D’après les mots d’Abdou Diouf, ancien président du Sénégal, l’Afrique est désormais « un continent d’avenir qui ne supporte plus le regard apitoyé des autres ». Autrefois il aurait été interprété comme l’expression d’une fierté bravache et inconsciente mais aujourd’hui il saisit la réalité d’une Afrique subsaharienne en mouvement. La croissance rapide de l’économie est l’indicateur le plus marquant : elle a atteint 5,7% de croissance en 2013 (quand la zone € peinait à sortir de la récession) soit deux points de plus que la croissance mondiale. Depuis 2001, sa croissance atteint et le plus souvent dépasse les 5% annuels et même durant le marasme mondial de 2009 sa croissance se maintenait à 2,8%. Mieux encore, depuis douze ans la croissance économique est deux fois plus rapide que la croissance démographique donc l’Afrique s’enrichit. Ainsi, au cours des années 2000, selon Hugon, la part de la population vivant en deçà du seuil de pauvreté absolue est passé de 66 à 60%, 32% de la population gagnent entre 1500 et 3800€ annuels (contre 29 au début de la décennie). Néanmoins, ces chiffres cachent des disparités importantes entre les 49 Etats subsahariens : l’Afrique du Sud (30% du PIB de la région) et le Nigéria (21) pèsent économiquement autant que tous les autres Etats réunis. Lire la suite
Année: 2015
Tous responsables de la résonnance de Morano ?
Depuis le 26 septembre dernier et son passage à On n’est pas couché, Nadine Morano est au centre de tous les débats et de toutes les attentions. De son passage sur le plateau de Laurent Ruquier, on n’a retenu qu’une seule phrase : « La France est un pays de race blanche ». Voilà comment huit petits mots ont provoqué un ouragan et placé l’élue européenne au centre de la vie politique française depuis 20 jours. Loin de moi l’idée d’absoudre Nadine Morano mais quand je vois tout le remue-ménage provoqué par son intervention je me dis que nous avons tous une part de responsabilité dans la résonnance qu’a pu avoir Nadine Morano à la suite de ses propos.
Tous les regards se tournent en premier lieu vers les médias puisque la candidate aux régionales a écumé les plateaux télés et les matinales de radio à la suite de son passage dans le talkshow de France 2. Evidemment, les premiers responsables sont les médias qui ont donné une tribune extraordinaire à madame Morano, si bien que ces trois dernières semaines auront été celles où elle a été le plus sollicitée par les médias durant sa vie politique. La course à l’audience et à l’audimat a, bien entendu, participé de cette dynamique. Recevoir Nadine Morano, c’était l’assurance de faire les gros titres. Toutefois, les médias sont loin d’être les seuls responsables. Nous sommes, en effet, tous responsables d’une certaine manière en relayant sur Twitter, Facebook et les autres réseaux sociaux des propos que l’on prétend combattre. Lire la suite
Hitler n’était pas fou
La vie nous réserve parfois son lot d’ironie et de circonstances cocasses. C’est ce que j’ai ressenti en lisant La Part de l’autre d’Eric-Emmanuel Schmitt. Au même moment, en effet, une polémique naissait en Allemagne à propos du film Er ist wieder da (comprenez « il est de retour ») tiré d’un best-seller et qui relate une fiction dans laquelle Hitler se réveille à notre époque. Cette polémique vient nous rappeler qu’il existe encore un énorme tabou à propos de l’ancien dictateur allemand. Il est assez drôle de constater que ces controverses et ces polémiques avaient aussi accompagné la parution du livre de Schmitt. Il en fait d’ailleurs le récit dans le journal à la fin du livre.
Pourquoi un tel tabou ? L’auteur de La Part de l’autre l’explique bien dans le livre (qui est le roman d’Adolf Hitler et d’Adolf H, son alter ego, ce qu’aurait pu devenir Hitler). Ce qui est en jeu, c’est la vieille distinction entre « comprendre » et « excuser » voire « justifier ». En somme la plupart des gens estiment que comprendre Hitler revient à excuser l’abominable crime qu’il a perpétré. Derrière cette première raison, se cache une autre raison, plus perverse elle. Il s’agit en fait de noircir Hitler pour mieux se blanchir, de se dire qu’Hitler était fou et que seul un génie du mal pouvait suivre cette pente. Tout le génie d’Eric-Emmanuel Schmitt est de nous montrer, tout au long du livre, que cette vision est complètement erronée, que tous, selon les circonstances ou selon nos analyses nous pourrions un jour devenir Hitler. Un tel livre ne vous laisse pas indemne.
