Le Volkswagengate ou le règne de l’hypocrisie

Voilà désormais une quinzaine de jours que le scandale Volkswagen, comme on a décidé de l’appeler, a éclaté. Indignation (quasi) unanime, démission du PDG de l’entreprise allemande, plongeon du cours de l’action sur les bourses, autant d’éléments qui sont venus égrener ces deux semaines au cours desquelles Volkswagen a vu tout le monde ou presque lui tourner le dos, à commencer par l’Etat allemand qui, très vite, s’est désolidarisé de l’entreprise qui est pourtant un de ses fleurons. Après la surprise est donc venu le temps de l’indignation et des grandes déclarations de la part des politiques. Les Etats-Unis ont ainsi la ferme volonté d’infliger une amende record à la firme de Wolfsburg tandis qu’en France, beaucoup appellent à des examens plus approfondis sur les véhicules.

Derrière ce lynchage en règle que subit actuellement Volkswagen, il me semble surtout que la plupart des personnes ou entreprises qui ont vertement critiqué l’entreprise allemande le font pour mieux détourner les regards sur leurs propres errements ou sur leurs agissements qui ne sont, pour la plupart, pas bien plus honnêtes que ceux de VW. Qu’il n’y ait pas méprise, je n’absous absolument pas Volkswagen qui est évidemment le principal coupable dans cette affaire. Toutefois, plutôt que de voir en elle une brebis galeuse, je suis bien plus enclin à y voir le révélateur de certains problèmes de notre système capitaliste contemporain. En somme, le système tente de transformer Volkswagen en pharmakos en essayant de nous faire croire que la firme automobile aurait drainé tous les travers et qu’il faut donc la punir pour assainir le système alors qu’elle est le symbole du système actuel. Lire la suite

A gauche, la lâcheté décide de tout

La semaine dernière, le premier secrétaire du parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, était sur le plateau d’On n’est pas couché pour présenter et faire la promotion de son nouveau livre intitulé A gauche, les valeurs décident de tout. Dans cet ouvrage, il explique que l’essence même de la gauche (comprenez le Parti Socialiste) est de s’adosser à ses valeurs et de les défendre coute que coute. Il précise également que depuis quelques temps la gauche a pu transiger avec ce principe là et qu’il faut qu’elle revienne rapidement à ses valeurs fondamentales sous peine d’être vouée à disparaitre en tant que gauche.

Monsieur Cambadélis semble oublier qu’il est premier secrétaire du PS et qu’il est donc, de facto, celui qui est censé insuffler la dynamique au sein du parti. Si la gauche s’est détournée de ses valeurs, il n’y est donc pas étranger. Et pourtant, le livre ne sonne absolument pas comme une autocritique mais bien comme une charge contre quelque chose d’informe. En utilisant le mot « gauche », le premier secrétaire s’exonère de dire clairement quelles sont les personnes visées par sa diatribe. Toutefois, il a raison sur un point : la gauche s’est bel et bien détournée de ses valeurs. Par lâcheté face aux sondages ou face à l’Allemagne, le PS a renié ses valeurs d’égalité et de solidarité, fondements de son identité. Lire la suite

Twitter est-il dangereux pour la démocratie ?

Il y a quelques semaines j’avais tenté d’analyser ce que j’appelle la twitterisation de la vie politique (et tenté de démontrer en quoi celle-ci était le symbole de sa déchéance). Aujourd’hui, ce sont les rapports entre Twitter, ses utilisateurs et la démocratie qui m’intéressent, ou plutôt qui m’inquiètent quelque peu devrais-je dire. « Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse ». Ce proverbe me semble particulièrement adapté à ce réseau social tant la vocifération et l’outrance semblent être les règles du petit oiseau bleu.

On ne compte plus, en effet, les propos injurieux voire clairement haineux sur Twitter. Ces abominations poussent comme des petits champignons et ce, d’autant plus qu’ils ne sont que très rarement supprimés par les administrateurs. Récemment une personne fort charmante lors d’un «débat» sur l’immigration n’a eu pour seul argument de dire que « L’Islam n’est pas une religion, c’est une secte de barbares et de sauvages ». Inutile de préciser que cette personne n’a pas voulu aller plus loin dans le débat après cela. D’aucuns semblent penser qu’un débat sain passe par ce genre de pitreries et de grossièretés. La politique, au sens noble du terme, et la démocratie ne sauraient s’accommoder de ce genre de pratiques. Lire la suite

Vous voulez régler le problème des migrants ? Soyez humains !

Plus de 100 000 migrants sont arrivés en Europe au mois de juillet 2015. Chaque jour amène son lot de déclarations aberrantes sur cette situation. Ce matin, sur ITélé, Gilbert Collard appelait les autorités européennes à une sévérité plus grande. Dans l’après-midi c’est Florian Philippot qui a exigé que le statut de réfugié politique soit supprimé. Si entendre de tels propos dans la bouche de personnalités politiques d’extrême droite n’est guère surprenant, les voir repris et amplifiés par un ancien président de la République ou par une ancienne ministre est autrement plus inquiétant et plus dérangeant.

