La suppression des repas de substitution ou comment attiser les tensions

« Le Trib. adminis. vient de rejeter le recours dirigé contre la fin des menus de substitution à Chalon. Première victoire pour la laïcité ! ». En tweetant cela le 13 août dernier, Gilles Platret, le maire Républicain de Chalon sur Saône, se félicitait de ce qu’il considère comme une victoire de la laïcité en même temps qu’une victoire personnelle. Cette interdiction des menus de substitution a suscité des réactions partagées. Même dans son propre parti, le maire de Chalon a été contesté. Alors certes Nicolas Sarkozy, dans sa course effrénée derrière le Front National, a soutenu bruyamment cette initiative. Mais certains, comme Alain Juppé, ont rapidement critiqué ce qu’ils considèrent comme étant une dérive. Le maire de Bordeaux n’a pas pris de pincettes pour évoquer le sujet puisqu’il a affirmé que « les repas de substitutions n’emmerd[ait] personne ! ».

Ce qui me dérange le plus dans cette affaire c’est que les défenseurs de la suppression de ces menus de substitutions brandissent la laïcité comme argument. D’ailleurs ils vont même plus loin puisqu’ils affirment que la laïcité serait en danger si on ne supprimait pas lesdits repas de substitution. En réalité agiter ce chiffon rouge ne revient une nouvelle fois qu’à tenter de diviser les Français. En a-t-on vraiment besoin en cette période où le repli sur soi est de mise ? N’est-il pas temps de tenter d’unir les Français plutôt que de les diviser sur des sujets périphériques ? A trop jeter de l’huile sur le feu, ces personnalités politiques ne parviendront qu’à attiser les divisions et à radicaliser certaines personnes sur des sujets qui ne méritent pas une telle lumière. Lire la suite

Tel Aviv sur Seine ou le règne du manichéisme

« Soutien total à l’initiative de la Ville de Paris et à Tel Aviv sur Seine. Halte au déferlement de bêtise ». En 106 petits caractères, voilà comment Manuel Valls a réagi à la polémique à propos de Tel Aviv sur Seine. Une réaction digne d’un Premier ministre pour vous ? Pas pour moi en tous cas. Que Manuel Valls apporte son soutien à l’initiative de la ville de Paris est une chose normale. Volant au secours du Parti Socialiste parisien qui voit sa majorité au conseil municipal fracturée en raison de cet évènement, le Premier ministre est pleinement dans son rôle. Toutefois, la manière dont il l’a fait est plus que critiquable. Assimiler toutes les personnes qui contestent l’organisation d’un tel évènement à des abrutis n’est pas acceptable et constitue une nouvelle preuve de mépris envers le peuple.

Si la discussion et le dialogue sont éminemment importants dans cette problématique, le recours aux invectives et aux petites phrases frôlent l’inconscience. On peut reprocher à Anne Hidalgo d’avoir organisé cet évènement mais on ne peut pas lui reprocher de n’avoir pas cherché à expliquer les raisons de celui-ci. En publiant une tribune dans Le Monde, elle a en effet tenté d’expliquer par le dialogue pourquoi elle défendait Tel Aviv sur Seine. Quoi que l’on pense de sa position, elle a fait ce premier pas vers l’autre qui me semble primordial parce que pour être en désaccord, encore faut-il être d’accord pour discuter. Ce reproche que j’adresse à certains défenseurs de Tel Aviv sur Seine, je l’adresse également à certains contempteurs de cet évènement. A trop généraliser et essentialiser, on en arrive à un manichéisme inquiétant qui ne peut être vecteur que de divisions et de violences. Lire la suite

Le Canal de Suez, symbole de la soumission des élites égyptiennes

Jeudi dernier, le président égyptien Abdal Fattah al-Sissi a inauguré en grande pompe le « nouveau canal de Suez ». François Hollande était l’invité d’honneur de cette grand-messe à la gloire du président égyptien. Dans la foulée, l’Egypte annonçait se positionner pour racheter un des deux porte-avions Mistral que la France n’a pas livré à la Russie. Certains y verront sans doute un simple concours de circonstances mais comment ne pas y voir un échange de bons procédés entre deux «amis» du type : je viens t’aider à avoir le soutien populaire et tu me sors du bourbier dans lequel je me suis mis.

La présence de François Hollande à cette inauguration du «nouveau canal de Suez» nous apprend deux choses principales à mon sens. Avant d’être politique, le symbole est surtout historique pour l’Egypte et les égyptiens. Près de 60 ans après la crise de Suez, cette présence, quasi-vitale pour al-Sissi, de la France lors de l’inauguration tranche avec la présence violente des troupes françaises sur les bords du canal en novembre 1956. Le symbole est aussi politique : aller parader pour al-Sissi revient de facto à accepter encore une fois le coup d’Etat perpétré par l’armée égyptienne au détriment de Mohamed Morsi et des Frères Musulmans. Lire la suite

Comme un malaise face aux commémorations d’Hiroshima…

Hier marquait donc les 70 ans du bombardement d’Hiroshima par les américains. Des commémorations ont eu lieu un peu partout dans le monde. En voyant ça, ainsi que le hashtag Hiroshima en top trend mondiale sur Twitter, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir un certain malaise. Alors évidemment que l’Histoire est importante et qu’Hiroshima marque en quelque sorte la victoire finale des Alliés sur l’axe du mal mais tout de même, le bombardement d’Hiroshima a coûté la vie à près de 80 000 japonais.

