Les liaisons dangereuses (à propos des rachats de clubs)

Télémaque et les nymphes de Calypso – Angelica Kauffmann

Depuis quelques semaines, voire mois, le serpent de mer de la #VenteOM revient régulièrement sur le devant de la scène. Sur les réseaux sociaux bien entendu mais également dans les médias puisqu’un certain nombre d’articles ou d’interviews à ce propos ont vu le jour ces derniers temps. S’il ne m’appartient pas ici de parler de ce sujet propre – pour la simple et bonne raison que je n’ai absolument aucune information à ce propos – les réactions aux rumeurs de vente paraissent être une très bonne porte d’entrée pour s’intéresser aux rachats de clubs et aux débats qui leur sont afférents.

Le point commun des différentes rumeurs de vente du club est effectivement qu’elles placent toutes l’acheteur potentiel dans le pourtour arabo-musulman. La plus relayée d’entre elles évoque l’intérêt du prince Al-Walid ben Talal Al Saoud ce qui n’a pas manqué de provoquer des réactions goguenardes, consternées ou exaltées selon les personnes. Les critiques parfois très puissantes à l’égard d’un potentiel rachat par ce personnage semblent être révélatrices de bien des biais qui parcourent les commentaires dès lors que l’on aborde la question des rachats de clubs.

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Parlons un peu de la FIFA

La lecture du manifeste du 19 février 1861 – Grigori Miassoïedov

La FIFA est une association à but non lucratif qui brasse pourtant des milliards de dollars et qui a un wagon de partenaires économiques. Tous les 4 ans, elle pose ses valises dans un pays avec sa caravane publicitaire et impose sa loi, sans ménagement. Le mondial lui appartient, elle en fait ce qu’elle en veut et peut donc le caler en hiver dans un pays qui pratique l’esclavage moderne. 2022 doit marquer un changement de cap et sonner le glas de l’impunité.

C’est la maraude qui traverse de nombreux observateurs européens du football : la coupe du monde au Qatar est un problème. Ce mondial symbolise trop de chose, la corruption, des investissements massifs dans des équipements qui n’ont aucun avenir, surtout des conditions de travail souvent exécrables sur les chantiers et la mort de nombreux ouvriers. Concernant ce petit pays du Golfe, c’est surtout le dernier critère qui hérisse le poil de beaucoup de monde. La presse anglophone martèle le chiffre de plus de 6000 morts sur les chantiers des stades, quand en France on parle d’une moyenne de 1000 morts par an sur ces mêmes chantiers. À la fin, la FIFA est-elle complice ou victime de tout ça ?

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De l’hypocrisie (à propos de Sarkozy et de la prison)

Le dernier voyage du Téméraire – J.M.W. Turner

Il y a quelques jours, nous avons appris que Nicolas Sarkozy était condamné à trois ans de prison dont un ferme dans l’affaire dite « des écoutes » et qui, très prosaïquement, concerne des faits de corruption. Une information en chassant une autre, d’autant plus dans cette période particulière liée à la crise sanitaire, nous ne nous sommes pas attardés plus longtemps que cela sur ce verdict. Si Nicolas Sarkozy et ses coprévenus ont immédiatement fait appel, si l’ancien président s’est empressé d’aller dans des médias amis pour plaider sa cause et si la séquence politico-médiatique autour de cet évènement n’a guère duré longtemps, il n’en demeure pas moins vrai que ce verdict judiciaire et, plus encore, les réactions à ce dernier, nous en ont beaucoup appris sur l’hypocrisie qui suinte d’une large part des élites politiques, médiatiques et économiques dès lors qu’il s’agit de la question de la prison.

