Derrière le séisme Trump (4/4): la fin d’un monde

L’empire touché en plein cœur

La victoire de Donald Trump n’est pas un évènement isolé dans le cours de notre histoire contemporaine. Elle répond en effet à une dynamique déjà présente un peu partout sur la planète. La mondialisation est, en effet, remise en cause depuis quelques temps dans le monde occidental et depuis plus longtemps encore dans les pays du Sud qui ont bien conscience d’être les grands perdants de ce jeu de dupe. En revanche, si l’élection du magnat de l’immobilier n’est pas un évènement fortuit, elle n’en demeure pas moins une rupture dans le sens où c’est la première fois qu’un candidat ouvertement hostile à la globalisation accède au pouvoir dans un pays qui compte. La montée des mouvements nationalistes en Europe ainsi que l’émergence d’une critique de gauche radicale vis-à-vis de l’austérité au sein de l’Union Européenne étaient déjà bien ancrées. Tout le monde savait que la digue finirait par sauter un jour mais chacun considérait que si cela devait arriver, le pays concerné ne serait qu’un pays périphérique. Nous pouvions nous amuser à parier sur le pays qui marquerait cette rupture – il faut dire que les candidats ne manquaient pas. Serait-ce Victor Orban et son régime fascisant ? Le FPÖ autrichien ? Le FN en France ? Les exemples sont légions. La vague montait chaque fois un peu plus sans que rien ni personne ne semble pouvoir l’arrêter. Lire la suite

Derrière le séisme Trump (3/4): la revanche des sans-voix

Au-delà des outrances trumpiennes

 

Dans l’ensemble des médias français ou presque, le traitement de l’information sur Donald Trump se résumait à une longue litanie d’outrances de sa part. Il ne s’agit pas ici de nier les propos obscènes qu’il a tenus tout au fil de la campagne (primaire puis présidentielle) mais il me semble que s’arrêter à ces seuls propos est à la fois partial et partiel. Oui Donald Trump a eu des propos racistes, sexistes, violents. Oui ces propos s’inscrivaient dans une stratégie de violence et de mépris et n’étaient pas des dérapages. Toutefois, à trop se focaliser sur ces propos, nous avons oublié qu’il disait d’autres choses, des choses qui pouvaient parler à certains, parler à une majorité d’habitants des Swing States. Il était bien aisé de se concentrer sur ses outrances – qui étaient nombreuses – pour ne pas avoir à discuter du fond, pour éviter de voir ce que son émergence et son maintien à des niveaux anormalement élevés nous racontaient sur les Etats-Unis. Trump nous donnait à voir une face bien peu reluisante de ce pays mais il n’était pas que fureur. Il n’était pas qu’un clown qui jette ses insanités à son public pour mieux le nourrir. Derrière ces outrances, s’est construit un véritable projet politique. On peut y adhérer ou le rejeter – personnellement je le rejette – mais il n’est pas juste de résumer Trump à ses singeries et ses discours à ses outrances. Lire la suite

Derrière le séisme Trump (2/4): la faillite des prophéties

Sondages, les yeux grands fermés

 

Comme je l’exprimai dans la première partie, les campagnes présidentielles sont un moment bénis pour les sondeurs. Déjà bien présents tout le reste du temps, les sondages deviennent la drogue dure de tous les candidats dès lors qu’une campagne se met en route. Il n’est donc guère surprenant de constater que cette fois encore, les sondages auront été présent du début à la fin. Déjà lors des primaires, les sondages s’étaient assez lourdement trompés. L’émergence de Bernie Sanders n’était pas attendue et absolument pas pronostiquée par les instituts de sondages si bien que l’on a commencé à avoir des doutes sur leur pertinence. Depuis des décennies, d’aucuns nous expliquent que les sondages sont l’alpha et l’oméga de la politique contemporaine en cela qu’ils sont le meilleur outil pour prendre le pouls de la population. Aussi une spéculation s’est-elle naturellement mise en place sur les sondages. Quoi de plus normal après tout que de spéculer sur cela à l’ère du capitalisme néolibéral financiarisé ? Symétriquement aux premiers couacs et erreurs d’appréciation des sondages côté Démocrate, s’est mis en place le même phénomène côté Républicain. Les deux surprises de la campagne des primaires n’ont eu de cesse de répéter que les sondages ne mesuraient en rien les convictions profondes de la population, personne ne daigna prêter attention à ces accusations de partialité. La spéculation sur les sondages était toujours aussi forte et nul ne pensait réellement que lesdits sondages se tromperaient quand il s’agirait de l’élection présidentielle. L’on prenait alors l’argument de la primaire pour expliquer les multiples erreurs et tout le monde ou presque nous expliquait que tout rentrerait dans l’ordre une fois les investitures réalisées. Lire la suite