Beaucoup se sont exaltés au moment de ce bombardement. A l’époque, déjà, des voix s’étaient élevées contre cette exaltation. Camus, dans Combat, écrivait le 8 août 1945 : «la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie» et ajoute plus loin  «en attendant, il est permis de penser qu’il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles». Je le rejoins sur ce point. Je trouve indécent de célébrer une découverte qui sert avant tout la destruction. Pour aller plus loin, et adapter cette indignation au temps présent, je trouve indécent de célébrer une mort et abject de chercher à justifier l’assassinat ou le meurtre. Lire la suite

De l’hypocrisie à propos d’Israël

Ali Saad Dawabsha, le bébé tué vendredi par des colons israéliens, n’est pas la première et ne sera sans doute pas la dernière victime de la colonisation que mène sciemment l’Etat d’Israël en Cisjordanie. Le Premier ministre Benyamin Nétanyahou a évidemment condamné fermement cet acte qu’il a qualifié de «terroriste». Mais l’hypocrisie est bien grande dans la bouche d’un Premier ministre à la tête d’un gouvernement de droite et d’extrême-droite qui prône, officiellement, l’expansion ininterrompue des implantations juives en territoire palestinien. C’est sur ce programme que Nétanyahou a été réélu. Vouloir dissocier complétement la politique de colonisation des actes horribles qu’elle engendre est faire preuve d’une mauvaise foi inouïe.

D’une certaine manière, les colons qui passent à l’acte se situent dans la stricte continuité des discours du gouvernement. Armés, ces colons disent agir au titre de la « vengeance » ou du « prix à payer » – façon de dénoncer les obstacles qu’ils peuvent rencontrer, de la part des Palestiniens ou des autorités israéliennes, dans l’extension de la colonisation. Leurs méfaits restent, le plus souvent, impunis. Ils disposent de relais au plus haut niveau de l’Etat. Ils obéissent à une idéologie qui est, après tout, celle que véhicule la majorité gouvernementale. Quand le gouvernement utilise des mots, ces zélés utilisent des cocktails Molotov et des kalachnikovs. Voilà la réalité de la situation et la mauvaise foi développée par les sionistes n’y changera rien. Lire la suite

La twitterisation de la vie politique, symbole de sa déchéance

Au moment de sa création par Jack Dorsey, Evan Williams, Biz Stone et Noah Glass en 2006, qui aurait cru que le petit oiseau bleu occuperait une place si importante une décennie plus tard ? Pas grand monde ne misait sur ce nouveau réseau social au départ et pourtant, aujourd’hui, Twitter est le deuxième réseau social le plus important avec plus de 500 millions d’utilisateurs. Parmi ces utilisateurs, les hommes politiques français en sont assez friands. Ils y voient un moyen simple de communiquer avec l’opinion publique et donc avec de potentiels électeurs en vue d’élections futures.

Lancé en 2006, Twitter a pris son envol au moment même où la fracture entre les hommes politiques et la population semblait irrémédiablement s’accroitre, le référendum de 2005 à propos de la Constitution Européenne n’était pas étranger à cette défiance grandissante que ressentait le peuple envers les élites. Twitter aurait alors pu constituer un moyen de renouer ce lien qui semblait coupé entre les politiques et la population. Malheureusement, neuf ans plus tard la défiance est plus grande que jamais. Mon but n’est évidemment pas d’accuser Twitter. Le réseau social n’est pas néfaste en soi. Finalement, tel un couteau qui peut sauver ou ôter une vie selon comment on l’utilise, Twitter aurait pu sauver ou définitivement détruire le lien entre les politiques et le peuple. Plutôt que de me cantonner à l’analyse de l’utilisation qu’ont les politiques de Twitter, je me propose aussi d’analyser ce que j’appelle la «twitterisation» de la vie politique, c’est-à-dire l’application des us et des coutumes de ce réseau social à la vie politique. Lire la suite

Jaurès, ce géant

Il y a 101 ans, Raoul Villain (le bien nommé) assassinait Jaurès au café du croissant. A l’époque, certains se sont réjouis de cette mort violente. Il faut dire que celui qui a réussi la prouesse d’unifier les différentes chapelles socialistes n’était pas bien vu par la presse réactionnaire et belliqueuse. Lui le pacifiste forcené n’avait eu de cesse d’alerter la population sur le désastre que constituerait une guerre contre l’Allemagne. Il fut menacé de mort pour cet engagement en faveur du dialogue et non de la violence, en faveur des mots plutôt que des balles. Il payera de sa vie cette position inflexible et courageuse. Et toute sa grandeur est résumée dans cette position, jamais il n’a renoncé à ses idéaux.

