Conseil constitutionnel, le symbole Juppé

[Edit]: J’ai par erreur cru qu’Alain Juppé était nommé président du conseil constitutionnel alors qu’il est simplement nommé membre. Que cette erreur importante soit corrigée, j’en suis désolé.

Il y a quelques jours, nous apprenions qu’Alain Juppé allait être nommé au conseil constitutionnel. Dans une conférence de presse versant volontiers dans le pathos, le futur-ex maire de Bordeaux a expliqué à quel point cela constitue un déchirement de quitter la ville dont il a été maire durant plus de 23 ans – il a régné sur la capitale aquitaine de 1995 à 2019 avec une pause de presque deux ans entre décembre 2004 et octobre 2006. Proposé par le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, sa nomination au conseil constitutionnel est assurément l’une de ces décisions concoctées dans les cénacles du pouvoir et dont les raisons, ou tout du moins une partie d’entre elles, échappent au profane.

Futur successeur de Laurent Fabius, l’ancien candidat à la primaire de la droite ne va, en s’installant dans le siège de « sage », pas déroger à une vieille tradition française de nomination de responsables politiques au conseil constitutionnel – nous y reviendrons. Alors que Didier Migaud était pressenti pour être nommé dans ce qui est parfois pompeusement appelé le conseil des Sages, c’est donc à un formidable contre-pied que nous avons assisté, contre-pied qui en dit très long sur les carences françaises dans le domaine du contrôle constitutionnel.

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L’agression de Finkielkraut, l’hystérie et la lutte contre l’antisémitisme

Mardi soir, de nombreuses personnes se sont réunies un peu partout en France pour réaffirmer l’importance de la lutte contre l’antisémitisme. Répondant à un appel du Parti socialiste et de bien d’autres partis politiques, associations, personnalités, des milliers de personnes ont rejoint les places des principales villes du pays, à commencer par la très symbolique place de la République à Paris (symbolique parce que la Res Publica signifiait en latin, la chose commune). Ces multiples rassemblements en faveur de la lutte contre l’antisémitisme répondaient à un constat aussi terrible que prévisible (je reviendrais sur ce point), celui de l’augmentation des actes antisémites en France en 2018.

Après deux années de reflux, les actes antisémites déclarés aux policiers et gendarmes ont progressé de 74% au cours de l’année précédente (541 faits signalés contre 311 en 2017). S’il faut évidemment prendre avec des pincettes ce genre de chiffre dans la mesure où tous les actes ne sont pas signalés, la tendance, qui dépasse largement le cadre de l’antisémitisme, est très inquiétante puisque l’on voit prospérer un peu partout en Europe et dans le monde les discours et actes ouvertement racistes. Samedi dernier, en marge de la mobilisation des Gilets jaunes, Alain Finkielkraut a été verbalement et violemment pris à partie par certaines personnes aux cris de « la France est à nous » ou de « sioniste de merde » pour ne citer que deux des exemples. Aussitôt, une forme de fabrique de l’hystérie s’est mise en place à la suite de cette agression, fabrique de l’hystérie guère surprenante si l’on fait l’effort de regarder dans le rétroviseur.

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GPA, le débat sans fin

Il y a quelques semaines, Envoyé spécial diffusait un reportage très intéressant sur la question de la gestation pour autrui – et donc des mères porteuses. Démontrant que cette pratique avait lieu en dépit de son interdiction, le sujet de l’émission de France 2 a assurément mis l’accent sur bien des points épineux de ce débat qui est, peut-être, l’un des plus complexes qui puisse être en cela qu’il est tragique au sens premier du terme, à savoir deux légitimités qui s’affrontent sans que l’une ou l’autre ne puisse réellement s’imposer à l’autre. Il n’est évidemment pas question pour le moment de voir la GPA légalisée en France – pour le moment on peine à apercevoir un espoir concret d’autorisation de la PMA pour les couples de lesbiennes – mais il me semble que ce débat est important dans la mesure où il se trouve à la croisée des questionnements sociétaux et économiques.

