Réforme du code du travail: le tocsin est sonné !

Hier, dans l’après-midi, le gouvernement a sonné la charge pour défendre son projet de loi controversé sur le code du travail. En créant un compte sur Twitter, il s’est, en effet, mis en position de lutte. Après la déflagration de la tribune signée par Martine Aubry dans Le Monde, Manuel Valls et François Hollande ont donc répliqué sur plusieurs fronts : le Premier ministre a répondu de manière véhémente dans le même journal et le gouvernement a donc lancé ce grotesque compte twitter. Les réactions n’ont pas tardé à apparaitre sur le réseau social à l’oiseau entre moqueries et colère.

Dans l’Histoire de notre pays, le tocsin était sonné pour prévenir la population d’un danger important – le plus souvent un incendie – mais aussi pour rassembler la population en cas d’urgence. Les deux pyromanes à la tête du pays n’en sont pas à leur premier départ d’incendie – prolongation de l’état d’urgence, déchéance de nationalité, tournant libéral – mais celui-ci pourrait bien se retourner contre eux, voire mettre le feu entre eux si l’on en croit les différentes sources indiquant un climat glacial de quasi-cohabitation entre le président de la République et son Premier ministre. Lire la suite

Le débat sur le Brexit ou le sacrement de l’UE libérale

Hourra ! Débouchez les bouteilles de champagnes, l’Union Européenne est sauvée. Youpi ! David Cameron va faire campagne pour le « in » à propos du référendum de juin prochain en Grande-Bretagne. Voilà en somme ce que nous avons pu entendre depuis la fin du bras de fer qui opposait David Cameron au reste de l’Union Européenne. Le Premier ministre britannique était venu renégocier les conditions d’un maintien de son pays dans l’UE. En cas d’échec, il menaçait de faire campagne pour une sortie du Royaume-Uni lors du référendum qu’il a promis lors de sa dernière campagne.

Les craintes étaient grandes au sein de l’Europe à propos de ces négociations mais David Cameron n’a pas eu à forcer outre mesure la main des autres dirigeants européens pour obtenir ce qu’il souhaitait, à savoir une participation financière moins grande ainsi qu’une protection pour la City. Venu avec une stratégie claire – l’acceptation de ses conditions ou la sortie de l’UE – il n’a eu guère de mal à convaincre l’UE d’obtempérer. De facto, l’UE est venue rappeler son caractère intrinsèquement libéral et sa propension à s’accommoder d’arrangements avec les traités quand ils vont dans le sens d’un plus grand libéralisme économique. Lire la suite

Education, le naufrage français

Cet article est quelque peu particulier pour moi puisque c’est le centième que je publie sur ce blog. Ç’aurait pu être l’occasion de faire une forme de bilan mais ça ne m’intéresse pas réellement. Au lieu de ça, je préfère évoquer un sujet central dans ma pensée et dans mon engagement : la question de l’éducation. Je me suis, en effet, rendu compte que si ce sujet était souvent évoqué en filigrane au fil de mes différents papiers, je n’avais jamais fait un article dévolu à ce thème. Cela tombe bien, nous avons récemment eu droit à un débat sur l’école dans tous les médias et sur les réseaux sociaux. Vous l’avez sans doute compris, je parle de la réforme de l’orthographe qui a agité la France en plein débat sur la déchéance de nationalité.

Faut-il supprimer ou pas l’accent circonflexe ? Faut-il un ou deux r à chariot ? Faut-il un trait d’union à porte-monnaie ? Autant de questions qui n’ont pas manqué de soulever des débats enflammés. Mesdames Carrère d’Encausse et Vallaud-Belkacem, respectivement secrétaire perpétuel de l’Académie française et Ministre de l’Education nationale, ont même polémiqué à ce sujet par médias interposés. Cette séquence surréaliste n’a fait que confirmer mon avis sur le naufrage français en matière d’éducation. Pendant que des élèves de primaire sont dans des écoles insalubres, nous débattons d’orthographe. Pour reprendre la brillante phrase d’Edgar Morin, « à force de sacrifier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel ». Lire la suite

Marseille : derrière les touristes, l’injustice

Marseille est à la mode. Marseille a la côte. Marseille attire de plus en plus de touristes. 5 Millions de personnes ont visité la cité phocéenne en 2015. Le New-York Times a même placé ma ville natale en deuxième position des cités à visiter, juste après Sao Paulo. De quoi réjouir tous les Marseillais. Tous les Marseillais ? Non, une infime partie en réalité, la Marseille des possédants et des hommes d’affaires, la nouvelle Marseille en somme. Cette Marseille qui regarde de manière dédaigneuse ses enfants et les voient s’éteindre à petit feu. Cette Marseille qui est peut-être plus belle aujourd’hui ou plutôt plus lisse – ce qui lui fait perdre tout charme aux yeux de la majorité des Marseillais.