Les incohérences des partisans du plan B
Le 12 septembre dernier, lors de la Fête de l’Humanité, un débat a été organisé entre Jean-Luc Mélenchon, Stefano Fassina, Yanis Varoufakis et Oskar Lafontaine (le dirigeant de Die Linke, la gauche radicale allemande). A la suite de ce débat, le président du Parti de Gauche a annoncé qu’un sommet du plan B se tiendrait à Paris les 14 et 15 novembre prochain. Par plan B, il faut entendre la fin de l’austérité, le retour à une politique ambitieuse ayant vocation à réduire les inégalités socio-économiques et à replacer l’humain au centre de la politique. En somme, il s’agit pour les partisans du plan B de faire exactement le contraire de la politique menée actuellement en Europe et qui a montré tous les dégâts et la casse sociale qu’elle pouvait faire.
En publiant Un Autre monde est possible, Yanis Varoufakis ne dit pas autre chose. Le plus rude opposant à l’ordo-libéralisme allemand et donc à Wolfgang Schaüble lors de la crise grecque de l’été dernier est sans conteste la tête d’affiche de ce mouvement qui exige un plan B en Europe. Il est à la fois sa voix, son incarnation mais aussi malheureusement le reflet de son incohérence et de son refus d’aller jusqu’au bout. « Il est aisé d’être logique. Il est presque impossible d’être logique jusqu’au bout » écrivait Camus dans Le Mythe de Sisyphe. Telle est aujourd’hui la position des partisans du plan B, par crainte ou par conviction, ils se refusent d’aller au bout de leurs revendications.
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Le Volkswagengate ou le règne de l’hypocrisie
Voilà désormais une quinzaine de jours que le scandale Volkswagen, comme on a décidé de l’appeler, a éclaté. Indignation (quasi) unanime, démission du PDG de l’entreprise allemande, plongeon du cours de l’action sur les bourses, autant d’éléments qui sont venus égrener ces deux semaines au cours desquelles Volkswagen a vu tout le monde ou presque lui tourner le dos, à commencer par l’Etat allemand qui, très vite, s’est désolidarisé de l’entreprise qui est pourtant un de ses fleurons. Après la surprise est donc venu le temps de l’indignation et des grandes déclarations de la part des politiques. Les Etats-Unis ont ainsi la ferme volonté d’infliger une amende record à la firme de Wolfsburg tandis qu’en France, beaucoup appellent à des examens plus approfondis sur les véhicules.
Derrière ce lynchage en règle que subit actuellement Volkswagen, il me semble surtout que la plupart des personnes ou entreprises qui ont vertement critiqué l’entreprise allemande le font pour mieux détourner les regards sur leurs propres errements ou sur leurs agissements qui ne sont, pour la plupart, pas bien plus honnêtes que ceux de VW. Qu’il n’y ait pas méprise, je n’absous absolument pas Volkswagen qui est évidemment le principal coupable dans cette affaire. Toutefois, plutôt que de voir en elle une brebis galeuse, je suis bien plus enclin à y voir le révélateur de certains problèmes de notre système capitaliste contemporain. En somme, le système tente de transformer Volkswagen en pharmakos en essayant de nous faire croire que la firme automobile aurait drainé tous les travers et qu’il faut donc la punir pour assainir le système alors qu’elle est le symbole du système actuel. Lire la suite
Le discours du pape au Congrès américain, symbole de la fin du sacré
Le Pape François s’est donc rendu au Congrès américain pour s’exprimer devant les Représentants. En faisant ceci, il a été l’auteur d’une grande première. Jamais, en effet, un souverain pontife ne s’était rendu dans un Parlement pour y tenir un discours. En ce sens, la visite de François aux Représentants américains, en même temps qu’elle marque un tournant historique, sonne aussi comme un symbole puissant. Elle marque, en effet, la fin du sacré dans la mesure où il n’y a désormais plus de séparation entre le sacré et le profane.
