Les liaisons dangereuses (à propos des rachats de clubs)

Télémaque et les nymphes de Calypso – Angelica Kauffmann

Depuis quelques semaines, voire mois, le serpent de mer de la #VenteOM revient régulièrement sur le devant de la scène. Sur les réseaux sociaux bien entendu mais également dans les médias puisqu’un certain nombre d’articles ou d’interviews à ce propos ont vu le jour ces derniers temps. S’il ne m’appartient pas ici de parler de ce sujet propre – pour la simple et bonne raison que je n’ai absolument aucune information à ce propos – les réactions aux rumeurs de vente paraissent être une très bonne porte d’entrée pour s’intéresser aux rachats de clubs et aux débats qui leur sont afférents.

Le point commun des différentes rumeurs de vente du club est effectivement qu’elles placent toutes l’acheteur potentiel dans le pourtour arabo-musulman. La plus relayée d’entre elles évoque l’intérêt du prince Al-Walid ben Talal Al Saoud ce qui n’a pas manqué de provoquer des réactions goguenardes, consternées ou exaltées selon les personnes. Les critiques parfois très puissantes à l’égard d’un potentiel rachat par ce personnage semblent être révélatrices de bien des biais qui parcourent les commentaires dès lors que l’on aborde la question des rachats de clubs.

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Démocratie, élite libérale et peuple, l’impossible union

La barricade à la Porte St Denis – Nicolas Edward Gabé

L’adoption d’une loi nauséabonde qui a pour objet en façade la protection des principes républicains mais qui dans les faits, permet de pouvoir stigmatiser une partie de la population déjà marginalisée tout en armant toujours plus la république libérale remet encore une fois en cause les bienfaits de notre système politique. L’Assemblée nationale qui doit permettre de représenter l’ensemble des Français dans leur diversité n’est pas vraiment virulente ou alors simplement en façade et entre bons démocrates on sait s’entendre. Cette situation pose énormément de question, sur le peuple, la gauche et la démocratie. Mais alors, pourquoi la république libérale et la démocratie représentative sont-elles nos ennemies ?

En heure de grande écoute sur France 2, à la télévision publique, Marine Le Pen et Gerald Darmanin se font face. L’actuel ministre de l’intérieur doit vendre son projet et montrer qu’il a pour but de protéger notre belle démocratie. Marine Le Pen, démocrate revendiquée joue l’apaisement, au point de voir Darmanin lui reprocher sa mollesse. Sur une célèbre chaine d’info en continu, la ministre de l’enseignement supérieur, pas honteuse de la situation des universités, de la souffrance des étudiants ou de la précarité des profs, parle du mal que représente l’Islamo-Gauchisme pour les études supérieures et les travaux universitaires. Dans une démocratie de moins en moins libérale mais toujours plus autoritaire, ces sorties ne sont pas des couacs, elles permettent d’affirmer que ce système de gouvernement nous veut du mal.

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Le bien commode adversaire (à propos du complotisme et de ses utilisations)

Conference at night – Edward Hopper

Voilà bientôt une année que la France vit sous la menace du Covid-19 et de ses implications en termes de mesures sanitaires mais aussi de libertés publiques. Depuis un peu plus d’un mois, le pays tout entier est forcé de suivre le couvre-feu à 18h, ce qui ne manque pas d’avoir des effets psychologiques délétères sur beaucoup de personnes. La situation que nous vivons depuis des mois maintenant – et peut-être pour un certain temps encore – couplée à l’arrivée des différents vaccins a donné lieu à de multiples théories complotistes et conspirationnistes.

Bien sûr, il serait erroné de dire que c’est le nouveau coronavirus qui a crée la dynamique complotiste. Il n’en demeure pas moins vrai que la période que nous traversons a été un formidable accélérateur pour lesdites théories pour des raisons diverses qu’il s’agit de regarder en face pour peu que l’on souhaite être conséquent sur le sujet. Lutter contre les théories du complot et contre ceux qui les fabriquent ne se départit effectivement pas de cette obligation simple mais souvent négligée : réfléchir au niveau des structures et mener ce qui s’apparente bel et bien à une forme de bataille culturelle.

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OM : Supporters, seulement fautifs ou complices ?

Grève à Saint Ouen – Paul Louis Delance

Samedi alors que le ciel est menaçant sur Marseille, la rumeur qui commençait à prendre de l’importance, au point que l’Equipe en parle, devient réalité. Un groupe, difficilement identifiable, de plusieurs centaines de personnes se retrouve sur le chemin sinueux qui mène à la Commanderie. La manifestation pour protester contre la politique de JHE et de McCourt est la suite logique d’une campagne d’affichage de banderoles hostiles aux deux dirigeants dans la ville. Cette fois, l’idée est de montrer physiquement le mécontentement. Depuis, les médias dominants ont fait leur choix, Jacques Henri Eyraud est monté sur ses ergots et ne fait qu’attiser le mécontentement. Retour sur une situation qui ne pouvait pas finir bien.