Derrière le séisme Trump (1/4): Frankenstein à l’heure contemporaine

Il y a un peu moins d’une semaine, Donald Jr. Trump était élu 45ème président des Etats-Unis d’Amérique. Depuis, le monde semble être groggy, sonné par un séisme que beaucoup n’avaient pas vu venir ni même imaginé une seule seconde. Pour beaucoup, classes médiatique et politique en tête, la victoire d’Hillary Clinton ne faisait aucun doute si bien que les débats portaient bien plus sur l’ampleur de sa future victoire que sur une improbable élection du candidat républicain. Faisant fi de toutes ces considérations, les Américains ont décidé d’envoyer à la Maison Blanche celui qui était considéré comme le diable en personne par l’ensemble ou presque des médias mondiaux. Chez nous aussi, les médias et toute la classe politique (le FN excepté) ont pris fait et cause pour Hillary Clinton en s’appliquant méthodiquement à présenter Donald Trump comme un dangereux psychopathe et en portant aux nues la candidate démocrate. Las, les voilà désemparés face au séisme qui s’est produit de l’autre côté de l’Atlantique. Si l’épicentre est bien situé aux Etats-Unis, tout porte à croire que des répliques sont à prévoir un peu partout dans le monde. Les plaques tectoniques ont fini par se percuter pour le plus grand malheur des uns, le plus grand bonheur des autres.

Toutefois, ce qui me semble être le plus désolant n’est pas tant l’élection de Trump que notre réaction collective. Fidèles à tout ce qui a été dit lors de la campagne, les médias continuent non seulement à taper sur Trump mais, plus grave encore, à cracher à la figure de ses électeurs. A écouter les analyses, les près de 60 Millions d’électeurs du nouveau président sont tous des beaufs racistes, sexistes et suprémacistes. La revanche du mâle blanc est certainement l’antienne la mieux partagée depuis mardi. Certes Donald Trump a été majoritaire chez les hommes blancs de plus de 45 ans mais résumer l’ensemble de son électorat à une horde de racistes abrutis et peu ou pas diplômés me semblent être précisément la pire des choses à faire en cela qu’elle nous fait passer à côté des autres enseignements de cette élection – qui sont pourtant nombreux et bien moins superficiels selon moi. Il n’est finalement guère surprenant de voir les médias reprendre cette rhétorique sur « l’accident » et sur l’électorat raciste et abruti tant ils ont soigneusement passé sous silence la dynamique de la campagne du magnat de l’immobilier. Si l’élection de Trump est un tournant majeur, comme je le pense, il me semble qu’il est important de sortir des postures et des simplifications outrancières afin de mieux saisir la lame de fond qui a parcouru les Etats-Unis et qui parcourt le Vieux Monde depuis quelques années. Loin d’être un évènement fortuit et isolé, cette élection est au contraire dans la continuité de l’histoire politique très récente. En continuité certes mais aussi en rupture puisqu’elle marque le passage à un stade plus profond de la crise existentielle qui frappe l’Occident. Plutôt que d’être simplement l’expression d’un racisme primaire cette élection fait écho il me semble à l’histoire de Frankenstein tant elle révèle la faillite des prophéties, la revanche des sans-voix et la fin d’un monde. Lire la suite

