La métaphore Trump

Dans la nuit de dimanche à lundi, Donald Trump et Hillary Clinton se sont affrontés dans le deuxième débat télévisé de la campagne américaine. Affrontés, le mot n’est pas trop fort et est utilisé à dessein puisque selon tous les éditorialistes et médias américains, jamais un débat présidentiel n’avait à ce point tourné au pugilat. Loin de s’opposer en mettant en avant leurs projets, les candidats à la présidence américaine se sont appliqués à s’attaquer personnellement, la palme revenant à Donald Trump dans ce petit jeu digne de la cour de récréation. Durant le week-end précédent, une vidéo où il tenait des propos abjects de sexisme et de misogynie avait de nouveau fragilisé la campagne du magnat de l’immobilier. Vrai point de rupture dans sa campagne ou énième polémique qui glissera sur lui, seul l’avenir nous le dira.

Ainsi en est-il des très grandes puissances : leurs élections sont scrutées et ont des conséquences sur toute la planète. L’élection de Roosevelt et son approche des deux crises majeures qu’il a rencontrées (Grande Dépression puis Seconde guerre mondiale) ont contribué à façonner le monde. De la même manière Kennedy a marqué toute une époque. Et que dire de Barack Obama ? Premier candidat-monde à l’heure du numérique, il a contribué à faire, pour la première fois, d’une élection nationale une chose que la planète entière regardait et scrutait avec excitation. Le cas Donald Trump, son émergence et son maintien à des niveaux anormalement élevés au vu des standards, répond, il me semble, à cette dynamique. Souvent traité de bouffon ou de clown, le candidat républicain est, à mes yeux, une métaphore qui vient souligner notre vide politique, un spectre qui nous hante et nous hantera longtemps, un révélateur des fêlures qui labourent les sociétés occidentales. Lire la suite →

A bas les syndicats !

Au printemps dernier, lors de la mobilisation contre la loi travail, nous avons entendu de nombreux éditorialistes s’émouvoir et s’énerver contre la CGT et les syndicats qu’ils appellent passéistes. Tout le monde se rappelle de cet élan de folie et, osons le dire, de débilité qui avait pris Franz Olivier Giesbert qui, dans un édito publié par Le Point, avait comparé la CGT avec Daech. L’hystérie avait atteint un point inquiétant quand les médias dominants comparaient implicitement les grévistes et les syndicats à des terroristes (on peut rappeler ici l’usage assez ridicule du mot « prise d’otage » ou encore cette fameuse une du Figaro mettant en scène Martinez, « l’homme qui [voulait] mettre la France à genoux », une qui rappelait le numéro de Dar al Islam, le magazine de Daech, consécutif aux attentats du 13 novembre). Dans la bouche des néolibéraux, il faut voir dans cette violente attaque à l’égard des syndicats, une attaque envers tous ceux qui défendent les acquis sociaux ou qui en réclament de nouveaux. Selon eux, c’est à cause des syndicats « passéistes » que la France n’avance pas dans le chemin éclairé du néolibéralisme.

Pour des raisons diamétralement opposées au leurs, je suis également d’avis que les syndicats sont un frein mais un frein qui empêchera de faire un advenir un nouveau modèle social. Il me semble que si nous voulons changer radicalement de modèle, il nous faut dépasser l’horizon syndical. De la même manière que les manifestations ne suffisent pas à elles seules, les syndicats ont une forme d’effet contreproductif dans cette quête d’un nouveau modèle à la fois pour des raisons contingentes (qui peuvent être réglées si l’on s’y attaque) mais aussi et surtout pour des raisons nécessaires au sens philosophique du terme (qui ne peuvent pas ne pas être ou être autrement). Il ne s’agit donc pas de dire que les syndicats ne servent à rien comme le font les néolibéraux mais plutôt de mettre en avant les risques que font peser les syndicats sur les velléités de changement profond. Lire la suite →

En Allemagne, défaite de la CDU et victoire de Merkel

Dimanche dernier, la CDU (le parti majoritaire au Bundestag, l’Assemblée allemande) a connu un cinglant revers électoral lors d’une élection régionale. En Mecklembourg-Poméranie, ce länder de l’ex-RDA, le parti de la chancelière allemande Angela Merkel n’est arrivé qu’en troisième position loin derrière le SPD (le parti social-démocrate) et juste derrière l’AfD (Alternative für Deutschland, alternative pour l’Allemagne en français, un parti islamophobe d’extrême-droite issu en parti du mouvement Pegida). Cette percée de l’extrême-droite est historique car pour la première fois depuis l’avènement du parti nazi, une formation d’extrême-droite parvient à devancer l’un des deux grands partis de gouvernement allemands.