Cette visite marque évidemment la fin du sacré religieux. Toutefois, le sacré n’est pas nécessairement d’essence religieuse comme nous le montre Roger Caillois dans L’Homme et le sacré. Evidemment, cet affaiblissement du sacré n’est pas récent. Depuis des siècles nous assistons à une érosion de celui-ci mais comme le note très brillamment Régis Debray dans son nouveau livre en forme de testament, Madame H, notre époque est celle de sa fin complète et définitive. Plus de sacré religieux donc mais plus de sacré non religieux aussi, voilà la période que nous vivons actuellement. Lire la suite
L’Union Européenne, meilleure alliée des mouvements régionalistes ?
Au lendemain des élections en Catalogne où les partisans de l’indépendance ont remporté une franche victoire, retour sur les relations tumultueuses entre l’UE et les mouvements régionalistes. Lire la suite
La victoire à la Pyrrhus d’Alexis Tsipras
Tsipras réussit son pari. Voilà ce que l’on pouvait lire dans à peu près tous les journaux européens ce lundi matin. Le leader de Syriza a donc réussi à remporter un troisième scrutin de rang après les législatives de janvier dernier et le référendum de juillet. Le voilà ainsi conforté par le peuple grec selon tous les observateurs. Un peuple grec qui s’est abstenu à hauteur de 40%, ce qu’oublie de mentionner la plupart des observateurs. Certains se laissent même aller à la métaphore footballistique en nous expliquant que Tsipras « virevolte, dribble ses adversaires, leur met des petits ponts pour finir par marquer le 3ème but ».
Ce qu’on oublie de nous dire, c’est que Tsipras n’a pas fait de pari. Il a été contraint de démissionner ce n’est pas son choix. Ayant été mis en minorité à la Vouli, celui-ci avait l’obligation de former une nouvelle coalition ou de convoquer à nouveau aux urnes des Grecs fatigués et usés par une austérité toujours plus pesante. Alors certes, Tsipras et Syriza comptent aujourd’hui 145 sièges à la Vouli. Tsipras pourra à nouveau former une coalition avec les Grecs Indépendants de l’ANEL (qui ont, eux, obtenu 13 sièges) et continuer à gouverner mais cette victoire électorale s’apparente bien plus à une victoire à qui gagne perd qu’au triomphe électoral que l’on nous vend.
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Algérie : quand le Sud reprend sa place
Intervention militaire française au Mali, prise d’otages à Tiguentourine, manifestations des chômeurs à Ouargla… En 2013, le sud de l’Algérie a pris une place prépondérante dans l’actualité. Alors que cette région recèle les hydrocarbures qui assurent le train de vie de l’Etat, elle était restée marginalisée tant économiquement que politiquement. Bien qu’engagé de longue date, ce rééquilibrage géographique n’est pas sans générer des inquiétudes.
Martin Eden ou la défaite de l’individualisme
De Martin Eden, on en entend souvent que c’est un roman autobiographique, très beau, dans lequel Jack London projette sa propre vie. Il y a évidemment de ça. On constate des similitudes troublantes entre les vies de Jack London et de Martin Eden, notamment dans l’itinéraire de la misère au succès ou dans la motivation première de cette élévation sociale, à savoir l’amour porté à une femme. Martin Eden ressemble à Jack London dans ses tentatives forcenées d’être publié et surtout dans les refus qui lui sont opposés au départ. Jack London ressemble à Martin Eden quand il va réclamer avec fracas l’argent qu’un journal lui doit pour une nouvelle.
Toutefois, il me semble qu’il faille voir dans Martin Eden bien plus qu’un simple et beau roman autobiographique. Dans ce livre, Jack London partage, à mon sens, sa philosophie. D’ailleurs, comme l’écrivait si brillamment Camus, une roman n’est-il pas qu’une philosophie mise en image ? A mon sens, Jack London nous livre avec ce roman, considéré à raison comme son chef d’œuvre, sa conviction philosophique la plus profonde : l’individu ne peut l’emporter face à la société. En refusant tous les codes, Martin se condamne à l’échec finalement, échec qui marque, pour Jack London, la défaite ultime de l’individualisme.
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