La fonction publique face au cynisme de Monsieur Macron

Jeudi dernier, Edouard Philippe et Gérald Darmanin tenaient un discours sur l’action publique et la fonction publique. Dans le cadre de CAP 2022 – qui est le nom donné à la politique à l’égard de la fonction publique par le gouvernement – le premier ministre et son ministre de l’action et des comptes publics, ont évoqué la vision du gouvernement pour la fonction publique. Au fil de sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait affirmé vouloir diminuer de 120 000 le nombre de fonctionnaires dans notre pays et jeudi dernier, ses ministres se sont placés totalement dans les pas qui avaient été les siens lors de la campagne.

Dans une forme de théâtralisation devenue habituelle depuis l’arrivée du successeur de François Hollande à l’Elysée, les deux ministres ont en effet déroulé leur plan pour la fonction publique avec des annonces radicales, qui rompent avec la tradition. C’est bien simple, la volonté d’Emmanuel Macron et de son gouvernement n’est autre que de calquer les méthodes et les mots du privé. Il n’y a rien de bien étonnant à cela tant Emmanuel Macron comme l’ensemble des membres de son gouvernement et de sa majorité législative portent un profond mépris à l’égard des fonctionnaires et du travail qui est le leur. Tout est fait pour les rabaisser et les humilier depuis l’arrivée du nouveau locataire de l’Elysée. Loin de n’être que les pots cassés de sa politique, cette attitude à l’égard des fonctionnaires est au cœur de l’idéologie et de la stratégie détestable d’Emmanuel Macron. Lire la suite

Appeler une victoire par son nom

Il y a quelques semaines le gouvernement annonçait, par la voix d’Edouard Philippe, l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Devenu depuis des décennies un symbole de la lutte contre les projets pharaoniques et de la protection des zones humides, cet emplacement polarisait l’attention, notamment depuis la création d’une zone à défendre, plus communément appelée ZAD, par les opposants les plus farouches à la construction dudit aéroport. Ne nous mentons pas et ne nous cachons pas derrière des faux-semblants, ce recul de l’Etat est une franche surprise. Durant la campagne présidentielle, en effet, l’alors candidat Emmanuel Macron avait affirmé qu’il ne se désengagerait pas de ce projet et que la consultation locale organisée en juin 2016 avait, pour lui, clos le débat. Les lignes de ce blog sont assez critiques à l’égard de l’exécutif pour ne pas reconnaître lorsque celui-ci prend une bonne décision, ce qui a été le cas avec ce recul.

Si ladite décision est surprenante c’est non seulement en raison des propos du locataire de l’Elysée durant la campagne présidentielle mais également de ceux de son ministre de l’Intérieur qui laissaient peu de place au doute quant à l’issue de cette affaire. La déception a d’ailleurs été très grande parmi les défenseurs de l’aéroport qui n’ont pas manqué de dénoncer une décision selon eux couarde et contraire à la démocratie – non non on ne rêve pas, les mêmes personnes qui tordent le cou aux aspirations démocratiques des peuples ont été les premières à en appeler à la démocratie contre la décision du gouvernement, les Tartuffe n’ont honte de rien. Je crois, pour ma part, qu’il ne faut pas hésiter à appeler ce recul de l’Etat par ce qu’il est, c’est-à-dire une victoire de ceux qui affirment qu’une autre société est possible. Bien évidemment la victoire n’est que partielle et ne saurait être un triomphe. C’est bien pour cela qu’il est primordial de ne pas se croire arrivés. Lire la suite

La terrifiante loi « fake news »

Lors de ses vœux à la presse le 3 janvier dernier, Emmanuel Macron a fait une annonce qui n’a laissé personne indifférent dans le milieu des médias et bien au-delà. Le locataire de l’Elysée a effectivement affirmé vouloir légiférer pour lutter contre ce qu’on appelle désormais les « fake news ». Monsieur Macron a effectivement expliqué que la prolifération de ces fausses nouvelles sur internet était un danger pour la vie démocratique et qu’il incombait à l’Etat de lutter contre ce fléau. Dans le même temps, aux Etats-Unis, Donald Trump – qui a finalement plus de similitudes avec Emmanuel Macron que l’on veut nous bien le faire croire, de sa politique fiscale à l’intérêt porté aux « fake news » en passant par une certaine idée césarienne du pouvoir – organisait une cérémonie au cours de laquelle il blâmait les médias qui, selon lui, avaient le plus menti au cours de l’année précédente.