L’on pourrait s’offusquer de voir dans ce débat une question économique. Je crois pourtant que c’est aussi de cela qu’il s’agit dès lors que l’on aborde le sujet si bien qu’une réflexion holistique sur celui-ci ne saurait faire l’économie de poser les questions relatives à l’exploitation des mères porteuses et de la forme d’aliénation que peuvent générer ces pratiques. Evidemment, le sujet est extrêmement sensible puisqu’il touche à ce qu’il y a de plus intime – le fait de porter un enfant dans le cas des mères porteuses, celui d’avoir des enfants dans le cas des parents ayant recours à cette pratique – mais c’est précisément pour cette raison qu’il est important, à mes yeux, de tenter d’aborder la question loin de l’hystérie et des anathèmes qui l’entourent souvent.

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Derrière la valeur travail, la fable de la méritocratie

Il y a quelques semaines j’avais abordé la question de la valeur travail dans un billet – ou plus précisément le culte dont celle-ci est l’objet et ce que nous apprend ledit culte sur la société dans laquelle nous évoluons. En y réfléchissant à nouveau, il me semble que parler de la valeur travail sans aborder la question de la méritocratie sur laquelle celle-ci est, d’une manière ou d’une autre, adossée revient à avoir une analyse partielle et finalement assez peu éclairante du phénomène. Comment, en effet, saisir l’entièreté et la complexité du problème lié au culte de la valeur travail sans interroger les tenants (l’objet de ce papier donc) et les aboutissants (abordés dans le précédent papier) ?

Il convient, toutefois, avant toute chose de définir de quoi l’on parle dès qu’on aborde la question de la méritocratie. Néologisme postulant l’importance du mérite dans l’accession au pouvoir (politique, économique, symbolique, etc.), la méritocratie est, finalement, le fondement même du culte de la valeur travail en cela qu’elle postule que si l’on est digne d’accéder à telle ou telle position – on voit ici clairement le lien avec la notion de travail dans une logique qui voudrait que si l’on travaille bien alors on obtiendra la reconnaissance et la position que l’on mérite. Il va sans dire que cette fumeuse notion de méritocratie est une forme de fable, pareille à ces jolies histoires que l’on raconte aux enfants pour mieux les endormir.

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La loi « anticasseurs », la perquisition chez Mediapart et l’hiver démocratique

Il est des périodes qui sont tout à la fois le témoin et la scène d’accélération prodigieuse des dynamiques. Pareilles à ces mélanges chimiques qui ont besoin de dépasser un certain stade pour que le précipité se forme, celles-ci sont reconnaissables à la succession très rapprochée de symboles de rupture. Il ne me parait pas exagéré de dire que nous vivons actuellement une période de ce type en France. Des propos tenus en demi-off par Emmanuel Macron à certains médias, où le monarque présidentiel fait montre d’un complotisme absolument absurde dans tous les sens du terme, au vote par une écrasante majorité de députés de la loi dite anticasseurs qui remet radicalement en cause le droit de manifester dans ce pays en passant par la tentative de perquisition de Mediapart au fumeux motif d’une protection de la vie privée ou celle de Manuel Bompard, tout ou presque concorde pour dire que la séquence que nous vivons est singulière.

Le propre de ce genre d’accélération des évènements est sans conteste leur caractère apocalyptique. Il faut ici entendre le sens premier et étymologique du terme apocalypse, terme qui dans la Grèce antique signifiait révélation. Il ne s’agit pas de dire que l’on découvre le visage autoritaire du locataire de l’Elysée – peut-être devrions nous l’appeler le complotiste de l’Elysée comme le fait Frédéric Lordon dans son dernier billet de blog, génial au demeurant – mais bien plus assurément expliquer que le voile semble s’être définitivement et de manière irrémédiable déchiré, que les quelques oripeaux derrière lequel se cachait la caste sont désormais jetés à terre et que le roi est désormais nu, donc autoritaire. Démontrer et critiquer cette extension du domaine autoritaire ne saurait suffire, il devient impérieux de se lever contre cet hiver démocratique.

