Le rap par-delà les clichés et les simplifications

Le milieu du rap français est en pleine ébullition actuellement. En effet, pas moins de quatre albums ou EP sortent en l’espace de trois semaines : cette frénésie a commencé le 18 mai et la sortie du très attendu Ngrtd de Youssoupha et s’achèvera le 8 juin avec Le Feu, premier album solo de Nekfeu. Entre temps, Médine nous a dévoilé un EP surprise, Démineur, le 25 mai et les deux frères toulousains Bigflo & Oli, la relève du rap français pour beaucoup, ont sorti leur premier album La Cour des grands.

Cette activité intense vient témoigner, s’il le fallait, que le rap, loin d’être mort, est encore bien vivant et reste un milieu extrêmement fécond. On constate, effectivement, que deux de ces productions sont réalisées par de jeunes rappeurs qui sortent leur premier album pour Bigflo & Oli et leur premier album solo pour Nekfeu. Dans le même temps, les poids lourds du monde du rap ne sont pas en reste puisque Youssoupha et Médine compte plus de 10 ans de carrière.

Et pourtant, bien que le rap soit présent en France depuis plus de 20 ans, il n’est toujours pas accepté à sa propre valeur. Beaucoup ne le considèrent pas comme un genre musical à part entière et lui refuse le statut d’art au prétexte qu’il ne serait que violence, haine et inculture.  Lire la suite

Linkedin, reflet d’une classe sociale qui se déshumanise

En effectuant un travail de feedback pour un dispositif « cordées de la réussite », je suis arrivé à une conclusion assez frappante : la majorité des personnes utilisant Linkedin sont issus des Grandes Ecoles ou y suivent encore des cours. Inversement, les personnes suivant des cours à l’université ne sont pas très friands de ce réseau social. Evidemment, cette conclusion, ne s’appuyant que sur l’étude d’environ 250 personnes, n’a pas vocation à être érigée en vérité absolue. Toutefois, cette disproportion dans l’utilisation de Linkedin permet de nourrir une réflexion sociologique plutôt intéressante.

Partant de ce constat, j’ai en effet eu une réflexion plus large sur ce que pouvait nous dire Linkedin de cette classe sociale à savoir celle des cadres intermédiaires ou supérieurs qui ont fréquenté les Grandes Ecoles de Commerce ou d’Ingénieur et qui se destinent à être les « futures élites de la nation » comme certains les appellent pompeusement. Le constat s’avère édifiant, entre concurrence exacerbée, uniformisation des personnes et perte du réel lien social. C’est la combinaison de ces trois tendances mortifères qui m’incite à parler de déshumanisation en cours dans cette classe sociale.  Lire la suite

Etre antisystème, c’est déjà être dans le système

De nos jours, on ne compte plus les partis politiques ou même les personnalités affirmant être antisystème. Ainsi en est-il du Front National qui affirme vouloir contrer le système UMPS (ou herpès selon le bon mot de Florian Philippot) ou de Debout la République dont le slogan est « ni système ni extrême ».  A gauche non plus, on ne se cache pas d’être antisystème. Jean-Luc Mélenchon réaffirmait récemment, sur le plateau d’On n’est pas couché, son opposition la plus farouche au système européen mené par l’Allemagne et prônant l’austérité.

Et pourtant, s’élever contre le système revient paradoxalement à le renforcer ainsi que l’a noté Yves-Charles Grandjeat dans L’Autorité en question en 2005. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, être antisystème revient à se retrouver dans le système et à légitimer son existence en s’opposant à lui.  Lire la suite

La discrimination positive, ce piège

A la suite des attentats qui ont touché la France les 7 et 9 janvier derniers, d’aucuns se sont alarmés sur la ghettoïsation vécue par certaines populations. Manuel Valls est même allé jusqu’à parler d’un « apartheid » social qui toucherait la France. Et pour cause, à diplôme égal, les descendants d’immigrés ont deux fois moins de chances de trouver un emploi que les autres. Pire encore, l’adresse serait un élément discriminant de telle sorte que les résidents des quartiers dits sensibles ont bien moins de chance de trouver un emploi que des personnes venant de quartiers plus huppés.

Finalement, la vie des populations de ces quartiers n’est pas si éloignée du tableau très sombre que décrivait Mathieu Kassovitz, il y a près de 20 ans, dans La Haine. Malgré toutes les promesses faites par l’Etat à la suite des émeutes de 2005, rien ou presque n’a changé et comme le rappait déjà Akhenaton dans Demain c’est loin en 1999 : « C’est toujours la même merde derrière la dernière couche de peinture ».

Pour répondre à cette situation, la solution la plus envisagée est celle de la discrimination positive. Ainsi, fraichement élu, François Hollande a mis en place une politique d’accès aux classes préparatoires : il s’agit de faire intégrer une classe préparatoire à au moins 5% d’élèves dans chaque lycée. Si cette mesure peut être vue comme un cadeau et une chance accordée aux lycéens issus d’établissements classés en ZEP, elle est en réalité un cadeau empoisonné et un piège pervers.  Lire la suite

Marseille, cet anti-modèle pour les politiques urbaines

Des problèmes que rencontre Marseille, on évoque souvent l’insécurité, la violence ou la saleté. Autant de problèmes qui sont causés par les Marseillais, les citoyens. On entend souvent que Marseille serait ingouvernable avec ses grèves de dockers ou d’éboueurs à répétition, que les quartiers Nord seraient une zone de non droit où la loi de la force a pris le pas sur la force de la loi. En faisant ce constat, les observateurs omettent, volontairement ou non je ne le sais pas, de mentionner les problèmes liés à la politique urbaine complétement défaillante dans la ville.

