Le mythe de la post-politique ou l’escroquerie du siècle

« Emmanuel Macron, lui, n’est pas dans l’idéologie ». C’est en ces termes que Philippe Saurel, soutien du candidat d’En Marche et maire de Montpellier, a attaqué Benoît Hamon jeudi dernier lors de L’Emission politique. Incontestablement, l’ancien ministre de l’Economie est la figure d’une certaine vision de la politique ou plutôt du dépassement de la politique. Lui-même se décrit comme tel lorsqu’il explique vouloir faire éclater les clivages et faire émerger des « majorités d’idées ». En 2007, après la victoire de Nicolas Sarkozy, Alain Badiou avait publié un pamphlet intitulé De quoi Sarkozy est-il le nom ? au fil duquel le philosophe expliquait que le nouveau président était l’émanation du pétainisme latent présent dans la société française articulé notamment autour de la valeur travail.

Près de dix années plus tard, il me semble que l’on pourrait poser la même question à propos du fondateur d’En Marche. Véritable ovni dans le champ politicien, le candidat qui se revendique ni de gauche ni de droite – mais qui est bien plus assurément ni de gauche ni de gauche – est le symbole d’une certaine manière de voir les choses. Hier matin sur CNews, Jacques Attali a formidablement décrit cette vision du monde en expliquant qu’il plaidait pour une parenthèse au cours de laquelle seraient vraiment appliquées les réformes nécessaires au sens philosophique du terme. En somme, Emmanuel Macron est l’émanation de la post-politique – ce que l’on pourrait qualifier de métapolitique – dont le mythe s’est progressivement imposé comme pensée dominante dans les cercles de pouvoir de notre pays. Lire la suite →

Fillon et Hamon ou le Janus politicien

Il y a trois mois et demi, le 20 novembre 2016, au soir du premier tour de la primaire de la droite et du centre, nous prenions tout à coup conscience que l’élection présidentielle de cette année serait extraordinaire. François Fillon arriva alors triomphalement en tête du scrutin en n’étant pas si éloigné que cela d’une victoire au premier tour. Depuis des mois, Edwy Plenel n’a de cesse de répéter que pour cette élection, « rien ne se passera comme prévu ». La victoire nette de Fillon dans la primaire de droite inaugurait cette succession d’évènements aussi imprévus que soudains qui rythment la campagne depuis bientôt six mois. Personnellement, je dis depuis longtemps que pour cette élection, la seule chose qui est sûre c’est que rien ne l’est.

Quelques jours après ce premier coup de tonnerre, un deuxième, plus puissant encore, frappait la France : François Hollande renonçait à briguer un deuxième mandat. La suite est bien connue, lors de la primaire de la Belle Alliance Populaire Benoît Hamon a sèchement écarté Manuel Valls. Pourquoi rapprocher ces deux évènements ? Evidemment de prime abord on peut se dire que les victoires de Benoît Hamon et de François Fillon constituent deux grandes surprises et s’arrêter là. Je crois toutefois qu’il faut creuser plus profondément. Il me semble en effet que Fillon et Hamon, bien qu’éloignés idéologiquement, sont les deux symboles d’un même phénomène qui s’est produit dans notre pays depuis quelques mois. Loin de s’opposer, ils se complètent afin de dresser le tableau crépusculaire de la Vème République qui apparaît sous nos yeux. Lire la suite →

La télévision, miroir aux alouettes pour « petits » candidats

Samedi dernier, le plateau d’On n’est pas couché a été la scène d’une séquence surréaliste. Alors qu’ils recevaient Philippe Poutou, le candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste à la présidentielle, les chroniqueurs et le présentateur lui ont ostensiblement ri à la figure durant de longue minutes. La raison de cette effusion d’hilarité ? La difficulté de Vanessa Burggraf à formuler une question sur l’interdiction des licenciements. « Comment on va obliger un patron à interdire les licenciements ? ». Voilà la question qui a révélé tout le mépris et la morgue crasse des chroniqueurs à l’égard du seul candidat ouvrier de cette élection présidentielle.

