Vous voulez régler le problème des migrants ? Soyez humains !

Plus de 100 000 migrants sont arrivés en Europe au mois de juillet 2015. Chaque jour amène son lot de déclarations aberrantes sur cette situation. Ce matin, sur ITélé, Gilbert Collard appelait les autorités européennes à une sévérité plus grande. Dans l’après-midi c’est Florian Philippot qui a exigé que le statut de réfugié politique soit supprimé. Si entendre de tels propos dans la bouche de personnalités politiques d’extrême droite n’est guère surprenant, les voir repris et amplifiés par un ancien président de la République ou par une ancienne ministre est autrement plus inquiétant et plus dérangeant.

A la comparaison entre l’arrivée de migrants et une fuite d’eau faite par Nicolas Sarkozy ont succédé les sorties sidérantes de Nadine Morano sur cette question. Preuve qu’une large part de l’échiquier politique est contaminée par cette haine et cette déshumanisation du problème. Quiconque ose, en effet, essayer de comprendre la situation de ces migrants ou rappeler que derrière tous ces chiffres se cachent la misère d’hommes, de femmes et d’enfants se voit immédiatement taxer d’angélisme. Pourtant, si l’on veut réellement changer la situation il ne suffit pas de faire de grands effets d’annonce ou de poster des tonnes de gardes côtes au large de l’Europe. Lire la suite

Changer l’Euro et réorienter l’UE : la fin de l’utopie

Longtemps j’ai cru qu’il était possible de modifier l’euro et de réorienter la politique européenne vers plus de croissance, plus de justice et plus de solidarité. Naïf, je me suis dit que la crise de la dette souveraine, qui touche l’Europe depuis 2010, allait permettre cette réorientation vers une politique plus humaine où le politique reprendrait réellement le pas sur l’économique. D’ailleurs, crisis ne signifie-t-il pas choix en grec ? Malgré les mises en gardes répétées de plusieurs économistes ou politologue, comme Jean-Paul Fitoussi dans La Règle et le choix, j’ai voulu croire que c’était quand même possible. La crise grecque et le diktat imposé au pays de Platon, d’Aristote et de Socrate par les institutions européennes est venu signifier la fin de ce doux espoir. Non l’Euro ne peut pas être changé et non l’UE ne sera pas réorientée, l’Allemagne et ses sbires ne le permettront jamais.

Au-delà de la simple critique de l’Allemagne, ce que « l’accord » du 12 juillet met en lumière, c’est la crise profonde que traverse la gauche européenne (comme l’avait si bien remarqué Raffaele Simone dans Le Monstre doux). La pensée de gauche est en crise parce qu’elle est incapable de remettre en question les choses existantes. Elle a perdu cette force qui était la sienne et qui la poussait à remettre en cause l’ordre établi pour aller vers plus de solidarité et plus de progrès. Il faut aussi s’intéresser à l’étymologie du mot crise. Comme dit plus haut, en grec crisis signifie choix. Si la gauche est en crise c’est aussi parce qu’elle est à la croisée des chemins : se réinventer ou mourir, telle est l’alternative qui se présente aujourd’hui à la gauche européenne.
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L’idée européenne n’est plus

Aujourd’hui, l’idée européenne est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu une notification sur mon téléphone : «Accord trouvé. Tsipras capitule. La ligne dure l’emporte.» Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier. La Grèce et ses créanciers sont donc parvenus à un accord dans la nuit de dimanche à lundi. Enfin, accord est un bien grand mot. L’Europe a contraint Alexis Tsipras à une reddition sans condition. En brandissant la menace d’un Grexit, même temporaire, l’Allemagne et ses alliés finlandais et slovaques ont imposé leur vision au reste de l’UE. La dureté des exigences heurtait plusieurs fonctionnaires européens lundi matin. Un «catalogue des horreurs», résumait même le magazine allemand Der Spiegel.

