Dalil Boubakeur contre Valeurs Actuelles ou l’art de ne pas aborder les vrais problèmes

En suggérant que les églises désaffectées puissent être transformées en mosquées, Dalil Boubakeur ne pensait pas déclencher une polémique telle que des personnes comme Eric Zemmour, Nicolas Sarkozy ou Alain Finkielkraut se sentent obligées de signer une pétition dans Valeurs Actuelles pour affirmer : «Ne touchez pas à nos églises ». Selon l’hebdomadaire, les propos du futur ex-président du CFCM sont une « provocation » et illustrent à merveille la théorie du grand remplacement si chère à Eric Zemmour et Renaud Camus.

Que des intellectuels, ou du moins des personnes prétendant l’être, s’oppose avec véhémence à un simple « pourquoi pas ? » lâché par Dalil Boubakeur à Jean-Pierre Elkabach et évoque la théorie du grand remplacement peut se comprendre. Mais qu’un homme politique de premier plan, chef de l’opposition et ancien président de la République cosigne cette pétition et ne tente pas d’aborder le sujet de manière constructive en jetant de l’huile sur le feu, cela ne me semble pas raisonnable. « Le courage, disait Jaurès, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques ». Tentons donc d’aborder les vraies questions que pose cette opposition.
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L’impérieuse nécessité de réformer le système bancaire

Qui se souvient encore du septième engagement de François Hollande lors de la campagne présidentielle de 2012 ? « Je séparerai les activités des banques qui sont utiles à l’investissement et à l’emploi, de leurs opérations spéculatives » écrivait l’alors candidat à l’Elysée. Et pourtant, force est de constater que, plus de trois ans après son arrivée à la présidence, cette promesse a été rangée dans le fond des placards. Et alors ? me direz-vous, ce n’est qu’un énième renoncement de celui qui avait désigné la finance comme son premier ennemi. On n’est plus à une promesse non tenue près diront certains. Pourtant, je pense que réformer le système bancaire et séparer les activités de dépôt des activités de spéculations est primordial, non seulement pour restaurer la confiance mais aussi pour prévenir une nouvelle crise causée par les actions de certaines banques.

Aujourd’hui, avec la crise grecque, le débat doit être remis sur la table à mon sens. Les tenants forcenés de l’austérité, ceux qui ne veulent à aucun prix entendre parler d’une renégociation de la dette hellène nous expliquent qu’ils défendent cette position non seulement pour le principe mais aussi pour l’intérêt du contribuable français. Annuler la dette grecque couterait 600€ à chaque Français nous disent-ils. Et c’est bien là que la nécessité de réformer le système bancaire apparaît : ce sont les banques qui ont prêté à des taux faramineux à la Grèce, pourquoi le contribuable devrait-il payer les pots cassés d’investissements à haut risques ? Lire la suite

La crise grecque, les Européens et Camus

Alors qu’Alexis Tsipras avait fait parvenir deux lettres signifiant sa volonté de continuer les négociations, l’Allemagne par la voix d’Angela Merkel a fermement rejeté toute tentative de compromis, ajoutant même le mépris à ce refus catégorique puisque la chancelière allemande a affirmé que « l’avenir de l’Europe n’[était] pas en jeu » et que « La situation en Grèce est surtout une souffrance pour les gens en Grèce ».

« L’absurde, écrivait Camus en 1942 dans Le Mythe de Sisyphe, naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde ». En pastichant la célèbre formule du philosophe, on pourrait dire que dans le cas de la crise grecque, l’absurde naît de l’appel grec à la renégociation et le silence déraisonnable de la Troïka. Il me semble que la pensée de Camus peut être appliquée à la crise grecque et à ses répercussions sur l’Union Européenne et les Européens. Lire la suite

Pour une liberté d’expression plus juste

Avec l’attentat contre Charlie Hebdo est ressurgi avec force le débat sur la liberté d’expression. Déjà au moment de l’affaire Dieudonné beaucoup de personnes s’étaient insurgées de voir ses spectacles censurés et évoquaient une liberté d’expression à géométrie variable. Le parallèle avec Charlie Hebdo avait déjà été utilisé par les partisans de l’humoriste pour justifier d’un deux poids deux mesures à son encontre.