Il fût un temps où Marseille était singulière en France, où elle incarnait la fronde de la province contre la monarchie toute puissante. Aujourd’hui, l’équipe municipale vend la ville et son âme pour garder ses sièges, pour attirer les touristes et pour montrer que Marseille n’est pas le problème de la France mais peut-être la solution. En agissant de la sorte, il concourt grandement à dénaturer cette millénaire grecque, française, italienne, espagnole, maghrébine, africaine et nous voilà à contempler notre ville, nos quartiers, notre Histoire être dépecés par des vautours de la pire espèce. La curée est lancée, les jeux sont ouverts. Et pendant ce temps, les enfants de Marseille crèvent la bouche ouverte sans un regard. Lire la suite

Lettre ouverte d’un jeune de gauche à Jean-Luc Mélenchon

Mon cher Jean-Luc, j’ai pas mal hésité avant de t’écrire cette lettre. La liras-tu ? J’ose espérer que oui toi qui en appelles au peuple tout le temps. J’espère que tu excuseras mon tutoiement mais je me permets de te tutoyer vu que tu te dis proche du peuple. J’imagine que tu ne m’en tiendras pas rigueur et si c’est le contraire tant pis ça sera une nouvelle preuve de l’hypocrisie dans le monde politique. Si je prends cette liberté, c’est aussi parce que nous sommes relativement proche au niveau des idées sur pas mal de points : une répartition plus équitable des richesses, la dénonciation d’une Europe trop libérale et enfermée dans les carcans des traités ou encore l’appel à une VIème République. Cette proximité d’idées, c’est aussi la raison pour laquelle j’ai hésité à t’écrire cette lettre. J’espère que tu prendras le temps de lire cette missive et, pourquoi ne pas rêver, d’y répondre. Je te le disais, j’ai longuement hésité avant de t’écrire cette lettre. En apprenant ta candidature j’ai commencé un brouillon. Je me suis alors dit qu’émettre des doutes sur la personne qui porte les idées dont je suis le plus proche n’était pas très pertinent. J’ai donc jeté mon brouillon. Puis j’ai à nouveau réfléchi et je me suis dit que ça allait à l’encontre du doute méthodique si cher à Descartes et Socrate et que ne pas t’écrire reviendrait à trahir l’honnêteté intellectuelle que j’essaye d’avoir en permanence. Lire la suite

Le Parti Socialiste en état de mort clinique

Le débat sur la déchéance de nationalité a ébranlé le PS et c’est aujourd’hui l’heure de vérité. Le débat sur la réforme constitutionnelle nous dira, en effet, ce qu’il reste de la majorité présidentielle après plus de trois années d’exercice. Après le tournant libéral, après le virage sécuritaire, voilà François Hollande qui se présente une nouvelle fois – d’aucuns diront une dernière – face à sa majorité pour une réforme constitutionnelle qui pourrait bien marquer un tournant dans sa vie politique et dans la vie politique française. Le président de la République joue, en effet, une partie de poker demain à l’Assemblée : il en sortira renforcé ou quasiment détruit.

Nicolas Sarkozy l’a très bien compris, lui qui a demandé aux députés de son parti de voter pour la réforme constitutionnelle. Il est bien conscient que s’il n’est pas écouté, c’est sur lui et sur son parti que retombera l’opprobre. François Hollande et le PS ne se priveront pas de fustiger une droite qui fait fi de l’union nationale. Le chef de l’Etat a bien conscience que si jamais la droite vote favorablement et que les voix manquantes se trouvent dans son propre camp, cela signera peut-être la fin de ses ambitions de réélection. Alors bien sûr, ci et là on entend des frondeurs au PS dire qu’ils voteront contre mais il y a fort à parier que la grande majorité des députés socialistes voteront en faveur de cette loi. En réalité, le PS est aujourd’hui en état de mort clinique et le conseil national du parti l’a acté samedi dernier. Lire la suite

Les primaires ouvertes comme exaltation de la démocratie, vraiment ?

Dans quelques semaines, la campagne pour les primaires à droite s’ouvrira. A moins que ce ne soit déjà le cas lorsque l’on jette un coup d’œil aux différents livres politiques de ce début d’année : François Fillon, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Jean-François Copé et bien d’autres à venir. D’ici quelques mois, les sympathisants de droite pourront s’exprimer et désigner celui qui représentera leur camp en 2017. Initiée par le Parti Socialiste en 2012, la mode des primaires ouvertes a gagné la droite en vue du prochain scrutin présidentiel. Beaucoup s’extasient et se félicitent de la tenue de primaires à droite et ricanent devant la situation délicate que connaît un François Hollande contesté par l’aile gauche de son parti, qui exige des primaires à gauche également.