Alexis Tsipras représentait surement le dernier espoir de voir la politique européenne infléchie vers plus de justice sociale et de voir l’émergence d’une Europe plus solidaire et plus inquiète du bien-être de ses peuples plutôt que de critères abstraits et mathématiques. 60%-3%-Règle d’or ou la Sainte-Trinité défendue par l’orthodoxie allemande. Si cette position peut se comprendre en période de prospérité, elle devient complétement absurde en période de récession et n’aboutit qu’à détruire le tissu social des pays où elle est appliquée. Les différents gouvernements européens sont pourtant tous unanimes sur l’accord conclu cette nuit : ils auraient sauvé l’Europe selon eux en évitant le Grexit. Leur autosatisfaction suintante me fait penser à ces personnages de La Peste qui effectuent une danse macabre autour du corps des pestiférés. Sauf que dans notre cas le mort est l’idée européenne. Lire la suite

L’impérieuse nécessité de réformer le système bancaire

Qui se souvient encore du septième engagement de François Hollande lors de la campagne présidentielle de 2012 ? « Je séparerai les activités des banques qui sont utiles à l’investissement et à l’emploi, de leurs opérations spéculatives » écrivait l’alors candidat à l’Elysée. Et pourtant, force est de constater que, plus de trois ans après son arrivée à la présidence, cette promesse a été rangée dans le fond des placards. Et alors ? me direz-vous, ce n’est qu’un énième renoncement de celui qui avait désigné la finance comme son premier ennemi. On n’est plus à une promesse non tenue près diront certains. Pourtant, je pense que réformer le système bancaire et séparer les activités de dépôt des activités de spéculations est primordial, non seulement pour restaurer la confiance mais aussi pour prévenir une nouvelle crise causée par les actions de certaines banques.

Aujourd’hui, avec la crise grecque, le débat doit être remis sur la table à mon sens. Les tenants forcenés de l’austérité, ceux qui ne veulent à aucun prix entendre parler d’une renégociation de la dette hellène nous expliquent qu’ils défendent cette position non seulement pour le principe mais aussi pour l’intérêt du contribuable français. Annuler la dette grecque couterait 600€ à chaque Français nous disent-ils. Et c’est bien là que la nécessité de réformer le système bancaire apparaît : ce sont les banques qui ont prêté à des taux faramineux à la Grèce, pourquoi le contribuable devrait-il payer les pots cassés d’investissements à haut risques ? Lire la suite

Et maintenant on fait quoi Angela ?

Le non, OXI, l’a donc emporté lors du référendum grec. Plus de 60% des Grecs ont exprimé leur refus de la politique d’austérité imposée depuis près de 5 ans par la Troïka. Avant le référendum, le FMI avait déjà commencé à se désolidariser de la BCE et de la Commission Européenne en exigeant une restructuration, voire un effacement, de la dette grecque. Barack Obama s’est joint à cette demande du FMI, à la surprise générale. Les institutions européennes se retrouvent donc seules à exiger obstinément des mesures d’austérité de la part du gouvernement Grec.

Angela Merkel apparait donc comme la grande perdante de ce que certains appellent désormais l’OXI Day. Le non franc et massif que les Grecs ont exprimé aujourd’hui s’exprime avant tout à l’Allemagne, à Angela Merkel et à Wolfgang Schäuble, ministre des finances allemand et tenant d’une ligne dure à l’égard de la Grèce. « Un non à l’hégémonie allemande » titrait Der Spiegel peu après l’annonce des premiers résultats partiels. Alors quelles conséquences en Allemagne du non grec ? Lire la suite

Et si Tsipras avait déjà gagné ?

Vendredi, et pour la première fois depuis l’annonce de la tenue du référendum, le oui est apparu en tête dans un sondage. Selon ce dernier le oui devance désormais le non d’un peu plus d’un point à 44,8% contre 43,4. L’autre enseignement principal de ce sondage est que près de 12% des Grecs sont encore indécis et ne savent pas s’ils voteront oui ou non ce dimanche. Faut-il y voir l’effet de la campagne médiatique et politique menée par les institutions européennes et certains médias grecs visant à faire peur aux Grecs en leur promettant le chaos si le non sortait vainqueur ? Certainement.

