Quelle hégémonie culturelle au temps du covid ?

Le panthéon, le matin après l’incendie – J.M.W. Turner

Mardi soir, Emmanuel Macron s’est une nouvelle fois exprimé au cours d’une allocution. Centrée sur la stratégie d’allègement du confinement, celle-ci a permis, pour la première fois depuis le début de la pandémie, d’établir une sorte d’horizon de sortie de crise – bien qu’elle demeure encore aujourd’hui très hypothétique. En fixant trois dates pour trois temps différents, le locataire de l’Élysée a davantage explicité la stratégie que par le passé. Depuis le surgissement de ce nouveau coronavirus et des conséquences qu’il a engendrées, nous avons entendu à de nombreuses reprises la profession de foi selon laquelle le monde d’après ne pourrait être que différent de celui qui existait avant l’apparition de cette pandémie.

D’aucuns se sont même mis à espérer qu’une rupture radicale avec le néolibéralisme, sinon le capitalisme, serait la suite logique des évènements, un peu comme une mécanique huilée qui ne pouvait être enrayée. Cette vision, que je trouve personnellement quelque peu béate, a vite été battue en brèche par les politiques menées depuis mars. Loin d’un infléchissement dans l’idéologie qu’il prône, Monsieur Macron a au contraire calqué son plan de soutien à l’économie (que lui et ses affidés appellent plan de relance) sur les préceptes néolibéraux. Plus signifiant encore, selon moi, la stratégie autoritaire du pouvoir qui s’est encore accentuée depuis quelques semaines démontre bien que l’impasse dans laquelle nous nous retrouvons collectivement, le monde d’après peut effectivement être différent de celui d’avant mais pas forcément pour le meilleur.

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La critique du salariat et ses impasses

La tour de Babel – Pieter Brueghel l’Ancien

Depuis maintenant une semaine et pour encore au moins 25 jours, la France est de nouveau entrée dans une phase de confinement. Bien que celui-ci diffère assez substantiellement du premier (établissements scolaires ouverts, entreprises du BTP continuant à travailler, etc.), un nombre une nouvelle fois conséquent de salariés se retrouvent au chômage partiel. Cette mesure très protectrice quand on la compare à ce qui peut se faire dans le reste du monde vise avant tout à maintenir le niveau d’emploi et ainsi réduire le mur du chômage, selon la formule consacrée, qui ne manquera probablement pas de se produire en même temps qu’une crise sociale d’ampleur. Il est, à ce titre, assez ironique de constater que ce gouvernement tout acquis à la logique d’ubérisation dépenser des milliards pour cette mesure – qui marque toutefois un continuum avec l’idéologie mise en place depuis 2017, j’y reviendrai dans un prochain billet.

La pandémie et la crise sanitaire qui en a découlé ont précipité une crise à la fois économique et sociale dans la mesure où de nombreuses associations aidant les personnes en grande précarité ont annoncé l’augmentation de celle-ci avec les différentes mesures prises pour tenter d’endiguer la maladie. Plus largement, il me semble que la situation depuis mars aurait dû permettre à la gauche de mener une bataille culturelle pour la défense des services publics et une autre organisation de la société, en deux mots une rupture avec le capitalisme au moins dans sa version néolibérale. Cette rupture passe évidemment par une critique acerbe du salariat et de ses conséquences délétères même si celle-ci peut mener à des impasses relativement mortifères au vu du modèle économique dans lequel nous sommes plongés.

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Les théories du complot en quelques lignes

Bâteaux de pêche hollandais dans la tempête – J.M.W Turner

À la faveur de la crise sanitaire liée au Covid-19, de nombreuses théories du complot ont vu le jour. En France notamment, où le surgissement médiatique de Didier Raoult couplé à l’état avancé de décomposition de la crédibilité du pouvoir en place a joué à plein régime, nous avons pu voir ci et là des théories alambiquées se répandre. S’il ne s’agit pas ici de centrer l’analyse sur le nouveau coronavirus, la séquence que nous vivons depuis plusieurs mois est propice à l’étude de ce phénomène. Bien évidemment, l’existence de théories complotistes n’est pas née avec la crise sanitaire et de telles théories sont présentes depuis longtemps. Toutefois, la montée en puissance des réseaux sociaux et, surtout, la perte quasi-totale de crédit des gouvernements partout sur la planète ont participé à un accroissement de celles-ci.

