Nauséabondes complicités (à propos des incidents de Nice-OM)

Le serment des Horaces – Jacques-Louis David

Dimanche soir, aux alentours de 22h15, Dimitri Payet se présente au poteau de corner gauche situé devant le virage Sud de l’Allianz Riviera, la tribune occupée par les Ultras Populaire Sud, le principal groupe de supporters de l’OGC Nice. Comme depuis le début du match et quelques instants auparavant sur un corner précédent, des projectiles – principalement des bouteilles pleines – se mettent à pleuvoir à destination du joueur marseillais. L’une d’elles le touche violemment et le fait s’écrouler par terre, ce qui n’empêche pas les projectiles de continuer à lui arriver dessus. La suite est désormais tristement devenu mondialement célèbre, le numéro 10 olympien se relève, renvoie deux bouteilles dans le virage et le terrain est envahi par plusieurs dizaines de supporters niçois prêts à en découdre.

Mercredi soir, les deux clubs étaient convoqués devant la commission de discipline de la LFP et, sans grande surprise, celle-ci a fait le choix de prononcer un huis-clos d’un match pour le stade niçois puis de mettre en instruction le dossier. Nous ne connaîtrons donc que dans une dizaine de jours le résultat du match ainsi que les sanctions prononcées à l’égard des différents acteurs de ce qu’il s’est passé. En attendant, il est déjà possible de sortir du cadre du football et de tenter d’expliquer à quel point cette triste soirée d’août restera assurément dans les annales comme l’une de celles où le football aura illustré un grand nombre des maux de notre société actuelle : gestion désastreuse des autorités, police complice, impunité quasi-totale à l’égard de l’extrême-droite, mépris souverain de l’éthique la plus élémentaire, etc. En d’autres termes, dimanche encore plus que d’habitude, le football a été éminemment politique. C’est donc bien sur ce terrain qu’il faut porter le principal combat.

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Réforme ou révolution ? (à propos de la théorie moderne de la monnaie)

Chemin de fer, soleil couchant – Edward Hopper

[Avant-propos]: Ce billet s’appuie principalement sur l’ouvrage de Stéphanie Kelton, Le Mythe du déficit, et en est une recension partielle. Ainsi, les trois premières parties s’appuient uniquement sur les éléments avancés par cette théoricienne de la TMM tandis que la dernière s’applique à poser un regard plus critique sur celle-ci. Dans tous les cas, la recension étant par définition partielle et fonction de ma compréhension, si vous souhaitez vraiment approfondir le sujet je ne peux que vous inviter à lire l’ouvrage.

Quelques temps après le surgissement du Covid-19 et au moment de la mise en place des mesures de restrictions sanitaires telles que le confinement, une pensée s’est répandue dans certaines sphères de la gauche: le monde d’après, comprendre après le coronavirus, serait radicalement différent de ce que l’on avait connu depuis lors. Les plus optimistes y voyaient même une manière d’en finir avec le néolibéralisme voire avec le capitalisme. Il faut dire que, durant un temps, la folle logique de l’orthodoxie budgétaire a bel et bien été mise de côté, y compris par ses dévots les plus fervents de l’autre côté du Rhin. 

Pourtant, plus de 18 mois après le début de cette crise dont on ne voit pas la fin, il apparaît comme évident que le monde d’après n’est pas bien différent que le monde d’avant, qu’il est peut-être même un peu pire, qu’à la crise sanitaire encore présente viendront rapidement se superposer des crises économiques et sociales plus puissantes que celles que nous avons vu se mettre en place ces derniers temps (où, il faut le rappeler, la pauvreté a explosé). Dès lors, faut-il voir la relative montée en puissance de la théorie moderne de la monnaie (TMM ou MMT dans sa version anglophone) outre-Atlantique comme le signe d’une profonde révolution capable de mettre à mal la logique capitaliste ?

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La grande confusion (à propos du pass sanitaire et de sa contestation)

Bistrot – Edward Hopper

Lundi dernier, après quelques péripéties, le pass sanitaire est finalement entré en vigueur. Aller manger au restaurant, boire un verre en terrasse ou même se rendre à l’hôpital font désormais partie des situations où il est exigé de montrer patte blanche – ou plutôt QR code vert. Si l’extension des restrictions avaient commencé dès le 21 juillet notamment au sein des cinémas et des lieux accueillant plus de 50 personnes, l’instauration officielle du pass sanitaire marque assurément une rupture dans la gestion de la pandémie.

Depuis plusieurs semaines, les manifestations se succèdent les samedis pour protester contre la mise en place d’une telle mesure. Surfant sur celles-ci, un certain nombre de responsables politiques – la plupart se situant sur la droite voire l’extrême-droite de l’échiquier politique – tentent d’occuper l’espace et de récupérer la colère qui est bien présente dans le pays non seulement à l’égard du pass sanitaire mais plus largement sur la gestion de la pandémie par le pouvoir en place. Il serait pourtant à la fois malhonnête et contreproductif de circonscrire la contestation à l’extrême-droite ou aux complotistes. La question qui se pose à la gauche est bel et bien celle de réussir à exister dans cette contestation sans se faire phagocyter par les mouvances brunes et confusionnistes qui sont indéniablement présentes.

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