Pour un aggiornamento éducatif (4/4): au-delà de l’école

L’aide aux devoirs pour tous

Nous l’avons vu précédemment, les inégalités les plus fortes ne sont pas celles qui sont présentes dans les murs de l’école. Evidemment ces inégalités doivent être combattues. Toutefois se borner à n’agir qu’au sein de l’école est l’assurance de ne régler qu’une partie du problème. Je l’ai dit dans d’autres parties, à l’heure actuelle l’école accompagne et accentue des inégalités originelles. Je le répète, il est illusoire de vouloir éradiquer totalement ces inégalités. Je pense néanmoins qu’il ne faut pas détourner la tête et agir au-delà même de l’école. Dans le cas contraire, les capitaux définis par Bourdieu demeureront prépondérants dans la réussite scolaire des enfants et adolescents. L’école est, en effet, porteuse d’un paradoxe que je juge fondamental : jusqu’au bac on nous enseigne à répéter scrupuleusement ce que disent les professeurs sous peine de n’avoir pas de bonnes notes et arrivés à l’examen suprême voilà que l’on reproche à certains lycéens d’être trop scolaires. En somme, il me semble précisément que les examens en général et le baccalauréat en particulier constituent une forme de piège social : alors que l’on apprend aux élèves à être scolaire tout au long de leur scolarité, arrivé à son terme on exige d’eux de penser autrement. Evidemment, une telle exigence favorise les écoliers issus de milieux sociaux aisés dans la mesure où l’ouverture culturelle à laquelle ils sont accès ou les professeurs particuliers qui peuvent les accompagner sont l’un des moyens les plus surs de ne pas tomber dans le piège du devoir « trop scolaire ».

C’est pourquoi il me semble nécessaire de permettre à chaque élève qui le souhaitera de bénéficier d’un accompagnement tout au fil de sa scolarité. Je parlais dans la partie précédente de contrat social à renouveler entre les professeurs et l’Etat. A mes yeux, nous devons aussi trouver un nouveau contrat social entre les élèves, leurs parents et l’Etat. En mettant en place la possibilité pour tous d’obtenir une aide aux devoir de qualité, je pense que l’amorce dudit contrat se met en place. Comment nier, en effet, que les conditions de travail diffèrent grandement d’une famille à une autre ? Qui nous fera croire que l’enfant qui a un bureau à disposition dans la maison familiale à la même qualité de travail que celui qui doit travailler dans la cuisine d’un HLM bruyant et mal isolé ? Permettre à chacun de pouvoir travailler dans un endroit propice à l’étude me semble être une impérieuse nécessité en même temps qu’un moyen de faire advenir plus d’égalité dans le rapport aux études. Loin d’être un artifice, une telle approche me paraît être un changement radical dans la manière d’aborder le système éducatif puisque l’école ne s’arrêterait désormais plus strictement à la fin du cours mais dépasserait l’équité pour se préoccuper d’égalité. Les modalités d’une telle démarche restent évidemment à être précisées : est-ce les profs ou bien d’autres intervenants qui seront chargés d’accompagner les élèves ? Les séances d’aide aux devoirs auront-elles lieu à l’école ou dans un autre endroit ? Néanmoins, il me semble important de tracer un horizon et de définir une philosophie avant même de se perdre dans des calculs de comptables. Lire la suite

Pour un aggiornamento éducatif (3/4): faire advenir l’aube

Supprimer le carcan des notes

Il est communément admis que les notes qui sanctionnent le travail des élèves sont là pour évaluer, permettre à l’élève de se positionner par rapport à ses acquis, bref sont un indicateur nécessaire pour l’élève. Je pense, au contraire, que les notes sont présentes pour tout sauf pour évaluer les élèves. De nombreuses autres méthodes permettent d’évaluer les acquis. On peut penser aux points (vert, orange, rouge) qui sont parfois utilisés à l’école primaire. Les notes, loin d’être là pour évaluer, sont plutôt utilisées pour classer les élèves et les mettre dans des cases – cases desquelles il est très compliqué de sortir une fois qu’on y est assigné. Alors parfois on entend surgir ci et là une voix dissonante qui prône la suppression des notes. Ladite voix est vite couverte par la masse vocale qui affirme que celles-ci sont nécessaires au sens philosophique du terme à savoir qu’elles ne peuvent pas ne pas être. Pourtant, de nombreuses études ont démontré que les notes n’avaient pas pour rôle d’évaluer mais bien de classer les élèves entre eux. On peut citer l’étude qui a démontré la forte propension des professeurs à répartir les notes selon la courbe de Gauss de telle manière qu’il y a souvent une forte proportion de notes moyennes et une proportion faible de notes bonnes et mauvaises. De la même manière, des sociologues ont montré que la première note obtenue dans l’année scolaire conditionnait souvent les notes suivantes de l’élève au cours de l’année soulignant là encore l’utilisation des notes comme facteur de classement. Lire la suite

