La gauche, le Front Républicain et la posture Macronienne

Dimanche de lecture dans une école rurale, 1895 – Nikolaï Bogdanov-Belski

Dans la torpeur d’un samedi sous couvre-feu dans la plus grande partie de la France et sous confinement ailleurs, Libé sort une enquête sur ces électeurs de gauche qui ne sont plus prêts à faire barrage en 2022. Branle-bas de combat dans l’intelligentsia Macronienne, qui a fait de la lutte contre le FN sa posture et du front républicain la seule façon d’être au pouvoir et d’y rester. Cependant, dans un pays qui n’est pas gouverné par des fascistes mais où un parti fondé par des anciens SS fait régulièrement 30%, que sous-entend le front républicain? Et pourquoi on ne demande cette posture essentiellement à la Gauche, autant en amont d’un scrutin ? Tentative de réponse.

Toute la Macronie, certains Ze sur Twitter, quelques personnalités de droite, tous y sont allés de leur petite pique, même de leur attaque envers le journal Libé et concernant cette enquête sur les gens qui ne croient plus dans le barrage républicain pour faire reculer le RN en France. Même Nathalie Loiseau, qui a été sur une liste du GUD à 19 ans a jeté son regard dédaigneux sur cette une et cette enquête. Encore une fois, la honte ne les étouffe pas, mais ça dit beaucoup sur eux, et autant sur la Gauche.

Le front républicain c’est quoi ?

Comme l’ensemble des termes utilisés à tort et à travers par les politiques et gouvernants, le Front Républicain n’a pas de définition claire. Chaque personne a une interprétation qui lui est propre de cette notion. Pourtant sur les plateaux TV, dans les interviews ou même dans les postures électorales, il est utilisé sans contexte. Pour beaucoup, le Front républicain émerge lors des débuts de la troisième république. Il y’a des Bonapartistes, des monarchistes, diverses mouvances hostiles à la République assez puissantes. Il est décidé que l’ensemble des républicains s’allieront pour la préserver, en mettant de côté leur divergences. On la retrouve dans les années 50, en pleine montée du Poujadisme et de la guerre d’Algérie. Le front populaire en 36 est une union des gauches pour contrer les partis d’extrême droite, et s’inscrit dans cette dynamique avec aussi un projet politique fort.

Normalement, ce front qui doit permettre la convergence de l’ensemble des forces qui veulent préserver la République contre l’extrême droite et le fascisme notamment est un état d’exception. Il ne peut pas rythmer le quotidien d’une vie politique, et être le point central de ce qui fait que nos Républiques sont encore des démocratie : lors du vote. Certains lui préfèrent une autre appellation, notamment celui de front Humaniste expliquant que les valeurs de la République sont déjà difficile à définir et surtout à justifier dans le réel, donc demander à des électeurs de faire corps pour les faire triompher est souvent voué à l’échec.

Parce que c’est le point le plus important. Appeler régulièrement au front républicain, presque à chaque élection ou évoquer le vote utile montre bien que nos représentants ont raté le plus important : faire baisser les scores du FN. Le front républicain devrait être le dernier recours, il est devenu le seul et c’est le signe d’un échec puissant des autres moyens de lutter contre le RN/FN. Cependant, personne ne veut changer son fusil d’épaule et garde sa ligne et son approche.

Une posture Macronniene surtout de droite

Élu au second tour de l’élection présidentielle face à Marine Le Pen, Emmanuel Macron a surpris son monde, en lançant sa campagne d’assez loin et surtout en incarnant une nouvelle vision de la politique en France. Il a refusé d’assumer le clivage droite-gauche. Il a été dynamique, se présentant tantôt comme un candidat du peuple, tantôt comme proche de la richesse. EM a été rejoint par diverses transfuges des LR comme du PS notamment pour construire sa majorité à l’assemblée nationale après sa victoire. On le pensait de centre droit, un peu conservateur mais dans la ligné de ce que pouvait proposer le PS ou le Modem. Pas de quoi fouetter un chat au final mais de quoi susciter de la frustration et encore plus de casse chez les milieux populaires.

Cependant, au lieu de temporiser, Emmanuel Macron, l’ensemble de ses ministres et proches politiques ont imprimé un rythme bien de droite. L’UMP devenu LR a toujours eu une position très particulière avec le FN. Bien sûr, il est difficile d’englober l’ensemble d’un parti, mais pour ce côté de l’échiquier politique, le meilleur moyen de lutter contre le FN, c’est de reprendre ses thèmes et de se les approprier. On peut se souvenir du bruit de l’odeur d’un Jacques Chirac, une phrase aux relents racistes clairs. La position du ni FN ni PS qui n’est que la suite de l’alliance des droites qui est une autre stratégie électorale apparue à la fin des années 70.

Bien que ni de droite ni de gauche pour ses représentants, LREM a très vite appliqué la feuille de route de la Droite dans son approche du problème FN. Les sorties de Gerard Darmanin, ainsi que la volonté de rendre hommage à des personne comme Pétain montrent cette volonté d’assécher le vote FN en lui volant des thèmes et donc des électeurs. La proposition de loi concernant les séparatismes, les multiples sorties lunaires et totalement racistes d’un Jean Michel Blanquer ne vont que dans ce sens. La nomination de deux premiers ministres de droite aussi. Emmanuel Macron et son clan joue un tango avec la partie la plus raciste de la France et reprend son vocabulaire, avec beaucoup de facilité.