Au-delà de cette simple scène absolument ahurissante, c’est toute la question du rapport entre ceux que les médias appellent les « petits » candidats et la télé qui est posée puisque dans cette espèce de farce à laquelle nous avons assisté mardi soir, je suis enclin à voir une forme de mise en abîme : Philippe Poutou a lui-même assisté à la scène bien plus qu’il n’y a pris part. Il était comme nous, c’est-à-dire un simple spectateur de ce qu’il était en train de lui arriver alors même qu’il était l’invité. Ces « petits » candidats sont toujours confrontés au même dilemme lorsqu’ils reçoivent des invitations pour se rendre à la télé : accepter c’est prendre le risque de se faire mépriser comme il s’est passé samedi mais refuser c’est se couper d’un canal de diffusion qui, malgré toute la défiance actuelle à l’encontre des médias, demeure important. En ce sens, il ne me paraît pas aberrant de définir la télévision comme un miroir aux alouettes pour eux. Lire la suite →

L’élection présidentielle de 2017 ou l’agonie de la Vème République

« Je ne céderai pas. Je ne me rendrai pas. Je ne me retirerai pas ». En trois phrases et 14 petits mots, François Fillon a balayé les spéculations autour d’un possible retrait de sa part. Il a également confirmé que la parole de la caste politicienne n’avait plus aucune légitimité lui qui expliquait au début de l’affaire Pénélope que seule une mise en examen le pousserait à se retirer. Hier lors de sa conférence de presse il a même ajouté qu’il « [irait] jusqu’au bout parce qu’au-delà de [sa] personne, c’est la démocratie qui est défiée ». Par-delà le caractère risible d’une telle affirmation, il me semble qu’il y a un fond de vérité dans cette phrase. Plutôt que de dire que la justice défie la démocratie je crois bien plus que cette élection présidentielle, à son corps défendant, défie la Vème République.

L’abstention galopante ainsi que la défiance généralisée à l’encontre de la caste politicienne qui dirige le pays depuis des décennies indiquaient que les échéances électorales de l’année en cours pouvaient se transformer en chemin de croix pour une Vème République complètement exténuée et à bout de souffle. Les multiples coups de tonnerre qui frappe la campagne électorale – l’annonce faite par François Fillon lui-même de sa future mise en examen étant le plus récent d’une longue série – viennent confirmer ce diagnostic en même temps qu’ils l’aggravent. Et si 2017 marquait les dernières élections de la Vème République ? Lire la suite →

Le ralliement de Bayrou à Macron ou le triomphe de l’absurde

Mercredi dernier, François Bayrou a finalement annoncé qu’il proposait une alliance à Emmanuel Macron. Ce dernier l’a immédiatement accepté. Le président du Modem avait, des mois durant, orchestré un suspens visant à créer l’attente autour de lui. Sa décision de rejoindre le fondateur d’En Marche a d’ailleurs largement surpris les analystes et le reste de la classe politique tant il était tenu pour sûr que le maire de Pau serait candidat à la fonction suprême pour la quatrième fois – d’aucuns voyaient même en lui un vainqueur en puissance tant les incertitudes sont grandes dans cette campagne.

Son ralliement à Emmanuel Macron marque un nouveau tournant dans cette campagne présidentielle – assurément pas le dernier au vu des multiples coups de tonnerre que nous avons déjà connus. Cette « alliance » renforce incontestablement l’ancien ministre de l’Economie de François Hollande. Pas tant d’un point de vue arithmétique mais bien plus sur le plan de la consistance de sa candidature. Emmanuel Macron manquait de colonne vertébrale, François Bayrou lui propose de lui apporter son expérience ainsi que l’a analysé de manière très pertinente Hubert Huertas sur Mediapart. Ce mariage entre la carpe et le lapin – François Bayrou avait vertement critiqué Emmanuel Macron en le traitant notamment d’hologramme des puissances d’argent – symbolise, selon moi, à merveille le triomphe de l’absurde dans notre système politique. Lire la suite →