Les primaires ouvertes ont donc vu le jour il y a 4 ans en France, participant un peu plus à l’américanisation de notre système politique. Ce processus est défendu de manière convaincue sur quasiment l’ensemble de l’échiquier politique, exception faite du Front National. Certains parlent d’une procédure nécessaire à la modernisation de notre vie politique quand d’autres mettent en avant le côté ultra-démocratique de ce mode de désignation des candidats. J’entends bien ces arguments mais est-ce que, de manière assez paradoxale, les primaires n’aboutissent pas à une forme de négation de la démocratie, une sorte de fuite en avant d’un système politique vicié qui ne vise qu’à limiter les changements ? Lire la suite

Hollande et Valls ou la politique de la terre brulée

Mercredi dernier, le couperet est finalement tombé. Christiane Taubira a quitté son poste de Garde des Sceaux, emportant avec elle le peu de gauche qu’il restait encore dans ce gouvernement. Pour beaucoup d’observateurs, l’ancienne vice-présidente du Parti Radical de Gauche constituait la dernière « caution de gauche » du président dans un gouvernement qui a renié les promesses de 2012 les unes après les autres optant pour une approche de plus en plus libérale et autoritaire, insufflée en grande partie par Manuel Valls. Ce dernier a entretenu, depuis 2012, une relation tumultueuse avec la désormais ex-Garde des Sceaux. Depuis son arrivée à Matignon, il n’a, en effet, eu de cesse de réclamer à François Hollande l’éviction d’une Christiane Taubira qui ne se gênait pas pour faire entendre sa voix, presque toujours discordante avec l’action du gouvernement.

Le Premier ministre ne s’est, d’ailleurs, pas privé d’un dernier tacle à l’encontre de Madame Taubira. « Résister ce n’est pas fuir ses responsabilités » a-t-il rétorqué au tweet de son ex-collègue dans lequel elle affirmait : « Résister c’est parfois rester. Résister c’est parfois partir ». Dernière passe d’armes entre un Premier ministre socialiste-libéral – comme il s’est lui-même défini – et une femme de convictions, ou tout du moins une femme qui se dit fidèle à ses convictions. Je laisse chacun se faire son opinion sur la question. Aujourd’hui débute le débat sur la réforme constitutionnelle et sur la prolongation de l’état d’urgence. Le mariage pour tous aurait pu être le symbole sociétal de ce quinquennat – comme l’abolition de la peine de mort en a pu l’être en son temps – mais il n’en sera rien. Cette mandature restera marquée au fer rouge, tel le bagnard Jean Valjean, par le débat sur la déchéance de nationalité et sur la limitation des libertés individuelles. Lire la suite

La tyrannie de l’instant

2 septembre 2015. Une photo fait la une de presque tous les journaux  en Europe. Cette photo c’est celle du petit Aylan Kurdi. Rapidement elle fait le tour de la toile. Les réactions – des politiques comme des citoyens – sont unanimes. Entre l’horreur et la pitié, tout le monde s’accorde à dire qu’il faut trouver une solution à la crise des migrants, qu’il est absolument intolérable que l’Union Européenne érige des murs et laisse la Méditerranée devenir un vaste cimetière sous-marin, un cimetière dans lesquels les idées humanistes de l’Europe sombrent jour après jour. Pour les médias – et pour tout un chacun – c’était clair, cette photo marquait une rupture dans la crise des migrants, une rupture fondamentale disaient même certains. Plus rien ne serait jamais comme avant criait-on tous en cœur.

Déjà à ce moment-là, le philosophe Michel Onfray nous mettait en garde sur la portée de cette photo, prévenant qu’elle avait de grandes chances de devenir un symbole parmi d’autres sans rien changer de concret. Il avait été, à l’époque, vilipendé par nombre de médias. Et pourtant, exactement cinq mois après cette funeste photo, rien ou presque n’a changé. Chacun est retourné à sa vie quotidienne, oubliant bien vite les professions de foi et les larmes versées ce 2 septembre. Depuis ce jour, 300 autres petits enfants ont péri en tentant de rejoindre l’Europe et bien plus de personnes si l’on prend en compte les adolescents et les adultes. Lire la suite

Le Front National, arrivé à un seuil ?

La semaine dernière, Le Figaro titrait sur le Front National et sur le futur séminaire – accepté par Marine Le Pen – visant à débattre de la politique économique du parti. Ledit séminaire devrait se tenir en mars prochain et tourner autour des questions économiques majeures – dont la question épineuse de la sortie de l’euro. Dans le même numéro, Louis Aliot, numéro deux du parti de Marine Le Pen, répond à une interview au cours de laquelle il explique que le débat autour de l’euro est crucial et que le FN doit désormais se recentrer sur les questions économiques. Des discussions parcourent déjà le parti entre partisans de la sortie de l’euro et personnes plus sceptiques à ce propos.

La tenue de ce séminaire est consécutive à un certain constat d’échec de la part de plusieurs caciques du parti d’extrême-droite. Partant d’un constat d’échec au deuxième tour malgré une forte progression au premier – à la fois aux régionales de 2015 et aux départementales de l’année précédente – ces voix discordantes sur la question de l’euro affirment, en interne, que tant que le parti se présentera comme totalement hostile à l’euro, il ne pourra pas remporter de franche victoire dans la mesure où cette question fait figure de repoussoir pour de nombreux électeurs de droite tentés par le vote FN. Marine Le Pen, en acceptant la tenue de ce séminaire, reconnaît – au moins de manière implicite – la pertinence de la question posée. Mais en procédant à cet aggiornamento, le parti de Marine Le Pen ne démontre-t-il pas qu’il est désormais arrivé à un seuil qui lui sera difficile de dépasser sans se dénaturer complètement ? Lire la suite