Démantèlement de la SNCF, une certaine idée de la République (1/2)

Lundi, Edouard Philippe s’est exprimé pour évoquer la réforme que le gouvernement entend mener au pas de charge et qui concerne le transport ferroviaire dans notre pays, donc la SNCF. Comme à l’accoutumée, le locataire de Matignon – s’appuyant sur le rapport Spinetta, rédigé par cet énarque ancien PDG d’Air France KLM – n’a eu de cesse d’affirmer que la réforme que Monsieur Macron et son gouvernement souhaitaient mener était un moyen de « moderniser » le transport ferroviaire pour aller vers plus d’efficacité qu’à l’heure actuelle. Fustigeant l’endettement de la SNCF, sans évidemment interroger une seule seconde les causes de cette dégradation, l’ancien maire du Havre a affirmé, presque sur un ton martial, qu’il n’hésiterait pas à avoir recours aux ordonnances pour mener à bien cette réforme.

Après s’être attaquée au code du travail, la caste au pouvoir entend bien continuer son funeste projet en démantelant – toujours sans le dire évidemment – le service public ferroviaire de notre pays. Pour être juste et honnête, l’attaque très rude portée par l’exécutif contre la SNCF et les cheminots est en réalité l’aboutissement de décennies où les gouvernements successifs ont sapé l’entreprise publique pour préparer la mise en concurrence voire sa privatisation. Le coup que veulent porter Emmanuel Macron, Edouard Philippe et leur majorité est donc à la fois un aboutissement mais également le climax d’une logique néolibérale qui s’attaque aux services publics de notre pays et donc in fine à notre République, notre Res Publica, notre chose commune. Lire la suite

Le double discours ou la réalité chassée

Si l’on devait résumer le macronisme en une seule expression, je pense que beaucoup opterait pour le double discours (ou le double langage au choix). Depuis le lancement de sa campagne présidentielle jusqu’à la politique menée par son gouvernement, Emmanuel Macron a effectivement porté à un niveau jamais vu le cynisme et le mensonge. Il ne s’agit évidemment pas de dire que ces deux plaies sont nées avec Monsieur Macron mais il ne me semble toutefois pas absurde de dire qu’il les a portées, avec une constance certaine, à un certain paroxysme. Le successeur de François Hollande a même théorisé ce double discours tout au fil de sa campagne avec sa désormais fameuse expression de « l’en même temps ». Présentée comme moderne et novatrice, la doctrine de l’en même-temps-isme n’est rien d’autre que la normalisation du mensonge et du double discours.

Durant la campagne présidentielle, c’est sans doute sur la question de la colonisation que ce double langage s’est le plus fait ressentir. En Algérie, Monsieur Macron avait parlé de crime contre l’humanité avant de rapidement venir rassurer les tenants d’une France qui ne se « repent pas » et ne cède pas aux sirènes du sanglot de l’homme blanc comme dirait un essayiste identitaire. Depuis son élection, Emmanuel Macron ou les membres de sa majorité (gouvernement et députés) n’ont eu de cesse de pratiquer ce double discours. Sur les migrants, sur les violences faites aux femmes ou encore sur les inégalités pour ne citer que quelques exemples, ce double discours a vite atteint ses limites. Nul n’est dupe des actions menées par ce gouvernement et, de facto, du fait que lesdites actions ne répondent en rien au discours présidentiel et gouvernemental. Néanmoins, loin d’être une fin en soi, ce double discours est selon moi une manière de chasser la réalité pour mieux imposer le Réel. Lire la suite

L’Affaire Darmanin et l’éthique des Tartuffe

Depuis quelques jours, Gérald Darmanin est empêtré dans une affaire bien peu glorieuse et qui a tout du scandale. Le ministre de l’action et des comptes publics n’est en effet ni plus ni moins qu’accusé de viol par Sophie Spatz. Madame Spatz accuse Monsieur Darmanin de l’avoir violée à la suite d’une demande faite par elle-même auprès de Gérald Darmanin afin d’intercéder auprès de Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Justice. A l’époque, en 2009, Sophie Spatz âgée de 37 ans, sympathisante UMP sonne depuis deux ans à toutes les portes pour demander une révision de sa condamnation pour chantage et coups de fil malveillants, survenue en 2005. C’est dans cette optique qu’elle rencontre Gérald Darmanin au siège de l’UMP. L’alors élu de Tourcoing lui affirme qu’il va l’aider et lui propose de poursuivre la discussion à l’extérieur. Ils passent la nuit ensemble et c’est à ce moment-là que la relation sexuelle se produit.

