La légalisation du cannabis en quelques lignes

Il est des sujets qui ont le don de générer des débats radicaux où les arguments ressemblent bien souvent à des anathèmes. Parmi ceux-là, celui sur la légalisation du cannabis figure en bonne place tant il possède la propension de déchainer les passions dès lors que la question est posée. Cédant très facilement à la caricature, nombreux sont ceux à perdre toute espèce de raison aussitôt qu’ils entrent dans ce débat. Celui-ci est pourtant, me semble-t-il, primordial pour bien des raisons. Il l’est avant tout pour des raisons de santé publique mais plus largement encore pour des raisons économiques et sociales, l’un des angles morts souvent ignoré par ceux qui s’emparent du sujet de façon hâtive.

Trop souvent, en effet, le débat tend rapidement à se résumer à la caricature prétendus progressistes versus affreux réactionnaires. D’aucuns n’ont pas de mal à expliquer que toute personne opposée à la légalisation du cannabis ne vivrait pas avec son temps quand dans le même temps les défenseurs de la pénalisation du cannabis pérorent sur le laxisme des défenseurs de la légalisation. Je crois que ce débat mérite mieux que ces positions caricaturales et, osons le mot, absurdes. Derrière la question de la légalisation se niche effectivement un entrelacs de conséquences à la fois concrètes et très complexes qu’il s’agit de ne surtout pas ignorer, sous peine de passer à côté du cœur du sujet.

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Le mécénat culturel en quelques lignes

De la Fondation Louis Vuitton à la Collection Pinault en passant par l’Institut de France et bien d’autres acteurs, nombreuses sont les grandes fortunes à œuvrer dans le mécénat culturel. Plus largement, bien que pouvant apparaitre comme plus discret, le concours de grandes entreprises ou de fortunes pour la mise en place des expositions dans tous les musées ou presque est une condition quasi sine qua none – jetez un œil au bas des affiches desdites expositions ou contemplez la liste des « généreux mécènes » souvent mis en avant à la fin du parcours dans les musées. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si tous les musées et institutions culturelles disposent d’un service mécénat, parfois très bien pourvu, tant cette fonction est désormais au cœur de leur modèle économique.

S’il y a sans doute un attrait pour la culture (ou, nous y reviendrons, une certaine forme de culture) de la part de ces mécènes, il y a également des stratégies qui dépassent le simple intérêt pour ce domaine. Bien évidemment, il est difficile de ne pas évoquer la volonté d’acquérir de l’influence en finançant ces musées et expositions mais il y a également une logique d’optimisation fiscale dans cette dynamique dans la mesure où ces dons ou engagements financiers donnent le droit à une réduction d’impôts de l’ordre de 60%. Pouvant, de prime abord, apparaitre comme une bénédiction, cet engagement financier a tous les contours d’un effet extrêmement pervers tant pour la diffusion des cultures que pour l’égalité devant l’impôt.

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La décentralisation en quelques lignes

Dans quelques semaines se tiendront les élections municipales dans notre pays. S’il est évident qu’avec l’actualité nationale de ces derniers temps – des gilets jaunes aux long mouvement social contre la réforme des retraites – ces élections semblent quelque peu reléguées d’un point de vue de l’intérêt des citoyens (les médias, à n’en pas douter et on le voit déjà, vont se régaler avec le traitement des municipales), elles demeurent toutefois les élections locales qui intéressent le plus les Français. Nous sommes évidemment bien loin de la caricature voulant que 90% de la population connaissent son maire mais bien plus que les départementales ou les régionales, les élections municipales restent un moment de relative forte participation.

Il est toutefois indéniable que l’intérêt est décroissant dans l’esprit des Français à l’égard de ces élections. S’il y a bien évidemment une multitude d’explications à cette tendance (un rejet plus global du système représentatif, l’impression d’une indifférenciation des projets politiques municipaux, etc.), celle postulant un pouvoir assez limité dévolu aux maires me parait être importante. Trop souvent présentées comme des élections nationales visant à sanctionner ou (très rarement) conforter le pouvoir en place, les municipales ne sont pas traitées comme ce qu’elles sont, c’est-à-dire une élection locale qui a des conséquences sur le quotidien des administrés. Derrière ce grand flou se cache indéniablement la question de la décentralisation et de ses dévoiements.

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Les stock-options en quelques lignes

Il y a un peu plus d’un an, alors en plein crise des Gilets jaunes, Emmanuel Macron enjoignait les entreprises à attribuer une prime de 1000€ à leurs salariés. Si cette demande avait été en partie écoutée l’année dernière, ce fut bien moins le cas cette année. En regard de cette mesquinerie à l’égard des travailleurs, il peut être ironique de mettre en avant la volonté de Carlos Ghosn de récupérer sa retraite chapeau après avoir s’être soustrait à la justice japonaise – une action aux prud’hommes est envisagée. Tout ceci met bien en évidence le degré de déconnexion des élites tant économiques que politiques par rapport au quotidien des Français.