Le grand paradoxe avec Jaurès c’est, qu’aujourd’hui, tout le monde s’accorde à reconnaître qu’il était un grand homme et qu’il fait partie des hommes politiques français les plus marquants alors même qu’il est parfaitement à l’opposé des valeurs qui régissent notre société. Viscéralement de gauche, il n’opposait pas l’idéal et le réel comme on le fait bien trop souvent de nos jours. Au contraire, en affirmant que «le courage c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel», il réunit ces deux concepts que l’on tente à tout prix d’éloigner l’un de l’autre. Jaurès n’aura jamais été président du conseil au contraire de Clémenceau, son grand adversaire. D’aucuns y voient le signe de la défaite de Jaurès. Je suis plus enclin à y voir le signe de sa victoire mais une victoire beaucoup plus symbolique, celle des idées.
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Kidzania, stade suprême du capitalisme

A la mort d’Aldous Huxley en 1963, on a retrouvé des carnets avec des dizaines de manuscrits. Conformément à ses dernières volontés, lesdits manuscrits n’ont jamais été publiés et sont dévoilés de manière parcellaire au compte goutte. Parmi tous ces manuscrits, on trouve ce qui semble être, sinon la suite, au moins un cousin de son livre à succès Le Meilleur des mondes. Dans une écriture quasi illisible on croit pouvoir discerner le titre de son roman : Kidzania ou le pire des mondes. Aussi a-t-on la tentation de rapprocher ce manuscrit du livre que j’ai précédemment cité.

Si Aldous Huxley, dans Le Meilleur des mondes, dénonce les méfaits de l’eugénisme et les risques que fait courir ce modèle sur nos libertés, dans ce manuscrit l’auteur britannique émet une sévère critique du système capitaliste. Il y décrit la glorification de l’argent ainsi que l’avènement de ce qu’il désigne sous le vocable d’ère matérialiste. Il imagine même un symbole paroxystique de cette société toute entière dirigée vers le profit et l’accumulation de capital : Kidzania. Ce lieu fictif est, pour Aldous Huxley, l’endroit où les enfants sont éduqués au capitalisme de manière ludique (un peu comme les enfants éduqués très rapidement au plaisir et au soma dans Le Meilleur des mondes). Lire la suite

La pauvreté, ce fléau jamais vaincu

« Il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse». Ce passage, épilogue célèbre de La Peste, résume bien notre position à propos de la pauvreté. Alors que l’on pensait que la marche en avant et le progrès des conditions sociales étaient irrésistibles, la froide réalité vient nous rattraper et nous montrer que non il ne faut jamais baisser la garde dans ce combat permanent.

Pour tout vous dire c’est la phrase de Jacques Séguéla qui m’a fait sortir de mes gonds. Après le coup de la vie ratée à 50 ans si on n’a pas de Rolex, le voilà qui nous explique que les SDF-lui les appelle «clochard» signe d’un certain dédain et d’un mépris pour ces personnes- pourraient mettre de côté 1500€ par mois s’ils le souhaitaient vraiment. C’est vrai que le SDF apprécie sa position et peut se payer le luxe de rester dans la rue par un froid glacial ou sous un soleil de plomb. Mais la problématique est bien plus large que celle des SDF, elle touche une part bien plus large de la population. Lire la suite

Le féminisme, malade des féministes

L’évènement du parc Leo Lagrange à Reims a suscité de nombreuses réactions. Aux politiques, aux journalistes et à SOS Racisme qui, sans réfléchir, ont tout de suite crié à l’acte islamiste et crié en chœur que c’était notre mode de vie qui était attaqué sont venus s’ajouter certains féministes (ou personnes prétendant l’être) pour nous expliquer qu’il était scandaleux qu’on parle plus de «lutte contre l’islamisation de notre société» que de lutte contre les actes sexistes. Ainsi en est-il d’un long article de Madmoizelle. Cette position victimaire et provocatrice à bien des égards ne me semble pas être la bonne pour réellement faire avancer l’égalité entre les sexes.

Je sais bien que je ne me ferai pas que des amis en critiquant le féminisme tel qu’on le voit à l’œuvre aujourd’hui mais je ne pense pas être le seul à penser que les féministes d’aujourd’hui ont quelque peu dévoyé la lutte juste qui était celle des premières féministes. Lorsque Simone de Beauvoir publie Le Deuxième sexe en 1949, sa revendication d’égalité s’appuie à la fois sur une doctrine philosophique qui englobe hommes et femmes, l’existentialisme, et à la fois sur des références riches. Beauvoir incrimine presque autant les femmes, dont elle dénonce la passivité, la soumission et le manque d’ambition, que les hommes, qu’elle accuse de sexisme, de lâcheté et parfois de cruauté. Loin de la position doctrinaire et idéologique qu’a aujourd’hui prise le féminisme, ce mouvement d’émancipation des femmes qui a vu le jour après-guerre était aussi un mouvement fondé sur un certain dialogue. Dialogue que semble rejeter en bloc les féministes aujourd’hui. Lire la suite