Madame Spatz affirme qu’elle était comme prise en otage et qu’elle s’est livrée à ce rapport pour obtenir la lettre promise par le ministre, chose qu’elle lui rappelle dans certains textos : « Quand ont sait l, effort qu, il ma fallu pour baiser avec toi !!!! Pour t, occuper de mon dossier ». Depuis la révélation de la plainte pour viol, toute la classe politique ou presque fait bloc derrière Darmanin. Celui-ci a même été ovationné dans l’enceinte de l’Assemblée nationale et, quand bien même les députés LREM affirment qu’il n’y avait pas de rapport avec cette affaire, la temporalité laisse peu de place au doute. Au-delà de la question du viol présumé, il me semble que cette affaire agit comme un puissant révélateur de la tartufferie cynique et odieuse d’une grande part de la caste politicienne au pouvoir. Lire la suite

La fonction publique face au cynisme de Monsieur Macron

Jeudi dernier, Edouard Philippe et Gérald Darmanin tenaient un discours sur l’action publique et la fonction publique. Dans le cadre de CAP 2022 – qui est le nom donné à la politique à l’égard de la fonction publique par le gouvernement – le premier ministre et son ministre de l’action et des comptes publics, ont évoqué la vision du gouvernement pour la fonction publique. Au fil de sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait affirmé vouloir diminuer de 120 000 le nombre de fonctionnaires dans notre pays et jeudi dernier, ses ministres se sont placés totalement dans les pas qui avaient été les siens lors de la campagne.

Dans une forme de théâtralisation devenue habituelle depuis l’arrivée du successeur de François Hollande à l’Elysée, les deux ministres ont en effet déroulé leur plan pour la fonction publique avec des annonces radicales, qui rompent avec la tradition. C’est bien simple, la volonté d’Emmanuel Macron et de son gouvernement n’est autre que de calquer les méthodes et les mots du privé. Il n’y a rien de bien étonnant à cela tant Emmanuel Macron comme l’ensemble des membres de son gouvernement et de sa majorité législative portent un profond mépris à l’égard des fonctionnaires et du travail qui est le leur. Tout est fait pour les rabaisser et les humilier depuis l’arrivée du nouveau locataire de l’Elysée. Loin de n’être que les pots cassés de sa politique, cette attitude à l’égard des fonctionnaires est au cœur de l’idéologie et de la stratégie détestable d’Emmanuel Macron. Lire la suite

Les leçons des élections catalanes

Dans un contexte très particulier, les Catalans étaient appelés aux urnes tout au fil de la journée d’hier. Après le référendum du 1er octobre, organisé par les indépendantistes au pouvoir en Catalogne et jugé illégal par Madrid, qui avait vu plus de deux millions de personnes se déplacer pour voter en dépit de la répression de la Guardia Civil et la mise sous tutelle de la région catalane par Madrid avec l’utilisation de l’article 155 de la Constitution espagnole, l’un des enjeux de ce scrutin était de savoir quelle serait la participation. Dans une campagne qui s’est uniquement polarisée sur la question de l’indépendantisme ou de l’unionisme, ces élections étaient quasiment une sorte de référendum sur l’indépendance.

L’autre des grands enjeux de ces élections était également de savoir quel parti arriverait en tête et surtout qui parmi le bloc indépendantiste recueillerait le plus de suffrages entre les partis de Carles Puigdemont, ancien président de la région et actuellement en exil à Bruxelles, et d’Oriol Junqueras, actuellement en prison près de Madrid. Face à ces multiples enjeux, les Catalans ont répondu en masse et la participation a bondi de 7% par rapport aux élections de 2015 en s’établissant à près de 82%. Le camp indépendantiste, en réussissant à conserver sa majorité absolue au Parlement catalan, a remporté une grande victoire en même temps que Mariano Rajoy – dont le parti s’est écroulé – a connu une véritable bérézina. Toutefois, il me semble que les leçons à tirer de ce scrutin dépasse allègrement le cadre espagnol et a fortiori catalan. Lire la suite