Il serait toutefois inexact de se cantonner à la seule élite économique (à savoir ces grands PDG gavés de stock-options et autres parachutes dorés) tant la dynamique s’est accentuée ces dernières décennies. Alors qu’il n’y a pas si longtemps les managers et autres encadrants étaient principalement récompensés par des primes pour leurs bons résultats, bon nombre d’entre eux parmi les entreprises cotées en bourse le sont désormais avec ces fameux stock-options qui, pour résumer très grossièrement, offrent la possibilité à ces managers – le désormais célèbre top management – d’acquérir des actions de leur entreprise à un prix défini à l’avance, de sorte que si le cours de l’action monte les plus-values sont à la fois immédiates et conséquentes.

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La Vème République en quelques lignes

Il y a quelques jours, revenant de son voyage en Israël pour commémorer le 75ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, Emmanuel Macron a pesté en présence de journalistes à propos de ceux qui affirment que la France vit une accélération de l’autoritarisme. Frisant le degré zéro de l’argumentation – sorte de point Godwin des dirigeants plus ou moins autoritaires derrière une façade démocratique se lézardant – le locataire de l’Elysée a enjoint tous ses contempteurs à aller essayer la dictature avant d’émettre des critiques. Il va sans dire qu’une telle défense est d’un ridicule sans nom et n’est finalement que l’exact opposé de ceux qui affirment de manière exagérée que nous serions en dictature sans nuance aucune.

Je suis effectivement de ceux qui pensent que l’argument du moindre mal est toujours un sophisme, une ruse rhétorique. Si l’on en vient effectivement à dire « regardez nous sommes mieux qu’en Corée du Nord ou en Iran » c’est qu’il y a déjà un problème profond. En réalité, le monarque présidentiel tente, par cette outrance, d’imposer l’idée selon laquelle il y aurait une forme de binarité. En somme, si on le suit, l’on ne peut être qu’en démocratie ou en dictature un peu comme s’il n’y avait pas cinquante nuances d’autoritarisme et que notre pays n’était pas déjà bien avancé dans cette logique parmi les pays que l’on appelle « démocratiques ». Cet entre-deux dans lequel la France se trouve a largement été rendu possible par l’avènement de la Vème République qui porte en elle-même les germes de cet autoritarisme.

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L’armée de réserve en quelques lignes

Depuis des semaines, la France est touchée par un mouvement social de grande ampleur s’opposant à la réforme des retraites conçue et défendue par Emmanuel Macron et sa majorité. Si l’issue de cette lutte est incertaine et a bien des chances de se matérialiser par une adoption de ladite réforme – les institutions de la Vème République étant ce qu’elles sont, il est effectivement possible au pouvoir de passer en force contre une majorité du corps social – il va sans dire que cette mobilisation laissera des traces. L’un des grands arguments utilisés par le pouvoir (et qui n’a pas vraiment marché) pour tenter de diviser le mouvement social aura été celui de la fameuse « clause du grand-père ».

En promettant à un certain nombre de corporations que la réforme ne s’appliquerait qu’aux nouveaux entrants dans le monde professionnel, le gouvernement n’a pas fait autre chose que de remettre au goût du jour le principe séculaire du diviser pour mieux régner. Dans cette optique, il me parait important de revenir sur le concept d’armée de réserve théorisé par Marx dans Le Capital, en cela qu’il est sans doute le paroxysme de cette logique de la division en la couplant à la menace perpétuelle qu’il fait planer sur les travailleurs. Dans un tel moment politique, se souvenir de ce genre de mécanisme à l’œuvre dans le capitalisme ne me semble pas superflu pour penser et articuler la lutte.

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L’articulation production-redistribution en quelques lignes

S’il y a bien un processus argumentaire qui rassemble presque l’ensemble des laudateurs du système économique actuel, c’est bien celui articulant la production et la redistribution. Pour être plus précis, cette carte est souvent la dernière brandie par les capitalistes dès lors que le débat commence à porter sur la question de la redistribution des richesses. Après avoir critiqué vigoureusement toute défense de ladite redistribution, l’étape suivante est souvent celle qui explique qu’avant de pouvoir redistribuer, il faut produire – la métaphore souvent utilisée étant celle du gâteau qui doit être gros pour être partagé. Une telle position vise bien évidemment à faire passer pour une concession ce qui n’est en réalité que la défense de l’ordre déjà établi – toute ressemblance avec un retrait « provisoire » d’un quelconque âge pivot n’a évidemment rien de fortuit.

Le plus dramatique dans la défense de cette articulation production-redistribution est sans conteste que le simplisme de l’argumentaire tend à convaincre par moments des personnes qui n’ont absolument aucun intérêt à défendre un tel système. Il devient donc urgent de déconstruire cet argument qui a tout d’une fable. Outre la philosophie souffrance/récompense que suggère une telle méthode, agiter cet argumentaire revient précisément à déporter le débat pour qu’il ne traite plus la question de la production et de la propriété des moyens de production.