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De la Plaine à la rue d’Aubagne, la bataille du centre

Le 5 novembre dernier, la France réalisait avec effroi à quel point la misère gangrénait sa deuxième plus grande ville. Plus précisément, en ce triste jour d’automne, le voile pudique posé sur la pauvreté, l’insalubrité et l’incompétence de l’équipe municipale se déchirait dans le fracas de l’effondrement de deux immeubles. Les huit morts du 5 novembre, progressivement sortis des décombres les jours suivants la catastrophe – au sens étymologique du terme, la katastrophê grecque signifiant le renversement – sont autant de témoins, désormais hors de ce monde, de l’incurie des pouvoirs publics dans la gestion de l’habitat à Marseille.

Si la France s’est réveillée ce jour-là par rapport aux politiques criminelles menées à Marseille, les Marseillais étaient conscients depuis longtemps de cet état de fait. Il n’en demeure pas moins que le tragique 5 novembre 2018 est désormais une plaie béante dans la chair de la Cité phocéenne, une date à marquer d’une pierre noire dans les livres d’histoire de la ville. De la même manière qu’il est vrai que les Marseillais, à commencer par les plus populaires d’entre eux, étaient conscients de la situation déplorable de l’habitat dans le centre-ville et de la stratégie volontairement mise en place par Jean-Claude Gaudin pour « nettoyer » cette partie de la ville selon ses propres mots, l’effondrement des deux immeubles a fait l’effet d’un choc dont les répercussions sont, encore aujourd’hui, difficiles à prévoir. Ce point de rupture auquel Marseille tout entière semble parvenue est peut-être le franchissement du seuil qui va permettre de précipiter des changements d’ampleur, c’est en tous cas ce que l’on peut espérer lorsque l’on voit la réaction digne et forte des Marseillais.

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Les réseaux sociaux, la remise en cause de l’anonymat et la défense de l’ordre établi

S’il n’est pas nouveau d’entendre des critiques sur l’anonymat (ou le pseudonymat) offerts par les réseaux sociaux, il semblerait que ladite critique prend de plus en plus d’ampleur ces derniers temps. Présentés comme d’odieux tribunaux populaires par les réactionnaires de tous poils au moment de #MeToo, décrits comme étant la fange de la société par certains de ceux qui se croient au-dessus de la masse, accusés d’être la cause de tous les maux frappant les institutions de pays dits démocratiques – on se rappelle du cinéma à propos des bulles informationnelles supposément constituées par Twitter ou Facebook lors de l’élection de Donald Jr. Trump sans que les médias traditionnels ne soient remis en cause – les réseaux sociaux sont devenus la cible favorite de ceux qui veulent se présenter comme les chevaliers blancs de la démocratie à peu de frais.

Il n’est d’ailleurs guère étonnant de voir que la proposition de supprimer l’anonymat sur les réseaux sociaux prospère en ce moment dans le pays. Soumis à un mouvement que l’on peut aisément qualifier d’insurrectionnel depuis maintenant plus de deux mois, le pouvoir en place est actuellement en train d’étendre encore et toujours l’autoritarisme. Des interdictions administratives de manifester présentes dans la loi dite anticasseurs (mais qui est bien plus assurément une loi anti-manifestations) aux perquisitions de groupes politiques ou de médias en passant par la violence accrue des forces de l’ordre lors des manifestations, tout est fait ou presque pour que la coercition soit la norme et que tous ceux présentés comme déviants – donc critiques de l’ordre établi – soient châtiés.

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La crise vénézuélienne ou le règne du simplisme

En termes de politique et de géopolitique, il est des évènements qui marquent des ruptures ou tout du moins qui en provoquent en forçant les responsables, les communicants et, finalement, tout un chacun à se positionner une fois qu’ils surviennent. Ce genre d’évènements jouent bien souvent le rôle de révélateurs. Au cours des dernières années, les printemps arabes ont assurément rempli ce rôle. De la répression exercée par Ben Ali à l’égard de son peuple au désastre syrien en passant par l’intervention militaire en Libye ou le coup d’Etat égyptien soutenu par l’extrême-majorité des chancelleries occidentales, les bouleversements dans le monde arabe ont joué ce rôle clivant, permettant tout à la fois de révéler les réels intérêts de certains tout en mettant fin à l’imposture des autres.