Cette manière de faire de la politique dit beaucoup sur LREM. L’équipe Macron peut expliquer partout qu’ils sont le meilleur rempart contre le FN, dans les faits, ils ont surtout encore un peu plus banalisé son discours, son approche de la société et son calque raciste. Ils ne sont pas le camp du bien, ils viennent d’une caste politique qui partage depuis bien longtemps le crachoir avec des élus ou des responsables du RN, ce qui a adouci leur vision concernant ce mouvement. Ils veulent cependant continuer d’incarner cette posture électorale de rempart contre l’extrême en imprimant cependant son rythme. La posture et l’image plutôt que le fond. Même dynamique concernant d’autres thèmes : France terre d’accueil alors qu’on expulse des réfugiés au tractopelle ou encore la défense de la liberté d’expression quand on empêche les journalistes de faire leur travail.

Jouer avec la peur du Front

La droite et la gauche ont longtemps brouillé les pistes avec l’histoire du front républicain ou du vote utile à des moments où le Front était bien moins en place et puissant. Avec LREM, la posture a encore évolué. En asséchant les LR et le PS, en ostracisant la FI comme étant des communistes affiliés à Poutine, Macron se désigne qu’un seul adversaire : Marine et son rassemblement. Cette posture est la suite de ce qu’a proposé la droite, et là où le gauche n’a jamais réussi à peser courant après des thèmes qui ne sont pas les siens.

Cependant, des questions se posent sur ce choix. Au vu de son attitude, sa politique et son vocabulaire, LREM semble surtout le meilleur VRP des idées véhiculées par le front. Pourtant, dans sa posture et son attitude, ce groupe est le meilleur rempart contre ces idées parce qu’ils sont dans le camp du bien. C’est là le point le plus important. Macron et ses ministres sont racistes, ils ont cette vision du monde et de la société totalement ancrés en eux. Cela ne veut pas dire qu’ils font des ratonnades le week-end et qu’ils ne peuvent pas reconnaitre quand certains vont trop loin. Cependant, pour eux, c’est parce que certains personnes ont une couleur ou une origine supposée différente qu’ils n’arrivent pas à s’intégrer. Ils aiment aussi un État fort, et donc un État policier et autoritaire.

Cette vision se superpose avec la vison libérale et surtout de la responsabilité individuelle. Le système Français étant le meilleur pour eux, la démocratie libérale la manière la plus saine de gérer un Pays, si des gens sont en difficultés ou précarisés, c’est de leur faute. Du coup, on fait des amalgames en les réduisant à leur religion ou leur origine supposée pour expliquer leur situation. LREM ne lutte pas avec le front, elle cherche simplement à l’imposer comme sur seul adversaire, sans connaitre la ligne de scission et leur différence en espérant un report massif des voix de gauche pour continuer à gagner. Dans le même temps, cette clique chaque à garder le costume de la lutte contre le fascisme, posture électorale et intellectuelle favorable.

Et la Gauche dans tout ça ?

Dans cette dynamique où la droite devient plus raciste et conservatrice en se comportant comme le parti républicain avec Trump faisant de fait, monter l’extrême droite et brouillant les frontière entre les courants, la gauche républicaine est dans une impasse. La une de Libération sur ces électeurs qui ne veulent plus faire barrage est intéressante et aussi très symbolique. Le scrutin est dans un peu plus d’un an, la dynamique semble bonne pour faire émerger des idées humanistes et un renversement de l’ordre économique en place. Le pays sort de nombreux conflits sociaux, la justice et la police sont violentes et dures avec les gens qui n’ont rien. Les représentants qui doivent porter leur voix préfèrent discuter des notions de séparatisme et de la manière dont ceux qu’on désigne comme musulman vivent en France.

Il ne reste à cette gauche républicaine que ce projet de faire barrage, faire le choix du moins pire et voter utile. Des notions qui sont des échecs, une preuve que ce projet de refuser la confrontation économique pour ne parler que de sociétale sans faire le lien entre les deux est une impasse qui ne fait grandir que la droite. Le PS et la FI ne parlent à plus grand monde. Ils ne ressemblent pas, et n’incarnent pas ce souffle qui pourrait faire basculer une élection. La droite a pilonné les positions de gauche comme Laïcité ou la justice sociale et a totalement galvaudé les termes pour les faire dire ce qu’ils veulent eux. Les socialistes n’ont fait que louvoyer, acceptant des défaites, tentant aussi de reprendre des termes de droite comme le sentiment d’insécurité sans réussir à proposer autre chose que des mesures de droite.

Dans ce jeu démocratique, la Gauche est bloquée dans un cercle sans fin qui semble la condamner à n’être qu’une force qui subit les choses. L’idée n’est pas d’être fataliste, ou de réduire les idées humanistes et sociales au PS ou la FI qui ne sont qu’une petite partie du bruissement qu’on remarque partout. Il faut cependant comprendre, que cette caste politicienne qui vit en vase clos se rejoint sur de nombreux points, et exagère énormément leur divergence pour donner l’impression de fossé entre les courants. Jean Luc Mélenchon, très en verve à la tribune ou sur Twitch est plus doux lors qu’il est en confrontation directe avec Emmanuel Macron par exemple. Se pose aussi une interrogation, si un candidat de gauche arrive au second tour face à MLP, la droite fera t’elle barrage après avoir dansé coller-serrer avec le front ?

Au final, c’est la position de cette gauche, qui a abdiqué sur de nombreux points pour devenir un force de centre qui penche de plus en plus à droite lèse les citoyens qui ont envi d’un changement massif. Ils font porter aux abstentionnistes ou aux personnes qui votent blanc ou autre chose que le vote utile désigné la faute de la montée du Front ou de l’élection de Macron. Alors que c’est leur manque de courage et leur avidité de pouvoir qui fait perdre la gauche et ne la cantonne qu’à une force là pour faire front face au Rassemblement National. Ce positionnement a perdu, on a besoin de changement pour espérer des choses meilleures.

Benjamin Chahine

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