La réforme de l’assurance chômage ou la mise à mal du système social français

Au cours de sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait prévenu : sa volonté est de réformer radicalement le système du chômage pour le faire revenir dans le giron de l’Etat. Après avoir mené, sans trop d’encombres il faut bien le reconnaitre, sa réforme du code du travail, le nouveau locataire de l’Elysée prévoit désormais de s’attaquer à l’autre grand dossier de son quinquennat sur le plan économique et social, l’assurance chômage. L’ensemble de ces réformes voulues par le nouvel exécutif s’inscrit évidemment dans une logique plus globale de recul de l’Etat. Au fil de sa campagne, le nouveau président avait mis l’accent sur sa proposition de permettre aux indépendants et démissionnaires de toucher le chômage selon des conditions bien précises. Ce discours avait accroché et pris dans une partie de la population qui se reconnaissait dans les propos sur la start-up nation de l’alors candidat Macron.

Las, ceux qui avaient cru à des lendemains meilleurs sont en train de déchanter face aux réflexions du gouvernement. Pour les indépendants, la cessation de paiement devra être prononcée pour toucher finalement à peine plus que le RSA. Quant au chômage pour les démissionnaires, il sera, s’il voit le jour, conditionné au fait d’avoir un « projet » bien défini derrière – en bref il sera conditionné au fait d’avoir démissionné pour partir ailleurs, ce qui n’a, on le comprend aisément, strictement aucun sens. La réforme voulue par Monsieur Macron à propos du chômage est un changement complet de paradigme du modèle social français. Passer d’un modèle assurantiel et de gestion paritaire (entre les partenaires sociaux) à un modèle contrôlé totalement par l’Etat et n’étant plus du tout assurantiel c’est un rude coup qui serait porté aux politiques sociales de notre pays. Lire la suite

Le populisme de gauche ou le piège des 99% ?

Il y a une quinzaine de jours, Mediapart a organisé une rencontre retransmise en direct sur YouTube depuis Grenoble et intitulé « Que faire à gauche ? ». Ponctuée d’intervention de personnes aussi diverses que Paul Magnette, Bruno Latour ou Mireille Delmas-Marty, la journée de rencontres a également proposé une table ronde très intéressante autour des figures charismatiques à gauche. Intitulée « Faut-il des figures charismatiques à gauche ? » et composée de Danièle Obono (députée de la France Insoumise), Yves Sintomer (professeur de science politique à l’université Paris 8 et spécialiste de l’Amérique Latine) et de Hayat Loukili (REACT Grenoble), ladite table ronde a notamment permis de s’interroger sur la notion de populisme de gauche.

Ce débat sur le populisme de gauche est assurément l’un de ceux qui est le plus important en ce moment et depuis quelques temps à gauche puisqu’il pose de vraies questions tant politiques, au sens fort, que stratégiques. Ses hérauts, Chantal Mouffe en tête, n’ont de cesse, en effet, d’affirmer que c’est par l’émergence d’un populisme de gauche que l’on pourra contrer celle d’un populisme de droite désormais clairement établie. La théoricienne belge abonde fortement dans ce sens dans ses deux derniers ouvrages – L’Illusion du consensus paru en 2016 et Construire un peuple paru en 2017 et qui est un livre de discussion avec Inigo Errejon, l’un des fondateurs et stratège de Podemos – si bien qu’il est presque inévitable d’interroger cette notion à l’heure où Jean-Luc Mélenchon s’en réclame haut et fort et où, il faut bien le reconnaitre, Emmanuel Macron semble avoir un boulevard devant lui. Lire la suite

De la nécessité d’imposer un clivage capitalisme/écosocialisme

Il y a une dizaine de jours, à la tribune de l’Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon a prononcé un discours bref mais puissant sur la question de la dette. Exhortant ses collègues députés à sortir de la vision simpliste du « il faut réduire la dette » et remettant en perspective ladite dette par rapport à la date d’échéance des obligations émises par la France, le président du groupe La France Insoumise a assurément tenté de faire entendre une autre voix que celle, dominante à l’heure actuelle dans le marigot politicien, qui ne pense qu’à réduire la dette et le déficit en amputant les services publics de tout moyen ou presque et en tapant allègrement sur les plus dominés de notre société. Tout au long du week-end dernier, La France Insoumise a organisé sa première convention depuis les échéances électorales du printemps dernier.