Il ne me parait pas exagéré de voir dans ce qu’il se passe actuellement au Venezuela l’un de ces évènements majeurs en termes de géopolitique. En forçant presque chacun à se positionner vis-à-vis de sa situation interne – couplé au fait que le Venezuela est un symbole de bien des choses – le pays agite les passions et excite le simplisme ainsi qu’on avait pu le voir lors de la campagne présidentielle française. Depuis un peu plus d’une semaine, le Venezuela se trouve effectivement plongé dans un trouble profond puisque Juan Guaido, président de l’assemblée nationale depuis le 5 janvier dernier et membre de l’opposition, s’est autoproclamé président en exercice lors d’une grande journée de mobilisation contre Maduro. Depuis, les réactions en chaine démontrent avec acuité à quel point le pays latino-américain dirigé par Chavez durant de longues années demeure un marqueur important pour le positionnement politique et géopolitique de beaucoup.

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Antiparlementarisme, la mauvaise cible

C’est assurément l’une des idées les plus en vogue en ce moment. Elle figure en bonne place des discours dans les manifestations tous les samedis depuis plus de deux mois et s’inscrit pleinement dans l’atmosphère populiste – je précise que je n’utilise pas ce terme nécessairement de manière péjorative – en cela que le fondement même du populisme est le discours du peuple contre les élites. Cette idée dont je parle, c’est la défiance à l’égard des élus, plus précisément ceux de l’Assemblée nationale. Très en vogue, le discours populiste aboutit bien souvent à considérer que l’un des problèmes est celui des élus. En France, par-delà la figure d’Emmanuel Macron, c’est donc les députés qui sont brocardés.

Il ne s’agit évidemment pas de dire que les députés sont intouchables et ne doivent pas être critiqués, chose que je ne pense pas, mais bien plus de remettre en perspective l’antiparlementarisme ambiant dans les institutions actuelles. Aussi ce papier ne peut-il concerner que la situation française puisque dans notre pays le rôle de l’Assemblée nationale est très singulier depuis quelques années et l’inversion du rythme électoral. A ce titre, la fustigation (que je considère comme juste et légitime) des élites ne doit selon moi pas se concentrer sur les députés au risque de viser une mauvaise cible et, plus grave encore, avoir des effets extrêmement pervers en accentuant les dynamiques contre lesquelles l’on prétend lutter.

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Le grand débat national ou la campagne qui ne dit pas son nom

Voilà quelques jours que le grand débat national a été lancé. Présenté par Emmanuel Macron comme un moyen de consulter les Français après l’émergence du mouvement des Gilets jaunes et assurément pensé pour être un moyen de mettre un terme à ce mouvement insurrectionnel qui touche le pays depuis plus de deux mois, ledit grand débat a été inauguré en grandes pompes par le locataire de l’Elysée qui s’est rendu à plusieurs rencontres avec des maires et continuera de faire cela pendant les semaines à venir. Beaucoup de choses ont été dites sur la manière qu’il a eue de s’adresser aux maires, sur le mépris affiché par lui lorsqu’un maire racontait les conditions de vie difficiles des plus dominés de la société mais il me semble qu’il faut aller plus loin que ces critiques superficielles.

Il me parait en effet évident que le grand débat auquel nous assistons n’a de débat que le nom. Il s’agit bien plus d’une campagne en vue des élections européennes à venir tant celui-ci ne répond à aucune des aspirations émanant des Gilets jaunes et va, au contraire, dans le sens voulu par le gouvernement. Cette farce à laquelle nous sommes témoins pourraient être drôle si la situation n’était pas si dramatique et grave – dramatique parce que la situation de millions de Français est très compliquée, grave parce qu’un président en exercice est en train de se servir de l’argent public pour faire campagne pour son parti. Aussi est-il urgent de déconstruire le mythe du grand débat présent pour recueillir les attentes des Français.

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