Réforme du code du travail: le tocsin est sonné !

Hier, dans l’après-midi, le gouvernement a sonné la charge pour défendre son projet de loi controversé sur le code du travail. En créant un compte sur Twitter, il s’est, en effet, mis en position de lutte. Après la déflagration de la tribune signée par Martine Aubry dans Le Monde, Manuel Valls et François Hollande ont donc répliqué sur plusieurs fronts : le Premier ministre a répondu de manière véhémente dans le même journal et le gouvernement a donc lancé ce grotesque compte twitter. Les réactions n’ont pas tardé à apparaitre sur le réseau social à l’oiseau entre moqueries et colère.

Dans l’Histoire de notre pays, le tocsin était sonné pour prévenir la population d’un danger important – le plus souvent un incendie – mais aussi pour rassembler la population en cas d’urgence. Les deux pyromanes à la tête du pays n’en sont pas à leur premier départ d’incendie – prolongation de l’état d’urgence, déchéance de nationalité, tournant libéral – mais celui-ci pourrait bien se retourner contre eux, voire mettre le feu entre eux si l’on en croit les différentes sources indiquant un climat glacial de quasi-cohabitation entre le président de la République et son Premier ministre. Lire la suite

Lettre ouverte d’un jeune de gauche à Jean-Luc Mélenchon

Mon cher Jean-Luc, j’ai pas mal hésité avant de t’écrire cette lettre. La liras-tu ? J’ose espérer que oui toi qui en appelles au peuple tout le temps. J’espère que tu excuseras mon tutoiement mais je me permets de te tutoyer vu que tu te dis proche du peuple. J’imagine que tu ne m’en tiendras pas rigueur et si c’est le contraire tant pis ça sera une nouvelle preuve de l’hypocrisie dans le monde politique. Si je prends cette liberté, c’est aussi parce que nous sommes relativement proche au niveau des idées sur pas mal de points : une répartition plus équitable des richesses, la dénonciation d’une Europe trop libérale et enfermée dans les carcans des traités ou encore l’appel à une VIème République. Cette proximité d’idées, c’est aussi la raison pour laquelle j’ai hésité à t’écrire cette lettre. J’espère que tu prendras le temps de lire cette missive et, pourquoi ne pas rêver, d’y répondre. Je te le disais, j’ai longuement hésité avant de t’écrire cette lettre. En apprenant ta candidature j’ai commencé un brouillon. Je me suis alors dit qu’émettre des doutes sur la personne qui porte les idées dont je suis le plus proche n’était pas très pertinent. J’ai donc jeté mon brouillon. Puis j’ai à nouveau réfléchi et je me suis dit que ça allait à l’encontre du doute méthodique si cher à Descartes et Socrate et que ne pas t’écrire reviendrait à trahir l’honnêteté intellectuelle que j’essaye d’avoir en permanence. Lire la suite

Le Parti Socialiste en état de mort clinique

Le débat sur la déchéance de nationalité a ébranlé le PS et c’est aujourd’hui l’heure de vérité. Le débat sur la réforme constitutionnelle nous dira, en effet, ce qu’il reste de la majorité présidentielle après plus de trois années d’exercice. Après le tournant libéral, après le virage sécuritaire, voilà François Hollande qui se présente une nouvelle fois – d’aucuns diront une dernière – face à sa majorité pour une réforme constitutionnelle qui pourrait bien marquer un tournant dans sa vie politique et dans la vie politique française. Le président de la République joue, en effet, une partie de poker demain à l’Assemblée : il en sortira renforcé ou quasiment détruit.

