Quotidien, le TPMP de l’actualité ?

Lorsqu’on regarde Quotidien sur TMC, il flotte comme un air de Lampedusa. Non pas cette petite île italienne – sujet que l’émission de Yann Barthès a déjà traité par le passé (surtout lorsqu’il présentait Le Petit journal) –  devenue à la fois forteresse macabre et cimetière mais l’auteur du Guépard. Dans le roman, le neveu du personnage éponyme, Tancredi Falconeri affirme que « pour que tout reste comme avant, il faut que tout change », phrase que l’on a souvent modifiée en « il faut que tout change pour que rien ne change ». Dans le cas de Quotidien, cette phrase s’applique doublement, dans une sorte de mise en abîme. La première application, la plus évidente, concerne le passage de Canal + à TMC puisque Yann Barthès a recréé presque tout l’esprit du Petit journal sur la chaine du groupe de TF1.

La deuxième application, bien plus intéressante celle-là, est à propos du format même de l’émission présentée par Yann Barthès – ce qui englobe Quotidien mais aussi Le Petit journal dans ses dernières années. Le surgissement de cette émission dans le paysage audiovisuel français a été présenté comme une profonde rupture. L’infotainment à l’américaine arrivait en France. La réalité c’est bien plutôt que le système médiatique dominant s’est adapté pour conserver sa prééminence. Depuis le début de la saison Touche Pas à Mon Poste et Quotidien se tirent la bourre. Les deux talk-shows luttent en effet pour être l’un devant l’autre. Nombreux sont les téléspectateurs de Quotidien à pérorer avec arrogance sur le fait qu’eux regardent un programme intellectuel tandis que TPMP n’est qu’un ramassis d’absurdités. Pourtant, y a-t-il réellement une différence de nature ou simplement une différence de degré entre les deux émissions ? Alors oui l’émission de Cyril Hanouna a encore passé un stade cette année dans les blagues graveleuses et autres défis ridicules, oui Quotidien traite parfois (assez rarement tout de même) de sujets graves mais dans le fond les deux émissions me semblent répondre à une même logique.

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Derrière le séisme Trump (2/4): la faillite des prophéties

Sondages, les yeux grands fermés

 

Comme je l’exprimai dans la première partie, les campagnes présidentielles sont un moment bénis pour les sondeurs. Déjà bien présents tout le reste du temps, les sondages deviennent la drogue dure de tous les candidats dès lors qu’une campagne se met en route. Il n’est donc guère surprenant de constater que cette fois encore, les sondages auront été présent du début à la fin. Déjà lors des primaires, les sondages s’étaient assez lourdement trompés. L’émergence de Bernie Sanders n’était pas attendue et absolument pas pronostiquée par les instituts de sondages si bien que l’on a commencé à avoir des doutes sur leur pertinence. Depuis des décennies, d’aucuns nous expliquent que les sondages sont l’alpha et l’oméga de la politique contemporaine en cela qu’ils sont le meilleur outil pour prendre le pouls de la population. Aussi une spéculation s’est-elle naturellement mise en place sur les sondages. Quoi de plus normal après tout que de spéculer sur cela à l’ère du capitalisme néolibéral financiarisé ? Symétriquement aux premiers couacs et erreurs d’appréciation des sondages côté Démocrate, s’est mis en place le même phénomène côté Républicain. Les deux surprises de la campagne des primaires n’ont eu de cesse de répéter que les sondages ne mesuraient en rien les convictions profondes de la population, personne ne daigna prêter attention à ces accusations de partialité. La spéculation sur les sondages était toujours aussi forte et nul ne pensait réellement que lesdits sondages se tromperaient quand il s’agirait de l’élection présidentielle. L’on prenait alors l’argument de la primaire pour expliquer les multiples erreurs et tout le monde ou presque nous expliquait que tout rentrerait dans l’ordre une fois les investitures réalisées. Lire la suite

Derrière le séisme Trump (1/4): Frankenstein à l’heure contemporaine

Il y a un peu moins d’une semaine, Donald Jr. Trump était élu 45ème président des Etats-Unis d’Amérique. Depuis, le monde semble être groggy, sonné par un séisme que beaucoup n’avaient pas vu venir ni même imaginé une seule seconde. Pour beaucoup, classes médiatique et politique en tête, la victoire d’Hillary Clinton ne faisait aucun doute si bien que les débats portaient bien plus sur l’ampleur de sa future victoire que sur une improbable élection du candidat républicain. Faisant fi de toutes ces considérations, les Américains ont décidé d’envoyer à la Maison Blanche celui qui était considéré comme le diable en personne par l’ensemble ou presque des médias mondiaux. Chez nous aussi, les médias et toute la classe politique (le FN excepté) ont pris fait et cause pour Hillary Clinton en s’appliquant méthodiquement à présenter Donald Trump comme un dangereux psychopathe et en portant aux nues la candidate démocrate. Las, les voilà désemparés face au séisme qui s’est produit de l’autre côté de l’Atlantique. Si l’épicentre est bien situé aux Etats-Unis, tout porte à croire que des répliques sont à prévoir un peu partout dans le monde. Les plaques tectoniques ont fini par se percuter pour le plus grand malheur des uns, le plus grand bonheur des autres.