Avant d’aller plus loin dans le développement, il importe, me semble-t-il, de définir ce que l’on entend par complot. Si l’on s’en tient aux deux définitions données par le CNRTL, les complots ont en commun d’être secrètement élaborés entre plusieurs personnes, ce qui laisse une interprétation assez large. Il y a quelques mois, un Manière de voir était consacré aux complots et au sein du magazine se logeait une phrase très pertinente. Elle expliquait qu’en matière de complots, il y a deux écueils : celui d’en voir partout et celui d’en voir nulle part. La profusion des théories du complot depuis quelques années est bien plus un symptôme de l’état de décomposition politique qu’autre chose à mes yeux. Si rien n’est fait pour déconstruire cette dynamique, elle pourrait s’avérer à la fois dangereuse et nous écarter de la seule lutte qui vaille, celle contre les superstructures qui régissent la société.

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Le travail en quelques lignes

Le semeur – Vincent Van Gogh

Déjà présent durant le confinement, le discours sur la nécessité de remettre les Français au travail a encore gagné en puissance depuis la fin de celui-ci. Tant au gouvernement qu’au MEDEF – mais faut-il encore séparer les deux entités ? – ces mots reviennent comme des annonces lancinantes : pour relancer l’économie il va falloir faire des efforts et donc travailler plus encore qu’avant. Par-delà l’occasion que veulent saisir les possédants et les néolibéraux de mettre une nouvelle fois au pas la grande majorité de la société, il faut je crois s’interroger sur cette notion de travail que répètent presque machinalement tous les pouvoirs de droite ou de gauche de droite qui se succèdent à la tête du pays depuis des décennies.

Derrière la volonté vorace d’augmenter (ou de préserver dans la situation actuelle) les profits des plus puissants de la société, cette manière de faire coïncider la notion de travail avec sa seule expression capitaliste et marchande n’est pas le dernier des outils employés par le bloc bourgeois au pouvoir pour dominer le reste de la société. La question du travail est effectivement l’une des questions centrales dans l’organisation de la société et donc de la répartition du pouvoir dans cette dernière.

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La Sécurité sociale en quelques lignes

Le serment des Horaces – Jacques Louis David

Dans l’immense crise sanitaire qui a frappé la planète, certains pays s’en sont mieux sortis que d’autres. L’on pense spontanément à certains pays asiatiques comme la Corée du Sud ou Taïwan qui, sans avoir à pratiquer un confinement strict, ont réussi à limiter le nombre de victimes. Au sein du Vieux-Continent, le pays qui a reçu le plus de lauriers est assurément l’Allemagne qui, même si la stratégie a pu être contestée par ses habitants, a réussi à relativement bien juguler l’épidémie sans appliquer un confinement aussi strict qu’en France, en Espagne ou en Italie. À l’autre extrême, les Etats-Unis ou le Royaume-Uni font figure de mauvais élèves.

Si la gestion de la crise fut loin d’être optimale en France – multiples cafouillages, notamment sur la question des masques, injonctions contradictoires, etc. – le bilan n’a pas été encore plus dramatique que ce qu’il a été et nous le devons certainement au dévouement des personnels soignants et à la Sécurité sociale qui, dans notre pays, permet à chacun de se faire soigner sans qu’on lui demande sa carte bleue avant de rentrer à l’hôpital. Derrière les discours creux (et hypocrites) d’Emmanuel Macron sur les secteurs qui doivent être situés hors du marché, il faut je crois creuser la portée révolutionnaire et socialiste de la Sécurité sociale à la lumière du drame sanitaire que nous avons vécu dernièrement.

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L’action citoyenne pour éviter le pire ?