Nicolas Sarkozy l’a très bien compris, lui qui a demandé aux députés de son parti de voter pour la réforme constitutionnelle. Il est bien conscient que s’il n’est pas écouté, c’est sur lui et sur son parti que retombera l’opprobre. François Hollande et le PS ne se priveront pas de fustiger une droite qui fait fi de l’union nationale. Le chef de l’Etat a bien conscience que si jamais la droite vote favorablement et que les voix manquantes se trouvent dans son propre camp, cela signera peut-être la fin de ses ambitions de réélection. Alors bien sûr, ci et là on entend des frondeurs au PS dire qu’ils voteront contre mais il y a fort à parier que la grande majorité des députés socialistes voteront en faveur de cette loi. En réalité, le PS est aujourd’hui en état de mort clinique et le conseil national du parti l’a acté samedi dernier. Lire la suite

Les primaires ouvertes comme exaltation de la démocratie, vraiment ?

Dans quelques semaines, la campagne pour les primaires à droite s’ouvrira. A moins que ce ne soit déjà le cas lorsque l’on jette un coup d’œil aux différents livres politiques de ce début d’année : François Fillon, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Jean-François Copé et bien d’autres à venir. D’ici quelques mois, les sympathisants de droite pourront s’exprimer et désigner celui qui représentera leur camp en 2017. Initiée par le Parti Socialiste en 2012, la mode des primaires ouvertes a gagné la droite en vue du prochain scrutin présidentiel. Beaucoup s’extasient et se félicitent de la tenue de primaires à droite et ricanent devant la situation délicate que connaît un François Hollande contesté par l’aile gauche de son parti, qui exige des primaires à gauche également.

Les primaires ouvertes ont donc vu le jour il y a 4 ans en France, participant un peu plus à l’américanisation de notre système politique. Ce processus est défendu de manière convaincue sur quasiment l’ensemble de l’échiquier politique, exception faite du Front National. Certains parlent d’une procédure nécessaire à la modernisation de notre vie politique quand d’autres mettent en avant le côté ultra-démocratique de ce mode de désignation des candidats. J’entends bien ces arguments mais est-ce que, de manière assez paradoxale, les primaires n’aboutissent pas à une forme de négation de la démocratie, une sorte de fuite en avant d’un système politique vicié qui ne vise qu’à limiter les changements ? Lire la suite

Hollande et Valls ou la politique de la terre brulée

Mercredi dernier, le couperet est finalement tombé. Christiane Taubira a quitté son poste de Garde des Sceaux, emportant avec elle le peu de gauche qu’il restait encore dans ce gouvernement. Pour beaucoup d’observateurs, l’ancienne vice-présidente du Parti Radical de Gauche constituait la dernière « caution de gauche » du président dans un gouvernement qui a renié les promesses de 2012 les unes après les autres optant pour une approche de plus en plus libérale et autoritaire, insufflée en grande partie par Manuel Valls. Ce dernier a entretenu, depuis 2012, une relation tumultueuse avec la désormais ex-Garde des Sceaux. Depuis son arrivée à Matignon, il n’a, en effet, eu de cesse de réclamer à François Hollande l’éviction d’une Christiane Taubira qui ne se gênait pas pour faire entendre sa voix, presque toujours discordante avec l’action du gouvernement.

Le Premier ministre ne s’est, d’ailleurs, pas privé d’un dernier tacle à l’encontre de Madame Taubira. « Résister ce n’est pas fuir ses responsabilités » a-t-il rétorqué au tweet de son ex-collègue dans lequel elle affirmait : « Résister c’est parfois rester. Résister c’est parfois partir ». Dernière passe d’armes entre un Premier ministre socialiste-libéral – comme il s’est lui-même défini – et une femme de convictions, ou tout du moins une femme qui se dit fidèle à ses convictions. Je laisse chacun se faire son opinion sur la question. Aujourd’hui débute le débat sur la réforme constitutionnelle et sur la prolongation de l’état d’urgence. Le mariage pour tous aurait pu être le symbole sociétal de ce quinquennat – comme l’abolition de la peine de mort en a pu l’être en son temps – mais il n’en sera rien. Cette mandature restera marquée au fer rouge, tel le bagnard Jean Valjean, par le débat sur la déchéance de nationalité et sur la limitation des libertés individuelles. Lire la suite

Le Front National, arrivé à un seuil ?

