A gauche, la lâcheté décide de tout

La semaine dernière, le premier secrétaire du parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, était sur le plateau d’On n’est pas couché pour présenter et faire la promotion de son nouveau livre intitulé A gauche, les valeurs décident de tout. Dans cet ouvrage, il explique que l’essence même de la gauche (comprenez le Parti Socialiste) est de s’adosser à ses valeurs et de les défendre coute que coute. Il précise également que depuis quelques temps la gauche a pu transiger avec ce principe là et qu’il faut qu’elle revienne rapidement à ses valeurs fondamentales sous peine d’être vouée à disparaitre en tant que gauche.

Monsieur Cambadélis semble oublier qu’il est premier secrétaire du PS et qu’il est donc, de facto, celui qui est censé insuffler la dynamique au sein du parti. Si la gauche s’est détournée de ses valeurs, il n’y est donc pas étranger. Et pourtant, le livre ne sonne absolument pas comme une autocritique mais bien comme une charge contre quelque chose d’informe. En utilisant le mot « gauche », le premier secrétaire s’exonère de dire clairement quelles sont les personnes visées par sa diatribe. Toutefois, il a raison sur un point : la gauche s’est bel et bien détournée de ses valeurs. Par lâcheté face aux sondages ou face à l’Allemagne, le PS a renié ses valeurs d’égalité et de solidarité, fondements de son identité. Lire la suite

Laissez-moi être un monstre

Jeudi dernier, je me suis levé en me disant que j’allais profiter d’une de mes dernières matinées sur Marseille avant de remonter à Nantes. J’ai donc pris mon petit déjeuner comme tous les matins et j’ai allumé la télé pour regarder les infos. En apprenant qu’une nouvelle embarcation de migrants avait sombré, j’ai ressenti cette même boule dans le ventre que je ressens à chaque fois que j’apprends la mort d’innocents mais jusque-là rien de bien nouveau. C’est en levant la tête et en voyant la photo du jeune Aylan que le choc est venu. Le long de mes joues se sont mises à couler des larmes. Pendant longtemps. J’en suis même arrivé à me demander si j’étais normal.

Et c’est précisément ce questionnement qui m’emmène à écrire cet article. Je me suis rendu compte que si pleurer devant cette photo n’était pas considéré comme normal alors je ne voulais pas l’être et que je préférais être un monstre. Je vais même plus loin, je revendique mon caractère monstrueux. Si l’on s’intéresse à l’étymologie du mot, on constate qu’il descend du verbe latin qui signifie monstranum ce qui laisserait supposer que le mot désignait à l’origine un phénomène que l’on montrait. En biologie, un monstre est un individu dont la conformation s’écarte notablement des standards de son espèce. Si la normalité que l’on nous propose c’est d’être des humains inhumains alors laissez-moi m’écarter des standards de notre espèce. Lire la suite

Lettre à toi, la fille de Phocée

Prologue : C’est toujours triste les aux revoir

Il paraît que c’est au moment de la quitter que l’on se rend compte à quel point on aime une personne. Cela fait déjà une année que je suis parti vers d’autres horizons pour y suivre mes études et pourtant je ressens toujours ce même spleen lorsque vient le temps de repartir et de te quitter à nouveau pour plusieurs mois. Certains me diront que je devrais désormais avoir l’habitude de te dire au revoir. La vérité c’est qu’à chaque fois que je reviens te voir je me dis que ce plaisir n’est que momentané et je me prépare mentalement à devoir te dire au revoir dans peu de temps. Malgré toutes ces précautions c’est toujours le même sentiment amer que je ressens en repartant vers ta sœur qui vit tellement loin de toi. Au moment de t’écrire ces lignes, je regarde par la fenêtre du train et je contemple une dernière fois avant des mois ta silhouette et des courbes que je connais tant. Tel Orphée qui ne put s’empêcher de se retourner pour regarder Eurydice, je suis incapable de détourner mon regard même si ce coup d’œil m’emplit de mélancolie. Lire la suite

Ce que l’émergence des DJs nous dit de notre société

Calvin Harris, David Guetta, Avicii. Vous avez surement déjà entendu parler de ces DJs tant leur reconnaissance est grande de nos jours. Ces artistes touchent en outre des millions d’euro. Ainsi à la reconnaissance se couple une réussite financière indéniable. En 2014 les trois DJs cités précédemment ont respectivement gagné 66, 30 et 28 Millions d’euros, de quoi se mettre à l’abri pour plusieurs générations. Leur rémunération ne me dérange pas en elle-même. A vrai dire j’apprécie, comme beaucoup de jeunes, danser sur leurs sons qui sont souvent les tubes de l’été. Le seul pour qui j’ai une certaine rancœur reste David Guetta à propos de Marseille Provence 2013 (il avait alors réclamé 450 000€ à la mairie pour se produire à Marseille et avait ensuite fait payer chaque billet 50€).