Toutefois, ce qui me semble être le plus désolant n’est pas tant l’élection de Trump que notre réaction collective. Fidèles à tout ce qui a été dit lors de la campagne, les médias continuent non seulement à taper sur Trump mais, plus grave encore, à cracher à la figure de ses électeurs. A écouter les analyses, les près de 60 Millions d’électeurs du nouveau président sont tous des beaufs racistes, sexistes et suprémacistes. La revanche du mâle blanc est certainement l’antienne la mieux partagée depuis mardi. Certes Donald Trump a été majoritaire chez les hommes blancs de plus de 45 ans mais résumer l’ensemble de son électorat à une horde de racistes abrutis et peu ou pas diplômés me semblent être précisément la pire des choses à faire en cela qu’elle nous fait passer à côté des autres enseignements de cette élection – qui sont pourtant nombreux et bien moins superficiels selon moi. Il n’est finalement guère surprenant de voir les médias reprendre cette rhétorique sur « l’accident » et sur l’électorat raciste et abruti tant ils ont soigneusement passé sous silence la dynamique de la campagne du magnat de l’immobilier. Si l’élection de Trump est un tournant majeur, comme je le pense, il me semble qu’il est important de sortir des postures et des simplifications outrancières afin de mieux saisir la lame de fond qui a parcouru les Etats-Unis et qui parcourt le Vieux Monde depuis quelques années. Loin d’être un évènement fortuit et isolé, cette élection est au contraire dans la continuité de l’histoire politique très récente. En continuité certes mais aussi en rupture puisqu’elle marque le passage à un stade plus profond de la crise existentielle qui frappe l’Occident. Plutôt que d’être simplement l’expression d’un racisme primaire cette élection fait écho il me semble à l’histoire de Frankenstein tant elle révèle la faillite des prophéties, la revanche des sans-voix et la fin d’un monde. Lire la suite

Grèves et manifestations, les Français malades de la peste

« Selon que vous soyez puissants ou misérables, / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » écrivait Jean de La Fontaine dans Les Animaux malade de la peste en 1678. Il semblerait que trois siècle et demi plus tard, cette maxime demeure plus vraie que jamais. Sommes-nous condamnés à être frappés pour toujours de cette peste qui provoque une vision troublée et des jugements partiaux ? On dirait bien que oui. Récemment, deux mouvements de protestations ont marqué l’actualité : la grève des journalistes d’I-Télé et les manifestations des policiers réclamant plus de moyens.

Mis en regard du grand mouvement de contestation à la loi El Khomri du printemps dernier, ces deux épisodes de protestation étonnent dans la mansuétude qui leur est accordée. Il ne s’agit pas ici de juger du bien-fondé ou non des diverses mobilisations mais simplement d’étudier la réception de ces mouvements dans les médias et dans la sphère politique pour bien mettre en évidence les différences de traitements envers les grévistes ou manifestants selon le motif de leur ire. Le droit de manifester est inscrit dans notre Constitution, celle qui régit notre République, notre Res Publica, notre chose commune. Aussi me parait-il évident d’exiger un traitement identique dans les mouvements sociaux. Chose qui est loin d’être le cas. Lire la suite

Internet responsable de la crise de la presse, vraiment ?

Pas un jour ne passe sans que nous ayons à entendre les plaintes des grands titres de presse nationaux ou régionaux. Quotidiens, hebdomadaires, bimensuels ou mensuels tous répètent à longueur de temps que la presse papier, et le monde des médias en général, est en crise. Érosion des ventes et augmentation régulière des prix des journaux forment alors une forme de cercle vicieux – les deux dynamiques se nourrissant mutuellement pour renforcer la crise de la presse. Aussi les plans sociaux se succèdent-ils dans le monde de la presse pour répondre à cette baisse des ventes et pour compenser des bilans toujours plus déficitaires.

Cet environnement délétère a eu pour conséquences de voir les grandes fortunes du pays acquérir la totalité ou presque des grands quotidiens et hebdomadaires nationaux : Drahi, Lagardère, Arnault, Pigasse, Niel, Bergé sans oublier Dassault sont tous propriétaires dans le monde de la presse ce qui pose la question de l’indépendance des médias et de leur capacité à jouer le rôle de contre-pouvoir – nous y reviendrons plus tard. Afin d’expliquer cette crise de la presse, érosion des ventes et baisse des revenus, un coupable est tout trouvé : internet. En permettant à chacun de s’informer comme bon lui semble et à moindre frais, il aurait grandement contribué à affaiblir la presse. Et pourtant, il est loin d’être évident qu’internet soit réellement responsable de cette crise. Lire la suite

Le traitement de l’affaire du Carlton par les médias, symptôme de leur déclin

On se souvient des mots prononcés par François Mitterrand, le 4 mai 1993, devant la dépouille de son ami Pierre Bérégovoy : « Toutes les explications du monde ne justifieront pas que l’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme, et finalement sa vie, au prix d’un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales de notre République, celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d’entre nous. »

Il y a dans la manière dont les médias ont traité l’affaire du Carlton, et plus particulièrement Dominique Strauss-Kahn, une part de mimétisme inquiétant. Evidemment, les conséquences de la cabale médiatique n’ont, heureusement, pas été les mêmes qu’avec l’ancien Premier ministre de François Mitterrand mais, quand même, l’ex-président du FMI a été traité de tous les noms et trainé dans la boue bien plus que de raison par les différents médias. Finalement, celui-ci a été relaxé. Cette relaxe montre bien la vacuité de toutes les accusations lancées à la volée et de toutes les informations reprises telles quelles sans vérification aucune. Lire la suite