Mois: novembre 2020
Quelle hégémonie culturelle au temps du covid ?

Le panthéon, le matin après l’incendie – J.M.W. Turner
Mardi soir, Emmanuel Macron s’est une nouvelle fois exprimé au cours d’une allocution. Centrée sur la stratégie d’allègement du confinement, celle-ci a permis, pour la première fois depuis le début de la pandémie, d’établir une sorte d’horizon de sortie de crise – bien qu’elle demeure encore aujourd’hui très hypothétique. En fixant trois dates pour trois temps différents, le locataire de l’Élysée a davantage explicité la stratégie que par le passé. Depuis le surgissement de ce nouveau coronavirus et des conséquences qu’il a engendrées, nous avons entendu à de nombreuses reprises la profession de foi selon laquelle le monde d’après ne pourrait être que différent de celui qui existait avant l’apparition de cette pandémie.
D’aucuns se sont même mis à espérer qu’une rupture radicale avec le néolibéralisme, sinon le capitalisme, serait la suite logique des évènements, un peu comme une mécanique huilée qui ne pouvait être enrayée. Cette vision, que je trouve personnellement quelque peu béate, a vite été battue en brèche par les politiques menées depuis mars. Loin d’un infléchissement dans l’idéologie qu’il prône, Monsieur Macron a au contraire calqué son plan de soutien à l’économie (que lui et ses affidés appellent plan de relance) sur les préceptes néolibéraux. Plus signifiant encore, selon moi, la stratégie autoritaire du pouvoir qui s’est encore accentuée depuis quelques semaines démontre bien que l’impasse dans laquelle nous nous retrouvons collectivement, le monde d’après peut effectivement être différent de celui d’avant mais pas forcément pour le meilleur.
Lire la suiteRéponse au Covid et idéologie néolibérale

Le cheval de Troie – Tiepolo
Il y a quelques jours, Jean Castex a tenu une conférence de presse pour évoquer les mesures prises dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19. Au cours de celle-ci, il a expliqué que l’économie française allait à nouveau connaitre un recul de son PIB lors du 4ème trimestre de l’année en cours. S’il est encore trop tôt pour parler de récession – qui est techniquement définie comme deux trimestres ou plus consécutifs avec une croissance négative – les perspectives floues autorisent à penser qu’il se pourrait bien qu’une telle évolution ne surgisse à nouveau. Face à la colère des commerçants, face à la pauvreté qui s’accroit, face au scepticisme des citoyens vis-à-vis des mesures prises, le Premier ministre n’a opposé que du flou, ajoutant de l’incertitude à l’incertitude.
Depuis le début de cette crise sanitaire (qui se muera de manière quasi-certaine en violente crise économique et sociale), l’exécutif, notamment par la voix d’Emmanuel Macron n’a eu de cesse de proclamer l’importance des mesures prises pour maintenir l’économie française. Plan de relance de 100 milliards d’€, chômage partiel, prêts garantis par l’État (dits PGE), le pouvoir en place s’entête à affirmer qu’il propose l’une des réponses économiques les plus ambitieuses de la planète. Pourtant, loin de rompre avec la logique qu’il mène depuis son arrivée au pouvoir – contrairement à ce qu’il avait laissé sous-entendre lors de sa première allocution le 12 mars dernier – Emmanuel Macron offre une réponse néolibérale à la crise que nous traversons.
Lire la suiteLa critique du salariat et ses impasses

La tour de Babel – Pieter Brueghel l’Ancien
Depuis maintenant une semaine et pour encore au moins 25 jours, la France est de nouveau entrée dans une phase de confinement. Bien que celui-ci diffère assez substantiellement du premier (établissements scolaires ouverts, entreprises du BTP continuant à travailler, etc.), un nombre une nouvelle fois conséquent de salariés se retrouvent au chômage partiel. Cette mesure très protectrice quand on la compare à ce qui peut se faire dans le reste du monde vise avant tout à maintenir le niveau d’emploi et ainsi réduire le mur du chômage, selon la formule consacrée, qui ne manquera probablement pas de se produire en même temps qu’une crise sociale d’ampleur. Il est, à ce titre, assez ironique de constater que ce gouvernement tout acquis à la logique d’ubérisation dépenser des milliards pour cette mesure – qui marque toutefois un continuum avec l’idéologie mise en place depuis 2017, j’y reviendrai dans un prochain billet.
La pandémie et la crise sanitaire qui en a découlé ont précipité une crise à la fois économique et sociale dans la mesure où de nombreuses associations aidant les personnes en grande précarité ont annoncé l’augmentation de celle-ci avec les différentes mesures prises pour tenter d’endiguer la maladie. Plus largement, il me semble que la situation depuis mars aurait dû permettre à la gauche de mener une bataille culturelle pour la défense des services publics et une autre organisation de la société, en deux mots une rupture avec le capitalisme au moins dans sa version néolibérale. Cette rupture passe évidemment par une critique acerbe du salariat et de ses conséquences délétères même si celle-ci peut mener à des impasses relativement mortifères au vu du modèle économique dans lequel nous sommes plongés.
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