Cette région n’est pas la plus importante ni la plus peuplée d’Allemagne, loin de là, et pourtant les résultats dans cette élection régionale étaient attendus et scrutés en Allemagne pour plusieurs raisons : le fait que cette élection lance une super année électorale qui se conclura par les élections législatives de 2017 mais aussi parce que cette région est celle qui a vu Angela Merkel se lancer en politique après la chute du mur de Berlin. Tout semble donc indiquer que les résultats de cette élection marquent un revers cinglant pour la chancelière allemande. Je suis pourtant bien plus enclin à y voir une grande victoire de sa part ou tout du moins une défaite victorieuse si on peut dire. Electoralement, son parti a bien connu un revers mais politiquement il me semble bien plus juste de mettre en avant la victoire personnelle de Merkel, elle qui a refusé de courir derrière l’extrême-droite.

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Emmanuel Macron, le marcheur (en col) blanc

Emmanuel Macron a donc fini par quitter son poste de ministre de l’Economie la semaine dernière. Le voilà qui « retrouve [sa] liberté » pour continuer le « combat » selon ses propres termes. Attendu de tous, ce départ n’en fait pas moins la une de tous les médias ou presque qui ne nous parlent que de cette démission depuis le milieu de la semaine dernière. Voilà que chacun y va de son petit commentaire pour désigner l’attitude et l’action du désormais ex-ministre : déserteur, infidèle, lâche pour les uns, il serait au contraire cohérent, courageux, audacieux selon d’autres. Les éléments de langage sont rodés de part et d’autre dans ce qui ressemble à un théâtre de dupes.

Le mot qui revient le plus souvent dans la bouche de ses critiques pour décrire le désormais probable futur candidat à l’élection présidentielle est tiré de l’Antiquité romaine. Nombreux sont ceux à le traiter de Brutus comme si la farce qui se joue devant nos yeux depuis des mois avait quelque chose à voir avec l’histoire romaine. Quelle personne sensée peut voir dans Emmanuel Macron l’avatar de Brutus et surtout dans François Hollande celui de César ? Toutefois, des petites phrases lancées tout au fil de sa présence à Bercy à sa démission de la semaine dernière en passant par son meeting du 12 juillet dernier à la Mutualité au cours duquel il a annoncé qu’il souhaitait mener En Marche! (son mouvement) à la victoire, Emmanuel Macron nous dit indiscutablement quelque chose de notre système politique actuel. Lire la suite →

La primaire PS ou le dernier pari de François Hollande

Marie-Noëlle Lienemann Benoît Hamon, Gérard Filoche et Arnaud Montebourg ; ils sont déjà quatre candidats à la primaire de la gauche – un doute subsiste encore pour Montebourg qui a annoncé être candidat à l’élection présidentielle sans préciser s’il passera par la case primaire. Ces quatre candidatures sont toutes issues de ce que l’on appelle « l’aile gauche » du PS quand bien même il y aurait des différences significatives entre ces différents candidats. Chacun d’entre eux est en effet relié aux autres par un même dénominateur commun : la volonté de ramener le parti plus à gauche en étant son candidat ou tout du moins en influant sur le futur candidat.

Ne soyons pas naïfs. Si Arnaud Montebourg, eu égard à sa personnalité, sa participation aux primaires de 2011 et ses ambitions bien ancrées postulent, il me semble, vraiment pour être candidat – ce que tend à prouver sa tentation de partir à l’abordage sans passer par la primaire – les trois autres candidats déclarés semblent tout au plus avoir pour ambition de faire avancer quelques idées. Tout au plus Benoît Hamon lance-t-il peut-être une offensive en vue de l’après 2017 dans l’optique de prendre le parti. S’il faut bien reconnaître une chose à François Hollande c’est son grand sens politicien lorsqu’il fut premier secrétaire du PS durant onze années. Le voilà qui semble s’être remis dans ce rôle avec l’organisation de la primaire, primaire qui s’apparente à un coup de poker. Lire la suite →

Les attentats, l’état d’urgence et les trois théâtres

Dans la nuit du 19 au 20 juillet dernier, l’état d’urgence a une nouvelle fois été prolongé. Il était alors 4h53 et une très large majorité (489 voix pour, 26 contre et 4 abstention) approuvait alors la prorogation de cet état d’exception pour six mois supplémentaires, portant son application au moins jusqu’à janvier 2017. Ce vote faisait suite à l’effroyable drame qui a frappé Nice au soir du 14 juillet alors même que François Hollande avait annoncé la levée de l’état d’urgence lors de la traditionnelle interview du même jour. Quelques jours plus tard, le 26 juillet, un nouvel attentat frappait la France et aboutissait à l’égorgement du père Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray. La succession des faits semble chaque fois contredire les multiples prorogations de l’état d’urgence comme si les terroristes se jouaient de lui pour mieux surprendre et horrifier.