Il serait toutefois inexact de circonscrire les réactions auxquelles nous avons pu assister au simple cas de Nicolas Sarkozy. La mécanique qui s’est mise en route n’est assurément pas nouvelle tant des personnalités comme Patrick Balkany ou Carlos Ghosn – qui était invité sur un plateau télé le même jour que Nicolas Sarkozy dans une douce ironie – ont suscité ce genre de débats pour ne citer que les cas les plus récents. Pour autant, la situation de Nicolas Sarkozy est fortement symbolique à bien des égards : personnalité bien plus médiatique que les autres, ancien premier personnage de l’État, véritable bête médiatique disposant d’une aura encore certaine parmi beaucoup de sympathisants de droite, celui qui fut maire de Neuilly-sur-Seine suscite tout simplement beaucoup plus de réactions que n’importe quel autre homme politique dans le pays.

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La grande imposture (sur la romantisation de l’ascension sociale)

La grotte de Calypso – Jan Brueghel l’Ancien

Alors même que la situation d’une grande partie des étudiantes et étudiants est très préoccupante, le gouvernement préfère discuter avec des influenceurs. Cela en dit assurément très long sur la manière dont le pouvoir envisage la représentativité et s’acharne à rester dans une certaine zone de confort. Plus largement, cette séquence politico-médiatique nous démontre une nouvelle fois à quel point toute une partie de la population peut se retrouver invisibilisée dans un simulacre de représentation. Cette dynamique ne concerne bien évidemment pas seulement les étudiants, l’on pourrait dérouler à l’envi la liste des faux représentants mis en avant par l’ordre établi pour ne pas discuter avec les principales personnes concernées.

À ce petit jeu, un grand nombre des figures médiatiques prétendant représenter les personnes ayant connu une ascension sociale ne font pas exception. Encore une fois, il ne s’agit pas tant de s’attarder sur les personnes que de s’intéresser aux dynamiques profondes ainsi qu’aux structures qui sont bien plus assurément les éléments qui nous enseignent le plus de choses. Il n’en demeure pas moins vrai que la plupart des profils mis en avant participent à une forme de romantisation de l’ascension sociale (quand il ne s’agit pas purement et simplement de mensonges) qui, en soulignant des parcours particuliers, se vide de tout discours réellement critique et offensif à l’égard de l’ordre établi. Une imposture en somme, qu’il convient d’urgemment déconstruire pour mieux critiquer ledit ordre.

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Samuel Etienne doit-il débattre avec le Rassemblement National ?

Il a l’air vraiment sympa ce Samuel Etienne. Le sémillant présentateur d’une émission grand public sur France 3 est désormais streamer politique. Il a parfaitement réussi ce grand écart entre Questions pour un champion et Twitch, entre retraités et jeunesse.

Dernière trouvaille de l’idole des jeunes ? Inviter François Hollande pour un petit live Twitch à la cool dans la salle à manger. Les extraits tournent rapidement sur les réseaux numériques dans lesquels Samuel Etienne s’est fait une place de choix. Le ton est badin, l’ambiance détendue.

La poulie présidentielle de Manuel Valls et Emmanuel Macron peut tranquillement dérouler son nouveau style de punchlineur déjà entrevu dans une autre émission politique de haute volée animée par Yann Barthès, l’idole des jeunes des années 2010.

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Penser un football émancipateur

Soviet Sport, 1935 – Alexander Samokhvalov

Le football est un fait social total comme l’entend Durkheim. Il marque la société, ses acteurs, son environnement, il offre une multitude de grilles de lecture et est présent dans la vie de beaucoup, même ceux pour qui ce sport n’a que peu d’intérêt. Cependant, on aime réduire le football à son aspect économique, ou alors comme l’opium du peuple, un sport qui aliène les masses et empêche leur émancipation en faisant ressurgir le plus mauvais en eux. Pour autant, le football est encore là, à irriguer nos vies, occuper nos soirées, nos journées, on aime autant aller au stade que taper dans le ballon avec ses potes, dans un parc, sur un vieux City stade ou un terrain plus classique. Le Football fait partie de nos vies, et ce pour encore un certain temps, alors comment le penser comme un élément de notre émancipation, peut-il être la porte vers un nouvel horizon ?

