Le franchissement de seuil (sur la fusion en cours entre fascisme et néolibéralisme)

Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse – Viktor Vasnetsov

19 décembre 2023, après quelques jours de frénésie politique et bien des péripéties, la loi immigration portée par le gouvernement et par Gérald Darmanin est adoptée à la fois par l’Assemblée Nationale et le Sénat. Quelques jours plus tôt, le locataire de la Place Beauvau et homme fort du gouvernement avait subi un immense camouflet à la suite de l’adoption d’une motion de rejet dès le début des débats sur sa loi. S’il ne fallait pas être dupe du vote de Les Républicains et du Rassemblement National – qui ont ostensiblement affirmé qu’ils avaient voté contre parce que la loi n’allait pas assez loin – cela a constitué une défaite majeure pour le gouvernement. 

À cette défaite ont succédé une commission mixte paritaire qui a fortement durci le texte initial, des marchandages avec LR et le RN pour s’assurer de leurs votes et in fine l’adoption dudit texte durci grâce à l’adjonction des voix de la droite extrême et de l’extrême-droite. Le gouvernement et Emmanuel Macron ont beau eu vitupérer que le texte n’avait pas été adopté avec les voix de l’extrême-droite ou expliquer que le conseil constitutionnel avait censuré une bonne partie des dispositions – donc laisser ce dernier arbitrer politiquement pour le compte du pouvoir en place, ce qui n’est pas sans conséquences mortifères – la réalité est bien présente sous nos yeux depuis lors : l’adoption de cette loi importante pour le gouvernement grâce aux voix de l’extrême droite n’était pas un coup politique mais bien un franchissement de seuil dans la fusion en cours entre macronisme et lepénisme.

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La fausse route (sur la notion de folie en politique)

Stanczyk – Jan Matejko

Il y a quelques jours, Joe Biden a pris ses fonctions en tant que 46ème président des États-Unis d’Amérique. Plus que la joie, pour beaucoup, sa victoire s’est apparentée à un soulagement et le fait que Donald Jr. Trump ait accepté de transmettre le pouvoir pacifiquement après les évènements du Capitole a renforcé ce sentiment. D’aucuns expliquent que la page du trumpisme est définitivement tournée – même si au vu du nombre de suffrages récoltés par le désormais ex-président cela parait bien présomptueux – et que le pays va désormais pouvoir reprendre une marche normale.

Normale, le mot est important. En effet, tout au long du mandat du magnat de l’immobilier un certain nombre de critiques sont revenues de manière sempiternelle. Le traitant tantôt de dérangé tantôt de fou, nombreuses ont été les analyses – notamment de ce côté-ci de l’Atlantique – à résumer les prises de décision de Trump comme l’émanation d’un fou qui aurait soudain pris le pouvoir dans le pays le plus puissant du monde. Que la chose se soit produite aux États-Unis est particulièrement intéressant dans la mesure où, en tant que première puissance tant militaire qu’économique, ce pays peut permettre d’ouvrir largement le débat sur la folie en politique, cette notion souvent utilisée à l’emporte-pièces.

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