Ce sont donc à nouveau des réactions d’effroi auxquelles se sont, malheureusement ajoutée, des manœuvres politiciennes de bas étage qui ont suivi cette nouvelle attaque sur le sol français. Les membres de l’opposition, à commencer par le premier d’entre eux, se sont empressés de réclamer toujours plus de mesures sécuritaires pour lutter contre le danger terroriste, allant même jusqu’à arguer qu’il fallait outrepasser la Constitution, simple « argutie juridique ». A chaque attentat c’est la même scène qui se met en place entre exigence sécuritaire et attaques politiciennes si bien qu’il ne me paraît pas exagéré de voir trois grands théâtres dans les multiples actes effroyables que connaît notre pays depuis désormais un an et demi : théâtre terroriste, théâtre politicien et théâtre sécuritaire. Il me semble que les réflexions de Guy Debord sur la Société du Spectacle peuvent pleinement s’appliquer à ces phénomènes. Si l’écrivain attaquait farouchement le capitalisme dans son ouvrage, au vu de la mondialisation il n’est pas absurde de penser que la société du spectacle s’est désormais répandue sur toute la planète. Lire la suite →

Lettre ouverte d’un idiot utile de l’islamisme à Frédéric Encel et Yves Lacoste

Mes chers Frédéric Encel et Yves Lacoste, j’ai lu avec attention votre tribune écrite à quatre mains publiée dans Le Monde le 26 juillet dernier et sobrement intitulée « Face à une idéologie fanatique, nous devons réenchanter la nation républicaine » – tribune que l’on peut retrouver ici. Cette tribune était, je l’imagine, une réponse à l’attentat effroyable commis par deux membres contre une église de Saint-Etienne-du-Rouvray qui s’est soldé par l’égorgement du père Jacques Hamel. Ce nouvel acte de terrorisme, bien qu’il n’ait pas été aussi meurtrier que le carnage de Nice du 14 juillet, nous remue intensément nous Français parce qu’il convoque des souvenirs atroces. Avant de lire cette tribune je vous connaissais de nom bien évidemment avec une connaissance un peu plus approfondie, si j’ose dire, d’Yves Lacoste. Je me souviens de ces années de classes préparatoires au cours desquelles vous étiez cité assez souvent par mes professeurs de géopolitique en tant que grand géographe. Pour vous, Frédéric Encel, ma connaissance de votre œuvre est bien plus incomplète. Le fait est que vous êtes aujourd’hui des géopoliticiens reconnus quand moi je ne suis qu’un simple étudiant.

Quel poids a donc ma petite voix d’étudiant face aux vôtres ? Elle ne pèse pas grand-chose je le concède aisément. Néanmoins, j’ose espérer – même si je suis conscient qu’il s’agit certainement d’un vœu pieux – que vous prendrez le temps de lire ce petit texte et, pourquoi pas, que vous y répondrez. J’ai avant tout trouvé cette tribune intéressante car dans cette période de trouble, je suis persuadé qu’il faut savoir raison garder et ne pas céder à l’hystérie comme le font bien trop souvent nos représentants politiques de l’opposition comme du gouvernement. Je le répète, de prime abord, votre texte semble être une véritable bouffée d’oxygène qui ouvre un espace de débat et de réflexion. Malheureusement, le lecteur est très vite déçu puisqu’il suffit de quelques lignes pour s’apercevoir qu’il ne s’agit en aucun cas d’une tribune qui pousse à la réflexion et au débat mais bien d’un texte qui a pour ambition d’imposer sa vérité comme universelle et de renvoyer tous ceux qui ne pensent pas de la même manière dans une espèce de mélange un peu rance des ennemis de la Nation.

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Loi travail et masques fracassés

Mercredi, dans l’indifférence presque générale, Manuel Valls a de nouveau utilisé l’article 49 alinéa 3 de notre constitution pour faire adopter la loi Travail. Voilà donc l’épilogue – politicien tout du moins – d’une bataille engagée en mai et dans lequel l’exécutif a laissé plus que des plumes, généré plus que des rancœurs et provoqué des violences, symboliques et physiques, de part et d’autre. Comme lors de la deuxième lecture du texte à l’Assemblée nationale aucune motion de censure n’a été dégainée pour tenter de contrer le texte – et de faire tomber Manuel Valls et son gouvernement. En réalité, lors de cette troisième lecture la menace d’une motion de censure n’a jamais pesé sur le Premier ministre et son gouvernement.