La semaine dernière, Le Figaro titrait sur le Front National et sur le futur séminaire – accepté par Marine Le Pen – visant à débattre de la politique économique du parti. Ledit séminaire devrait se tenir en mars prochain et tourner autour des questions économiques majeures – dont la question épineuse de la sortie de l’euro. Dans le même numéro, Louis Aliot, numéro deux du parti de Marine Le Pen, répond à une interview au cours de laquelle il explique que le débat autour de l’euro est crucial et que le FN doit désormais se recentrer sur les questions économiques. Des discussions parcourent déjà le parti entre partisans de la sortie de l’euro et personnes plus sceptiques à ce propos.

La tenue de ce séminaire est consécutive à un certain constat d’échec de la part de plusieurs caciques du parti d’extrême-droite. Partant d’un constat d’échec au deuxième tour malgré une forte progression au premier – à la fois aux régionales de 2015 et aux départementales de l’année précédente – ces voix discordantes sur la question de l’euro affirment, en interne, que tant que le parti se présentera comme totalement hostile à l’euro, il ne pourra pas remporter de franche victoire dans la mesure où cette question fait figure de repoussoir pour de nombreux électeurs de droite tentés par le vote FN. Marine Le Pen, en acceptant la tenue de ce séminaire, reconnaît – au moins de manière implicite – la pertinence de la question posée. Mais en procédant à cet aggiornamento, le parti de Marine Le Pen ne démontre-t-il pas qu’il est désormais arrivé à un seuil qui lui sera difficile de dépasser sans se dénaturer complètement ? Lire la suite

Esprit Charlie es-tu là ?

Le 7 janvier dernier, un an après l’attaque dans les locaux de Charlie Hebdo, le hashtag #JeSuisToujoursCharlie était en tête de Twitter France. Trois jours plus tard, le 10 janvier, date anniversaire du plus grand rassemblement depuis la fin de la deuxième Guerre mondiale, un sondage BVA-Orange-ITélé paraissait. D’après ce sondage, 76% des Français se disent toujours Charlie un an après les terribles attaques. Dans la foulée, la place de la République devenait le théâtre d’un hommage qui se voulait national – mais qui n’a rassemblé presque personne – avec un concert de Johnny Halliday et la pose d’une plaque commémorative à la mémoire des 12 personnes tuées dans les locaux de Charlie Hebdo.

François Hollande a voulu faire de cet hommage un hommage de la nation à toutes les victimes des attentats de 2015. Malheureusement pour lui, très peu de monde se sont rendus place de la République ce matin-là. L’esprit Charlie, tant vanté par les hommes et femmes politiques, me semble avoir quelque peu disparu – si tant est qu’il ait réellement existé un jour. Emmanuel Todd, dans Qui est Charlie ?, évoquait déjà un « flash totalitaire » à la suite des attentats de janvier et force est de constater que celui-ci a muté en dérive autoritaire depuis les attentats de novembre si bien que nous sommes en face d’une contradiction majeure entre la promotion de l’esprit Charlie d’une part et les mesures prises d’autre part. Lire la suite

Podemos synonyme de changement profond, vraiment ?

« Séisme », « tremblement de terre », « bouleversement total » ; tels étaient les titres des journaux espagnols au matin du 21 décembre dernier. Le bipartisme est mort, vive le nouveau modèle politique entendait-on un peu partout en Espagne. Le Parti Populaire du Premier Ministre Mariano Rajoy est certes arrivé en tête mais a subi un net recul. Celui-ci est lié à la percée de Ciudadanos d’une part mais surtout au résultat de Podemos qui talonne le PSOE (Parti Socialiste Espagnol) en termes de sièges obtenus et le dépasse même en termes de suffrages. Ce résultat constitue, en réalité, la troisième réplique en Europe après l’arrivée au pouvoir de Syriza et le renversement du gouvernement conservateur au Portugal.

