Emmanuel Macron, symbole le plus éclatant de l’idéologie gestionnaire

Mardi, le candidat d’En Marche a expliqué qu’il ferait des propositions en matière d’économie avant la mi-mars et la publication de son projet. Macron a repoussé à de nombreuses reprises la publication d’un programme – en se contentant de publier un livre notamment. Il n’a eu de cesse de répéter de grands principes un peu flous depuis son entrée en campagne si bien que certains de ses meetings se vident avant même la fin de ses discours puisqu’il se contente de répéter les mêmes choses à longueur de discours. Après avoir parlé de vision pour la France en lieu et place de programme, le voilà qui désormais nous promet qu’il présentera avant l’élection présidentielle un « contrat avec la nation » et non pas des mesures claires.

Contrat, arrêtons-nous sur ce terme. Il me semble en effet que les mots ont un sens et qu’à force de l’oublier nous avons vu se diffuser une forme de non-pensée très orwellienne dans notre société. Emmanuel Macron ne présentera pas un programme mais donc un « contrat » un peu comme s’il s’agissait de passer un entretien d’embauche pour devenir PDG de l’entreprise France. Ce terme – qui est une nouvelle pirouette et un coup de communication – en dit très long à mes yeux sur ce le symbole que représente Macron. Il est en effet le symbole de cette idéologie gestionnaire que Vincent de Gauléjac a mis en évidence dans La Société malade de la gestion. Lire la suite

Le mythe de l’union des gauches

Au cours des semaines précédentes, avant le renoncement de François Hollande, Libération avait ressorti les violons pour nous rejouer l’air de l’union de toutes les gauches. De Macron à Mélenchon en passant par Hollande et Valls, le journal fondé par Jean-Paul Sartre, dressait un réquisitoire contre tous ces responsables de gauche qui n’en font qu’à leur tête et qui sabotent le rassemblement vital à gauche si l’on en croit le quotidien. L’ensemble des articles reprenait une même antienne et un même appel : celui qui enjoignait l’ensemble des personnes citées plus haut à participer à ce qui est pompeusement appelée la « primaire de gauche ». Rappelons, en effet, que ce que Libé appelle primaire de gauche est en réalité la primaire du seul Parti Socialiste, qui est d’ailleurs en train de se transformer en congrès mortuaire. François Rebsamen a d’ailleurs renouvelé l’appel hier au micro de RMC.

Lundi dernier, l’ex-Premier ministre et désormais « candidat à la présidence de la République » selon ses propres mots, s’est lancé depuis la mairie d’Evry son fief électoral, la ville même où il demandait, il y a quelques années, qu’on mette plus de « white, de blancos » pour lui en donner une bonne image. Le slogan de Manuel Valls est d’ailleurs assez risible quand on se rappelle de ses méthodes et de son parcours. « Faire gagner ce qui nous rassemble ». Il est toujours risible de voir les termes rassembler ou rassemblement accolés au nom de Valls tant celui-ci demeure le diviseur en chef, l’homme de la fracture forcenée. La décision de Hollande « oblige » la gauche à se rassembler selon lui. Pourtant, il me paraît plus qu’évident que LA gauche n’existe plus, cela fait un moment qu’elle a péri. Il est bien plus pertinent de parler des gauches aujourd’hui et, n’en déplaise à Valls, leur union relève bien plus du mythe que de toute autre chose. Lire la suite

Emmanuel Macron, le marcheur (en col) blanc

Emmanuel Macron a donc fini par quitter son poste de ministre de l’Economie la semaine dernière. Le voilà qui « retrouve [sa] liberté » pour continuer le « combat » selon ses propres termes. Attendu de tous, ce départ n’en fait pas moins la une de tous les médias ou presque qui ne nous parlent que de cette démission depuis le milieu de la semaine dernière. Voilà que chacun y va de son petit commentaire pour désigner l’attitude et l’action du désormais ex-ministre : déserteur, infidèle, lâche pour les uns, il serait au contraire cohérent, courageux, audacieux selon d’autres. Les éléments de langage sont rodés de part et d’autre dans ce qui ressemble à un théâtre de dupes.

Le mot qui revient le plus souvent dans la bouche de ses critiques pour décrire le désormais probable futur candidat à l’élection présidentielle est tiré de l’Antiquité romaine. Nombreux sont ceux à le traiter de Brutus comme si la farce qui se joue devant nos yeux depuis des mois avait quelque chose à voir avec l’histoire romaine. Quelle personne sensée peut voir dans Emmanuel Macron l’avatar de Brutus et surtout dans François Hollande celui de César ? Toutefois, des petites phrases lancées tout au fil de sa présence à Bercy à sa démission de la semaine dernière en passant par son meeting du 12 juillet dernier à la Mutualité au cours duquel il a annoncé qu’il souhaitait mener En Marche! (son mouvement) à la victoire, Emmanuel Macron nous dit indiscutablement quelque chose de notre système politique actuel. Lire la suite

La libéralisation du marché des autocars ou le grand enfumage

Dimanche dernier, le 31 juillet, l’émission Capital a diffusé un reportage sur les autocars « nouveau moyen low cost » de partir en vacances. Ledit reportage tentait bien de rendre compte des bons côtés et des mauvais côtés de cette nouvelle pratique, notamment en montrant comment les géants du secteur (Isilines, Flixbus, Mégabus, etc.) faisaient subir une pression monumentale à tous leurs sous-traitants et les dérives que cette nouvelle tendance pouvait entrainer comme le fait que des conducteurs sans permis sont chauffeurs – conséquence de l’impossibilité légale des compagnies à contrôler le nombre de points sur les permis des chauffeurs. Toutefois – et comme pour toute production intellectuelle ou médiatique – un large biais était présent dans ce reportage.

Dans cette ode aux autocars que nous a proposé Capital, l’accent était en effet mis sur l’avantage procuré par la libéralisation du marché des autocars à savoir celui de permettre à des personnes aux revenus modestes de pouvoir se déplacer et partir en vacances ou rentrer plus régulièrement chez elles (pour les étudiants notamment). Ironie de l’histoire, dimanche était l’anniversaire de l’assassinat de Jean Jaurès, celui-là même qui dans son célèbre Discours à la jeunesse de 1903 que le « courage c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe ». En ce sens et selon moi, le reportage de Capital ne révèle qu’une vérité partielle et partiale à l’égard de la question des autocars. Lire la suite