Les débats au sein de l’hémicycle – ou les simulacres de débats plutôt – à propos de la loi El Khomri auront finalement suivi une évolution linéaire dans la baisse de la contestation, feinte ou réelle, à ce projet de loi gouvernemental. En première lecture la droite avait déposé une motion de censure et l’aile gauche du PS alliée aux communistes et écologistes avait tenté d’en déposer une, manquant opportunément le coche à deux signatures près. Même cirque lors de la deuxième lecture du côté de l’aile gauche de l’Assemblée et aucune motion de censure déposée par la droite. Et hier, aucune tentative de déposer une motion de censure même du côté gauche de l’hémicycle alors même que les opposants au texte ont publié une tribune signée par 58 députés, soit le chiffre fatidique. Dans ce théâtre, les Tartuffe ont perdu leurs masques hier. Et nous ne nous en plaindrons pas. Lire la suite →

Le redémarrage de l’Histoire

Il y a presque 25 ans, en 1992 plus précisément, paraissait un ouvrage de Francis Fukuyama qu’on a longtemps considéré comme une réponse à la théorie du choc des civilisations chère à Samuel Huntington. La Fin de l’histoire et le Dernier Homme, essai du politologue américain est d’ailleurs considéré comme une œuvre majeure du XXème siècle. Souvent caricaturée, la pensée de Fukuyama n’est pas une réponse au choc des civilisations et n’affirme pas, comme on l’a trop souvent écrit, que les guerres sont derrière nous. S’inspirant des thèses d’Alexandre Kojève sur la « fin de l’histoire », Fukuyama affirme que la fin de la Guerre froide marque la victoire idéologique de la démocratie et du libéralisme.

Fukuyama est par ailleurs conscient que la chute du Mur, la dislocation du bloc de l’Est va entraîner d’importants troubles : la fin de l’Histoire ne signifie pas selon lui l’absence de conflits, mais plutôt la suprématie absolue et définitive de l’idéal de la démocratie libérale, lequel ne constituerait pas seulement l’horizon indépassable de notre temps mais se réaliserait effectivement. Pendant une vingtaine d’années, sa prophétie s’est réalisée : la course des anciennes démocraties populaires vers la démocratie et l’économie de marché ainsi que le rôle de gendarme libéral joué par le FMI ont fortement contribué à corroborer la thèse d’une fin de l’Histoire, comprenez l’avènement de la démocratie et du libéralisme sur lesquels on ne pourrait plus revenir, en somme la mondialisation heureuse défendue par Alain Minc et ses acolytes. Pourtant, les évènements récents nous montrent que l’empire n’est pas aussi total qu’on le pensait et qu’il peut même être touché en son cœur. Lire la suite →

Hollande et Valls, poissons pilotes de la droite

Hier sous les coups de 15h30 nous apprenions que les frondeurs n’étaient pas parvenus à déposer une motion de censure « de gauche » pour s’opposer à l’usage du 49-3 effectué par Manuel Valls mardi. Si, comme le disait Marx, l’Histoire se répète toujours passant de la comédie à la tragédie, il semblerait qu’en France le disque soit rayé. Après le simulacre de mai dernier – au cours duquel les frondeurs ne voulaient pas voter la motion de censure « de droite » sans parvenir à déposer leur propre motion de censure – nous avons eu droit à une répétition de ce cirque grandeur nature : Manuel Valls a de nouveau recouru au 49-3 et les frondeurs n’ont à nouveau pas pu déposer leur motion de censure faute de députés suffisants.

Pour l’exécutif, en revanche, il semblerait bel et bien que la phrase de Marx s’applique puisque le comique de mai a laissé place au tragique de juillet. La surprise est en effet venu des rangs de la droite qui, par la voix de Christian Jacob, a annoncé dès mardi qu’elle ne déposerait pas de motion de censure à la suite du 49-3 dégainé par le Premier ministre. Le leader des députés Les Républicains a expliqué que son parti ne souhaitait plus participer à cette « mascarade » et avait décidé de laisser Manuel Valls « se débrouiller avec son champ de ruines ». Les masques sont donc tombés peu à peu, si tant est qu’il le fallait encore, mardi puis mercredi et les acteurs hypocrites se trouvent désormais à découvert, de part et d’autre de l’hémicycle.