A la comparaison entre l’arrivée de migrants et une fuite d’eau faite par Nicolas Sarkozy ont succédé les sorties sidérantes de Nadine Morano sur cette question. Preuve qu’une large part de l’échiquier politique est contaminée par cette haine et cette déshumanisation du problème. Quiconque ose, en effet, essayer de comprendre la situation de ces migrants ou rappeler que derrière tous ces chiffres se cachent la misère d’hommes, de femmes et d’enfants se voit immédiatement taxer d’angélisme. Pourtant, si l’on veut réellement changer la situation il ne suffit pas de faire de grands effets d’annonce ou de poster des tonnes de gardes côtes au large de l’Europe. Lire la suite

La suppression des repas de substitution ou comment attiser les tensions

« Le Trib. adminis. vient de rejeter le recours dirigé contre la fin des menus de substitution à Chalon. Première victoire pour la laïcité ! ». En tweetant cela le 13 août dernier, Gilles Platret, le maire Républicain de Chalon sur Saône, se félicitait de ce qu’il considère comme une victoire de la laïcité en même temps qu’une victoire personnelle. Cette interdiction des menus de substitution a suscité des réactions partagées. Même dans son propre parti, le maire de Chalon a été contesté. Alors certes Nicolas Sarkozy, dans sa course effrénée derrière le Front National, a soutenu bruyamment cette initiative. Mais certains, comme Alain Juppé, ont rapidement critiqué ce qu’ils considèrent comme étant une dérive. Le maire de Bordeaux n’a pas pris de pincettes pour évoquer le sujet puisqu’il a affirmé que « les repas de substitutions n’emmerd[ait] personne ! ».

Ce qui me dérange le plus dans cette affaire c’est que les défenseurs de la suppression de ces menus de substitutions brandissent la laïcité comme argument. D’ailleurs ils vont même plus loin puisqu’ils affirment que la laïcité serait en danger si on ne supprimait pas lesdits repas de substitution. En réalité agiter ce chiffon rouge ne revient une nouvelle fois qu’à tenter de diviser les Français. En a-t-on vraiment besoin en cette période où le repli sur soi est de mise ? N’est-il pas temps de tenter d’unir les Français plutôt que de les diviser sur des sujets périphériques ? A trop jeter de l’huile sur le feu, ces personnalités politiques ne parviendront qu’à attiser les divisions et à radicaliser certaines personnes sur des sujets qui ne méritent pas une telle lumière. Lire la suite

La twitterisation de la vie politique, symbole de sa déchéance

Au moment de sa création par Jack Dorsey, Evan Williams, Biz Stone et Noah Glass en 2006, qui aurait cru que le petit oiseau bleu occuperait une place si importante une décennie plus tard ? Pas grand monde ne misait sur ce nouveau réseau social au départ et pourtant, aujourd’hui, Twitter est le deuxième réseau social le plus important avec plus de 500 millions d’utilisateurs. Parmi ces utilisateurs, les hommes politiques français en sont assez friands. Ils y voient un moyen simple de communiquer avec l’opinion publique et donc avec de potentiels électeurs en vue d’élections futures.

Lancé en 2006, Twitter a pris son envol au moment même où la fracture entre les hommes politiques et la population semblait irrémédiablement s’accroitre, le référendum de 2005 à propos de la Constitution Européenne n’était pas étranger à cette défiance grandissante que ressentait le peuple envers les élites. Twitter aurait alors pu constituer un moyen de renouer ce lien qui semblait coupé entre les politiques et la population. Malheureusement, neuf ans plus tard la défiance est plus grande que jamais. Mon but n’est évidemment pas d’accuser Twitter. Le réseau social n’est pas néfaste en soi. Finalement, tel un couteau qui peut sauver ou ôter une vie selon comment on l’utilise, Twitter aurait pu sauver ou définitivement détruire le lien entre les politiques et le peuple. Plutôt que de me cantonner à l’analyse de l’utilisation qu’ont les politiques de Twitter, je me propose aussi d’analyser ce que j’appelle la «twitterisation» de la vie politique, c’est-à-dire l’application des us et des coutumes de ce réseau social à la vie politique. Lire la suite

Jaurès, ce géant

Il y a 101 ans, Raoul Villain (le bien nommé) assassinait Jaurès au café du croissant. A l’époque, certains se sont réjouis de cette mort violente. Il faut dire que celui qui a réussi la prouesse d’unifier les différentes chapelles socialistes n’était pas bien vu par la presse réactionnaire et belliqueuse. Lui le pacifiste forcené n’avait eu de cesse d’alerter la population sur le désastre que constituerait une guerre contre l’Allemagne. Il fut menacé de mort pour cet engagement en faveur du dialogue et non de la violence, en faveur des mots plutôt que des balles. Il payera de sa vie cette position inflexible et courageuse. Et toute sa grandeur est résumée dans cette position, jamais il n’a renoncé à ses idéaux.

