Si être aveuglé par l’idéal peut nous emmener à nier le réel et à faire de la Terre un enfer, rejeter en bloc l’idéal pour se contenter du matérialisme et du réalisme revient à nier la singularité de l’être humain et à ne plus nous préoccuper du long terme. Finalement, un peu comme la liberté et l’égalité qui tombent toutes deux dans des apories mortelles si elles ne s’équilibrent pas, l’idéalisme et le réalisme ont tous les deux besoin l’un de l’autre pour ne pas transformer la société en cage pour l’esprit dans le cas du réalisme et en cage pour le corps dans le cas de l’idéalisme.

Réconcilier ces deux frères ennemis suppose de nous réconcilier nous-mêmes avec la complexité, à savoir une pensée qui s’arrache aux conclusions simplistes pour repenser plus globalement les problèmes que nous traversons afin d’élaborer des solutions de long-terme. Cette complexité, c’est celle qu’Alain Badiou met en avant dans sa conférence à la suite des attentats du 13 novembre dernier (Notre mal vient de plus loin). Il s’agit de nous affranchir du manichéisme outrancier et simpliste qui nous guette pour réussir à repenser l’architecture même de nos schémas de réflexion. Plutôt que débattre sur l’opportunité ou non d’ériger un mur à nos frontières pour transformer la Méditerranée en cimetière géant, il faudrait bien plus réfléchir aux moyens dont nous disposons pour permettre à ces personnes de mener une vie décente dans leur pays d’origine. Cette manière de procéder ne saurait faire l’économie du long-terme à la fois lorsqu’il s’agit d’étudier les causes et lorsqu’il faut réfléchir aux conséquences. Nous le voyons donc, complexité, idéal et long-terme fonctionnent ensemble en se répondant mutuellement. Notre classe politique a fait fi de ce triptyque et le voilà qui lui explose désormais à la figure puisque dans notre société sans idéal si ce n’est celui de consommer toujours plus, ceux qui sont exclus de cette logique de consommation sont enclins à aller chercher ailleurs un idéal, ailleurs leur place. Plutôt qu’égrener des promesses qu’ils ne tiennent jamais ou presque, nos responsables politiques devraient s’échiner à tracer une ligne d’horizon afin de pouvoir débattre sur l’avenir et la vision de notre pays pour nous permettre d’en décider. La constitution de la République sociale devra inscrire ce triptyque au cœur de son texte sous peine de se retrouver à nouveau dans dix, vingt ou peut-être trente ans face aux mêmes apories que nous rencontrons aujourd’hui. Lire la suite →

Lettre ouverte à Robin Rivaton et à tous les idéologues gestionnaires

Mon cher Robin, je dois avouer qu’avant dimanche et le visionnage du replay d’On n’est pas couché, je n’avais jamais entendu parler de vous. Et pourtant – je me suis renseigné depuis – vous êtes régulièrement invité lors d’émissions télévisuelles ou radiophoniques, vous êtes l’une des nouvelles coqueluches économiques et vous acquérez de jour en jour une influence de plus en plus grande chez Les Républicains si bien que beaucoup font le rapprochement entre vous et Gaspard Koenig, l’autre nouveau héraut du libéralisme en France. Vous étiez invité chez Laurent Ruquier pour présenter votre ouvrage Aux Actes dirigeants !, véritable profession de foi d’un libéralisme dont vous déplorez l’absence en France. Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire ce livre – dont le titre est assez cocasse, j’y reviendrai plus tard – mais votre passage chez Laurent Ruquier ainsi que les informations présentes sur le net m’incite à vous répondre.