En réunissant 1600 personnes à Clermont-Ferrand, le mouvement né il y a presque deux ans a montré qu’il commençait à se structurer et qu’il continuait ce travail réflexif entamé depuis sa création. Symboliquement, d’ailleurs, Jean-Luc Mélenchon ne s’est exprimé qu’au début de la convention, un peu comme s’il voulait signifier qu’il passait le relais aux militants. Avant la convention, les membres de la France Insoumise étaient invités à voter pour choisir les trois grandes campagnes nationales qui importaient le plus. Les 69 000 votants ont décidé de mettre en tête la lutte contre la pauvreté, suivie de la sortie du nucléaire et de la lutte contre la fraude fiscale. Ces trois thèmes symbolisent, à mes yeux, parfaitement les impasses dans lesquelles risquent de s’enfermer le mouvement s’il n’accepte pas d’aller au bout des choses et d’imposer un nouveau clivage politique dans notre pays. Lire la suite

Décentralisation, la grande farce

Comme chaque année à la même époque, le congrès des maires de France se tient actuellement. L’association des maires de France, dirigée par François Baroin, est très critique à l’égard de l’exécutif et du gouvernement actuels. La baisse des dotations de l’Etat, couplé au spectre menaçant de la suppression quasi-totale de la taxe d’habitation – sans que les mesures de compensation aient clairement été présentées. Cette défiance grandissante à l’égard de l’Etat central de la part des collectivités territoriales n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit en effet dans une dynamique bien plus profonde et ancienne depuis que les multiples phases de décentralisation tant vantées par les responsables nationaux ont durablement affaibli les collectivités territoriales. Si Emmanuel Macron et son gouvernement vont sans doute accélérer et aggraver cette dynamique, elle leur préexistait.

Pourtant, à écouter les responsables politiques nationaux, ceux qui se sont succédé depuis des décennies à la tête de l’Etat, la décentralisation permet de donner plus de pouvoir aux collectivités (villes, départements, régions). Des premières lois cadres menées par l’alors maire de Marseille, Gaston Defferre, sous Mitterrand à la loi NOTRe de 2015 en passant par une multitude de lois censées donner plus de pouvoir aux collectivités locales, nombreux sont ceux à nous expliquer que notre pays est beaucoup moins centralisé que par le passé et que ces différentes phases de décentralisation ont eu pour effet à la fois de renforcer les services publics et de rendre notre pays plus démocratique et moins hiérarchisé. Je crois, en réalité, qu’il s’agit d’une fable que l’on nous raconte et que les phases de décentralisation que nous avons connues sont une farce visant à faire reculer le pouvoir public en vertu du néolibéralisme qui nous gouverne. Lire la suite

Charlie Hebdo, Mediapart et l’hystérie triomphante

Voilà quelques semaines que Mediapart est devenu une cible pour bien des personnes de ce pays. Après les révélations sur les présumées violences sexuelles de Tariq Ramadan – que bien des témoignages et une excellente enquête de Mediapart viennent corroborer – le journal en ligne a effectivement été accusé d’avoir couvert les agissements de l’intellectuel suisse. Pour avoir participé à un colloque avec Monsieur Ramadan, Edwy Plenel est devenu aux yeux d’un arc rance son allié, celui qui aurait couvert des agissements abjects. De la même manière, Mediapart a été attaqué par ce même arc rance pour avoir effectué une longue enquête sur Tariq Ramadan, il y a de ça quelques mois, sans avoir abordé cette question. Le média s’est donc retrouvé accusé de complaisance à l’égard des agressions sexuelles dudit monsieur.

La charge la plus violente est d’abord venu de Charlie Hebdo lorsque le journal dirigé par Riss a publié un numéro dont la une représentait Edwy Plenel. Sa moustache surdéveloppée dans le dessin esquissait l’image des trois singes – celui qui ne voit rien, celui qui ne dit rien et celui qui n’entend rien – surmonté d’un titre univoque : Mediapart révèle « On ne savait pas ». Cette attaque abjecte, puisqu’il faut nommer les choses, qui sous-entend que Mediapart savait et a couvert ces agissements a évidemment déclenché une réaction de la Société des Journalistes de Mediapart dans un post très mesuré, il me semble. Très rapidement pourtant l’affaire a pris des proportions monumentales, certains – Manuel Valls en tête – profitant d’un édito assassin de Riss à l’égard d’Edwy Plenel pour attaquer Mediapart de manière très violente. Tout cette affaire nous dit, je crois, bien des choses sur l’hystérie actuelle dans notre pays. Lire la suite