Au cours de son allocution de près d’une demie heure, le successeur de François Hollande s’est attaqué dans une allusion à peine voilée aux médias russes Russia Today et Sputnik lorsqu’il a expliqué que le CSA pourrait à l’avenir « lutter contre toute tentative de déstabilisation par des services de télévision contrôlés ou influencés par des Etats étrangers ». Pourtant, dans le même temps, Emmanuel Macron a prôné une « saine distance entre le pouvoir et les médias » dans une forme de double discours dont nous avons désormais l’habitude. Il est en effet assez incohérent, et osons le dire à la limite du foutage de gueule, d’affirmer cela en expliquant vouloir légiférer sur le contenu desdits médias. Lire la suite

Les Toujours Charlie ou la bataille culturelle qui ne dit pas son nom

En début d’année, au prétexte de rendre hommage à Charlie Hebdo et de commémorer le troisième anniversaire du terrible attentat qui a décimé la rédaction du journal le 7 janvier 2015 était organisée une journée « Toujours Charlie ». Ladite journée était organisée par le Printemps Républicain, le Comité Laïcité République et la Licra et a rassemblé une multitude de personnes de cette sphère réactionnaire qui se prétend de gauche et dont Manuel Valls est la figure de proue. Aux Folies Bergères c’est donc à une litanie de définition de ce qu’était être Charlie à laquelle nous avons assisté.

Bien vite néanmoins, l’objet des discussions a dérivé et ce grand barnum a révélé sa réelle raison d’être. L’hommage à Charlie Hebdo n’était en effet qu’un prétexte pour faire avancer des idées. Cette constatation n’est, hélas, pas nouvelle puisque l’ensemble de cette sphère réactionnaire et laïcarde qui a vu le jour à la suite des attentats passe son temps, Valls en tête, à instrumentaliser tout et n’importe quoi pour faire avancer ses idées nauséabondes. Il serait plus que temps de démasquer et dénoncer une fois pour toute cette imposture qui se cache derrière les oripeaux d’une lutte pour la liberté d’expression alors même que son but est de réduire au silence tous ceux qui ne pensent pas comme elle.

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Les leçons des élections catalanes

Dans un contexte très particulier, les Catalans étaient appelés aux urnes tout au fil de la journée d’hier. Après le référendum du 1er octobre, organisé par les indépendantistes au pouvoir en Catalogne et jugé illégal par Madrid, qui avait vu plus de deux millions de personnes se déplacer pour voter en dépit de la répression de la Guardia Civil et la mise sous tutelle de la région catalane par Madrid avec l’utilisation de l’article 155 de la Constitution espagnole, l’un des enjeux de ce scrutin était de savoir quelle serait la participation. Dans une campagne qui s’est uniquement polarisée sur la question de l’indépendantisme ou de l’unionisme, ces élections étaient quasiment une sorte de référendum sur l’indépendance.

L’autre des grands enjeux de ces élections était également de savoir quel parti arriverait en tête et surtout qui parmi le bloc indépendantiste recueillerait le plus de suffrages entre les partis de Carles Puigdemont, ancien président de la région et actuellement en exil à Bruxelles, et d’Oriol Junqueras, actuellement en prison près de Madrid. Face à ces multiples enjeux, les Catalans ont répondu en masse et la participation a bondi de 7% par rapport aux élections de 2015 en s’établissant à près de 82%. Le camp indépendantiste, en réussissant à conserver sa majorité absolue au Parlement catalan, a remporté une grande victoire en même temps que Mariano Rajoy – dont le parti s’est écroulé – a connu une véritable bérézina. Toutefois, il me semble que les leçons à tirer de ce scrutin dépasse allègrement le cadre espagnol et a fortiori catalan. Lire la suite