Postures et impostures  

Pour bien saisir le jeu de dupes auquel se sont livrés le gouvernement (Manuel Valls en particulier), les frondeurs et l’opposition de droite il faut remonter le fil des débats sur cette fameuse Loi Travail. Dès le 10 mai, le Président de la République autorise le Premier ministre à recourir au 49-3 par crainte de ne pas avoir de majorité sur le texte soumis à l’Assemblée. S’enclenche dès lors la première partie de poker menteur entre le gouvernement, les frondeurs et Les Républicains. Motion de censure déposée à droite, tentative de motion de censure des frondeurs alliés aux écologistes et aux communistes et refus de voter la motion déposée par la droite, voilà ce qui a rythmé la première utilisation du 49-3 à propos de la Loi El Khomri.

Dans ce jeu de billard à plusieurs bandes, la sincérité n’a jamais été de mise. Entre un Premier ministre qui n’a eu de cesse de cultiver son image autoritaire durant toute la séquence politique, une opposition qui a déposé une motion de censure en priant de tous ses vœux pour qu’elle ne soit pas votée et des frondeurs qui ont feint de jouer les rebelles en sachant dès le départ que leur motion de censure n’avait aucune chance d’être déposée, personne n’a joué franc jeu et tout ce beau monde, pour des raisons purement politiciennes, a joué au théâtre avec l’argent public, comme d’habitude en somme. Une fois les postures mises à jour, il est assez aisé de comprendre le degré d’imposture de ces guignols au sens premier du terme. Finalement, les jeux du cirque ne sont pas si loin.

L’autoroute sans péage de la droite

Dernier exemple de cette stratégie de la posture, la position de Manuel Valls vis-à-vis de l’amendement proposé par Olivier Faure sur le verrouillage du taux de majoration des heures supplémentaires. Alors que les frondeurs avaient annoncé qu’ils voteraient la loi – qui serait restée mauvaise malgré cet amendement selon moi – si ledit amendement était adopté, le Premier ministre, se rêvant sans doute en Clémenceau du XXIème siècle, a rejeté d’un revers de main la proposition de compromis, expliquant qu’il s’agissait même d’une compromission. En agissant de la sorte, le pompier pyromane qui loge à Matignon espérait sans doute définitivement séparer les deux gauches « irréconciliables » selon l’expression qu’il utilise depuis un moment désormais. Malheureusement pour lui, et pour François Hollande, il n’avait sans doute pas anticipé la réaction de Les Républicains qui, pour une fois, ont plutôt joué finement le coup.

Voilà la droite qui doit remercier chaudement le Président et le Premier ministre puisqu’ils viennent non seulement de lui ouvrir un boulevard électoral en même temps qu’une autoroute sur le débat d’idées. En choisissant de laisser Valls se débrouiller avec son « champ de ruines », la droite fait le pari d’une implosion du PS avant même l’élection présidentielle de 2017. En déposant une motion de censure, il y aurait pu avoir un risque de renversement de ce gouvernement et donc un risque de crise politique majeure. En se mettant en retrait, la droite fait le choix de s’occuper de sa primaire et de laisser le PS face à lui-même dans une crise interne violente, une sorte de guerre ouverte. Le pari fait par la droite est que la primaire du PS aboutisse à une guerre de tranchées et pourquoi pas à une nuit des longs couteaux. Outre ce boulevard électoral c’est avant tout sur le champ des idées que l’exécutif a ouvert un boulevard à la droite. A entendre le gouvernement répéter que la droite revenue au pouvoir serait bien plus libérale on oublierait presque que si les candidats à la primaire proposent cela c’est avant tout parce que ce gouvernement dit de gauche leur a ouvert la voie et a pris des mesures libérales dont rêvaient les membres de Les Républicains sans oser le faire.

Finalement, nous le voyons bien, le débat sur la loi travail va sans doute laisser des traces à droite comme à gauche au vu des postures et des impostures induites par ledit débat. Dans ce cirque qu’est devenu l’Assemblée nationale, les masques sont tombés par dizaines voire par centaines au vu et au su de tout un chacun. Dans cette mascarade qui a eu lieu, pour reprendre les termes de Christian Jacob, en incluant bien évidemment la droite, il est peu probable que quiconque en sorte grandi. En regard des pitreries effectuées jour après jour par ceux qui sont censés nous représenter, il y a fort à parier qu’au soir du 22 avril 2017, l’abstention atteindra des sommets jamais atteints.