Je vous reconnais une qualité indéniable, c’est que vous avancez à visage découvert. Dans un pays où la simple prononciation du mot libéralisme peut faire de vous un ennemi de la nation – il n’y a qu’à voir les contorsions que notre Ministre de l’Economie se contraint à faire pour ne pas avoir à prononcer ce mot, préférant expliquer que son mouvement n’est ni de droite ni de gauche alors qu’il semble surtout ni de gauche ni de gauche – vous affirmez votre doctrine libérale sans fard ni camouflage. Ainsi, vous avez expliqué à Léa Salamé et Yann Moix que la France avait besoin d’une cure libérale afin de mieux se porter à l’avenir. Pour étayer votre propos vous avez pris des exemples aussi variés que le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne en expliquant que ces pays se portaient bien mieux que nous parce qu’ils appliquaient tous des recettes libérales que vous préconisez – allant même jusqu’à expliquer que la réponse à l’extrême-droite était la solution libérale. Lire la suite →

Tiens, revoilà la crise grecque

Vous aviez aimé le septième épisode de l’été dernier ? Vous allez adorer le huitième épisode de l’été prochain. On nous avait dit que la crise grecque était derrière nous lorsque Tsipras a accepté le mémorandum du 13 juillet dernier. On nous l’avait dit mais seuls les ordolibéraux béats pouvaient croire à de telles sornettes. Les Grecs ont subi de plein fouet ce nouveau choc sans pour autant voir l’étau se desserrer un peu. En réalité, c’est même le contraire qui s’est produit. Au moment du mémorandum, nombreux étaient ceux à fustiger l’accord – moi y compris – et à affirmer que les mêmes causes produiraient les mêmes effets. Nous voilà huit mois plus tard et la situation grecque est plus critique que jamais.

L’austérité imposée au pays a fait dramatiquement chuter le niveau de vie des Grecs – ou du moins ce qu’il en restait – sans que ce remède toxique n’ait amélioré les conditions de vie du patient. Tels médecins de Molière, l’Union Européenne et le FMI pratiquent des saignées régulières en expliquant que la prochaine sera la bonne. Le résultat, c’est un pays exsangue, abandonné de tous face à la crise migratoire et qui tend de plus en plus les bras à l’extrême-droite. L’été dernier le bad cop était l’UE, cette année c’est au tour du FMI. Les vagues successives ont mis plus bas que terre le peuple grec, qu’elle est belle notre UE, elle qui disait défendre la paix et la prospérité et qui jette la Grèce dans la misère et la tension sociale. Lire la suite →

La légion du déshonneur

« C’est toujours mieux de ne rien vendre du tout plutôt que de vendre son honneur ». La déflagration, terrible mais juste, est signée Sophia Aram sur France Inter. Ce matin, la station de Radio France recevait Jean-Marc Ayrault, Ministre des Affaires étrangères. Celui-ci était invité à réagir au scandale du week-end révélé par Mediapart : la remise de la légion d’honneur en catimini au prince héritier du trône d’Arabie Saoudite – accessoirement Ministre de l’Intérieur de son pays et donc responsable des décapitations et des exécutions. L’ex-Premier ministre a répondu aux critiques à l’aide d’une phrase hallucinante affirmant qu’il s’agissait d’une « tradition diplomatique » ajoutant qu’il « [fallait] la prendre comme telle ».

Il y a évidemment beaucoup à dire sur cette décoration – et c’est le but de ce papier – mais il ne faut pas oublier de fustiger l’ensemble des médias français qui s’étaient bien gardés de révéler l’affaire. Sans Mediapart, il y a fort à parier que nous n’aurions jamais su que le prince héritier d’Arabie Saoudite avait été décoré par notre président. Ceci pose la question de la liberté de la presse dans notre pays, élément consubstantiel de la démocratie – à ce titre, les cambriolages dans les locaux de Marsactu sont un scandale. Pas de démocratie sans liberté de la presse, tâchons de s’en souvenir et remercions Mediapart et les autres journaux indépendants de faire perdurer la flamme de la démocratie. Lire la suite →

Quand est-ce qu’on casse le schéma ?

« Réunis pour améliorer l’état du monde » – commited to improving the state of the world en version originale – telle est la devise du Forum Economique Mondial de Davos qui s’est tenu du 20 au 23 janvier derniers. Cette réunion des plus grandes richesses mondiales, qui se tient en Suisse depuis 45 ans désormais, est devenue peu à peu le lieu de pouvoir au fur et à mesure que l’économie s’est financiarisée et que l’économie a pris le pas sur le politique. Ne voit-on d’ailleurs pas les chefs d’Etats ou de gouvernement se succéder à ce forum dans le but de convaincre les plus grosses entreprises de s’installer dans leur pays ? De dirigeants les voilà transformés en VRP de luxe, contraint de faire des courbettes ou de cracher sur le programme de leur propre parti comme n’a pas hésité à le faire Emmanuel Macron à propos des 35 heures.