La réforme de l’assurance chômage ou la mise à mal du système social français

Au cours de sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait prévenu : sa volonté est de réformer radicalement le système du chômage pour le faire revenir dans le giron de l’Etat. Après avoir mené, sans trop d’encombres il faut bien le reconnaitre, sa réforme du code du travail, le nouveau locataire de l’Elysée prévoit désormais de s’attaquer à l’autre grand dossier de son quinquennat sur le plan économique et social, l’assurance chômage. L’ensemble de ces réformes voulues par le nouvel exécutif s’inscrit évidemment dans une logique plus globale de recul de l’Etat. Au fil de sa campagne, le nouveau président avait mis l’accent sur sa proposition de permettre aux indépendants et démissionnaires de toucher le chômage selon des conditions bien précises. Ce discours avait accroché et pris dans une partie de la population qui se reconnaissait dans les propos sur la start-up nation de l’alors candidat Macron.

Las, ceux qui avaient cru à des lendemains meilleurs sont en train de déchanter face aux réflexions du gouvernement. Pour les indépendants, la cessation de paiement devra être prononcée pour toucher finalement à peine plus que le RSA. Quant au chômage pour les démissionnaires, il sera, s’il voit le jour, conditionné au fait d’avoir un « projet » bien défini derrière – en bref il sera conditionné au fait d’avoir démissionné pour partir ailleurs, ce qui n’a, on le comprend aisément, strictement aucun sens. La réforme voulue par Monsieur Macron à propos du chômage est un changement complet de paradigme du modèle social français. Passer d’un modèle assurantiel et de gestion paritaire (entre les partenaires sociaux) à un modèle contrôlé totalement par l’Etat et n’étant plus du tout assurantiel c’est un rude coup qui serait porté aux politiques sociales de notre pays. Lire la suite

Le populisme de gauche ou le piège des 99% ?

Il y a une quinzaine de jours, Mediapart a organisé une rencontre retransmise en direct sur YouTube depuis Grenoble et intitulé « Que faire à gauche ? ». Ponctuée d’intervention de personnes aussi diverses que Paul Magnette, Bruno Latour ou Mireille Delmas-Marty, la journée de rencontres a également proposé une table ronde très intéressante autour des figures charismatiques à gauche. Intitulée « Faut-il des figures charismatiques à gauche ? » et composée de Danièle Obono (députée de la France Insoumise), Yves Sintomer (professeur de science politique à l’université Paris 8 et spécialiste de l’Amérique Latine) et de Hayat Loukili (REACT Grenoble), ladite table ronde a notamment permis de s’interroger sur la notion de populisme de gauche.

Ce débat sur le populisme de gauche est assurément l’un de ceux qui est le plus important en ce moment et depuis quelques temps à gauche puisqu’il pose de vraies questions tant politiques, au sens fort, que stratégiques. Ses hérauts, Chantal Mouffe en tête, n’ont de cesse, en effet, d’affirmer que c’est par l’émergence d’un populisme de gauche que l’on pourra contrer celle d’un populisme de droite désormais clairement établie. La théoricienne belge abonde fortement dans ce sens dans ses deux derniers ouvrages – L’Illusion du consensus paru en 2016 et Construire un peuple paru en 2017 et qui est un livre de discussion avec Inigo Errejon, l’un des fondateurs et stratège de Podemos – si bien qu’il est presque inévitable d’interroger cette notion à l’heure où Jean-Luc Mélenchon s’en réclame haut et fort et où, il faut bien le reconnaitre, Emmanuel Macron semble avoir un boulevard devant lui. Lire la suite

L’éviction de Rokhaya Diallo, la France rance et l’hypocrisie

 Hier, nous apprenions – quand bien même son nom n’a pas été cité directement – que le gouvernement demandait à la directrice du Conseil national du numérique, Marie Ekland, d’évincer Rokhaya Diallo dudit conseil. Quelques jours plus tôt, pourtant, le gouvernement installait officiellement le Conseil national du numérique et la présence de Rokhaya Diallo ne semblait poser aucun problème. Il serait d’ailleurs naïf de croire que le secrétaire d’Etat au numérique, Mounir Mahjoubi, et a fortiori le président Emmanuel Macron ne connaissaient pas la future composition du conseil bien avant l’annonce officielle. Les deux – il est totalement inenvisageable que Monsieur Macron n’ait pas, au moins, validé la décision de demander l’éviction de Madame Diallo – n’y trouvaient rien à redire et c’est une campagne haineuse de la part de la droite la plus extrême (les Valls, Fourest, Boyer, Printemps Républicain et consorts) qui a abouti à cette décision.