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Le travail détaché en quelques lignes

Voilà plus d’un an que la France est le théâtre de mouvements sociaux que l’on croyait condamnés aux livres d’histoire. En effet, depuis l’accession d’Emmanuel Macron au pouvoir, rien ne semblait pouvoir freiner sa marche néolibérale et autoritaire – avec la réforme du statut de cheminots comme symbole de cette toute puissance. Pourtant, l’émergence du mouvement des Gilets jaunes (même si, logiquement avec sa longévité, il tend à s’essouffler) et le lancement de la grève illimitée contre la réforme des retraites sont venus rappeler avec force à quel point la base sociale de ce pouvoir était minime. S’il serait présomptueux de dire que ces deux éléments ont fait reculer le monarque présidentiel, il est évident qu’ils ont enfoncé un coin dans l’impression de toute puissance du locataire de l’Elysée.

Ce qui, disons les choses clairement, est assez surprenant dans les deux mobilisations réside principalement dans l’absence de griefs à l’égard de l’Union Européenne ou plus largement d’un système néolibéral globalisé – ce qui en dit long sur l’exploit réalisé par Emmanuel Macron, celui de concentrer tous les griefs. Placé au cœur des revendications, la question du pouvoir d’achat est pourtant intimement liée à bien des prérogatives de l’UE si bien que ne pas en parler du tout revient, me semble-t-il, à passer à côté de tout un pan du problème. Parmi ces diverses prérogatives directement liées à la question du pouvoir d’achat, la question du travail détaché n’est pas la moindre.

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La radicalité en quelques lignes

A l’orée d’un mouvement social qui s’annonce massif, les sempiternels éléments de langage pour disqualifier la contestation sociale sont utilisés par le pouvoir et sa majorité. Présentées comme des archaïques ou des défenseurs des inégalités – oui aussi fou que cela puisse paraitre – les personnes qui vont se mobiliser jeudi prochain (et, espérons-le, les jours suivants) sont diabolisées par le gouvernement et sa majorité fantoche pour mieux éviter de parler du fond de la réforme à venir. Il n’est guère surprenant de voir cette stratégie à l’œuvre dans la mesure où c’est celle qui est utilisée depuis des décennies. Depuis l’émergence et l’élection d’Emmanuel Macron, cette stratégie est toutefois portée à incandescence.

Se présentant comme le rempart aux populistes et aux radicaux – dans un exercice de confusionnisme dont il est coutumier – le nouveau monarque présidentiel use de cet argument ad nauseam. Par-delà le confusionnisme ambiant qu’induit une telle stratégie, il est chaque jour plus important de clarifier les termes et notions utilisées. Si mal nommer un objet revient à ajouter au malheur du monde selon la si belle phrase d’Albert Camus, c’est peu dire que la confusion qui règne autour de la notion de radicalité ajoute au malheur du monde par wagons entier. Il me semble que l’utilisation de la notion de radicaux pour discréditer l’opposition révèle en réalité bien plus sur ceux qui utilisent cet argument que sur ceux qui en sont la cible.

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Les populismes en quelques lignes

A quelques jours d’une mobilisation sociale qui s’annonce extrêmement suivie et à quelques mois d’élections municipales qui ont toutes les chances de se révéler très difficiles pour le pouvoir en place, il y a de fortes chances que La République en Marche et toute la galaxie qui gravite autour d’elle use et abuse à nouveau de l’argument affirmant qu’Emmanuel Macron et ses affidés sont les remparts contre les populismes et contre ceux qui ne veulent pas avancer. C’est effectivement en grande partie l’argumentaire qui avait été utilisé en 2017 pour tenter de se distinguer des autres forces politiques, à savoir se présenter comme le mouvement modéré, tempéré au contraire de ses adversaires alors même que le monarque présidentiel ne représente rien d’autre que l’extrême-centre qui n’est pas le moins forcené des extrémismes.

Il faut dire que la caste au pouvoir peut profiter de l’intérêt que suscite le concept de populisme en même temps que la grande confusion qui règne autour de ladite notion pour amalgamer tout et n’importe quoi. Il n’est effectivement pas rare de voir la carte populisme être brandie pour discréditer tous les mouvements qui s’opposent au pouvoir en place un peu comme si tous les populismes se valaient, c’est clairement l’option argumentaire choisi par la camarilla au pouvoir pour ne pas avoir à discuter du fond. D’une certaine manière, le terme de populisme est devenu une sorte de nouveau point Godwin que l’on utilise pour mettre un terme à la discussion en présentant son interlocuteur sous les traits d’un affreux réactionnaire qui ne veut pas avancer. Il devient, je crois, plus que temps d’avoir une approche rigoureuse de ce concept.

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