Manifeste pour une abstention participative

Dans la campagne présidentielle qui est lancée depuis des mois, la seule chose qui semble sure, c’est que rien ne l’est. Déflagration à droite après l’affaire Pénélope, ralliement de Bayrou et de toute une ribambelle d’éditorialistes de premier ordre à Macron, compétition à gauche entre Mélenchon et Hamon, voilà de quoi pourrait profiter Marine Le Pen pour accéder au pouvoir le 7 mai prochain. Dans cet amas de ruines fumantes constituées par les partis politiques traditionnels, le danger est grand, nous dit-on, que l’extrême-droite arrive au pouvoir dans quelques semaines. Je crois, personnellement, que non seulement la victoire de Marine Le Pen est possible mais qu’elle devient chaque jour un peu plus probable en regard du marasme politique dans lequel notre pays est plongé depuis des décennies.

Face à ce constat, l’élection se jouerait dès le premier tour nous disent en chœur analystes et journalistes. De Fillon à Mélenchon, il n’y aurait qu’une place pour quatre, place qui selon les dires de beaucoup assurera la victoire à celui opposé à Marine Le Pen. En somme, de telles analyses nous expliquent que 20% des suffrages exprimés au premier tour permettront de devenir le futur président de la République. Je crois au contraire que la défaite de Marine Le Pen au deuxième tour est loin d’être assurée et ce, peu importe face à qui elle se retrouvera en cas de qualification. En cas de victoire du Front National en mai prochain, il y a fort à parier que la faute sera imputée aux abstentionnistes. C’est pourquoi je publie préventivement ce papier pour battre en brèche tous les arguments fallacieux qui seront certainement répétés en boucle. Lire la suite →

La loi sur les fraudeurs, stade suprême de la décomposition ?

A quoi reconnait-on un système sur le point de s’effondrer ? Sans doute au fait qu’il se complait dans une forme de fuite en avant totalement absurde et mortifère. Le 16 février dernier, l’Assemblée nationale a de nouveau souligné à quel point nous étions en train de vivre un moment de ce type. En adoptant une loi qui favorise la fraude financière, les députés ont fait montre du peu de cas qu’il se faisait de la morale d’une part et de la colère qui monte du pays d’autre part. Ladite loi instaure une prescription pour de nombreux délits financiers : abus de bien social, abus de confiance, trafic d’influence, corruption, détournements de fonds.

Jusqu’à présent, la loi ne prévoyait aucune limite dans le temps pour ce type de délits. Désormais, la prescription est établie à 12 années à partir du moment des faits, ce qui a son importance, pour ces délits. C’est Jean-Jacques Urvoas lui-même, le ministre de la justice, qui a introduit cet amendement. En pleine affaire Fillon, le Parlement garde son sens du timing légendaire. Nul besoin d’avoir recours à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution pour faire voter cette loi qui convient à l’ensemble ou presque de la caste politique à la tête de notre pays depuis bien trop longtemps. Lire la suite →

Ne laissons pas Fillon devenir un pharmakos

Lundi, François Fillon a donné une conférence de presse à son QG pour évoquer l’affaire Pénélope ainsi que tous les autres problèmes qui gravitent autour de sa personne. Pour beaucoup, il s’agissait de la « conférence de la dernière chance ». En effet, entre rumeurs de débranchement par l’appareil et défiance grandissante dans la population à l’égard de celui qui a fait campagne sur sa probité, le candidat de Les Républicains est un peu plus acculé chaque jour. Sa conférence de presse n’a levé aucun des doutes puisque, loin de nier les faits reprochés, Fillon s’est contenté de dire que ceux-ci étaient légaux. Les chiens de garde médiatiques se sont pourtant empressés d’expliquer à quel point il avait été émouvant et humain.