Toutefois, si séisme il y a eu, celui-ci n’a rien à voir avec le choc qu’avait pu provoquer l’arrivée au pouvoir de Syriza en janvier 2015 pour au moins deux raisons : Podemos n’arrive pas en tête et il y a peu de chances que le parti issu du mouvement des Indignés gouverne l’Espagne pour le moment et surtout Podemos n’a jamais menacé frontalement la politique d’austérité en Europe, Pablo Iglesias a même dit qu’il était prêt à tout pour conserver l’Espagne dans la zone euro. Podemos a néanmoins déjà œuvré pour plus de solidarité en Espagne grâce aux mairies conquises en 2015. Lire la suite

François Hollande, ultime fossoyeur de la gauche française

En cette période de fêtes de fin d’année, le président de la République vient de faire un cadeau inestimable à la droite et à l’extrême-droite : il vient, tel Vercingétorix, de déposer à leurs pieds non pas ses armes – si tant est qu’il en ait – mais la dépouille de la gauche française. Tel ces personnages lugubres dans La Peste de Camus, le voilà qui danse autour du corps sans vie qu’il vient d’offrir. Ce même président qui, le 22 janvier 2012 au Bourget, affirmait avec conviction : « L’âme de la France, c’est l’égalité […].C’est pour l’égalité que nous aurons aussi à combattre et à proposer aux Français le changement » vient de porter un coup presque mortel à l’égalité qu’il disait défendre.

En conservant la déchéance de nationalité pour les personnes convaincues de terrorisme dans la réforme qu’il va proposer au Congrès, François Hollande fait clairement le choix de se tourner vers les voix du centre et de la droite plutôt que vers celles de sa gauche pour faire adopter sa réforme constitutionnelle. Le voilà qui joue l’apprenti-sorcier pour tenter de s’assurer le plus de voix possibles en 2017. Considérant sans doute que son électorat voterait quoiqu’il advienne pour lui, Hollande s’efforce de donner des gages aux plus conservateurs en cas de duel avec Marine Le Pen au deuxième tour de la présidentielle. François Mitterrand avait mis la gauche française en bière avec son tournant de la rigueur, François Hollande l’ensevelit avec ses pulsions sécuritaires et identitaires.

Lire la suite

Les incidents d’Ajaccio, symboles des problématiques françaises

Voilà plusieurs jours désormais que des incidents ont éclaté à Ajaccio, dans le quartier populaire des Jardins de l’Empereur plus précisément. Des manifestations de soutien aux forces de l’ordre et aux pompiers qui dégénèrent et voilà la question corse qui ressurgit dans les médias nationaux. Il est vrai que la Corse avait déjà repris bonne place dans les bulletins d’informations depuis l’élection de Jean-Guy Talamoni, dirigeant nationaliste, à la tête de l’Assemblée de Corse. Ces incidents, condamnés par quasiment toute la classe politique, ont réinstauré la réputation des Corses qui seraient racistes, et nationalistes, par essence  selon certains.

Ces incidents, qui ont débuté après le guet-apens tendu à des pompiers – qui ont un statut tout particulier en Corse – et des policiers par des jeunes délinquants des Jardins de l’Empereur, sont accueillis de manière ambivalente : d’une part on se hâte de préciser qu’il s’agit d’une spécificité corse, que le statut des pompiers y est différent et que les réactions sont celles-ci en raison du fort nationalisme implanté sur l’île de Beauté et d’autre part, on ne peut s’empêcher de voir dans ces deux incidents – l’agression des pompiers et la réponse xénophobe et violente – les symboles de toutes les problématiques françaises actuelles entre ghettoïsation violente d’un côté et résurgence de la question identitaire également violente de l’autre. Si l’on voulait jouer les Cassandre, on pourrait même aller jusqu’à y voir une répétition générale de ce qui pourrait advenir en métropole à l’avenir. Lire la suite