L’assaut des frères Kouachi contre les membres de l’hebdomadaire satyrique ont relancé ce débat brulant. D’aucuns militent pour une liberté d’expression limitée. D’autres, au contraire, défendent une liberté d’expression totale et sans aucune autocensure. Certains autres, enfin, réclament une liberté d’expression qui serait la même pour tous et critique l’utilisation actuelle de la liberté d’expression qui ne serait pas équitable. Lire la suite

La discrimination positive, ce piège

A la suite des attentats qui ont touché la France les 7 et 9 janvier derniers, d’aucuns se sont alarmés sur la ghettoïsation vécue par certaines populations. Manuel Valls est même allé jusqu’à parler d’un « apartheid » social qui toucherait la France. Et pour cause, à diplôme égal, les descendants d’immigrés ont deux fois moins de chances de trouver un emploi que les autres. Pire encore, l’adresse serait un élément discriminant de telle sorte que les résidents des quartiers dits sensibles ont bien moins de chance de trouver un emploi que des personnes venant de quartiers plus huppés.

Finalement, la vie des populations de ces quartiers n’est pas si éloignée du tableau très sombre que décrivait Mathieu Kassovitz, il y a près de 20 ans, dans La Haine. Malgré toutes les promesses faites par l’Etat à la suite des émeutes de 2005, rien ou presque n’a changé et comme le rappait déjà Akhenaton dans Demain c’est loin en 1999 : « C’est toujours la même merde derrière la dernière couche de peinture ».

Pour répondre à cette situation, la solution la plus envisagée est celle de la discrimination positive. Ainsi, fraichement élu, François Hollande a mis en place une politique d’accès aux classes préparatoires : il s’agit de faire intégrer une classe préparatoire à au moins 5% d’élèves dans chaque lycée. Si cette mesure peut être vue comme un cadeau et une chance accordée aux lycéens issus d’établissements classés en ZEP, elle est en réalité un cadeau empoisonné et un piège pervers.  Lire la suite

Le laïcisme, religion du siècle

Selon la célèbre phrase attribuée à André Malraux, « le 21ème siècle sera religieux [certains disent mystique] ou ne sera pas ». Pourtant, si « Dieu est mort » comme le proclamait Nietzsche dès 1882 dans Le Gai savoir, il paraît compliqué d’imaginer un siècle religieux.

En effet, la tendance est plutôt à la sécularisation en Occident et parler de religion sans Dieu peut sembler contradictoire. Toutefois, il ne me semble pas déraisonnable d’affirmer que notre siècle est effectivement religieux mais d’un religieux particulier : un religieux sans Dieu. Lire la suite

Syriza: chance pour l’Europe ou énième désillusion pour la gauche européenne?

En arrivant en tête des élections législatives du 25 janvier dernier, et en frôlant même la majorité absolue, Syriza a, pour beaucoup d’observateurs, enclenché une nouvelle étape dans la politique de l’Union Européenne et de la zone euro. En effet, la victoire d’une coalition opposée à l’austérité dans le pays le plus endetté de la zone euro peut changer durablement la donne au sein de l’Union Européenne. En nommant Yanis Varoufakis, qui se revendique comme marxiste, au ministère de l’économie, Alexis Tsipras a voulu envoyer un message fort en direction de l’UE et d’Angela Merkel en particulier.

Quelques jours après sa victoire, Alexis Tsipras entamait un tour d’Europe pour défendre sa vision sur le remboursement de la dette grecque et affirmait que la Grèce n’avait « pas besoin d’une prochaine aide de 7 milliards d’euros » prévue en mars. Dès lors cette victoire de Syriza peut-elle insuffler un nouvel élan dans une Europe atone et proche de la déflation, ou celle-ci n’est-elle vouée qu’à marquer un nouvel échec de la gauche européenne dans sa tentative de refonte de la politique économique de la zone euro? Lire la suite