Ce qui m’intéresse particulièrement, ce n’est pas tant l’émergence de ces DJs ou l’argent qu’ils peuvent brasser. Ce qui m’intéresse plutôt c’est de réfléchir de manière plus globale sur leur émergence, c’est d’essayer de comprendre ce que cette émergence nous dit de notre société et de notre époque. D’aucuns penseront certainement que je fabule quelque peu et qu’extrapoler à la société les enseignements que nous apporte un style musical est exagéré. Toutefois, il me semble que les styles musicaux nous disent beaucoup sur les époques dans lesquelles ils voient le jour. Pas de hasard dans la concomitance entre les revendications afro-américaines et l’apparition du jazz ou dans celle entre l’apparition du rap et la mise en place de revendications dans les banlieues. Lire la suite

Twitter est-il dangereux pour la démocratie ?

Il y a quelques semaines j’avais tenté d’analyser ce que j’appelle la twitterisation de la vie politique (et tenté de démontrer en quoi celle-ci était le symbole de sa déchéance). Aujourd’hui, ce sont les rapports entre Twitter, ses utilisateurs et la démocratie qui m’intéressent, ou plutôt qui m’inquiètent quelque peu devrais-je dire. « Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse ». Ce proverbe me semble particulièrement adapté à ce réseau social tant la vocifération et l’outrance semblent être les règles du petit oiseau bleu.

On ne compte plus, en effet, les propos injurieux voire clairement haineux sur Twitter. Ces abominations poussent comme des petits champignons et ce, d’autant plus qu’ils ne sont que très rarement supprimés par les administrateurs. Récemment une personne fort charmante lors d’un «débat» sur l’immigration n’a eu pour seul argument de dire que « L’Islam n’est pas une religion, c’est une secte de barbares et de sauvages ». Inutile de préciser que cette personne n’a pas voulu aller plus loin dans le débat après cela. D’aucuns semblent penser qu’un débat sain passe par ce genre de pitreries et de grossièretés. La politique, au sens noble du terme, et la démocratie ne sauraient s’accommoder de ce genre de pratiques. Lire la suite

Un autre modèle agricole pour nourrir le monde

Avis de gros temps sur le front de la lutte contre la faim : les progrès pour éradiquer ce fléau marquent le pas en dépit d’une légère amélioration des chiffres (870 Millions de personnes sous-alimentées contre un Milliard en 2009 selon la FAO). Pour répondre aux besoins des 9 Milliards d’habitants attendus au milieu du siècle, la production agricole devrait augmenter de 70% au niveau mondial et même de 100% dans les pays en développement selon la FAO. Un véritable casse-tête dans un contexte où les rendements moyens augmentent de 1% par an pour le riz et de 2% pour le maïs soit deux à trois fois moins rapidement qu’au XXème siècle. Lire la suite

La mondialisation des cerveaux

Les migrations internationales ont longtemps été considérées comme le chainon manquant de la mondialisation. En 2010, le nombre de personnes résidant dans un pays étranger depuis plus d’un an s’élevait à 214 Millions. Si les migrants ne représentent que 3% de la population mondiale, dans les économies avancées, la contribution des immigrants à la croissance de la population active atteint 40%. En 2010, l’immigration permanente représentait en moyenne 12% de l’emploi dans ces économies (ce chiffre a doublé depuis 20 ans). Lire la suite

Chine cherche tête chercheuse

La Chine est devenue un géant mondial dans la R&D (recherche et développement) mais en va-t-il de même en matière d’innovation ? On assimile souvent à tort R&D et innovation mais la R&D n’est qu’un des éléments du processus d’innovation. Depuis 2000, le gouvernement a mobilisé d’importantes ressources dans ce domaine. La Chine compte aujourd’hui le plus grand nombre de chercheurs et d’ingénieurs engagés dans la R&D. Elle a les 3èmes dépenses du monde dans ce domaine, elles ont presque quadruplé au cours des 7 dernières années pour atteindre 123 Milliards d’€ (70% par les entreprises) soit 1,94% du PIB. La production high-tech représente désormais plus de 30% des exportations totales mais ces exportations sont surtout constituées de composants peu innovants. En outre, la part de la Chine dans les brevets mondiaux est seulement de 1%. Lire la suite

Vous voulez régler le problème des migrants ? Soyez humains !

Plus de 100 000 migrants sont arrivés en Europe au mois de juillet 2015. Chaque jour amène son lot de déclarations aberrantes sur cette situation. Ce matin, sur ITélé, Gilbert Collard appelait les autorités européennes à une sévérité plus grande. Dans l’après-midi c’est Florian Philippot qui a exigé que le statut de réfugié politique soit supprimé. Si entendre de tels propos dans la bouche de personnalités politiques d’extrême droite n’est guère surprenant, les voir repris et amplifiés par un ancien président de la République ou par une ancienne ministre est autrement plus inquiétant et plus dérangeant.

A la comparaison entre l’arrivée de migrants et une fuite d’eau faite par Nicolas Sarkozy ont succédé les sorties sidérantes de Nadine Morano sur cette question. Preuve qu’une large part de l’échiquier politique est contaminée par cette haine et cette déshumanisation du problème. Quiconque ose, en effet, essayer de comprendre la situation de ces migrants ou rappeler que derrière tous ces chiffres se cachent la misère d’hommes, de femmes et d’enfants se voit immédiatement taxer d’angélisme. Pourtant, si l’on veut réellement changer la situation il ne suffit pas de faire de grands effets d’annonce ou de poster des tonnes de gardes côtes au large de l’Europe. Lire la suite