Le mécontentement n’est pas nouveau du côté de Marseille, les supporters et plus largement les groupes ultras ou non qui animent le Vélodrome et se déplacent un peu partout en France et en Europe pour pousser leur équipe en ont marre de la gestion et de l’attitude JHE. À l’image des Bukaneros, le président de l’OM comme celui du Rayo est grimé en Mickey Mouse. Le torchon brûle à Marseille, mais les tensions sont fortes ailleurs. Nantes ou encore Bordeaux récemment, les supporters ne sont plus aussi réceptifs qu’avant au discours de père Noël des propriétaires de club ou de leur marionnette. Les supporters marseillais ont décidé de passer à l’action. Quitte à mourir, autant le faire dignement.

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Renverser la perspective (à propos de la gauche et des frontières)

Le Radeau de la Méduse – Théodore Géricault

« Je suis favorable aux retours des frontières sur capitaux, marchandises et personnes […] mais aussi pour les gens du Nord qui vont voyager partout dans le monde ». Au micro de France Inter le 2 décembre dernier (à retrouver à partir de 10’30 sur cette vidéo), François Ruffin a eu cette phrase qui a agité les débats au sein de la gauche pendant quelques jours. Les réponses à ses propos provenant de soutiens d’Emmanuel Macron, de la droite de l’échiquier politique voire de l’extrême-droite ne m’intéressent guère ici puisque je crois que c’est une discussion importante et intéressante à avoir au sein de la gauche où des lignes différentes cohabitent et, qu’en conséquence, c’est uniquement de cela que traitera ce billet.

Saisissant rapidement l’ampleur prise par ces quelques mots, Ruffin a publié un post sur Facebook dans la journée de son passage à France Inter visant à expliciter sa position notamment sur la régulation du tourisme des personnes issues des pays occidentaux. S’il ne s’agit pas dans ce développement de centrer le propos sur le député de la Somme, sa sortie radiophonique couplée à ses explications sur les réseaux sociaux me paraissent être une formidable porte d’entrée pour aborder le sujet des frontières et de la gauche pour en renverser la perspective.

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Quelle hégémonie culturelle au temps du covid ?

Le panthéon, le matin après l’incendie – J.M.W. Turner

Mardi soir, Emmanuel Macron s’est une nouvelle fois exprimé au cours d’une allocution. Centrée sur la stratégie d’allègement du confinement, celle-ci a permis, pour la première fois depuis le début de la pandémie, d’établir une sorte d’horizon de sortie de crise – bien qu’elle demeure encore aujourd’hui très hypothétique. En fixant trois dates pour trois temps différents, le locataire de l’Élysée a davantage explicité la stratégie que par le passé. Depuis le surgissement de ce nouveau coronavirus et des conséquences qu’il a engendrées, nous avons entendu à de nombreuses reprises la profession de foi selon laquelle le monde d’après ne pourrait être que différent de celui qui existait avant l’apparition de cette pandémie.

D’aucuns se sont même mis à espérer qu’une rupture radicale avec le néolibéralisme, sinon le capitalisme, serait la suite logique des évènements, un peu comme une mécanique huilée qui ne pouvait être enrayée. Cette vision, que je trouve personnellement quelque peu béate, a vite été battue en brèche par les politiques menées depuis mars. Loin d’un infléchissement dans l’idéologie qu’il prône, Monsieur Macron a au contraire calqué son plan de soutien à l’économie (que lui et ses affidés appellent plan de relance) sur les préceptes néolibéraux. Plus signifiant encore, selon moi, la stratégie autoritaire du pouvoir qui s’est encore accentuée depuis quelques semaines démontre bien que l’impasse dans laquelle nous nous retrouvons collectivement, le monde d’après peut effectivement être différent de celui d’avant mais pas forcément pour le meilleur.

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La critique du salariat et ses impasses

La tour de Babel – Pieter Brueghel l’Ancien

Depuis maintenant une semaine et pour encore au moins 25 jours, la France est de nouveau entrée dans une phase de confinement. Bien que celui-ci diffère assez substantiellement du premier (établissements scolaires ouverts, entreprises du BTP continuant à travailler, etc.), un nombre une nouvelle fois conséquent de salariés se retrouvent au chômage partiel. Cette mesure très protectrice quand on la compare à ce qui peut se faire dans le reste du monde vise avant tout à maintenir le niveau d’emploi et ainsi réduire le mur du chômage, selon la formule consacrée, qui ne manquera probablement pas de se produire en même temps qu’une crise sociale d’ampleur. Il est, à ce titre, assez ironique de constater que ce gouvernement tout acquis à la logique d’ubérisation dépenser des milliards pour cette mesure – qui marque toutefois un continuum avec l’idéologie mise en place depuis 2017, j’y reviendrai dans un prochain billet.

La pandémie et la crise sanitaire qui en a découlé ont précipité une crise à la fois économique et sociale dans la mesure où de nombreuses associations aidant les personnes en grande précarité ont annoncé l’augmentation de celle-ci avec les différentes mesures prises pour tenter d’endiguer la maladie. Plus largement, il me semble que la situation depuis mars aurait dû permettre à la gauche de mener une bataille culturelle pour la défense des services publics et une autre organisation de la société, en deux mots une rupture avec le capitalisme au moins dans sa version néolibérale. Cette rupture passe évidemment par une critique acerbe du salariat et de ses conséquences délétères même si celle-ci peut mener à des impasses relativement mortifères au vu du modèle économique dans lequel nous sommes plongés.

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