Ce resserrement entre les deux positions-dimanche dernier le non était encore donné largement gagnant dans les sondages (entre 60 et 70%)-réjouit d’une part les tenants de la rigueur et d’autre part les contempteurs d’Alexis Tsipras. Ceux-ci vont même jusqu’à réclamer la démission du Premier ministre grec en cas de victoire du oui. Martin Schulz a, par exemple, appelé à la mise en place d’un gouvernement de technocrates à partir de lundi en cas de victoire du oui au référendum qui constituerait selon lui un cinglant revers pour le leader de Syriza. Et pourtant, à y regarder de plus près, quel que soit le résultat du référendum, Tsipras semble avoir déjà gagné plusieurs batailles. Lire la suite

La crise grecque, les Européens et Camus

Alors qu’Alexis Tsipras avait fait parvenir deux lettres signifiant sa volonté de continuer les négociations, l’Allemagne par la voix d’Angela Merkel a fermement rejeté toute tentative de compromis, ajoutant même le mépris à ce refus catégorique puisque la chancelière allemande a affirmé que « l’avenir de l’Europe n’[était] pas en jeu » et que « La situation en Grèce est surtout une souffrance pour les gens en Grèce ».

« L’absurde, écrivait Camus en 1942 dans Le Mythe de Sisyphe, naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde ». En pastichant la célèbre formule du philosophe, on pourrait dire que dans le cas de la crise grecque, l’absurde naît de l’appel grec à la renégociation et le silence déraisonnable de la Troïka. Il me semble que la pensée de Camus peut être appliquée à la crise grecque et à ses répercussions sur l’Union Européenne et les Européens. Lire la suite

Soutenir la Grèce pour sauver la démocratie

En publiant une tribune dans le Financial Times pour soutenir un abandon du « sévère programme d’austérité » que subit la Grèce, sept économistes, dont Thomas Piketty ou Joseph Stiglitz, ont rappelé avec force que Syriza n’était pas seul dans son combat contre l’austérité et la Troïka.

En effet, près de six mois après l’arrivée d’Alexis Tsipras au pouvoir, le climat s’est extrêmement tendu entre la Grèce et ses créanciers si bien que celle-ci n’a reçu aucune aide extérieure depuis l’été dernier et que ses finances sont donc au plus mal. A l’inverse de ce que pensaient certainement le FMI et Bruxelles, le gouvernement de gauche radicale n’a pas cédé. Il s’est même montré très habile en exploitant un règlement du FMI lui permettant de rembourser les 300 Millions d’€que la Grèce devait au FMI en fin de mois et non pas en diverses tranches.

Si ces économistes s’intéressent surtout, et c’est bien normal, à la question économique et mettent en avant l’absurdité de ce plan d’austérité drastique, ce conflit entre l’Etat grec et les instances européennes relève d’une lutte politique, beaucoup plus importante et symbolique, celle de la survie de la démocratie en Europe. Lire la suite

Syriza: chance pour l’Europe ou énième désillusion pour la gauche européenne?

En arrivant en tête des élections législatives du 25 janvier dernier, et en frôlant même la majorité absolue, Syriza a, pour beaucoup d’observateurs, enclenché une nouvelle étape dans la politique de l’Union Européenne et de la zone euro. En effet, la victoire d’une coalition opposée à l’austérité dans le pays le plus endetté de la zone euro peut changer durablement la donne au sein de l’Union Européenne. En nommant Yanis Varoufakis, qui se revendique comme marxiste, au ministère de l’économie, Alexis Tsipras a voulu envoyer un message fort en direction de l’UE et d’Angela Merkel en particulier.

Quelques jours après sa victoire, Alexis Tsipras entamait un tour d’Europe pour défendre sa vision sur le remboursement de la dette grecque et affirmait que la Grèce n’avait « pas besoin d’une prochaine aide de 7 milliards d’euros » prévue en mars. Dès lors cette victoire de Syriza peut-elle insuffler un nouvel élan dans une Europe atone et proche de la déflation, ou celle-ci n’est-elle vouée qu’à marquer un nouvel échec de la gauche européenne dans sa tentative de refonte de la politique économique de la zone euro? Lire la suite