Le grand paradoxe avec Jaurès c’est, qu’aujourd’hui, tout le monde s’accorde à reconnaître qu’il était un grand homme et qu’il fait partie des hommes politiques français les plus marquants alors même qu’il est parfaitement à l’opposé des valeurs qui régissent notre société. Viscéralement de gauche, il n’opposait pas l’idéal et le réel comme on le fait bien trop souvent de nos jours. Au contraire, en affirmant que «le courage c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel», il réunit ces deux concepts que l’on tente à tout prix d’éloigner l’un de l’autre. Jaurès n’aura jamais été président du conseil au contraire de Clémenceau, son grand adversaire. D’aucuns y voient le signe de la défaite de Jaurès. Je suis plus enclin à y voir le signe de sa victoire mais une victoire beaucoup plus symbolique, celle des idées.
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Le roi d’Arabie Saoudite, la plage de Vallauris et l’hypocrisie

Le roi d’Arabie Saoudite a donc pris ses quartiers sur une plage de Vallauris. Ladite plage avait été préalablement privatisée par un arrêté préfectoral interdisant son accès à toute personne n’appartenant pas à la cour du roi saoudien. Malgré les polémiques et les multiples levées de bouclier engendrées par cette privatisation, le préfet n’a pas reculé. Christian Estrosi s’en est d’ailleurs offusqué affirmant qu’il était «scandaleux» qu’une personne, aussi puissante soit-elle, s’approprie un espace public. Réelle indignation ou simple manœuvre électorale en vue des régionales de la fin de l’année ? Je laisse chacun en juger.

D’autres, au contraire, se sont réjouis de la manne financière que pouvait apporter la venue de ces riches touristes dans le sud de la France en considérant que, finalement, privatiser une plage était un prix à payer plutôt négligeable au regard de l’apport financier que la ville allait recevoir. Personnellement, ce qui me dérange le plus dans cette affaire, c’est l’indignation sélective dont peuvent faire preuve les hommes politiques ou l’opinion publique. Indignation sélective à la fois sur les rapports entre la France et l’Arabie Saoudite mais aussi, et peut-être surtout, sur la question de la privatisation des plages. Lire la suite

Changer l’Euro et réorienter l’UE : la fin de l’utopie

Longtemps j’ai cru qu’il était possible de modifier l’euro et de réorienter la politique européenne vers plus de croissance, plus de justice et plus de solidarité. Naïf, je me suis dit que la crise de la dette souveraine, qui touche l’Europe depuis 2010, allait permettre cette réorientation vers une politique plus humaine où le politique reprendrait réellement le pas sur l’économique. D’ailleurs, crisis ne signifie-t-il pas choix en grec ? Malgré les mises en gardes répétées de plusieurs économistes ou politologue, comme Jean-Paul Fitoussi dans La Règle et le choix, j’ai voulu croire que c’était quand même possible. La crise grecque et le diktat imposé au pays de Platon, d’Aristote et de Socrate par les institutions européennes est venu signifier la fin de ce doux espoir. Non l’Euro ne peut pas être changé et non l’UE ne sera pas réorientée, l’Allemagne et ses sbires ne le permettront jamais.

Au-delà de la simple critique de l’Allemagne, ce que « l’accord » du 12 juillet met en lumière, c’est la crise profonde que traverse la gauche européenne (comme l’avait si bien remarqué Raffaele Simone dans Le Monstre doux). La pensée de gauche est en crise parce qu’elle est incapable de remettre en question les choses existantes. Elle a perdu cette force qui était la sienne et qui la poussait à remettre en cause l’ordre établi pour aller vers plus de solidarité et plus de progrès. Il faut aussi s’intéresser à l’étymologie du mot crise. Comme dit plus haut, en grec crisis signifie choix. Si la gauche est en crise c’est aussi parce qu’elle est à la croisée des chemins : se réinventer ou mourir, telle est l’alternative qui se présente aujourd’hui à la gauche européenne.
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Non Monsieur Boutih, ma génération n’est pas « radicale »

Paru en plein milieu de la crise grecque, le rapport de Malek Boutih sur les phénomènes de radicalisation et notamment du jihadisme est passé relativement inaperçu. Et pourtant, quelle charge contre la jeunesse ! Son rapport intitulé sobrement « Génération Radicale » nous donne une image caricaturale de la jeunesse. Les jeunes seraient en soif de reconnaissance, radicalisés et banaliseraient la violence à en croire les conclusions dudit rapport. En outre, toujours selon ce rapport la jeunesse serait «frustrée» et «prête à basculer» dans le radicalisme religieux.

Cette violente charge contre la jeunesse va même plus loin puisque le rapport oppose aux jeunes « qui rêvent de réussite rapide et clinquante» les adultes dont « la bien-pensance  enjoint les jeunes à l’abnégation et à la modération ». Après la lutte des classes, voici venu le temps de la lutte des générations si l’on lit entre les lignes de ce rapport. Néanmoins, ce rapport est truffé de caricatures sur la jeunesse. S’il aborde un problème important, il ne propose ni le bon constat ni les bonnes causes et encore moins les bonnes réponses pour endiguer le mal-être d’une certaine partie de la jeunesse. Lire la suite