En parallèle de cette réunion de luxe rythmée par les ballets de BMW, d’Audi ou autres Mercedes, l’association Oxfam a publié un rapport accablant sur l’état des inégalités dans le monde. L’entre soi constitué par les participants du forum n’a que faire de telles données. Ce rapport – intitulé « Une économie au service des 1% » – fait frémir : il démontre que les 1% les plus riches de la planète possède désormais plus que les 99% restants. Dans le même temps, Oxfam nous apprend que le patrimoine de la moitié la plus pauvre de la population s’est réduit de 41% (soit une baisse de 1000 Milliards de $) quand celui des super riches a progressé de 44% – pour une hausse de 500 Milliards de $. Lire la suite →

La technologie au service du profit

Tous les observateurs s’accordent à le dire : nous vivons dans une époque hyper-connectée. D’après une étude de RetailMeNot, près de 55% des Français avaient un smartphone en 2015 et l’on ne compte plus les personnes qui possèdent plusieurs écrans chez eux (entre les télévisions, les tablettes, les smartphones et autres ordinateurs). Plus largement, l’apparition du e-commerce (ou commerce électronique) a constitué une disruption sans précédent dans la manière de vendre tout en induisant un changement profond des modes de consommation. Les entreprises ont pleinement pris la mesure de cette rupture en mettant notamment en place des plans de communication en ligne ou en adoptant des politiques commerciales nouvelles comme le cross canal par exemple.

Toutefois, cette évolution technologique ne me semble pas devoir s’arrêter au simple commerce. Celle-ci va toucher, à terme, tous les pans de la société si bien que notre génération a tout d’une génération de transition : celle de l’utilisation croissante de la technologie dans la vie quotidienne. N’appelle-t-on pas cette génération la génération Y en référence à ce bouleversement qu’elle connaît ? En somme, notre génération exercera sans doute des métiers qui n’existent pas encore de même qu’elle est sans doute formée à des métiers qui n’existeront plus dans une dizaine d’années. La récente annonce de François Hollande de la mise en place pour les chômeurs de formations aux métiers d’avenirs ne fait que confirmer cet état de fait. Ce bouleversement économique et social que ne manquera sans aucun doute de faire advenir cette rupture technologique n’est malheureusement pas porteur que de bonnes nouvelles. Lire la suite →

Quel modèle pour demain ?

Voilà sept ans que le monde est en crise. Matin, midi et soir au fil des dépêches AFP, des JT ou autres flash des chaines d’info en continu nous sommes matraqués par la crise, cette hydre à plusieurs têtes que l’on arrive ni à juguler ni même – et c’est sans doute bien plus gênant – à saisir dans toute sa globalité et sa complexité. Nombre d’observateurs et d’analystes tentent d’expliquer en quoi cette crise est conjoncturelle, qu’il suffit de s’attaquer aux conséquences de ladite crise et de rafistoler avec des rustines pour régler le problème et éviter que celui-ci ne se reproduise à l’avenir.

Il me semble que cette crise est bien plus structurelle en réalité. Si l’on s’intéresse à l’histoire économique, on se rend assez vite compte que l’économie est affaire de cycle, tout du moins en Occident. Ainsi, c’est l’oscillation entre libéralisme, au sens large, d’une part et interventionnisme étatique d’autre part qui a permis de juguler les différentes crises économiques rencontrées. Au capitalisme libéral issu de la Révolution Industrielle s’est, en effet, substitué un capitalisme keynésien beaucoup plus interventionniste avec la mise en place de l’Etat Providence. La crise de ce modèle a été jugulée par le retour en force du libéralisme, dans une version encore plus poussée sous l’impulsion de l’Ecole de Chicago. En toute logique, pour régler la crise actuelle il faudrait revenir à un ersatz du modèle keynésien. Or, le problème principal que l’on rencontre est que ce modèle est devenu complétement caduc avec la mondialisation (dans la mesure où mener une politique nationale sans s’occuper du reste de la planète n’est plus possible). Lire la suite →