En emportant une large majorité absolue lors des élections législatives de 2017, la République en Marche prétendait avoir fait entrer la société civile à l’Assemblée Nationale. Par-delà le parti d’Emmanuel Macron, le recours à ce concept fumeux qu’est la société civile est désormais devenue monnaie courante dans la sphère partisane. Face au bouleversement politique et sociétal que représente la défiance grandissante à l’égard des partis dits de gouvernement un peu partout sur la planète, l’appel à immerger lesdits partis dans la société revient avec plus de force sans que l’on sache parfois très bien de quoi il en retourne exactement.

Le cas de LREM est à ce titre éloquent puisqu’il fait figure d’exemple quasi-paroxystique d’une des manières d’instrumentaliser cette question de la société civile pour faire que rien ou presque ne change dans les rapports de force politiques. En faisant entrer des nouvelles têtes au Parlement, le parti présidentiel n’a évidemment pas intégré la société dans sa diversité mais uniquement la fraction des cadres et des classes supérieures. Plus largement, l’intérêt de l’action citoyenne réside principalement dans le fait que celle-ci déborde du cadre parlementaire et qu’il se pourrait bien que ça soit par ce biais là que les choses évoluent rapidement, tant les mobilisations citoyennes de ces dernières années semblent être d’une nature nouvelle et s’inscrire dans une période d’effondrement (ou tout du moins de remise en cause) du système représentatif.

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La planification en quelques lignes

Depuis hier, la France est entrée dans la phase du déconfinement après presque deux mois de confinement. Si cela ne signifie bien entendu pas que l’épidémie est terminée et derrière nous, cette nouvelle phase pose avec une acuité plus grande encore la question du modèle économique et de société que nous souhaitons mettre en œuvre, le fameux « monde d’après ». Par-delà les tribunes et les professions de foi creuses qui se multiplient, il s’agit d’être conséquent et d’essayer d’esquisser ce que pourrait être un infléchissement ou un changement de modèle. Dans cette optique, la question de la planification pourrait s’avérer centrale, notamment dans ce qu’elle nous révèle de l’hypocrisie de la classe dirigeante.

Très rapidement en effet, dès lors que surgit la question de la planification (économique, écologique, sociale, etc.) dans le débat public, les classes dirigeantes et possédantes s’empressent de pousser des cris d’orfraie absolument horrifiés et de convoquer le-communisme-et-ses-centaines-de-millions-de-morts, l’équivalent du point Godwin pour eux. Il me semble pourtant que la critique de la planification qui est faite par ces personnes ne concernent pas la question de la planification en elle-même mais bien plus des acteurs qui doivent la mettre en place. En d’autres termes, il s’agit bien moins d’un débat sur la planification que sur le pouvoir.

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L’assistanat en quelques lignes

Depuis le début du confinement et la mise à l’arrêt quasi-totale de l’économie marchande, un refrain revient régulièrement tant dans la bouche du Medef que d’un grand nombre de responsables politiques : une fois la crise sanitaire passée, les Français sont appelés à faire un effort pour soutenir l’économie et permettre son redémarrage. Ledit effort consiste principalement, pour les défenseurs de cette vision, à renoncer à des jours de congés ou à accepter de travailler plus pour le même salaire – ce qui revient à une baisse de salaire horaire. Ces propos qui reviennent comme une antienne avec de plus en plus de vigueur (et qui ont toutes les chances de se renforcer à mesure que nous approcherons du 11 mai) sont un nouveau moyen d’élever le travail subordonné au rang d’idole.

Effectivement, derrière l’appel fait aux travailleurs à faire des efforts se niche en réalité toute une vision du monde en même temps qu’une politique économique très clairement favorable aux puissants à qui il n’est rien demandé ou presque. Cette logique s’est matérialisée de bien des manières ces dernières années mais il est un des sujets qu’elle a transformé en sorte de porte-voix, celui de l’assistanat. Si la stigmatisation et l’utilisation de cette notion pour mieux dominer est ancienne, la véritable rupture se situe très certainement avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy qui durant toute sa campagne en 2007 n’a eu de cesse de fustiger les « assistés ». Depuis lors, le sujet revient de manière récurrente et la classe possédante et dominante s’en est saisie pour mieux stigmatiser et divertir.

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