Pour un aggiornamento éducatif (2/4): les grands mirages

La massification qui se dit démocratisation

Premier des grands leurres présents pour nous occuper l’esprit, celui de la soi-disant « démocratisation scolaire ». Les responsables politiques de tous bords se succèdent pour nous expliquer que l’école est devenue plus démocratique, qu’elle est ouverte à de plus en plus d’enfants et qu’elle poursuit un objectif profondément égalitaire. Ma conviction profonde, c’est que de démocratisation il n’y a point eu. Evidemment, au fil de notre histoire de plus en plus d’enfants ont eu accès aux études. Est-ce que, pour autant, cela suffit pour parler de « démocratisation scolaire » ? Je ne le crois pas. Il me semble bien plus exact de voir dans ce phénomène une massification scolaire, ce qui est loin d’être la même chose. Le système éducatif est une forme d’entonnoir qui se rétrécit au fur et à mesure que l’on avance dans les études de telle sorte que la compétition augmente à mesure que l’on progresse dans les études supérieures. Si démocratisation scolaire il y avait eu, cet entonnoir n’existerait plus. Il se serait alors transformé en une forme de couloir. Pour faire simple, si une réelle démocratisation avait eu lieu, les 30% d’enfants d’ouvriers seraient représentés dans la même proportion dans les hautes études dont j’ai déjà parlé au cours de la première partie. La réalité, c’est qu’une lourde massification scolaire s’est produite. Lire la suite

Pour un aggiornamento éducatif (1/4): une si longue nuit…

En cette période de rentrées scolaire et politique, le débat public semble préfigurer le ton qui sera adopté tout au fil de la campagne présidentielle. Nous le savons tous, les sujets qui ont le plus de chances d’être abordés tournent autour de l’identité, du terrorisme et de l’islam, ce triptyque que nos politicien(ne)s de tous bords semblent avoir adopté et qui fait l’effet d’un élixir électoraliste à ses comédiens qui ne jurent que par leur maintien au pouvoir et la perpétuation d’un système à bout de souffle. Alors oui, les principaux candidats à la primaire de la droite, Emmanuel Macron ou encore Manuel Valls parlent bien d’autres sujets comme la baisse drastique des dépenses publiques (100 Milliards d’€ en cinq ans pour les candidats à la primaire de Les Républicains) mais jamais il n’est question de notre système éducatif. Pour être totalement honnête, François Fillon a bien parlé d’éducation mais nulle envie de révolution chez lui. Ou alors oui mais plutôt d’une révolution conservatrice qui fleure bon la contre-révolution intellectuelle – il souhaiterait que les cours d’Histoire soient conçus comme un récit national qui n’incite pas à réfléchir ou à avoir honte de l’histoire de la France. Quant à Nicolas Sarkozy, sa seule proposition est d’envoyer en service militaire tous les décrocheurs, comme si l’armée pouvait palier les manques du système éducatif.