La cité phocéenne souffre, en effet, d’une politique urbaine complètement à l’agonie et incohérente. Marseille Provence 2013 a d’ailleurs pleinement mis en exergue cette politique urbaine de qualité plus que médiocre. Deux chantiers sont, à mes yeux, prioritaires pour donner un nouveau souffle à la ville et enrayer le cercle de la pauvreté et de la violence dans la ville : désengorger le centre-ville et désenclaver les quartiers Nord. Lire la suite

Le laïcisme, religion du siècle

Selon la célèbre phrase attribuée à André Malraux, « le 21ème siècle sera religieux [certains disent mystique] ou ne sera pas ». Pourtant, si « Dieu est mort » comme le proclamait Nietzsche dès 1882 dans Le Gai savoir, il paraît compliqué d’imaginer un siècle religieux.

En effet, la tendance est plutôt à la sécularisation en Occident et parler de religion sans Dieu peut sembler contradictoire. Toutefois, il ne me semble pas déraisonnable d’affirmer que notre siècle est effectivement religieux mais d’un religieux particulier : un religieux sans Dieu. Lire la suite

L’Ecole de Commerce ou la fabrique d’immobilisme

Dans Les Héritiers puis La Reproduction, Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron tentent de démontrer que le système scolaire aboutit à légitimer le fait que la position sociale est un héritage légué par les parents.

En ce sens, l’Ecole de Commerce est souvent vu comme l’exemple idoine de ce processus dans la mesure où la grande majorité des étudiants d’Ecole de Commerce ont des parents cadres : les enfants de cadres, en intégrant les Ecoles de Commerce, reçoivent alors pleinement cette position sociale en héritage puisqu’ils deviendront eux aussi cadres, « futures élites de la nation » comme on les appelle en classes préparatoires.

Et pourtant, les Ecoles de Commerce mettent en avant l’esprit d’initiative qu’elles inculqueraient à leurs étudiants ainsi que leurs enseignements qui sont censés permettre aux étudiants de devenir les futurs acteurs du changement. Dans cette optique, l’Ecole de Commerce se présente comme cette entité capable de donner les clés aux futurs cadres pour comprendre un monde changeant et ainsi leur permettre de faire évoluer les choses et les manières de penser.

Loin du cliché des étudiants débauchés, arrogants, je-m’en-foutistes et uniquement intéressés par les intérêts mercantiles sans se soucier de l’éthique comme les décrit Kim Chapiron dans La Crème de la crème, je souhaite simplement donner mon avis d’étudiant en Ecole de Commerce sur la prétendue capacité des Ecoles de Commerce à former des acteurs du changement. Lire la suite

Pourquoi dire que les terroristes font le jihad est un non-sens absolu

Comme l’écrivait Albert Camus dans La Peste, « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». A la lumière de cette maxime, l’usage que les médias et la doxa font du mot jihad est édifiant. Si l’on écoute un peu la radio, regarde un peu la télé ou lit un peu les journaux, on comprend assez vite que le terme jihad est compris et utilisé pour signifier terrorisme islamiste ou lutte armée. Et pourtant, dans la tradition musulmane ce mot ne signifie nullement ceci. Analyse d’une méprise qui est désormais ancrée profondément dans l’inconscient collectif. Lire la suite

Marseille, la grande dénigrée ?

Alors que le Premier ministre, Manuel Valls, a été sifflé ce matin à l’entrée du lycée Victor Hugo dans le 3ème arrondissement de Marseille. Se pose désormais la question du regard que la France porte sur Marseille. En effet de nombreux marseillais considèrent que leur ville est dénigrée à outrance dans les médias.

Faut-il, dès lors, y voir un excès de paranoïa de la part des habitants de la cité phocéenne ? Ou bien est-ce un signal plus alarmant qui cache une véritable impression d’être rejetés par le reste du pays ? La fusillade d’hier qui s’est produite dans le quartier de la Castellane constitue ainsi une clé d’interprétation de ce malaise marseillais. Lire la suite

Débat sur le service civique: l’arbre qui cache la forêt ?

Après le temps du recueillement et de la mobilisation populaire à la suite des attentats des 7 et 9 janvier derniers, le temps des débats politiques et sociétaux est arrivé. A ce petit jeu, le débat qui occupe le plus de place dans les médias est celui sur le service civique et la pertinence de le rendre obligatoire. Alors que le Front National a appelé le gouvernement à le rendre obligatoire afin de  » réinculquer aux jeunes générations un esprit national et patriote », François Hollande devrait, selon Europe 1, annoncer ce jeudi lors de sa conférence de presse l’objectif d’atteindre d’ici la fin du quinquennat 200 000 à 300 000 services civiques signés. Toutefois il devrait également annoncer qu’il ne rendra pas obligatoire ce dernier. Si ce débat a occupé une large part des débats politiques depuis l’attentat de Charlie Hebdo, le problème des banlieues semble lui primordial et il serait grand temps de l’aborder.

Notre société a-t-elle atterri ?

« C’est l’histoire d’une société qui tombe et qui au fur et à mesure de sa chute, se répète sans cesse pour se rassurer, ‘Jusqu’ici tout va bien’, ‘Jusqu’ici tout va bien’… ‘Jusqu’ici tout va bien’. L’important c’est pas la chute, c’est l’atterrissage ». Lire la suite