En s’attelant à allumer des contre feux – comme avec le mensonge sur la journaliste ayant réalisé l’interview utilisée par Envoyé Spécial – François Fillon s’est méthodiquement appliqué à enfumer un peu tout le monde mais a surtout envoyé un message fort à son propre parti : en somme il a utilisé l’argument vieux comme le monde mais qui a toutes les chances de fonctionner à savoir moi ou le chaos. Nombreux étaient les membres de Les Républicains à dire que François Fillon avait ressoudé le parti autour de lui mais que cela ne serait sans doute qu’éphémère puisque les premiers sondages défavorables rallumeront assurément la fronde. En souhaitant pousser Fillon vers la sortie l’ensemble du système politique essaye de manière plus ou moins déguisée de le transformer en victime sacrificielle, en pharmakos et nous devons à tout prix l’en empêcher. Lire la suite →

L’échec de Valls, préfigurateur de celui de Macron ?

Il y a une semaine, Manuel Valls échouait de manière franche face à Benoît Hamon au deuxième tour de la primaire socialiste. En n’obtenant qu’à peine un peu plus de 40% des suffrages exprimés, l’ancien Premier ministre a subi un lourd revers. Lui qui pensait être le candidat naturel du Parti Socialiste après avoir poussé François Hollande à la renonciation se retrouve donc à l’écart de la vie politique – au moins le temps de la campagne présidentielle. Depuis sa défaite, nombreux sont ceux à avoir tenté d’analyser le pourquoi et le comment d’un tel revers. Si nos éditorialistes préférés ont rapidement classé l’affaire en nous expliquant que les électeurs de la primaire étaient des utopistes, il me semble que l’échec de Valls découle de causes plus profondes.

Certes, le positionnement néolibéral économiquement et autoritaire sur les questions de société a certainement joué dans la défaite de Manuel Valls mais résumer son échec au simple fait qu’il n’ait pas fait une campagne pour les primaires mais bien plus pour le premier tour de l’élection présidentielle ne me paraît pas convaincant. Depuis la tempête qui frappe François Fillon – que plusieurs députés de Les Républicains appellent à abandonner – le nouveau favori est Emmanuel Macron. Pourtant, le fondateur d’En Marche est sur le même créneau que Manuel Valls et il ne me semble pas aberrant de voir dans l’échec de l’ancien Premier ministre un présage pour celui qui fut son ministre de l’Economie. Lire la suite →

Pour Hamon, Mélenchon et la gauche, le plus dur commence

Dimanche soir, Benoît Hamon a sèchement battu Manuel Valls au second tour de la primaire socialiste. En obtenant près de 60% des suffrages, l’éphémère ministre de l’Education a renvoyé l’ancien Premier ministre à ses études. Ne nous en cachons pas et ne boudons pas notre plaisir, la large défaite de Manuel Valls est une excellente nouvelle dans le paysage politique français. Toutefois, et pour paraphraser Churchill, cette victoire de Hamon – et donc cette éviction de Manuel Valls – ne constitue pas la fin. Ce n’est même pas le début de la fin. Tout juste est-ce peut-être même simplement la fin du début. Je suis plus enclin à croire que tout a commencé hier soir aux alentours de 20h45 lorsque M. Clay a annoncé les résultats.

La grande clarification que beaucoup de personnes appelaient de leur vœu entre le social libéralisme – désormais clairement représenté par Macron – et ce que l’on a appelé les frondeurs tout au long de ce quinquennat va sans doute enfin avoir lieu. Hier soir, Benoît Hamon s’est d’ailleurs tourné vers Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot pour leur tendre la main et leur proposer une « alliance gouvernementale » qui, à ce jour, paraît bien utopique. Il ne s’agit bien sûr pas d’oublier les atermoiements de Hamon au cours du quinquennat mais il me semble bien qu’une fenêtre de tir vient de s’ouvrir notamment au vu du marasme à droite. Comme le dit si bien François Ruffin dans une interview à Regards, personne à gauche n’est assez fort tout seul. Alors peut-être est-il temps d’entamer une véritable démarche de convergence. Lire la suite →