Tout juste Najat Vallaud-Belkacem a-t-elle proposé d’interdire les Pokémons rares dans les écoles pour lutter contre la déconcentration. Elle a balayé d’un revers de main les critiques, à mon sens pertinentes et fondées, de Thomas Piketty sur les inégalités criantes de notre système éducatif. Ne considérant pas, à l’inverse de notre Premier ministre, que la question identitaire supplante la question sociale, je reste profondément convaincu que l’école reste le moyen le plus sûr de réduire les fractures dans notre pays et de lutter contre la dislocation qui guette notre société – si tant est que la dislocation en question n’est pas déjà trop avancée. Voilà désormais quelques décennies que notre école, à l’instar du pays, est en crise. Mais, une crise qui dure plus de trente ans n’est pas vraiment une crise, si ? Arrivés à un certain point, il nous faut, je pense, nous interroger sur le système en place. Comme le disaient les Indignés espagnols, ce n’est pas une crise c’est le système. Voilà désormais plus de trente années que s’est fait une nuit de plus en plus noire sur le système éducatif et sur le pays – je pense que les deux sont intimement liés et j’y reviendrai plus tard. Les unes après les autres les étoiles se sont éteintes pour aboutir à la transformation de l’école républicaine en astre mort qui ne remplit plus la mission qu’on lui avait originellement fixé. J’ai, un temps, cru aux balivernes d’élévation sociale, d’égalité des chances, de démocratisation scolaire ou encore dans la culture comme moyen de réduire les inégalités. Tous ces éléments se sont avérés être des leurres savamment mis en place pour nous empêcher de penser un aggiornamento éducatif. Faut-il pour autant baisser les bras ? Je ne le crois pas et c’est dans cette optique que ce travail réflexif s’inscrit. Lire la suite

L’islam et les musulmans, chronique d’une hystérie française (3/3): apocalypses et catastrophes

La perspective renversée

Burkini, voile et signe religieux ou autant d’éléments qui prouveraient selon certains un refus d’intégration de la part des Français de confession musulmane. La résurgence du fait religieux surprend évidemment dans notre pays marqué par une sécularisation longue de plusieurs décennies, sécularisation prophétisée par Nietzsche et son célèbre « Dieu est mort ». Ce qui semble le plus dérouter observateurs, politiciens et citoyens lambda est sans aucun doute le fait que ce « retour du religieux » soit en partie portée par les jeunes générations. D’aucuns ne saisissent pas pourquoi les deuxième, troisième voire quatrième générations n’ont pas embrassé la logique de discrétion et de sécularisation. Aussi ces observateurs considèrent-ils l’absence de gêne vis-à-vis du fait religieux comme un refus d’intégration de ces jeunes générations dans la société. Ce propos est largement répandu dans les sphères médiatiques, politiques ou sur les réseaux sociaux. Et pourtant, il me semble que l’on pourrait élaborer une autre hypothèse qui consisterait à renverser cette perspective. Cette hypothèse, que je vais tenter d’expliciter ci-après, revient à dire que la religiosité affichée par les jeunes générations, loin d’être une marque de refus d’intégration, montre au contraire une intégration pleine et entière dans notre pays et notre société. En somme, il s’agit de retourner la perspective. Lire la suite

L’islam et les musulmans, chronique d’une hystérie française (2/3): les principes dévoyés

Au nom du vivre ensemble

Mardi dernier, Marwen Muhammad, le porte-parole du CCIF était l’invité de RTL aux alentours de 13 heures pour réagir à la polémique autour du burkini et dialoguer avec des auditeurs de la station de radio. J’écoutais son intervention d’une oreille distraite lorsque tout à coup l’un des auditeurs (dont j’ai oublié le nom) m’a sorti de ma torpeur estivale. Il affirmait en substance qu’il était opposé au burkini parce que celui-ci était une provocation et qu’en ces temps troublés celle-ci était mal venue. Ce n’est toutefois pas cette partie de son propos qui m’a fait sortir de ma torpeur mais bien plus la conclusion de celui-ci répétée plusieurs fois telle une antienne qui a vocation à devenir vraie parce qu’on la martèle. Si cet auditeur était contre le burkini, c’était au nom du vivre ensemble que ledit maillot mettait à mal. J’ai donc tendu l’oreille avec plus d’attention pour l’entendre conclure une deuxième intervention par les mêmes propos, au nom du vivre ensemble le burkini est à proscrire. Passons sur la question du burkini en tant que tel et concentrons-nous plutôt sur le vivre ensemble ainsi défendu par l’auditeur. Il me semble assez clair qu’une telle définition du vivre ensemble n’aurait rien à envier au fameux novlangue crée par Georges Orwell dans 1984.

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