Il faut tout d’abord tordre le cou à un abus de langage, le football qui fait la une des médias, fait sensation à chaque frasque ou presque n’est qu’une infime partout du Football dans sa globalité. Taper dans un ballon, c’est avant tout un sport accessible à tous ou presque qui plait et passionne de nombreuses personnes et qui est devenu un langage planétaire. Bien sûr, le football professionnel, celui qui brasse des millions de dollars est une émanation directe de ce sport qui touche autant de personnes. Sans cet engouement planétaire, jamais de mondial diffusé dans presque tous les pays et jamais de FIFA avec plus de pays affiliés qu’à l’ONU. Cependant, le football ce n’est pas que les championnats nationaux, les compétitions continentales ou internationales ou encore les indemnités de transferts délirantes et c’est important de le rappeler.

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Démocratie, autoritarisme et totalitarisme

Ulysse et les Sirènes – John William Waterhouse

En début de semaine, lors d’un déplacement à Stains, Emmanuel Macron a, au détour d’une phrase anodine, fait comprendre que le confinement pourrait durer encore quatre à six semaines. Répondant, en riant, à la question d’un jeune homme il a effectivement expliqué qu’il allait falloir « tenir encore un peu ». Cette nouvelle déclaration est venue confirmer la manière autoritaire dont est gérée la crise sanitaire depuis sa survenue. Loin de réellement consulter le Parlement, l’exécutif prend toutes ses décisions ou presque en conseil de défense, ce qui en dit assez long sur la pratique du pouvoir actuel.

Il serait toutefois erroné de circonscrire ces pratiques a-démocratiques – comprendre des pratiques qui ne s’embarrassent pas de consultation – à la gestion de la crise sanitaire. S’il est certain que la situation que nous vivons depuis un peu moins d’un an a renforcé certaines dynamiques qui lui préexistait, je suis personnellement bien plus enclin à voir dans ce qu’il s’est produit ces derniers mois une forme de révélation à grande échelle du caractère bâtard du système institutionnel dans lequel nous vivons et la confirmation que la France est bel et bien le pays le moins démocratique parmi ce que l’on appelle les « démocraties libérales ». The Economist – pas franchement connu pour être un organe gauchiste – ne s’y trompe d’ailleurs pas en plaçant notre pays dans la liste des démocraties dites défaillantes. Dès lors, l’articulation entre les notions de démocratie, d’autoritarisme voire de totalitarisme semble être un enjeu majeur pour la compréhension du régime politique dans lequel nous vivons.

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Demain, c’est loin

David avec la tête de Goliath – Le Caravage

Vendredi dernier, peu avant 21h c’est par un communiqué relativement succinct que Frank McCourt a annoncé le changement de direction à la tête de l’OM. Moins d’un mois après les événements survenus à la Commanderie et quelques jours avant l’arrivée de Jorge Sampaoli sur le banc du club, Jacques-Henri Eyraud, sans doute le fusible le plus important du propriétaire étatsunien, a donc quitté ses fonctions de président délégué pour rejoindre le conseil de surveillance. Dans la foulée, McCourt s’est rendu à Marseille pour introniser Pablo Longoria comme nouveau président et faire le tour des médias et des huiles politiques de la ville dans une forme de numéro de charme qui n’est pas sans rappeler 2016 et les premiers pas du Bostonien à Marseille.

Présenté comme l’ennemi numéro un d’un grand nombre de supporters, honni par les groupes ultras qu’il avait mis en demeure avec son sbire Hugues Ouvrard, pompier pyromane durant tout le mois de février, Jacques-Henri Eyraud semble donc avoir perdu son bras de fer avec les supporters – et non pas les « fans » selon son jargonneux et pompeux verbiage – alors même que cela semblait bien peu probable il y a quelques jours encore. Faut-il dès lors y voir une victoire totale de la part des supporters et plus particulièrement des groupes ? Le retrait de la mise en demeure annoncé par le propriétaire pourrait aller dans ce sens. Je crois, toutefois, qu’il faut se garder de tout triomphalisme tant la situation demeure précaire et la bataille risque d’être longue.

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