Cette hystérie autour de Rokhaya Diallo de la part de ces tristes personnages émane à n’en pas douter du fait que cette spécialiste du numérique connue et reconnue de par le monde est également une farouche militante de l’antiracisme politique et de la lutte contre l’islamophobie, combats que ces personnes ne tolèrent pas. Dans son communiqué froid et tranchant comme la lame d’une guillotine, Mounir Mahjoubi, tout acquis à sa couardise explique que « le conseil national du numérique a besoin de sérénité pour travailler, et les derniers échanges sur la composition du Conseil soulignent que ces conditions ne sont pas pleinement réunies ». Cette phrase m’a personnellement fait penser à l’interdiction d’une journée réservée aux femmes dans un parc aquatique près de Marseille il y a quelques temps qui avait finalement été interdite pour troubles possibles à l’ordre public après les menaces de la fachosphère. Cette décision prise par l’exécutif en dit long sur l’état de délabrement intellectuel de notre pays en même temps qu’elle souligne, s’il le fallait, qu’une double hypocrisie est présente au plus haut sommet de l’Etat.

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L’hommage à Johnny Hallyday ou les chrysanthèmes du mépris

Samedi dernier, des dizaines de milliers de personnes ont assisté à « l’hommage populaire » – figure rhétorique bien confortable pour ne pas avoir à dire qu’il s’agissait d’un hommage national – rendu à Johnny Hallyday. La dépouille du chanteur a descendu les Champs Elysées avant d’arriver à l’Eglise de la Madeleine pour une cérémonie religieuse. De nombreuses personnalités étaient présentes pour cet ultime hommage et Emmanuel Macron a même pris la parole. Ce qui était marquant, toutefois, était de voir cette foule massive et compacte venue faire un dernier salut à celui qu’elle considère comme une idole.

Comme bien souvent lors de ces moments de commémorations, de nombreuses questions sont soulevées non seulement par ce rassemblement mais également par les réactions qu’il a suscitées. Je crois, en effet, que les multiples commentaires autour de cet hommage nous renseignent bien plus sur l’état actuel de notre pays que l’hommage en lui-même. Il me semble, à ce titre, que l’un des éléments les plus saillants qui s’est donné à voir autour de cet hommage a été une forme de mépris, je dirais même un double mépris à l’égard de ceux, qui sincères, ont été profondément bouleversés par la mort de leur chanteur favori. Lire la suite

Ces si scandaleux tribunaux d’arbitrage

Dans le traité de libre échange entre l’Union Européenne et le Canada (ou CETA), ils sont un sinon le principal élément de tension. Il est d’ailleurs assez significatif que cette mesure ne soit pas encore en vigueur, contrairement à la quasi-totalité du traité, et nécessite la ratification unanime des Etats membres pour entrer en vigueur. Les tribunaux d’arbitrage sont en effet une véritable rupture dans les relations entre Etats et firmes transnationales. Déjà largement en place dans les pays en développement, particulièrement en Afrique, les tribunaux d’arbitrage ne sont pas nouveaux dans le paysage extra-judiciaire. Dès 1965 la Banque Mondiale s’est effectivement dotée d’un centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements ou CIRDI.

A écouter leurs laudateurs, les tribunaux d’arbitrage seraient bénéfiques puisqu’ils permettraient de s’économiser de longues années d’instruction judiciaire dans la mesure où leur principal avantage est de rendre les décisions rapidement. Le fonctionnement desdits tribunaux est assez simple puisque les parties désignent le plus souvent trois arbitres chargés de statuer sur les termes de tel ou tel contrat (un arbitre désigné par chacune des parties et un autre désigné par les deux). Pourtant, si l’on y regarde de plus près, à la fois dans leur fonctionnement et dans la philosophie qu’ils portent, il n’est pas absurde de voir dans ces tribunaux d’arbitrage un véritable scandale démocratique. Lire la suite